mardi 29 mars 2022

"Monstres" de Barry Windsor-Smith

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L’histoire : Windsor Smith fait remonter la personnalité complexe de ce monstre iconique à une enfance maltraitée, doublée d'expérimentations scientifiques menées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à partir d'essais scientifiques nazis. Autrement dit : comment la société américaine des années 1950 a engendré un monstre à partir d'autres monstres.

La critique de Mr K: Belle claque encore que ce prêt de l’ami Franck. Monstres de Barry Windsor-Smith est un comics noir et blanc à la fois sublime dans sa forme que profond dans son propos. Via une histoire se rapprochant du mythe de Frankenstein, l’auteur nous offre un portrait touchant et une critique féroce de la société américaine de l’époque. Passionnant et édifiant à la fois !

1964, Bobby jeune américain qui étouffe dans le carcan familial (et notamment sous la houlette d’un père plus qu’autoritaire) se rend dans un bureau de recrutement de l’armée américaine. Perturbé, naïf et prêt à tout pour changer de vie, il se retrouve bien malgré lui dans un programme expérimental secret du gouvernement américain qui poursuit des recherches génétiques entamées par les nazis juste avant la fin du conflit. Transformé en monstre repoussant, destiné à être une arme au service de l’Amérique, il finira par s’échapper dans la nature et tentera de rejoindre les lieux de son enfance car au fond de lui, il reste l’être esseulé et malheureux qu’il a toujours été.

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Il est donc question de monstres dans cet ouvrage mais les pires ne sont évidemment pas ceux que l’on remarque le plus. Pourtant, il a de quoi faire flipper le néo Bobby, montagne de muscles muette qui semble incontrôlable. Mais derrière cette brute épaisse, se cache un être dépossédé de lui-même, perdu et victime de l’arbitraire. Le monstre ici est avant tout un père revenu de la guerre irrémédiablement changé, violent et misogyne faisant régner un ordre martial dans la maison. De nombreuses planches reviennent sur cette figure paternelle tellement espérée et finalement décevante et castratrice. Lors d’un long flashback, l’auteur reviendra sur son expérience militaire et des explications vont étayer le personnage, lui donner une dimension supplémentaire.

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Horrible aussi, la machinerie d’état, l’armée et la recherche qui ne reculent devant rien pour récupérer des travaux prometteurs en terme de développement militaire mais plus que limite au niveau moral. Très mystérieux au départ, la lumière est faite peu à peu sur le protocole appliqué et sur la personne à l’origine de tout cela (dans le genre fou furieux, il se pose là !). Rien ne nous est épargné sur les origines de cette découverte qui fait froid dans le dos et ensuite, lors de la chasse au cobaye, on retrouve les thématiques de la Raison d’état qui supplée les libertés individuelles et le droit naturel de chaque être humain de vivre. On retrouve vraiment cette ambiance du roman de Shelley avec une créature qui échappe à ses créateurs, symbole d’innocence bafouée et naviguant entre sursaut dans la réalité et folie galopante.

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Le rythme est très lent, nous avons affaire à un comics qui mise avant tout sur le développement de ses personnages, leur psychologie est donc disséquée dans toutes leurs ramifications, y compris pour le personnages secondaires. Cela donne une ampleur impressionnante au récit et un cachet certain à cette histoire certes classique mais développée avec brio, montant en pression tout du long de ses pages. Par le biais d’allers-retours présent / passé, on fait le point sur les principaux protagonistes de l’histoire pour mieux cerner leur nature, leur motivations. Le voyage est renversant, profond et jubilatoire.

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La mise en image est aussi sublime que le propos est profond. Respectant les codes du comics, le noir et blanc contrasté sied très bien à l’histoire. Le trait et la technique déployés magnifient la trame, se révèlent dynamiques, fins et décollent bien souvent les rétines. Vraiment une sacrée expérience pour un ouvrage qui rentre directement dans mes classiques du genre. À découvrir absolument si vous êtes amateurs.

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samedi 26 mars 2022

"Petit pays" de Gaël Faye - ADD-ON de Mr K

Petit paysJ'ai déjà lu et chroniqué ce roman le 30/12/12. Mr K vient de le terminer et de le chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Petit pays", ça se passe par là.

