De la presse à nos étagères...
jeudi 14 novembre 2019

"Mes 150 pourquoi : la Terre" de Anne-Claire Lévêque et Stephane Nicollet

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Le contenu : Le monde qui nous entoure est d’une grande complexité !

Pourquoi Internet a-t-il été une révolution planétaire ?
Pourquoi parle-t-on d’un "Continent de plastique" ?
Pourquoi un être humain sur dix n’a-t-il pas accès à l’eau potable ?
Pourquoi les Japonais célèbrent-ils la déesse du Fuji-Yama ?

La critique de Mr K : Changement de registre aujourd'hui avec un ouvrage documentaire destiné aux plus jeunes à partir de sept ans. Mes 150 pourquoi : la Terre se propose, à travers de multiples interrogations, de titiller la curiosité et d’inciter à la découverte de notre chère planète bleue et de ses habitants. Plus jeune, je raffolais de ce types de livres et mes parents m’en avait offert un certain nombre. Il y a donc eu un doux parfum de madeleine de Proust lors de la lecture de cet ouvrage fort réussi.

Divisé en cinq grandes parties qui balaient toute une série de questions, il satisfera tout ceux qui s’intéressent au monde qui les entoure. La première partie se présente sous forme de cartes successives qui reviennent sur des fondamentaux comme la tectonique des plaques, les continents et océans, les climats ou les grandes nations du monde. Puis à travers une thématique "paysages", les auteurs reviennent sur les grands ensembles naturels de notre planète comme les fleuves, les lacs, les montagnes, les déserts ou les merveilles naturelles dont regorge le monde que l’on ne connaît jamais assez bien.

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Ensuite, on s’intéresse à la population humaine (c’est la mode de la géographie humaine depuis maintenant plus de trente ans) avec la répartition démographique, les grandes mégalopoles du monde, les transports plus ou moins originaux qui existent ou encore la symbolique de certains drapeaux. On enchaîne de suite avec la question des ressources avec un focus sur l’eau, sur l’alimentation, les sources d’énergie, les dangers qui menacent la Terre et les solutions que l’on peut envisager. Enfin, on termine avec les cultures du monde avec des points sur les drôles d’habitats, les cultures gastronomiques, les jeux, jours de fêtes ou encore des architectures très particulières.

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Comme vous pouvez le constater la liste est longue et à aucun moment l’ennui ne pointe le bout de son nez. Bien illustré, levant des questions parfois étonnantes, toujours enrichissantes, les pages se tournent toutes seules et sans efforts. Les plus jeunes en apprendront donc beaucoup tout en s’amusant. Je reste réservé sur certains textes que j’ai trouvé parfois orientés (je pense notamment au légendage sur le gaz vendu à un prix très accessible par la Russie (pas sûr que l’Ukraine et les pays de l’est soient de cet avis en cas de crise diplomatique) mais bon je chipote… Vous me connaissez, il faut que je râle tout de même. J’ai beaucoup apprécié par contre les éléments écologiques qui incitent nos chers têtes blondes à se saisir de ce sujet, à ne pas tomber dans le fatalisme et essayer de réagir. Greta Thunberg est passée par là et c’est salutaire.

Voilà donc un ouvrage frais, bien réalisé et qui permettra aux plus grands et aux plus petits d’amorcer des discussions intéressantes et de s’emparer de sujets hautement importants. Une chouette découverte que je vous invite à tenter à votre tour.

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vendredi 8 novembre 2019

"Dieu n'a pas réponse à tout (mais Il est bien entouré)" de Tonino Benacquista et Nicolas Barral

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L’histoire : Dieu résout chaque jour les millions de petits problèmes qui se posent aux humains dans leur vie quotidienne. Pour ce faire, il est aidé d'une myriade d'assistants : tous les habitants du Paradis, et quelques-uns de l'Enfer par dérogation spéciale.

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture décevante aujourd’hui avec Dieu n’a pas réponse à tout de Benacquista et Barral dégoté dans le CDI de mon bahut. Mon avis mitigé est d’autant plus rageant que je trouvais le concept de base hyper original et que Benacquista est un auteur que ma chère Nelfe apprécie beaucoup mais au final on n’aboutit pas vraiment à grand-chose... Voici le pourquoi du comment.

L’ouvrage se divise en six historiettes où l’on voit Dieu lui-même aux prises avec des difficultés. En effet, il est censé veiller sur sa création mais parfois des situations lui échappent et il doit faire appel à un auxiliaire tout droit venu du Paradis ou du Purgatoire. Ainsi dans ce volume il va faire appel à Al Capone, Louis XIV, Sigmund Freud, Homère, Marilyn Monroe ou encore Mozart.

Ces célébrités spécialisées chacune dans leur domaine vont devoir venir en aide successivement à un chercheur en nucléaire au bord de la dépression et du geste fatal, à un jeune garçon que son père pousse malgré lui dans une direction qui ne lui convient pas, à un révolutionnaire raté dans une dictature, à un grand timide qui pourrait bien changer le monde, à une bande de SDF azimutés qui veulent s’en sortir ou encore à un groupe de flics confrontés à la corruption de leur hiérarchie. Chaque récit apporte son lot de surprises avec pour commencer à chaque fois la situation inextricable de l’humain concerné par l’intervention divine, la découverte de l’individu que le Créateur choisi pour remplir sa mission et enfin la solution mise en œuvre. Le procédé est plutôt sympa et rafraîchissant dans un premier temps malheureusement cela s’essouffle assez rapidement avec des histoires inégales et un plaisir de lire qui s’étiole.

