mardi 7 juin 2022

"La puissance des ombres" de Sylvie Germain

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L’histoire : Pour fêter les vingt ans de leur rencontre au bas des marches du métro Saint-Paul, Daphné et Hadrien ont organisé une soirée à thème : chacun de leurs amis doit porter un déguisement évoquant une station de métro. Mais la fête tourne au drame. L’un des invités tombe mystérieusement du balcon et se tue. Et quelques mois plus tard, c’est au tour d’un autre convive de se rompre le cou en dégringolant des escaliers. Qui sera le suivant ? Quel est le lien entre la fête, les convives, les serveurs qui officiaient, et notre intense désir de réparation ?

La critique de Mr K : Bonne lecture que celle du dernier roman de Sylvie Germain : La puissance des ombres. À la confluence des genres avec un net attrait pour le noir profond, l’auteure avec le talent d’écriture qu’on lui connaît nous projette sur les traces du désespoir et de la folie avec talent malgré quelques menus défauts qui empêchent cet ouvrage d’être considéré comme un de ses meilleurs.

Imaginez, une fête costumée en plein cœur de Paris, dans un appartement d’un quartier cossu. L’heure est à la joie entre vielles connaissances, amis d’amis et une soirée plutôt réussie. Et puis, c’est le drame. L’un des invités tombe du balcon et meurt de sa chute. La police enquête et conclut à un accident. Tout pourrait s’arrêter là mais voila... deux autres invités de la fêtes meurent à leur tour dans des circonstances suspectes. Tout cela est bien louche et arrivé à la moitié du roman, le point de vue change, on passe dans l’esprit de l’assassin (car ce sont bien des meurtres !) et nous explorons sa psyché dévastée et essayons de comprendre quelle vérité cachée se trouve derrière ses actes innommables.

La première partie du roman s’apparente un peu à un jeu de piste. L’auteure s’attarde sur les invités et leurs costumes (tous en lien avec des stations de métro de Paris), les deux serveurs engagés pour la soirée et sur le déroulé des festivités. Je dois avouer que cette partie a un peu freiné mon enthousiasme car finalement son utilité est toute relative concernant la suite du récit. Peut-être n’ai-je pas tout saisi mais j’ai trouvé ces passages finalement longuets et n’apportant pas grand chose à la suite.

Car le vrai sujet n’est pas là. Il surgit dans la deuxième partie du roman avec les chapitres consacrés au tueur, une des personnes présentes à la fête. Passée la surprise de son identité, l’auteure revient sur ses errances entre les meurtres et surtout assène des flashback bien sentis qui expliquent sa psychologie pour le moins perturbée et ses actes désaxés. Ce personnage est vraiment réussi, tout en complexité. On en vient à le plaindre, à comprendre ses pulsions, gestes maladroits et déréliction mentale même si on ne peut accepter et excuser ce qu’il a commis. Ces moments sont vraiment les plus beaux du roman, une beauté sombre, inavouable parfois mais remarquablement mis en mot par l’auteure pour le coup très inspirée.

Sylvie Germain possède vraiment une belle plume, cisèle son propos, embarque alors le lecteur dans un voyage intérieur rude et vient nous cueillir avec une fin terrible bien que prévisible. On passe donc un bon moment même s’il faut s’accrocher au départ.

Posté par Mr K à 15:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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