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mercredi 23 mars 2022

"Le père que tu n'auras pas" de Luc Leens

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L’histoire : Des nouvelles écrites à hauteur d’hommes et de femmes. Une langue qui coule de source et emporte le lecteur. Douze récits où se mêlent émotion, humour et poésie. Des personnages qui, comme nous tous, ont appris en autodidactes à être parents, enfants, époux ou simplement eux-mêmes.

La critique de Mr K : Nouveau recueil de nouvelles contemporaines paru aux éditions Quadrature au programme de la chronique du jour et encore une belle expérience de lecture pour ma pomme avec Le père que tu n’auras pas de Luc Leens, un auteur belge fort talentueux qui évoque avec finesse et une écriture enlevée les drames et les joies qui peuvent émailler une vie humaine. Lu en un temps record, ces textes aussi divers que variés procurent un plaisir de lecture de tous les instants.

On croise des hommes et des femmes qui livrent ici encore des moments clefs de leurs existences, révélant des secrets de famille et des événements personnels qui ont pu faire basculer leur vie. Un premier amour qui a marqué irrémédiablement un parfumeur inspiré, un sommelier qui va découvrir l’identité du père qu’il n’a jamais connu, le quotidien machiste d’une jeune plombière qui va déboucher sur un acte terrible, un homme retranché chez lui pour faire face à un virus mystérieux, une femme d’un certain âge qui veut faire connaissance avec sa vieille voisine, la découverte d’une bague dans la machine à coudre d’une femme récemment décédée, le passé traumatisant d’une femme ayant séjourné en internat religieux, un enterrement qui va réveiller les souvenirs, une grand-mère qui fait connaissance avec sa petite fille sur le tard et lever le voile sur le passé... et d’autres personnages encore qui se révèlent tous attachants à leur manière.

Luc Leens est un très bon nouvelliste. Il a cette science aiguë de la caractérisation courte et dense à la fois. En quelques mots, paragraphes, il nous emmène à entrer de plein pied dans le quotidien et les pensées de gens à priori ordinaires qui vont se retrouver confrontés à des vérités parfois insoupçonnables. C’est rudement bien maîtrisé avec son lot de surprises et des émotions à fleur de mots qui touchent très souvent juste et fort. On se prend parfois à s’y reconnaître ou à penser à des moments vus, éprouvés et assimilés depuis longtemps. Comme le dit si bien Armel Job dans sa préface, la vie peut parfois se résumer à un assemblage de nouvelles, de fragments de vie pas forcément liés entre eux, sans logique apparente comme c’est souvent le cas dans le roman. L’auteur en fait ici la parfaite illustration avec talent et une profonde humanité.

Dès lors, cette lecture emporte le lecteur, le transporte dans ces vies qui emmènent évasion, réflexion et empathie saisissante. Un très bon recueil que je ne peux que conseiller à tous les amateurs du genre.

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dimanche 20 mars 2022

"Le Palais de minuit" de Carlos Ruiz Zafon

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L’histoire : Calcutta, 1932.

Ben et sa soeur jumelle Sheere, séparés depuis leur naissance seize ans plus tôt, se retrouvent enfin. Mais à peine réunis, les voilà traqués par un mystérieux assassin. Aidé par la Chowbar Society, un club secret créé avec six copains de l'orphelinat, Ben devra faire face à Jawahal, un démon maléfique, une âme damnée qui doit tuer l'un de ses enfants pour trouver le salut... Commence alors une course-poursuite, entre palais abandonnés et trains fantômes.

L'odyssée indienne de deux enfants qui vont tout faire pour échapper au spectre de la terreur et mettre un terme à la malédiction...

La critique de Mr K : Aujourd’hui, chronique du deuxième tome de la Trilogie du Cycle de la brume de Carlos Ruiz Zafon, triptyque jeunesse de l’auteur que Nelfe m’a offert pour mon anniversaire. Le Prince de la brume m’avait beaucoup séduit et je dois avouer que Le Palais de minuit m’a enchanté lui-aussi, peut-être même un peu plus que le précédent. Aventure, mystère, magie et focus sensible sur l’enfance et l’isolement sont au rendez-vous d’un court roman qui se lit tout seul et provoque une addiction immédiate.