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Bon ce n’est pas franchement mauvais, de plus jeunes esprits y trouveront leur compte mais personnellement j’ai vu venir les choses à 10 km, peu ou pas de surprises pour ma part. Les dessins sont corrects, les scénarios sympathiques mais tout cela m’a paru bancal et sans grand intérêt. Vu les situations exposées, on s’attendrait à une critique sans fard de notre société malade mais même pas, les thématiques sont simplement survolées et l’on nourrit une certaine insatisfaction pour ne pas dire frustration. Même le personnage de Dieu m’a semblé vide ce qui est un comble !

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Aussi vite lue qu’oubliée, cette BD ne restera pas dans les annales pour les aficionados du genre. Cet ouvrage est plutôt à conseiller en priorité pour les jeunes pousses pré-ados et ados qui veulent se confronter à un récit différent et explorant de manière fun et sans prise de tête des thématiques bien actuelles. Les autres peuvent passer leur chemin...

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mardi 5 novembre 2019

"Je te suivrai en Sibérie" d'Irène Frain

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L’histoire : Pauline est de ces femmes qui brisent les obstacles. Risque-tout, elle quitte sa Lorraine natale à la fin de l’épopée napoléonienne pour rejoindre Moscou où, simple vendeuse de mode, elle est courtisée par un richissime aristocrate. Ivan Annenkov est un fervent admirateur de la France des Lumières et un farouche adversaire du servage. Il appartient à une société secrète qui rêve de renverser le tsar. Le complot échoue, les décembristes sont déportés en Sibérie. Ivan serait mort dans l’oubli le plus total si Pauline, comme sept autres femmes de condamnés, n’avait décidé de le rejoindre.

La petite bande, qui deviendra légendaire, soutient si bien les conjurés qu’ils relèvent la tête et fondent, derrière les murs de leur prison, une mini-république à la française...

La critique de Mr K : Attention petite bombe littéraire ! D’Irène Frain, je n’avais lu que Le Nabab et il y a fort longtemps au sortir de l’adolescence, ma mère appréciant l’auteure et me l’ayant conseillé. J’avais aimé le souffle romanesque et la langue si inventive et accessible d’une auteure que je n’ai depuis plus recroisée. L’occasion fait le larron et voila Je te suivrai en Sibérie qui se retrouve entre mes mains promettant une histoire mêlant grande histoire et passion amoureuse, un diptyque ô combien séduisant pour l’amateur de lecture que je suis. Contrat pleinement rempli pour une lecture express et prenante comme jamais.

Irène Frain décide avec ce vrai-faux roman de suivre les pas de Pauline, une française du XIXème siècle au parcours de vie incroyable. Tout ce qui est relaté ici est véridique et a été vérifié par l’auteure qui a suivi les traces de cette femme amoureuse d’un aristocrate russe déchu suite au démantèlement d’un groupuscule voulant la chute du Tsar (les fameux décembristes qui marqueront l’Histoire russe et auxquels on voue encore un culte aujourd’hui en Russie). On suit donc Irène Frain dans son périple à travers la Russie, ses rencontres et ses découvertes. On alterne avec la vie de Pauline, romancée pour l’occasion mais toujours relatée avec un souci de justesse et de coller au plus près de la réalité historique que l’auteure recouvre grâce à ses recherches, ses visites et la lecture de nombreux documents. Le mélange loin d‘être indigeste ou rebutant fonctionne pleinement et l’on se prend rapidement d’affection pour cette jeune femme intrépide.

Bien que d’extraction modeste, Pauline connaît donc un destin hors du commun. Enfance difficile, parents absents, elle doit se débrouiller vite toute seule. De fil en aiguille, se spécialisant dans la couture - sic -, elle sera amenée à travailler en Russie où une rencontre fera tout basculer. Volontaire, n’ayant pas la langue dans sa poche, courageuse entre toutes, elle va vivre une histoire d’amour intense et complexe. Beaucoup auraient baissé les bras lorsque l’homme aimé est emprisonné dans la Sibérie froide et inhospitalière. Elle non, elle n’hésite pas et part à l’autre bout du monde pour rester auprès de son bel Ivan et ils ne se quitteront jamais malgré l’adversité et la rancune tenace d’un monarque obsédé par son pouvoir. Pauline force le respect, sans effets de manche, ni stratagèmes littéraires surfaits, Irène Frain nous fait un portrait sensible et extrêmement poignant d’une femme que les éléments de l’Histoire ballottent en tous sens mais qui ne lâche jamais prise.

