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L’histoire : C’est l’histoire d’une bande de garçons partis marcher en montagne au cours de l’été 1994 et qui, de conneries en jeux de pouvoir, vont glisser peu à peu dans une spirale tragique. Pour comprendre leur groupe, il faut s’y immerger, sentir son souffle de liberté, partager sa bêtise joyeuse, se laisser happer par sa mécanique cruelle.

Vingt-cinq ans après les faits, Étienne, le narrateur, exprime le besoin absolu de dire la vérité, au-delà de la version officielle, sur ce qu’il s’est passé durant cette nuit terrible au cours de laquelle l’un des gars a disparu. Écrire devient alors pour lui un moyen d’exister à nouveau en dehors du mensonge et du secret. Il entend ainsi redonner à chacun la place qui lui revient, pour mieux reprendre la sienne. Il lui faut pour cela reconstituer chacune des journées qui ont précédé l’accident, car la vérité n’est pas si évidente, elle a plusieurs visages. Pour comprendre, il faut plonger dans le groupe, sentir son souffle de liberté, partager sa bêtise joyeuse, se laisser happer par sa mécanique cruelle.

La critique de Mr K : Attention grosse claque ! À mes yeux, ce roman est un des meilleurs que j’ai pu lire depuis le début de l’année, un uppercut bien senti dans l’estomac doublé d’une étude sensible et réaliste de l’adolescence. Appelez-moi César de Boris Marme est une œuvre au charme vénéneux, un livre qui rend accro immédiatement malgré une tension qui monte crescendo et une fin terrifiante à sa manière. Venez vous promener un peu avec moi à la montagne en compagnie d’une bande de jeunes fous qui flirtant constamment avec les limites vont finir par les franchir et changer à jamais leur existence !

Milieu des années 90, des garçons (et une fille) se retrouvent dans un camp randonnée encadré par deux prêtres rodés à l’exercice et une infirmière qui s’assure que tout se passe bien. La montagne a ses codes et ses risques induits. L’idée est de marcher tous les jours, de profiter des paysages et d’auto-gérer le soir le campement avec les tâches qui vont avec (préparation des repas, vaisselle, montage / démontages des tentes). Une expérience enrichissante en soi, les bienfaits de la vie de groupe avec une répartition des tâches égalitaire, formatrice et révélatrice de capacités parfois insoupçonnées de chacun.

Bon... ça ne va pas se passer comme prévu mais alors vraiment pas. Au départ, rien de bien méchant, on apprend à se connaître, on se jauge, on se vanne. Puis, ce sont les premiers heurts, défis innocents à priori mais au sous-texte vexatoire. Une figure charismatique (Jessy) émerge du groupe et par sa nonchalance, sa fausse modestie va les entraîner toujours plus loin dans la rébellion, la défiance des règles et l’aiguisage de leur cruauté. Tout cela ne peut amener qu’à un dénouement tragique qui va bouleverser la vie de chacun et pousse le narrateur à revenir sur leur expédition pour essayer de lever le voile de mystère qui enveloppe encore la disparition d’un des leurs lors d’une nuit sans fin. Peut-être aussi parce qu’une certaine culpabilité le mine...

Ce roman est un miroir sans fard de l’esprit adolescent. D’ailleurs à de nombreuses reprises, on s’y retrouve, on se remémore des moments de notre passé. En 1994, j’avais cet âge là, j’écoutais les mêmes musiques et je partageais les mêmes interrogations notamment sur les filles. J’aurai d’ailleurs été très malheureux dans cette bande de mecs qui mesurent leur virilité et leur image à leur propension à se la raconter, mythoner et parfois avilir les autres. Cela va crescendo, gare aux âmes sensibles car c’est crû parfois et l’esprit de groupe est terrifiant, ne laissant peu de place aux différences, à la sensibilité et l’empathie. La mécanique est redoutable, étouffante même au fil du récit qui se déroule sous nos yeux.

On sait dès le début qu’un garçon a disparu. Mais comment ? Pourquoi ? Dans quelles circonstances ? Le narrateur prend son temps, installe une ambiance, une communauté, pour mieux déstructurer l’ensemble dans un final haletant qui m’a particulièrement ému. On passe vraiment par tous les états durant cette lecture. Il faut dire que l’auteur s’y entend pour caractériser ses personnages, les rendre crédibles. Bien borderlines à leur manière (aaaah les ados !), tantôt on se prend d’affection pour eux, tantôt on peste, on rage et l’on se dit qu’on aimerait pas que nos propres enfants les croisent. Et encore, il n’y avait pas les smartphones à l’époque !

Très très bien écrit, subtil tout en étant frontal par moment, Appelez-moi César ensorcelle littéralement, accompagne le lecteur avec une force incroyable et des images resteront longtemps gravées dans ma mémoire. Gros coup de cœur donc, gros choc littéraire que je vous invite à découvrir à votre tour au plus vite.