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L’histoire : Un été incandescent dans la vie de la future Gisèle Halimi.

Juillet 1945. Chaque matin, sous un soleil brûlant, Gisèle piétine devant la Résidence générale de Tunis, déterminée à obtenir le papier qui lui donnera des ailes : un ordre de mission avec Paris pour horizon. Car Gisèle veut étudier à la Sorbonne et devenir avocate. Elle veut lutter contre l'injustice, elle veut se battre pour le droit des femmes - deux combats qui s'enracinent dans son enfance.

Face à la mer, l'été de ses 18 ans, Gisèle navigue dans ses souvenirs, le regard tourné vers l'avenir.

La critique de Mr K : Très belle lecture à nouveau dans la collection Litt’ d’Albin Michel, une collection qui s’adresse à un public plus jeune et dans laquelle j’avais beaucoup aimé Alice, 15 ans, résistante de Sophie Carquain. Dans La Révolte au cœur, Maïa Brami s’attaque à une figure majeure du combat des femmes, Gisèle Halimi ni plus ni moins, une femme disparue récemment (2020 déjà) et que j’admire au plus haut point. Cet ouvrage revient sur un moment clef de sa jeunesse, lorsqu’elle s’apprête à réaliser son rêve, partir pour Paris pour étudier le droit, devenir avocate pour pouvoir combattre les injustices.

C’est que Gisèle a déjà une forte personnalité dès son plus jeune âge. Brillante, persévérante et engagée, elle sait depuis petite qu’elle veut devenir avocate avec un e comme elle le dit souvent. Dans le milieu juif tunisien de l’époque, les filles ne sont pas vouées à faire de longues études et à s’émanciper. Bien au contraire, elles restent dans l’ombre du père, pater familias tout puissant (quoique dans ce domaine, le paternel est ici plus progressiste qu’il n’en a l’air), les filles doivent se marier, but ultime d’une existence où la famille, les enfants, la descendance sont au cœur des projets de la communauté. Gisèle n’en a cure, elle veut exister pour elle-même et ne se retrouve pas dans ce projet de vie tout tracé qu’elle trouve avilissant et passéiste.

En cela, elle s’oppose constamment et assez violemment à sa mère qui s’apparente à la tradition, l’icône que l’on doit renverser pour se révéler à soi (voir chronique sur À l’est d’Eden de Steinbeck). Cela donne des scènes fortes, très émouvantes, remuantes, où la jeune fille à l’esprit vif se heurte frontalement aux attentes de son milieu social qui ne correspond pas à sa quête d’épanouissement personnel, à ses convictions profondes. Dès sa jeunesse et plus particulièrement son adolescence et son existence de jeune adulte, la vie de Gisèle Halimi fut un combat. C’est très bien retranscrit ici avec une finesse et une justesse des mots qui font écho aux romans autobiographiques d’Halimi dont s’est inspirée l’auteure en imaginant les scènes d’interactions familiales qui nous sont ici proposées.

J’ai aimé suivre la lente maturation de la femme en devenir à travers les stratagèmes déployés pour pouvoir lire des livres en cachette, les échanges de haute volée avec sa mère et leurs rapports complexes, la relation unique qu’elle noue avec son père partagé entre deux mondes (la tradition et l’émergence de la femme libérée), les scénettes du quotidien, les petites incartades culturelles et sociales qui permettent de mieux saisir les protagonistes et le contexte particulier de l’époque (la colonisation française, la fin de la guerre et les américains, les rituels sociétaux notamment). C’est bien simple, l’immersion est totale, l’addiction quasi immédiate avec un style accessible et exigeant à la fois.

On s’attache immédiatement à cette jeune Gisèle qui fait bouger les lignes dès son plus jeune âge et qui va faire progresser la lutte féministe bien plus tard. Cette évocation des racines de ses combat est vraiment remarquable sans pour autant tomber dans la démonstration factice ou lénifiante. On est ici dans l’humain, l’intrinsèque, la volonté pure. Cette lecture fut vraiment très plaisante, envoûtante et finalement très enthousiasmante. Une vraie et grande réussite qu’il faut partager, discuter et faire découvrir aux jeunes générations car comme chacun sait, le combat doit continuer tant la cause des femmes mérite qu’on l’entretienne et qu’on la perpétue.