Débrouille, amitié (c’est un groupe de huit femmes soudées qui se constitue assez vite en Sibérie), soudoiements occasionnels pour améliorer l’ordinaire ou passer des messages, déménagements à répétition, grossesses multiples (oui cela paraît étonnant mais des rapprochement ont lieu entre l’épousée et son mari emprisonné), conditions de vie difficiles sont passés en revue au gré du déroulement de cette vie éprouvante mais pas gâchée pour autant. Malgré les difficultés, Pauline ne renonce jamais à sa quête de bonheur, elle ne passe pas loin de la catastrophe par moment mais sa rage de vivre l’emporte et mène finalement à une fin d’existence relativement plus apaisée même si la réhabilitation ne sera jamais complète pour les décembristes et leurs familles.

L’âme russe habite ce livre, la détermination de Pauline en est un bel exemple ainsi que le caractère bien trempé d’Ivan et de ses compagnons. Abnégation, une certaine forme de fierté aussi habitent ces pages mais aussi la notion de soumission à l’ordre établi se mêlent et donnent à lire des destinées prenantes et jusqu’au-boutistes parfois. Les férus d’Histoire y trouveront aussi leur compte avec de belles évocations du régime tsariste, d’événements clefs du XIXème siècle russe (méconnus en France car peu ou pas étudiés en cours), le tout romancé avec talent tout en respectant la matière. On croise aussi des figures du monde littéraire de l’époque avec notamment Dostoievski ou encore Dumas qui révèle à l’occasion un aspect désagréable de sa personnalité. C’est aussi l’occasion pour l’auteure de faire des allers-retours avec le présent, les souvenirs et traces restantes dans tel ou tel lieu, sous telle ou telle forme. Le voyage en cela devient véritablement passionnant et au fil des rencontres, l’histoire se densifie et prend une tournure vraiment puissante.

Je te suivrai en Sibérie fut donc un superbe voyage littéraire présentant une démarche singulière et passionnante de la part d’une auteure qui a toujours le don d’emporter ses lecteurs avec une langue bouleversante et d’une intensité impressionnante. Histoire d’amour renversante, destin hors du commun et bien réel, la Russie, son Histoire et ses contradiction sont au menu de cette lecture qui fera date dans mon esprit et que je vous encourage à entreprendre au plus vite.

samedi 2 novembre 2019

"La Captive de l'hiver" de Serge Brussolo

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L’histoire : Pourquoi les Vikings ont-ils traversé les mers pour enlever Marion, l'ymagière qui sculpte des vierges de pierre au fond d'une abbaye de la côte normande ? Pourquoi les guerriers de la mer sont-ils terrifiés par cette jeune femme, au point de lui emprisonner les mains dans des gantelets d'acier ?

C'est un univers gouverné par d'étranges superstitions qui attend Marion au-delà des glaciers. Là, elle doit veiller sur les divinités du clan au péril de sa vie, et se défier des intrigues que la jalousie fait naître autour d'elle. Car certains détestent cette "sorcière" venue de France, et multiplient les complots pour ruiner son crédit. Marion triomphera-t-elle des rites barbares du peuple des neiges, ou bien finira-t-elle par succomber aux dangereux secrets qu'elle a commis l'erreur de mettre au jour ?

La critique de Mr K : Il est toujours bon de retrouver Serge Brussolo, un auteur plus que prolifique (et dans bien des genres !) que j’affectionne tout particulièrement. La Captive de l’hiver m’a permis de retrouver Marion, l’héroïne de Pèlerins des ténèbres, un ouvrage qui m’avait bien séduit lors de sa lecture en 2014 même s’il n’était pas inoubliable. Entre temps, le hasard a mis sur mon chemin celui-ci qui est sa suite directe. Pour autant, vous pourrez le lire indépendemment sans que votre lecture en soit gênée. Au final, cette lecture s’est révélée rafraîchissante (au sens propre comme au sens figuré), bien prenante et très satisfaisante malgré un petit bémol dont je vous parlerai en fin de chronique.

On retrouve donc Marion, une jeune ymagière, sculpteuse d’images saintes qui va de lieu en lieu pour réparer le patrimoine religieux à l’époque moyenâgeuse, qui a réchappé à un pèlerinage périlleux lors du volume précédent. Elle s’est réfugiée dans un monastère de bord de mer en Normandie où elle récupère de ses émotions et travaille pour le compte des moines. Son talent n’est pas à prouver et elle fait la nique aux meilleurs artisans-hommes du crû. Ce répit est cependant de courte durée car très vite les lieux subissent une attaque viking qui semble destinée à l’enlever elle ! Commence pour Marion une aventure périlleuse où elle connaîtra moult émotions entre découverte, méfiance, incompréhension, attirance interdite ou encore peur indicible.

L’addiction est immédiate, deux chapitres suffisent pour replanter l’époque et nous représenter le personnage. Et puis, c’est l’attaque et le début du voyage vers le grand Nord. Avec finesse, des détails et un sens de la formule qui ne se démentent jamais, Brussolo nous fait partager le calvaire de Marion. Seule au milieu des loups, cette artiste chrétienne va découvrir les us et coutumes barbares de cette tribu viking qui est la dernière de son genre. Toutes les autres se sont converties de gré ou de force au christianisme, la voila chargée de veiller sur les totems de glaces de la tribu, représentations païennes d’Odin ou encore de Thor. Cette peuplade barbare ne supportant aucune faiblesse chez qui que ce soit (les plus faibles sont systématiquement livrés à eux mêmes, voire abandonnés à une mort certaine), la prisonnière va vivre dans une constante tension, la peur au ventre sans réelle vision de son avenir proche. Peu à peu, de découverte en découverte, elle va commencer à mieux comprendre les mœurs de ses ravisseurs, des relations s’instaurent entre respect, peur et fascination et au fil du temps, des secrets inavoués vont ressurgir, des éléments du passé qui pourraient bien fendiller le pacte unissant tous les membres de la tribu.

