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Le Capharnaüm Éclairé
24 mars 2023

"Tous les hommes..." d'Emmanuel Brault

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L’histoire : ... naissent et demeurent libres et égaux en droit.

À bord de leurs cargos aux soutes pleines d’hydrogène, les ulysses traversent les couloirs de navigation de l’espace connu pour le compte de la Fédération des quatre-vingt-quatre planètes sous l’égide de la France et de son patrimoine des Lumières.

Dans l’un d’eux, un capitaine, son apprenti et un chef mécanicien sillonnent l’ombre, visitant planètes arides, cités des plaisirs ou souks hauts en couleur, quand leur vie va être bouleversée par trois idées simples : Liberté, Égalité, Fraternité.

À travers le carnet de l’aspirant navigateur, vont se dessiner alors les amours et ambitions de chacun face à un pouvoir fédéral hypocrite.

La critique de Mr K : Nouvelle très belle lecture chez avec Tous les hommes... d’Emmanuel Brault, un auteur qui m’avait déjà beaucoup séduit avec Walter Kurtz était à pied, une dystopie cinglante et très bien menée. Changement de genre ici avec un livre de SF lorgnant vers le space opéra dans lequel on retrouve la verve engagée et critique d’un auteur décidément plus que doué !

Au cœur de l’intrigue, trois personnages cohabitent dans un vaisseau dont la principale mission est de livrer de l’hydrogène, principale source d’énergie du futur. Le capitaine Vangelis est un homme introverti, à la sagesse profonde et à la froideur de façade. Son jeune apprenti Astide découvre la vie et se forme à devenir un ulysse, une caste dont la fonction est de s’occuper des échanges commerciaux. Et il y a enfin Alfred, le mécano, différent par sa nature même (c’est un centaure), il rêve d’un monde plus juste où lui et ses congénères seraient traités comme des êtres humains.

Ces trois individus ont des liens puissants qui les unissent, vivant ensemble dans un espace réduit. Multipliant les missions, les voyages, ils se rapprochent forcément et cela accentue leurs ressentis, leur symbolique même. L’amour impossible entre le capitaine et son mécano, l’amitié pure et unique entre l’apprenti et le mécano, le lien unique entre le maître et son disciple. Cela donne à lire de magnifiques pages sur le rapport à l’autre, les émotions qui nous émeuvent, nous transportent mais aussi nous font souffrir. On passe par tous les états durant cette lecture. Emmanuel Brault nous offre des personnages complexes, profondément humains et mus par des motivations parfois antagonistes qui provoquent des situations dramatiques et vont les appeler à se déchirer malgré toute l’affection qu’ils ont les uns pour les autres.

En filigrane, ce roman est une dénonciation sans fard des injustices, de l’exploitation et surtout de l’hypocrisie de nos sociétés qui n’hésitent pas à arborer des valeurs sur les frontons de leurs édifices officiels qu’ils ne respectent même pas. La France dans ce roman est un empire fédéral composé de 84 planètes, elle a conservée sa fameuse devise mais à travers le sort réservé aux centaures, considérés comme des animaux, des êtres que l’on peut asservir sans complexe moral, elle trahit ses idéaux et se révèle être une puissance colonisatrice aliénante et sans éthique. On ne peut s’empêcher durant cette lecture de penser à notre Histoire récente comme le statut des algériens ou encore des kanaks qui n’étaient que des citoyens de seconde zone, aux droits limités au sein de l'Empire français. Alfred dans ce roman sonne la révolte, la possibilité d’une révolution, d’une libération. Ce personnage haut en couleur va peu à peu s’humaniser, prendre conscience de la nécessité de la lutte à commencer par la possibilité de représenter les centaures dans les instances politiques. Il brise par là même un certain conditionnement mental qui l’empêchait jusque là de voir les possibilités qui s’offrent à lui.

Tous le personnages vont donc évoluer chacun à leur manière mais chez Alfred c’est plus prégnant. Pour Vangelis, c’est plus intime, plus discret. Quant à Astide, c’est plus classique, c’est la maturité, la prise de conscience de la dualité des hommes et des révélations parfois dures à avaler. Le récit prend donc une dimension initiatique, universelle même car tout ici est transposable dans des choses vues ou constatées dans nos vies respectives. L’ensemble respire l’intelligence, la finesse et l’humanité.

Le background SF est aussi très bien rendu avec de très belles inspirations et des clins d’œils nombreux aux mythes grecs et romains, à la culture littéraire française (le nom des rues, des planètes, les dénominations des différentes castes...). L’ensemble est gouleyant servi par une langue inventive, virevoltante qui procure un plaisir de lecture total. Une super expérience entre aventure humaine, réflexion et philosophie qui se lit facilement et se révèle addictif dès le départ.

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