un grd bruit de catastrophe

L’histoire : Voilà longtemps que Louise Fowley n’avait pas emprunté la route 385 pour rejoindre Val Grégoire, une petite ville au nord du nord de la forêt boréale. C’est là qu’elle a passé son enfance avec Marco Desfossés, le fils du despote local, et le clairvoyant Laurence Calvette. Ensemble, ils formaient un trio flamboyant. Jusqu’à l’événement. Aujourd’hui, vengeance en bandoulière, Louise est prête à relancer les dés, racheter ce qui peut l’être.

La critique de Mr K : C’est encore une superbe lecture que je vais vous présenter aujourd’hui avec Un grand bruit de catastrophe de Nicolas Delisle-L’Heureux, un ouvrage venu tout droit du Canada, paru aux éditions Les Avrils en ce début d’année. On est littéralement emporté par cette histoire d’amitié bouleversée par le destin dans un microcosme géographique frappé par un fatum implacable. Rajoutez là-dessus la langue si chantante qu’on ne trouve que de l’autre côté de l’Atlantique, une gestion parfaite des personnages et vous prenez une très belle claque littéraire.

Louise, Marco et Laurence se rencontrent à l’école de Val Grégoire. Entre eux c’est une évidence. Louise est la cheffe naturelle par son bagou et son charisme, Marco est le dernier né des caïds de la localité il est la force brute du groupe et Laurence est le plus discret, sans doute aussi le plus sensible. Chacun se débat avec sa vie à sa manière : l’une a des parents bigots extrêmement rigides, l’un veut sortir de sa condition et l’autre subit sa famille qui l’aliène. Une chose terrible va se dérouler et va les séparer définitivement. Louise va être éloignée de la ville et elle ne reviendra que bien plus tard. L’auteur nous invite à suivre successivement les trois protagonistes, croise les informations pour livrer un récit dense et marquant.

On s’attache immédiatement à ces trois personnages, trois jeunes un peu paumés dans une ville qui ne l’est pas moins. Nicolas Delisle-L'Heureux nous offre des portraits très justes, touchants et sans pathos des trois gamins (et que l’on va suivre aussi plus grands). La vie est rude là-bas. Pas que le climat, l’ambiance est pesante. Val Grégoire d’ailleurs est un personnage en soi avec ses coutumes, sa communauté reculée qui obéit parfois à ses propres règles pour le pire. La mairie s’hérite de père en fils, le magnat local règne un peu en despote, dépasse ses fonctions, il édifie littéralement la ville (dans les pas des pères fondateurs). Là dessus se greffe une population taciturne, encroûtée dans ses habitudes, avec en toile de fond un certain marasme culturel et économique. Et pourtant, c’est leur ville à ces trois jeunes, et ils l’aiment.

On rentre dans l’intimité familiale de Louise, Marco et Laurence avec son lot de révélations, de conditions de vie difficile, de conditionnement aussi. Nous ne sommes que le fruit de notre éducation, de nos gènes aussi (ici ou là dans le roman, la filiation est claire entre certains personnages), ces trois-là sont abîmés par la vie, marqués dans leur chair et leur esprit par la violence larvée qu’ils côtoient, l’isolement de Val Grégoire qui enferme les espoirs et les paysages froids et enclavés. Malgré les difficultés, chacun cherche cependant à changer, à évoluer, à conquérir une forme de liberté, d’émancipation, d’apaisement aussi vis à vis des adultes qui sont tout sauf des modèles ou des référents bienveillants. À ce propos, des scènes chocs m’ont littéralement retourné, on se dit parfois qu’on est bien peu de chose face aux autres, aux événements, aux actes déviants qui peuvent changer à tout jamais une vie. Cependant l’ensemble reste solaire, lumineux, porteur d’espoir à sa manière malgré une rudesse de l’existence.

La construction de l’ensemble est très réussie, maligne. Tout n’est pas dévoilé d’un coup, c’est au fil des différentes trames que les événements s’entremêlent, que les pièces du puzzle s’assemblent laissant alors voir une toile d’ensemble complexe et très bien construite. L’écriture est très inventive à sa manière aussi, il y a le ton québecois bien sûr mais pas que... In supplément d’âme, un attachement profond aux personnages et un rythme qui ne se dément jamais. Tout cela concourt à une addiction profonde et durable jusqu’à un dénouement parfait qui cloue littéralement sur place le lecteur.

Une sacrée découverte et un nouveau nom à retenir sur la scène littéraire. Un grand bruit de catastrophe est à lire absolument!