Marion devra donc être forte, savoir accepter son sort et essayer de survivre dans cet univers fermé, très froid (les conditions climatiques sont très bien rendues tout du long) où le moindre de ses faux pas pourrait lui être fatal. Comme elle n’a pas le droit de toucher quoique ce soit (ses mains sont considérées comme magiques) et qu’elle porte des gantelets de fer la plupart du temps, on lui adjoint une esclave nommée Svénia. Petite vieille enlevée dès son plus jeune âge, elle est sensée s’occuper de sa maîtresse dans tous ses gestes quotidiens et voit son sort lié à elle. Même si c’est un personnage intéressant, très vite elle m’a agacé par son côté péremptoire et ses multiples manœuvres pour conserver ses avantage. Bien que nécessaire pour le bon déroulé du récit, personnellement je souhaitais qu’elle disparaisse à chaque fin de chapitre ! Les autres personnages sont aussi intéressants avec notamment l’idée que derrière les gros colosses dépeints par l’auteur se cachent des hommes perclus de douleurs anciennes et prisonniers de leurs croyances et rites. La superstition fait partie intégrante de leur vie et en même temps, ils restent de simples hommes qui ont connu parfois des pertes irréparables et au nom d’espoirs fous sont capables de commettre le pire. On retrouve ici cette capacité qu'a Brussolo à surprendre son lecteur, à lui faire emprunter des voies de garage pour mieux le retourner ensuite avec des révélations qui font leur petit effet.

La lecture se fait donc avec un plaisir renouvelé et même si la fin est un peu abrupte à mon goût (comme si l’auteur avait voulu clore au plus vite l’histoire), on a nos réponses et on a vécu une belle aventure. L’écriture est très accessible, concise et précise, Brussolo propose en plus une belle plongée réaliste chez les vikings, loin des images d’Epinal qu’on nous sert régulièrement notamment dans certaines productions américaines. Tout ici est rudesse, saleté, survie en milieu hostile et relations humaines complexes au service d’un récit enlevé et plus tortueux qu’il n’y paraît au premier abord. La Captive de l'hiver conviendra à tous les amateurs de Brussolo et de romans historiques à suspens.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
"Le Murmure des loups"
- ''Le Cycle des ouragans"
- ''L'Armure de vengeance"
- "Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes"

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mardi 29 octobre 2019

"La Page blanche" de Pénélope Bagieu et Boulet - ADD-ON de Mr K

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J'ai déjà lu et chroniqué cet ouvrage le 19/02/13. Mr K vient de le terminer et de le chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "La Page blanche", ça se passe par là.

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jeudi 24 octobre 2019

"Danses du destin" de Michel Vittoz

Danses du destinL’histoire : J'ai tiré, il est tombé dans le caniveau. Je me souviens du bruit. Sourd. Un sac de terre sur le pavé. Je ne savais même pas qui c'était. Après je lui ai encore donné des coups de pied. La haine. Je ne croyais pas que c'était possible, haïr à ce point. Haïr un inconnu qu'on vient de tuer. Haïr un mort. Je ne sais pas combien de fois il aurait fallu que je le tue pour cesser de le haïr. Mes coups de pied l'ont fait rouler jusqu'au bord du quai. Il est tombé dans le canal entre deux bateaux. Je l'ai vu disparaître dans l'eau noire.

Je tue mon père sans le savoir. Tu veux comprendre pourquoi. Elle, Il devait la tuer. Nous n'en savons pas plus. Vous non plus. Ils se demandent ce qui a bien pu se passer.

La critique de Mr K : Chronique d’un ouvrage différent aujourd’hui, Danses du destin de Michel Vittoz appartient à cette catégorie d’ouvrage qui marquent durablement leur lecteur : une trame basique à portée universelle et une forme narrative éclatée jouant ici sur les pronoms personnels qui amorcent chaque début de chapitre comme une indication du point de vue adopté. La surprise initiale se meut très vite en la découverte d’une construction narrative originale qui porte le récit et lui donne une force insoupçonnée. Suivez le guide !

Sachez tout d’abord que cet ouvrage est la suite d’un livre que Michel Vittoz a publié il y a déjà bien des années. Ne l’ayant pas lu, je partais avec une petite appréhension que la suite de ma lecture a rapidement levé. Rassurez-vous donc, on peut tout a fait lire Danses du destin indépendamment et en retirer la substantifique moelle.

