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L’histoire : Une sirène retentit dans la nuit. Puis ce sont les cris, les aboiements, le martèlement des bottes sur la terre gelée...

En septembre 1939, quand la guerre éclate, Alice a 15 ans et des rêves plein la tête. Elle se confie dans son journal, écrit des lettres à sa grand-mère, au garçon qu’elle aime en secret, à sa meilleure amie de confession juive. Elle aimerait qu’Hitler disparaisse. Plus tard, face à l’occupant allemand, Alice ressent le besoin d’agir : avec ses parents, elle brave un à un les interdits, distribuant des tracts, hébergeant des aviateurs alliés... Mais un jour, tous les trois sont arrêtés. Alice est déportée au camp de Ravensbrück, où commence pour elle une nouvelle forme de résistance.

La critique de Mr K : Une sacrée claque que cette lecture jeunesse qui aborde une période terrible de notre Histoire commune avec tact, pédagogie et justesse avec ce récit à la première personne qui touche en plein cœur. Alice, 15 ans, résistante de Sophie Carquain évite les écueils du genre en ne tombant pas dans le pathos ni l’accumulation indigeste. On suit avec admiration puis appréhension le destin d’Alice dans la tourmente des années 40...

Alice est une adolescente comme les autres. Elle va au lycée, elle a ses copines, un amoureux secret à qui elle n’a jamais avoué son tendre attachement, un jeune frère un peu relou et des parents attentionnés. Elle aime rire, passer du temps avec ses amies, lire, écouter de la musique et l’école lui plaît bien. Elle a pour projet de devenir vulcanologue. Seule ombre au tableau, un contexte international de plus en plus tendu avec notamment les gesticulations d’un moustachu en colère ayant pris le pouvoir en Allemagne en 1933. La guerre se rapproche et chacun craint le pire quand le conflit éclate.

C’est alors l’invasion de la Pologne et l’entrée en guerre de la France. Alice nous raconte sa traversée de la guerre. L’étonnement face à la Drôle de guerre puis l’occupation. Sa famille rentre en résistance en distribuant des tracts, elle participe activement sans se poser de questions. Il faut défendre son pays et aider comme on peut. Puis d’autres besoins se font sentir pour la cause, ils cachent des aviateurs anglais dans la maison familiale et aident à la fabrication de faux papiers. Malheureusement trahis, ils vont être arrêtés et c’est le départ pour le camp de travail de Ravensbrück où Alice va désormais apprendre à survivre pour une fois de plus résister.

Écrit à la première personne, ce roman se lit d’une traite. Très accessible, réaliste au possible, on se prend d’emblée d’affection pour Alice dès les premiers chapitres. Elle nous raconte par le détail ce qu’elle traverse et l’on explore à hauteur d’ado un conflit qui la dépasse et qui va la forcer à mûrir avant l’âge. Le portrait est touchant, émotions et sentiments se mêlent dans ces pages hantées par une situation générale épouvantable qui a balayé toutes les certitudes et espoirs que les personnages nourrissaient. Alice doit traverser cela, sa famille aussi. Vous imaginez bien que le sort sera funeste pour un certain nombre de ses membres...

Le background est fidèlement retranscrit et aucun aspect du conflit n’est oublié : de l’attente insoutenable face aux incertitudes d'un conflit qu'on sent imminent, l’exode, l’occupation entre résistance mais aussi collaboration, les arrestations arbitraires, le sort réservé aux juifs (sa meilleure amie est de cette confession), la clandestinité, le rationnement, les rafles, la déportation en train dans les conditions que l’on connaît, la vie dans un camp de concentration, le retour au foyer et le déchirement intérieur qu’on ne réparera jamais. Ce roman respecte parfaitement l’Histoire, facilitera sans doute sa compréhension pour nos jeunes à qui cette matière peut faire peur (et à raison souvent...).

On arrive à la fin du livre sans vraiment s’en rendre compte même si la tension s’accumule et provoque un serrement de cœur terrible et durable. On referme alors Alice, 15 ans, résistante heureux de cette lecture brillante, forçant la réflexion et nourrissant la mémoire collective. Un indispensable.