peuplerlacollinececiliacastelli

L’histoire :

"Il est parti vers où ?
– Vers là...
– Tu en es sûr ?
– Non... je ne sais plus... C'est peut-être la sorcière...
– Dis-nous, Frédéric, tu as vu une dame ? Elle est venue vous parler ?
– Non, non ! Je n'ai vu personne. Moi, j'suis retourné voir les autres... Après je ne sais pas pourquoi, il n'est plus revenu. "

Ainsi disparaît le jeune Romain Poittevin lors d'une sortie scolaire sur la colline de Crussol. Et c'est le destin de tous ceux qui l'ont connu qui va s'en trouver bouleversé.

La critique de Mr K : J’avais adoré il y a deux ans ma lecture de Frères soleil de Cécilia Castelli, un ouvrage hypnotique qui m’avait fait découvrir la merveilleuse et poétique plume de son auteure. Elle revient en force pour cette rentrée littéraire 2022 avec Peupler la colline, un livre que j’ai également dévoré avec un plaisir sans borne. Un enfant perdu et c’est la vie de toute une communauté d’âme qui est chamboulée. C’est beau, profond et addictif, un grand moment de lecture.

Lors d’une sortie scolaire, Romain 10 ans disparaît sans laisser de traces. Ce fait dramatique bouleverse à jamais l’existence de nombreuses personnes à commencer par ses parents, son frère et sa sœur, son institutrice ou encore son meilleur ami d’école. Par petites touches, via de courts chapitres chorales, l’auteure fait le pont entre passé et présent pour explorer avec une sensibilité à fleur de mots les psychés de ses personnages et finira par lever le voile sur le mystère enveloppant la disparition de Romain.

D’un chapitre à l’autre, on voyage donc d’une époque à une autre, d’une personne à une autre. La disparition de Romain plane sur toutes ces pages, le vide et l’absence bien sûr, une forme de deuil qui ne dit pas son nom mais aussi la vie qui doit continuer malgré tout. On suit donc la séparation des parents qui ne peuvent plus se regarder sans penser à leur fils disparu, la colère du grand frère qui culpabilise de n’avoir pas su / pu protéger son fragile petit frère, la fin de vie de Mme Drumont (l’instit), le parcours de Frédéric après la perte de son camarade de classe.

À travers tous ces personnages, leurs réactions, sentiments mêlés, Cécilia Castelli explore l’âme humaine avec une clairvoyance, une douceur, je dirai même une certaine bienveillance. Il est difficile de caractériser l’indicible et pourtant elle y arrive parfaitement. Par le biais du réalisme magique principalement, elle atténue la souffrance en jeu sans jamais l’annihiler, elle la domestique, nous la rend intelligible, douloureuse mais aussi profondément humaine. Cela donne de très belles pages où la fantasmagorie s’invite, lorgnant vers le conte et ses figures obligées, le voyage initiatique à vertu philosophique où l’on peut communier parfaitement avec la nature et certains animaux. Cela élève le roman, le porte vers des horizons insoupçonnés alors qu’au départ nous n’assistons finalement qu’à des scènes plutôt banales en famille, à l’école ou encore dans une maison médicalisée.

La figure du jeune Romain, un enfant différent qui ne coche pas toutes les cases ressort du livre, l’auteure nous en offre un portrait touchant et d’une justesse incroyable. On arrive à se mettre à sa place, on ressent son appréhension puis sa peur. Je n’en dirai pas trop pour éviter d’en dévoiler plus que de raison mais le parcours de ce personnage est particulièrement fort, on reste sur les genoux après avoir refermé cet ouvrage qui se lit vraiment trop vite... c'est l'unique défaut de l'ouvrage, on en aurait bien repris une centaine de pages supplémentaires tant on est happé par le récit.

D’une beauté à couper le souffle, un style poétique, immersif, toujours proche de son sujet sans pour autant être terre à terre, on vole littéralement de pages en pages, l’addiction est totale, les émotions diverses, toujours vraies et au final, on a pleinement conscience d’avoir pris une très très belle claque. Peupler la colline est un roman à ne louper sous aucun prétexte.