Tout commence par une course poursuite entre un malfrat et un policier qui se termine en drame. Le policier passe l’arme à gauche, le meurtrier s’échappe et se rend compte qu’il a tué sans le savoir son géniteur qu’il croyait mort depuis bien longtemps ! Commence une lente et profonde introspection matinée de références à Oedipe et à la psychanalyse qui y est liée. Tuer le père... En parallèle, nous suivons divers personnages qui de prime abord ne semblent pas reliés à la trame principale : un tueur à gage rend visite à une petite mamie esseulée, le Serpent une huile de la République Française qui agit dans l’ombre des puissants depuis des décennies ou encore un jeune flic plongé dans une enquête tortueuse. Des liens apparaissent, des faisceaux de présomption aussi et au final tout s’emboîte et emporte l’adhésion admirative du lecteur.

Il faut dire que l’auteur s’y entend pour proposer des personnages attachants et complexes. Chacun voit ici ses motivations les plus intimes remonter à la surface et livrées sur un plateau. Il souffle sur ces pages une certaine urgence, une dramaturgie intense qui prend à la gorge. Relations familiales, sociales et politiques sont décortiquées au-delà des apparences et des poncifs. En cela il se dégage une profonde humanité de ce récit dans ce qu’elle a parfois de beau mais souvent aussi de cruel et d’inique. On parcourt ces lignes avec une impression de malaise qui va grandissante, on réfléchit et on ne peut que constater les béances existantes dans certaines vies, tronquées, gâchées ou tout simplement touchées par un fatum annihilant.

La grande Histoire fait son apparition assez rapidement avec notamment l’évocation du passé trouble de certains protagonistes. La Seconde Guerre mondiale avec l’épisode de l’occupation allemande et le fractionnement en deux de la société française entre collabos et résistants est très subtilement évoquée à travers l’évocation du passé des plus âgés des protagonistes. Héros et salauds se côtoient, traversent parfois les barrières de la morale et leurs errances ont des retombées bien des années plus tard. Cela rajoute une profondeur à la trame, nourrit la perception que l’on a des personnages et invite à la révision des horizons d’écriture que l’on avait pu construire auparavant. C’est judicieux et totalement addictif surtout que l’auteur revenant au temps présent se permet entre deux phases de narration pure de distiller quelques messages de bon aloi en total cohérence avec ma perception de la société avec notamment la collusion médias / pouvoir et un message social clinique mais plein de vérité.

Cet ouvrage est donc bien plus qu’un simple roman fait de regret, de haine, de revanche et de règlement de comptes. Servi bien noir, sans réelle lueur d’espoir, il se lit avec une facilité déconcertante. La langue est gouleyante sans être exigeante. Il faut simplement s’adapter à l’organisation déstructurée des chapitres, faire le lien entre pronoms personnels et personnages, prendre patience et laissé le récit venir à soi et même se laisser interpeller par l'auteur qui n'hésite pas dans certains passages à nous interpeller directement ! Une fois les trente premières pages parcourues, on commence à saisir la logique adoptée et l’ensemble fascine. Très difficile à relâcher par la suite, on finit sa lecture heureux et quelque peu ébranlé par la teneur de l’ensemble. C'est typiquement le genre d’ouvrage que j’adore et que je ne saurais que trop vous conseiller.

mardi 22 octobre 2019

"Jack et le jackalope" de Ced et Mino

Jack couvL'histoire : Difficile de se faire remarquer quand on est le fils d’une légende de l’ouest. Pourtant, le petit Jack n’a qu’une idée en tête : impressionner son cowboy de papa ! Pour cela, il va capturer un animal mythique jamais vu de personne, le légendaire Jackalope, aussi connu sous le nom de "lapin cornu".

La critique Nelfesque : Makaka est une maison d'édition spécialisée dans la découverte de jeunes auteurs. Ced et Mino m'étaient jusqu'alors inconnus et en ça cette publication fait donc bien son job. Partons en plein far-west au côté de Jack, un jeune cowboy épris d'aventure.

Avec un trait qui n'est pas sans rappeler nos BD d'antan, Mino au dessin et Ced au scénario nous offrent une immersion au temps des westerns, au côté d'un Jack intrépide et prêt à tout pour faire briller l'étincelle de fierté dans les yeux de son père. Enfin, prêt à tout... jusqu'à un certain point. En voulant épater son paternel, il se met en chasse d'un animal légendaire. Son choix se porte assez vite sur le jackalope, un lapin cornu "farouche mais mignon" et en aucun cas dangereux. En se lançant à sa poursuite Jack ne veut pas risquer sa vie mais s'offrir sa petite dose de frissons et de péripéties.

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Sur son chemin, il va rencontrer "Cri-de-l'élan-aux-pieds-froids-l'hiver-par-temps-moite", une jeune indienne fervente défenseuse de la nature. Pensant au départ que Jack n'est qu'un vulgaire chasseur sanguinaire, elle va lui faire promettre de ne pas faire de mal à l'animal. Nous allons retrouver ce personnage de-ci de-là au cours du récit et par son côté décalé, elle apporte une touche de fantaisie qui parlera plus aux adultes dans cette BD très axée jeunesse.

D'autres personnages féminins ne sont pas en reste, tels que Miss Crooton, une mamie légèrement gateuse qui fait également office de babysitter et Susan la soeur de Jack, bien plus lucide que son frangin. Sans en avoir conscience au départ, Jack va voir son aventure se mouvoir en quelque chose de plus important (si tant est que l'on puisse considérer que partir à la recherche du jackalope ne l'est pas) et donner d'excellentes raisons de rendre son père fier de lui.