Tout débute sur un fleuve au milieu de la brume, un homme pourchassé cherche à cacher ses deux jumeaux qui viennent de naître et dont la mère est morte. Avant d’être rattrapé par les assassins lâchés à ses trousses, il confie les bambins à sa belle-mère qui devra se séparer de Ben (le garçon) qui va se retrouver placé dans un orphelinat tandis que sa sœur Sheere restera avec sa grand-mère car la menace est bel et bien là. Elle ne lâchera jamais ces deux enfants. À peine nés, déjà séparés, vous parlez d’un destin...

16 ans plus tard, Ben et ses six compagnons qui ont formé un club très sélect (la Chowbar Society) constituant la famille des sept orphelins vont être confrontés au passé de Ben. Les événements se précipitent la veille du départ de chacun de l’orphelinat (à 16 ans révolus, les enfants sont relâchés dans le monde et doivent apprendre à vivre seuls), les jumeaux se retrouvent, un homme mystérieux vient réclamer son dû auprès du directeur qui paie cash sa discrétion, les esprits se déchaînent, une malédiction semble à l’œuvre et les révélations vont pleuvoir mettant à mal les enfants mais aussi le lecteur qui ne sait plus vraiment à quel saint se vouer tant la trame se révèle bien plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord.

Comme dit un peu plus haut, ce roman se lit tout seul. La langue de Zafon fait une fois de plus merveille. Délicate, ciselée et très poétique par moments, elle excelle à nous faire découvrir les affres de l’enfance abîmée. Volontiers sombre et mélancolique dans le ton, l’ouvrage met en lumière la solitude et la peine qui habitent des orphelins privés de leurs géniteurs et qui ensemble vont se révéler plus forts, plus résistants face au destin. Chacun a ses qualités et ses défauts, les interactions sont souvent décalées, drôles mais aussi parfois plus intimes et tristes. L’univers de l’enfance est donc très bien rendu, se mêlant très bien avec le contenu fantastique qui rajoute une dimension supplémentaire à l’ouvrage.

Il s’en passe des vertes et des pas mûres par la suite. Il va falloir que les jeunes explorent le passé de la ville, des parents de Ben et Sheere et explorer les ruines de la gare de Jheeter, lieu d’un drame ancien qui pourrait expliquer la présence de cette ombre maléfique que rien ne semble pourvoir arrêter. On se plaît donc à enquêter avec ces jeunes gens qui n’ont pas froid aux yeux et qui se révèlent débrouillards et fidèles à leur serment d’amitié. Longue sera leur quête et le dénouement n’épargnera personne, Zafon n’est pas réputé pour faire dans le consensuel et le happy-end . Comme dans l’opus précédent, on ressort heureux avec un arrière goût amer en bouche de cette lecture.

Un roman à découvrir donc, à lire, à déguster comme un conte noir redoutable et distrayant à la fois. Un bonheur de lecture en plus au tableau de Zafon. Quel regret qu’il nous ait quitté si tôt !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Ombre du vent
- Le Jeu de l'ange
- Marina
- Le Prisonnier du ciel
- Le Prince de la brume

mercredi 16 mars 2022

"Tout est vrai" de Giacomo Nanni

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L’histoire : A Paris, une corneille est témoin d'un attentat terroriste. Se remémorant l'anecdote selon laquelle Rod Taylor, l'acteur principal des Oiseaux d'Hitchcock, aurait durant tout le tournage été harcelé par l'une des corneilles utilisées pour le film, Giacomo Nanni part du postulat selon lequel l'animal est capable d'identifier et de se souvenir des visages humains. De là, il imagine l'une d'elles en témoin des préparatifs d'attentat de la filière jihadiste dite "des Buttes-Chaumont" , suspecte des attentats survenus en France en janvier 2015.

La critique de Mr K : Belle expérience de lecture que je vais vous présenter aujourd’hui avec Tout est vrai de Giacomo Nanni, un auteur que je découvrais avec cet ouvrage qui m’a fait forte impression. Par le prisme d’un regard animal, il aborde un sujet très sensible, les attentats contre Charlie Hebdo et le passé colonial français. C’est superbement illustré et très fin dans l’analyse, j’ai passé un excellent moment.

Tout débute lors d’une anecdote sur le tournage des Oiseaux, film culte d’Alfred Hitchcock où l’acteur principal aurait été harcelé par des corneilles, un oiseau intelligent et capable de souvenirs, et de rancune ! Puis l’action se déplace à Paris où un groupe de corneilles a élu domicile et provoque la colère des habitants du coin qui leur vouent une forte détestation. Seul un policier d’origine maghrébine semble être touché par leur sort et va les libérer d’un piège mis en place pour s’en débarrasser.

