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L’histoire : Croire les prophéties.

Celui qui étreint l’âme du désert, qui chevauche et détruit les mondes, n’a que peu de pitié pour ses ennemis et son peuple.

Du haut de Salabanka, la ville dorée, il s’enorgueillit du Destin que l’oracle lui a confié. Alors, quand la sibylle lui ordonne de trouver un bras droit, il s’exécute. Il lui faut un guerrier à l’âme de chien prêt à tout pour accomplir l’avenir glorieux de son maître.

La critique de Mr K : Chronique d’un gros coup de cœur aujourd’hui avec L’Âme du chien d’Antoine Ducharme, un roman de fantasy métaphysique absolument dément. Conte, mythe, récit initiatique se conjuguent dans une langue poétique et évocatrice au possible. Top de chez top !

Alandros aka le cavalier aux poings de colère est venu du désert, il est venu, il a vu et il a vaincu ou presque... Guidé par un oracle qui lui a prédit le plus grand des destins, il a terrassé nombre d’ennemis mais il n’arrive pas à porter le coup de grâce à l’empire de l’ancien monde qui continue de lui résister. La sibylle lui dit qu’il va devoir trouver un guerrier, le meilleur d’entre tous, celui qui deviendra son bras armé et finira d’asseoir sa domination. C’est alors qu’apparaît Klane, guerrier mystérieux qui va survivre aux terribles épreuves imposées par Alandros pour devenir son soldat à l’âme de chien. Mais ce n’est que le début d’un récit qui conjugue dès lors fantasy épique et récit initiatique.

On est avec cette œuvre loin de la figure du roman ou de la saga de fantasy classique. La taille tout d’abord interpelle. Là où le genre se traduit souvent par de belles briques bien pesantes, on se retrouve ici face à un livre de 120 pages à peine, une sorte de novella en quelques sorte, format apprécié notamment dans la SF. Clairement, je trouve qu’ici ou là (promotion officielle, articles de blogs ou revues spécialisées), on appuie trop sur le mot fantasy pour décrire cette œuvre qui m’a fait plus penser à du Homère ou encore davantage à Laurent Gaudé et son superbe La Mort du roi Tsongor entre fracas des batailles, esprits torturés et aspect épique mis en avant par une langue inventive et évocatrice à souhait.

Au cœur du récit donc, deux hommes, deux figures tutélaires qui se ressemblent, s’opposent, se complètent, se rejettent au fil du temps, au gré des événements, mus tous les deux par quelque chose qui semble les dépasser, une flamme qui les habite, les meut. Figures guerrières, la mort et la destruction hantent ces pages d’une rare virtuosité lyrique pour évoquer la brutalité, les combats, le sang répandu pour un idéal commun inspiré par des paroles divinatoires et autres légendes que l'on se transmet à toutes les échelles de la société. Le pouvoir puis le doute, l’accablement, la résignation et une certaine forme de rédemption sont au menu de cette quête de sens qui apparaît en filigrane du récit et finit par nous éclabousser par sa pureté et sa beauté dans des dernières pages inspirées et inspirantes.

Alternant fureur, pensées et moments plus intimistes, L'Âme du chien ne nous laisse aucune échappatoire. Le souffle épique nous capte irrémédiablement, le récit devient initiatique, philosophique avec des réflexions sur le destin, la volonté mais aussi le sens de la vie, de l’accomplissement. Qu’est-ce qu’un héros finalement ? Le reste-t-on ? Est-ce même un sort enviable ? A travers la dualité Alandros et Klane, l’auteur évoque tout cela et rappelle le douloureux choix proposé à Thétis la mère d’Achille à qui on proposait à son fils une vie courte et glorieuse ou une vie longue mais insignifiante. La dimension mythologique de l'âme du chien est prégnante, les références nombreuses et a comblé l’amateur que je suis de récits antiques.

Il n’y a pas à tortiller, il faut lire l’ouvrage d’Antoine Ducharme qui porte très bien son nom - sic -. Lecture hypnotique, merveilleuse et sombre à la fois, c’est davantage qu’un livre de fantasy, c’est une fenêtre sur l’humanité et les histoires qui la fondent dans ses croyances et ses actes. C’est beau, profond, cryptique et clair à la fois, c’est un chef d’œuvre.