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Comment ne pas penser à des BD type "Yakari" ou "Lucky Luke" lorsqu'on lit "Jack et le jackalope" ? Sans doute est-ce le contexte ou encore l'époque qui forcément nous mène dans ces coins reculés de notre mémoire. Colorisée à l'aquarelle, dans des teintes chaudes et automnales, on garde un côté suranné qui n'est pas pour déplaire. Seul le choix de la typo fait tordre le nez tant elle fait penser au Comic Sans Ms (je n'ose m'imaginer que ce soit celle-ci...), la pire typo que l'on ait pu inventer. On perd en poésie et c'est dommage. Oui, ça tient à peu de chose chez moi...

Reste une bande dessinée attendrissante qui nous rappelle notre enfance, plaira aux plus petits et avec ses touches d'humour nous offre une histoire sur la paix, le partage et la tolérance.

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samedi 19 octobre 2019

"Magie maya" de Graham Masterton

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L‘histoire : Rafael Diaz, le nouvel étudiant de Jim Rook, paraît calme, timide et réservé. Mais le jeune Mexicain semble avoir un don étonnant : en ayant recours à un ancien rituel maya, il parvient à débarrasser ses camarades de leurs phobies et de leurs peurs les plus profondes... Bientôt des meurtres monstrueux sont commis sur le campus. Le jeune Rafael en serait-il involontairement responsable ? Ou serait-il l'incarnation de Xipe Totec, démon friand de sacrifices humains ? Et n'avoir plus peur de rien, n'est ce pas la chose la plus dangereuse et la plus effrayante qui soit ?

La critique de Mr K : Voyage en terres horrifiques aujourd’hui avec Magie maya de Graham Masterton, deuxième ouvrage de sa série consacrée à Jim Rook, héros récurrent d’un auteur qu’on ne présente plus. Pour tout vous dire, Magie des neiges ne m’avait pas convaincu mais comme j’avais acheté les deux volumes en même temps, je décidai de redonner une chance à ce héros qui m’avait particulièrement agacé lors de ma précédente lecture. J’ai bien fait car même si on ne peut pas crier au génie, on passe un bon moment avec une pure série B littéraire qui se déguste très très vite !

On retrouve donc ce professeur d’anglais spécialisé dans les publics difficiles alors qu’un curieux phénomène se déroule dans sa classe. Le jeune Rafael, son nouvel étudiant mexicain, semble avoir une curieuse influence sur ses camarades. Apprécié, entouré, il est capable de soigner les phobies de ses camarades. Bye bye ces peurs irraisonnées des araignées, du noir ou encore de la noyade... Pas de quoi s’inquiéter donc même si la peur en elle-même est un moyen de défense bien utile face au danger. Voyant des choses que les autres ne sont pas capables de percevoir, Jim soupçonne des puissances occultes d’être cachées dans l’ombre de ces événements miraculeux...

La suite lui donne raison avec une série de morts particulièrement atroces qui touchent justement certains de ses élèves ! Membres arrachés, décapitation et autres joyeusetés sont au menu avec des victimes que l’on retrouve toujours le sourire aux lèvres ! Qui est donc Rafael ? Victime, coupable ou complice ? Que cachent les cérémonies secrètes qui ont eu lieu et quel est cet être informe et mystérieux qui rode autour de Jim ? Il lui faudra tout son courage, son abnégation et son sang froid pour venir à bout d’une monstruosité antédiluvienne qui ne s’arrêtera que lorsqu’elle aura sa moisson d’âmes !

C’est typiquement le genre de livre que l’on commence très facilement et qui se lit tout aussi aisément. Le page-turner à la sauce Masterton fonctionne toujours aussi bien. Pas prise de tête pour un sou, enchaînant horreur pure et scénettes plus intimistes, on se plaît à s’enfoncer avec Jim dans une affaire hors du commun. Pour le coup, je l’ai trouvé bien moins énervant que dans ma précédente lecture. Bon, le personnage n’est pas du tout crédible en tant que professeur (manque de distance, discours creux...) mais j’ai trouvé le personnage moins pédant et plus humain. Il faut dire qu’il a fort affaire ici et qu’il n’est pas loin d'y laisser la vie à plusieurs reprises. Les autres protagonistes tiennent aussi la route avec notamment un Rafael inquiétant et intriguant qui souffle le chaud et le froid pendant une bonne moitié de l’ouvrage.

Par contre, c’est le genre de lecture qui réserve peu de surprise quand on pratique régulièrement le genre. Tout ici est bien huilé, relié, construit mais finalement très attendu car à part deux / trois rebondissements bien sentis, on voit les autres arriver à 10km. Cela n’empêche pas de passer de très bons moments avec des meurtres particulièrement sanglants (Masterton excelle dans les descriptions gores) et des effets flippants maîtrisés. Un petit plaisir coupable en somme, un récit vif et maîtrisé qui procurera quelques menus frissons et une belle addiction à tous les amateurs du genre !