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La connexion est faite avec le sujet principal car ce policier sera tué lors de la fuite des frères Kouachi dans une ruelle proche de la rédaction du journal satyrique. L’oiseau-narrateur observe, dissèque nos comportements, y compris ceux d’un groupe d’hommes qui se retrouve régulièrement aux buttes de Chaumont (la fameuse filière djihadiste dont on parle tant et accusée d’être à l’origine des dits attentats). Le regard est froid, clinique, très centré sur les faits et revient notamment sur des fractures fortes comme les relations complexes et les blessures ouvertes sur la période algérienne. Les allers-retours passé-présent sont incessants et nourrissent le récit qui monte en pression crescendo vers l’acte abominable final.

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La trame explore donc les ressorts du drame et éclaire sur la destinée de ces hommes qui ont marqué cette journée terrible. À commencer par le parcours du policier (Ahmed Merabet), les raisons de son engagement dans les forces de l’ordre, l’histoire de sa famille et l’immigration parentale dont il est issu, les interrogations et le rejet qu’il subit de la part de certains de ses pairs qui le considèrent comme un traître. On côtoie aussi les apprentis djihadistes qui justifient leurs actes en puisant dans la propagande dont on leur a farci le cerveau, en faisant des ponts avec l’histoire récente (la Syrie, l’Irak) et plus ancienne (la politique répressive de l’État français dans ses colonies du Nord de l’Afrique). Certains passages sont d’ailleurs des textes relatant des rencontres entre les djihadistes ou encore des scènes de tortures mettant en lumière les pratiques amorales de l’ordre français sur les territoires exploités. Tout ici est amené avec nuance, parcimonie et non de manière didactique.

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La mise en image est somptueuse, on lorgne ici souvent vers le pointillisme, une technique picturale que j’aime beaucoup et qui accompagne merveilleusement bien la lecture. Nous avons affaire souvent à des planches marquantes, qui emportent le lecteur avec ce point de vue aérien propre à la Corneille qui nous raconte ce qu’elle voit depuis le ciel et ses envolées régulières qui s’apparentent à une distanciation bienvenue quand on traite de sujets si sensibles. Malgré une appréhension certaine, on tourne les pages avec grand plaisir et l’on a conscience d’être en face d’une œuvre à part qui apporte une vision différente et nécessaire.

Tout est vrai est vraiment un bel ouvrage qui mixe avec réussite données scientifiques et faits relatés de manière objective, sans jugement et permettant au lecteur de réfléchir, de s’interroger sur les tenants et les aboutissants d’un drame qui nous a tous touché. Une œuvre à découvrir absolument.


mardi 15 mars 2022

"Afterland" de Lauren Beukes

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L'histoire : Plus de 99% des hommes sont morts.

Trois ans après la pandémie qui les a balayés, les gouvernements tiennent bon et la vie continue. Mais le monde d'après, dirigé par des femmes, exsangue d'un point de vue économique, n'est pas forcément meilleur que celui d'avant.

Miles, 12 ans, est un des rares garçons à avoir survécu. Sa mère, Cole, ne veut qu'une chose : élever son enfant en Afrique du Sud, chez elle, loin des États-Unis, dans un sanctuaire où il ne sera pas une source de sperme, un esclave sexuel ou un fils de substitution.

Traquée par Billie, son implacable sœur, Cole n'aura pas d'autre choix pour protéger son fils que de le travestir.

À l'autre bout des États-Unis, un bateau pour Le Cap les attend. Le temps est compté.

La critique de Mr K : Semi déception aujourd’hui avec un ouvrage qui était très prometteur à la lecture de sa quatrième de couverture. Pensez donc : un monde où les mâles ont disparu et qui connaît une inversion totale des rapports de force entre les deux sexes ! Afterland de Lauren Beukes a beau être "vendu" comme un thriller exceptionnel par le King lui-même (paie ton opération marketing), l’entreprise rate son but de capter le lecteur et ceci malgré une idée de départ formidable. Je suis allé au bout des quelques 500 pages de l’ouvrage mais mon Dieu que ce fut long par moment...

