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L’histoire : À son zénith, Valyria était la plus grande ville du monde connu, le centre de la civilisation. Au sein de ses remparts brillants, deux fois vingt maisons rivales se disputaient le pouvoir et la gloire, à la cour et au conseil, s'élevant et chutant dans une lutte sans fin, subtile et souvent féroce, pour la domination. Les Targaryen étaient loin d'être les plus puissants seigneurs dragons, et leurs rivaux virent dans leur fuite vers Peyredragon un acte de capitulation, de poltronnerie. Mais Daenys, la fille pucelle de lord Aenar, qu'on connaîtrait désormais à jamais sous le nom de Daenys la Rêveuse, avait prédit la destruction de Valyria par le feu. Et quand survint le Fléau, douze ans plus tard, les Targaryen furent les seuls seigneurs dragons qui survécurent.

La critique de Mr K : "Faute de grives, on mange des merles" est la maxime qui s’applique à cette lecture époustouflante qui ne doit cependant pas cacher que George R. R. Martin se fait furieusement attendre pour clôturer sa saga culte du Trône de fer, en espérant qu’il le fasse de fort belle manière et pas de façon convenue et bâclée comme ce fut le cas pour la version télévisée. Feu et sang qui raconte l’unification des sept royaumes de Westeros sous la bannière des Targaryens en est une sorte de préquelle, se déroulant plusieurs siècles avant les événements de Game of thrones. Sous la forme de chroniques à la mode médiévale (on pense forcément à Froissart, un auteur culte étudié à la fac en long, en large et en travers pour ma part) avec des dragons et un soupçon de magie en sus, on passe un extraordinaire moment (long de plus de 900 pages tout de même !) et on retrouve tout le talent du bonhomme avec le plaisir de découvrir l’origine de beaucoup d’éléments qui ont leur importance dans l’œuvre sus-citée.

Écrit donc à la manière d’une chronique historique, s’interrogeant souvent sur les sources disponibles, mêlant ressenti, hagiographie et écrits plus apocryphes voire tendancieux (les textes de Champignon, un nain bouffon de profession écrivain à ses heures perdues), tout débute par la fin de la mythique Valyria et l’exil sur l’île de Peyredragon des Targaryens, famille noble aux membres à la chevelure argentée et aux yeux mauves qui ont l'avantage certain de maîtriser des dragons. Oui oui, ça peut surprendre au départ! Cette île fait partie d’un continent, Westeros, où cohabitent sept royaumes qui se font la guerre depuis des générations et des générations. Rien ne semble pouvoir atténuer ces querelles et cesser les hostilités, et pourtant...

Sous l’impulsion d’Aegon Ier dit le conquérant, les Targaryens vont réussir à unifier tout ce petit monde à force de guerres, de tractations et de marchés. Le plus dur sera ensuite de faire fructifier cette réussite, développer Westeros et conserver cette unité autour de la figure du roi Targaryen et de ses successeurs. L’auteur déroule alors les événements sur trois / quatre générations qui vont devoir tout faire pour conserver l’héritage de leur illustre ancêtre. Ce ne sera pas une mince affaire et l’on peut compter sur l’imagination folle de George R. R. Martin pour leur donner du fil à retordre !

La saga Game of thrones avait donné le ton auparavant avec son lot de coups fourrés, de trahisons, d’atrocités commises au nom de la raison d’État ou d’intérêts familiaux et / ou personnels. On n’est pas en reste ici avec des personnages qu’on n’oubliera pas de sitôt à commencer par les Targaryens qui sont au centre de tout et qui compilent puissance terrifiante avec leurs dragons, une tendance à l’inceste fort poussé pour conserver la pureté de leur sang (à l’instar des anciens pharaons d’Égypte, frères et sœurs se marient entre eux) et une tendance à l’hybris et la folie que ne renieraient pas ceux que l’on croise plus tard dans la saga du Trône de fer. Ça défouraille sec, ça ne s’encombre pas de la morale élémentaire et l’on assiste à beaucoup de scènes rudes, éprouvantes même parfois. Personne n’est à l’abri dans ces pages, ne vous attachez pas trop aux personnages, certains disparaissent très vite ou même après des cinquantaine de page, fauchés par les circonstances ou un événement survenu de nulle part et qu’on n’a pas pu anticiper.

Et si il n’y avait qu’eux...Tous les protagonistes sont plus affreux et machiavéliques les uns que les autres. Les plus respectueux et gentils sont souvent leurs premières victimes. J’avoue que mon côté sadique a été pleinement satisfait. Les mœurs de l’époque sont dures aussi, on meurt jeune, les épidémies sont une réalité assez courante. Ce moyen-âge fantasmé est très réaliste si on enlève les dragons et les pointes de fantastique que l’on peut croiser ici ou là, j’ai adoré cette immersion et franchement on ne s’ennuie pas une seule seconde, les 900 pages se lisent très facilement et avec un plaisir renouvelé. Surtout qu’on en apprend beaucoup sur les origines de Westeros, sur certains lieux et leur toponymie, certaines lignées familiales, les brouilles en jeu, le développement du pays notamment les routes royales, l’urbanisme et la montée en puissance de Port-Réal notamment. Je me suis un peu retrouvé comme sur les bancs de la faculté sauf qu’on étudie là un monde imaginaire. Passionnant, dépaysant et furieusement addictif.

Je pourrais discourir des heures sur cette intégrale mais je vais arrêter là. C’est un pur bijou qu’il faut absolument lire si on est fan de Game of Thrones et de fantasy. Les historiens peuvent s’y coller aussi tant la démarche détone et impressionne. Un pur bonheur dans une version magnifique avec son lot de cartes (j’adore), un arbre généalogique et des illustrations régulières tout du long du récit. Une lecture ultime !

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