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
La Cinquième sorcière
- Le Jour J du jugement
- Le Trône de Satan
- Le Sphinx

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mercredi 16 octobre 2019

"Lucky man" de Jamel Brinkley

Lucky man

L’histoire : Un adolescent cherche par tous les moyens à se prouver qu’il est devenu un homme, quitte à mettre en danger son petit frère influençable ; le temps d’une excursion avec le centre aéré, un gamin des quartiers pauvres découvre la réalité des classes sociales ; à l’occasion d’un stage de capoeira, deux frères tentent de renouer et d’oublier la violence de leur passé familial...

La critique de Mr K : Retour sur une lecture marquante aujourd’hui avec le recueil de nouvelles Lucky man de Jamel Brinkley, sorti récemment dans la collection Terres d’Amérique d’Albin Michel. Ce n’est pas encore cette fois-ci que cette belle collection redescendra dans mon estime tant j’ai été emporté par le style singulier d’un auteur au devenir radieux, des textes incisifs et une évocation de la question raciale abordée sans détour et une finesse qui ne se dément jamais.

Neuf nouvelles composent cet ouvrage et aucune ne sort vraiment du lot, toutes se valent et apportent leur pierre à l’édifice que veut ériger l’auteur : parler des afro-américains, leur statut, leurs sentiments, aspirations et barrières mentales. C’est donc à travers une petite foule de personnages dans des moments clef de leurs vies respectives ou dans une routine bien installée que Jamel Brinkley aborde une question plus que sensible depuis bien des décennies et plus encore depuis l’accession au pouvoir suprême de Donald Trump.

Entre autre, on suit deux jeunes blacks qui se rendent à une fête et tentent de séduire deux filles blanches, ce qui n’est pas chose facile quand on sait que les clichés et les appréhensions ont la vie dure, un adolescent et son jeune frère zonent et vont aller assister à un défilé bien particulier quitte à mettre en danger le plus jeune des deux. Dans une autre nouvelle, un jeune garçon issu d'un quartier difficile part en centre aéré dans un quartier bien différent du sien, ce sera l’occasion d’apprentissages qu’il ne soupçonnait pas. Deux frères dans une autre historiette ne sont unis que par la pratique de la capoeira, une rencontre va leur permettre de briser le silence et de révéler des choses sur leur passé commun tumultueux. Ou encore dans une autre nouvelle, sous couvert de nous décrire le quotidien d’un petit bar de quartier, Jamel Brinkley nous révèle une histoire d’amour poignante et les effets néfastes de la solitude. Je ne déflorerai pas les autres récits pour vous garder la surprise tout en sachant que chacun des neuf textes part d’une situation presque banale pour délivrer un message à la portée beaucoup plus universelle.

La réussite principale de ce recueil est sa capacité à proposer un regard neuf sur une question traitée à de multiples reprises. Pas de poncifs accumulés ici mais plutôt l’exploration quasi chirurgicale par moment des âmes qui peuplent cet ouvrage. L’amour, le travail, la famille, les relations entre communautés sont au cœurs des tourments et espoirs abordés dans Lucky man. Qu’ils soient jeunes ou vieux, les personnages noirs sont confrontés ici à des incompréhensions, des soucis purement humains sur lesquels se rajoutent bien souvent les conflits interraciaux qui émeuvent régulièrement le spectateur attentif de la vie américaine que je suis. Par le biais d’une écriture d’une grande finesse, Jamel Brinkley arrive à nous faire partager toutes les pensées et interrogations de personnages dont on arrive à cerner la mentalité et la personnalité en simplement quelques pages. Il faut un don pour écrire une bonne nouvelle, ici on a affaire à un maître en la matière qui conjugue langue concise et caractérisation au cordeau. On ploie très vite face à l’avalanche d’émotions qui surgissent de ces pages et nous prennent en otage. Ce qui est étonnant c’est que malgré des sujets parfois graves, des dysfonctionnements sociétaux mis en lumière, on ressort avec un sourire aux lèvres avec dans sa tête un petit espoir qu’un jour les choses évolueront. C’est sans doute le fruit des dialogues parfois plein de sagesse qui émergent des nouvelles et nourrissent la réflexion du lecteur.

J’ai aimé aussi le fait que toutes ces nouvelles se déroulent à New York, une ville que j’ai pu visiter en solo il y a maintenant pas mal d’année et qui m’avait fasciné par son caractère cosmopolite, culturel mais concentrant aussi la fracture sociale prégnante aux USA (entre le Bronx et Manhattan il y a un monde !). Le livre rend hommage à ces quartiers déshérités où l’on s’entraide comme on peut, où les crispations s’accumulent aussi... La ville en elle-même est un personnage à part entière et même si elle se fait discrète en terme de descriptions pures (l’auteur s’attardant surtout sur les interactions entre protagonistes), on sent sa présence, son poids aussi. Certains s’en échapperont, d’autres y trouvent une forme de rédemption, d’autres encore lui sont enchaînés... Le lien en tout cas est ténu et apporte son lot de détails qui parlent et enrichissent le message et les personnages qui leur sont accolés.