Trois ans se sont déroulés depuis qu’une pandémie a donc quasiment rayé tous les hommes de la surface de la planète. Féministe le fléau -sic-. Toujours est-il que le monde est ébranlé, changé à jamais. La civilisation perdure, les gouvernements continuent de conduire les affaires d’état, les femmes sont aux commandes et... ce n’est guère mieux qu’avant avec des autorités états-uniennes autoritaires qui ont proclamé une espèce d’état d’urgence permanent avec notamment les accords de Buenos Aires qui ont instauré la "reprohibition", une loi qui interdit de procréer pour éviter la propagation de la maladie qui n'a pas encore disparu. De nombreuses zones sont livrées à elles-même, des localités entières ont été désertées de leurs habitantes, le crime organisé a pignon sur rue avec un nouveau produit phare: l’homme comme objet de plaisir et sa si précieuse semence. L’ambiance est bonne...

Au milieu de tout cela, on suit donc Cole, mère désormais célibataire depuis la perte irréparable de son mari qui a succombé à la maladie. Par contre leur fils, Miles, a survécu et il semble immunisé. Cela attise les convoitises de l’État tout d’abord qui lui fait subir des batteries de tests pour essayer de trouver un remède et d'une mystérieuse acheteuse qui voudrait bien mettre la main dessus et a engagé pour se faire la propre tante du jeune adolescent, Billie. L’action démarre avec la fuite de Cole et Miles d’un camp gouvernemental et qui laissent derrière eux Billie gravement blessé à la tête... Que s’est-il passé ? Il faudra attendre un peu pour que le voile se déchire, par un savant mélange de road-movie, de pensées intérieures et de flashback, le background s’éclaire et la situation de chacun évolue avec en ligne de mire pour la mère et le fils, un hypothétique bateau qui pourrait les ramener en Afrique du sud, terre d’origine de la famille où les lois sont plus souples et l’avenir de Cole plus ensoleillé.

Ce qui marche le mieux dans ce roman, c’est la relation mère-fille qui est vraiment au centre de tout. On alterne leurs deux voix dans la narration et cela  donne une vision complète et touchante de cette relation à la fois tendre, enveloppante mais aussi compliquée par moment. Miles se transforme, l’adolescence est là, la puberté, et il doit se travestir en fille pour échapper à leurs poursuivants et ne pas attirer l’attention. Le choc est rude, les questions nombreuses à cet âge (la foi, le genre, le sexe, la liberté...) et tout est subtilement abordé dans cet ouvrage qui est un modèle de caractérisation dans ce domaine.

Dommage qu’il n’en soit pas ainsi pour tous les protagonistes. Ainsi, j’aime bien le côté badass de Billie mais parfois trop c’est trop. On perd en crédibilité tant elle tombe dans l’excès à tout crin, rendant un personnage pourtant pathétique au départ parfois ridicule. De manière globale, ça manque un peu de finesse chez les méchantes qui sont alors très très méchantes... Elles n’ont rien à envier à leurs alter-egos masculins et se révèlent pernicieuses et sadiques à souhait par moment. Bon c’est du déjà-vu mais la recette fonctionne avec quelques scènes d’anthologie. Le background est vraiment réussi par contre avec des révélations qui arrivent au compte-goutte et font leur petit effet.

Mais voila, au bout de 100 pages, la mayonnaise n’a toujours pas pris et il m’a fallu me faire violence pour aller au bout de l’ouvrage. La faute finalement à une trame plutôt classique et je trouve un certain délayage dans la narration. Il ne se passe pas grand-chose au final, on est souvent dans le descriptif gratuit, les observations futiles. Je n’ai rien contre si cela sert l’histoire mais ici j’ai trouvé que ça relevait du remplissage pur et simple. Je me suis donc ennuyé ferme à certains moments. Cependant certains passages dont une immersion dans une communauté religieuse itinérante, les flashback sur l’origine des événements et de beaux passages entre Cole et Miles m’ont raccroché et j’ai pu finir le livre.

Rien à redire sur la forme, c’est ma première lecture de cette auteure et elle possède une plume séduisante, évoque de manière assez bluffante un avenir désespérant. Reste que la gestion du rythme et le contenu m’ont paru imparfaits et n’ont pas réellement réussi à me faire chavirer et à me garder éveiller malgré le sommeil certaines soirées. Semi déception donc pour un livre qui divise les critiques à priori, à chacun de se faire son propre avis...

samedi 12 mars 2022

"Départ de feu" d'Adrien Gygax

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L’histoire : Community manager chez Philip Morris à Lausanne, César a 30 ans et mène une vie artificielle de jeune urbain hyperconnecté. Un soir, un incendie ravage son immeuble. Dévasté, César part s'isoler durant deux jours dans un chalet à la montagne, sous l'impulsion de sa hiérarchie. A son retour, il part en quête de sens en se lançant dans des expériences extrêmes.