Lucky man est donc une très grande réussite servie par une langue d‘une grand souplesse, évocatrice comme jamais, profondément attachée aux humains qu’elle dépeint et portée par un message fort et éclairant. Titillant l’imagination et suscitant moult questionnements, voila un ouvrage à côté duquel il ne faut pas passer quand on est amateur de short stories à la mode US.

dimanche 13 octobre 2019

"La Terre des fils" de Gipi

couv35374253L’histoire : Dans un futur incertain, un père et ses deux fils comptent parmi les survivants d'un cataclysme dont on ignore les causes. C'est la fin de la civilisation. Il n'y a plus de société. Chaque rencontre avec les autres est dangereuse. Le père et ses deux fils, comme les quelques autres personnages rencontrés, la Sorcière, Anguillo, les jumeaux Grossetête, les Fidèles, adeptes fous furieux du dieu Trokool, vivent dans un monde néfaste et noir. L'air est saturé de mouches, l'eau empoisonnée. L'existence du père et de ses deux fils est réduite au combat quotidien pour survivre. Le père écrit chaque soir sur un cahier noir. Qu'écrit-il ? Quel est son secret ? Nous l'ignorons, ses fils aussi. Ils aimeraient bien apprendre à lire, ils aimeraient bien savoir comment on vivait "avant". Mais le père, lui, refuse d'en entendre parler...

La critique de Mr K : Superbe découverte que cette BD empruntée au CDI de mon établissement sur un simple coup de tête. En effet, pas de réelle quatrième de couverture pour résumer l’histoire (le texte ci-dessus est tiré du site Livraddict), ce sont seulement les planches et dessins qui m’ont convaincu. C’est arrivé à la maison et en regardant sur le net que je me suis rendu compte que j’ai eu une sacrée intuition : il s’agit d’un récit post-apocalyptique intimiste. Je suis adepte de ce genre depuis ma lecture plus qu’enthousiaste de La Route de Cormac McCarthy. J’entamai l’ouvrage confiant et je n’ai vraiment pas été déçu !

Nous faisons la connaissance de deux jeunes hommes et de leur père qui survivent comme ils peuvent dans une Terre dévastée. La civilisation comme on l’entend aujourd’hui semble avoir disparu et l’on ne saura jamais vraiment pourquoi. Tout ce que l’on devine c’est que des milliards de personnes sont mortes et qu’un mystérieux mal continue de dévaster l’espèce humaine. Collant au plus près des deux jeunes adultes, on sent une tension sourde entre l’aîné et son géniteur. Les non-dits et le besoin de réponses du fils crée un climat de suspicion, de méfiance que n’arrive pas à désamorcer le plus jeune frère, légèrement attardé. Forcément, tout cela va mener à un drame aux conséquences terribles...

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Le rythme du récit est très lent, il se passe finalement très peu de choses durant les deux tiers de cette bande dessinée. Il y a même des planches entières où aucun mot n’est prononcé ou écrit, où l’on se contente de contempler les personnages, le climax général ou de vivre l’action. Bercé par le noir et blanc de l’œuvre, on rentre immédiatement dans le sujet et il est tout bonnement impossible de relâcher le volume avant le fin mot de l’histoire. Le parti pris graphique est important et j’ai lu ici ou là des avis très divergents. Pour ma part, j’ai adhéré de suite trouvant que la forme était en parfaite adéquation avec le sujet traité, les traits passant allégrement de la simplicité au fouillis improbable. La grisaille environnante correspond bien à l’ambiance que l’histoire dégage, le graphisme rend aussi bien compte des émotions qui émaillent des cases et offre une peinture saisissante des décors angoissants qui constituent désormais le quotidien des hommes.

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L’aspect SF est très bien traité avec un suspens bien entretenu autour de l’Apocalypse qui a mis fin à tout ce que les personnages ont pu connaître (notamment le paternel), les mutations dont sont victimes certains individus, les luttes d’influence entre les survivants et notamment un mystérieux groupe qui s’apparente à une secte (niveau dégénérescence, ils se posent là !). Gipi nous fait rentrer dans les esprits torturés avec une facilité déconcertante. On sent le poids du passé qui n’épargne pas les plus anciens et les aspirations légitimes de jeunes pousses qui n’ont qu’un horizon bouché comme avenir. Cet œuvre nous parle donc de nous, du lien de parentalité et de la peur qui peut parfois l’entourer notamment en période de crise entre membres d’une même famille. C’est très bien dosé, évoqué avec une certaine pudeur, avec une dose de récit initiatique dans la deuxième partie de la BD dont une quête universelle que chacun reconnaîtra lors de sa lecture. On passe par bien des états à la lecture de La Terre des fils, les émotions pullulent et proposent une lecture très contrastée où l’on oscille entre surprise, violence, dégoût et parfois une once de douceur avec le personnage très attachant d’une femme surnommée "La Sorcière". Nuance et introspections sont au RDV pour une lecture marquante.

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Les petites natures passeront leur chemin tant les propos, les rapports humains et certaines idées évoquées sont rudes. En même temps, il s’agit des suites de la fin du monde et on a du mal à imaginer les survivants respectant à la lettre les règles de bienséances qui prévalaient dans l’ancien monde. Ici rien n’est gratuit et contribue à l’édification d’un ouvrage puissant et hypnotique. Une BD mémorable que je vous invite à découvrir au plus vite si le thème vous intéresse, dans le genre on est face à un must !