La critique de Mr K : Un nouvel ouvrage dans l’air du temps aujourd’hui avec Départ de feu d’Adrien Gygax. Entre quête initiatique virant au mystique et constat implacable sur les maux de notre époque, cet auteur que je découvrais avec ce titre procure un plaisir de lire terriblement addictif et propose une réflexion profonde et jubilatoire sur l’évolution de l’Homme.

César, néo-trentenaire vit dans sa bulle virtuelle et jouit d’un bonheur factice. Bossant dans le marketing pour une grande marque de cigarettier, il aime son boulot, mène son existence au gré des notifications de son smartphone et de fêtes avec ses collègues et amis. Novlangue, technologies et apparences pourraient être les maîtres de mot de son existence qui va basculer le jour où un incendie ravage son immeuble. Il découvre les faits en rentrant du travail et les pompiers lui font prendre conscience qu’il a une veille voisine à qui il n’a jamais parlé et dont il ne connaissait même pas l’existence.

C’est tout d’abord la stupéfaction. Comment en est-il arrivé là ? Nier l’existence d’un être humain censé résider juste à côté de chez lui ! S’amorce alors chez lui un grand changement. Il commence à deviner que son existence est très superficielle, basée sur les artifices et qu’il passe finalement à côté de sa vie, loin de la réalité, à commencer par sa déconnexion de la Nature au sens large. Sous les conseils de collègues de travail, il part deux jours dans un petit chalet pour se désintoxiquer du modernisme et du réseau. Il en revient changé, se brouille avec eux de manière très violente (faut dire qu’ils sont quand même très cons et impudents) et il va s’immerger dans la vie de paysan. Il finira même par partir en Polynésie à la quête du Paradis. Expériences, lectures et rencontres vont le nourrir et le transformer à jamais, le conduisant même aux confins de la folie. Gare au réveil !

Le personnage principal n’est vraiment pas des plus agréables au départ. On se situe aux antipodes lui et moi sur un certain nombre de sujets. Autocentré, individualiste, il se berce d’illusions avec ses amis, de jeunes loups qui pensent que le monde est à leur pied. J’ai beaucoup grincé des dents au départ même après l’incendie, je n’arrivais pas à le plaindre, ce pauvre jeune homme riche sur qui s’abat le monde. Et puis, peu à peu, la chrysalide se fend, les rencontres qu’il fait, les réflexions qui se bousculent dans son crâne donnent à voir un César qui semble se réveiller et qui bien qu’imparfait va peut-être se réaliser. L’évolution du protagoniste principal est très finement rendue, non dénuée d’aspérité et de retour en arrière. C’est plein de nuance et cela apporte un réel souffle novateur sur ce récit initiatique très profond.

La réflexion générale est passionnante et totalement ancrée dans notre époque. Le décalage entre l’être humain et son biotope, de la Nature et de son rythme. Au delà du métavers qui n’en est qu’à son balbutiement, Adrien Gygax nous interroge sur notre rapport aux autres, aux écrans et à la connectivité. Ainsi, de manière maligne, il incruste au fil du récit des captations de notifications que reçoit César et qui font écho ou contraste avec les faits rapportés. Il renvoie aussi dos à dos les intégristes de tout bord, des jeunes branchés totalement en apnée aux révolutionnaires écolos extrémistes prêts à tout pour "sauver" la planète. C’est incisif, noir mais aussi parfois très drôle. Sans compter les expériences de César qui virent à l’introspection la plus intime, dans des passages d’une rare poésie qui font décoller le récit, lui donne une touffeur particulière notamment lorsque l’action se déporte du côté de la Polynésie française.

Bien rythmé, équilibré dans sa construction, "Départ de feu" se lit très facilement, quasiment d’une traite tant on prit par l’histoire et son sous-texte. On est partagé constamment entre le sourire et la consternation : notre époque est malade et cela ne va décidément pas en s’arrangeant. Une lecture salutaire et fun que je vous invite à découvrir si le thème vous intéresse.

jeudi 10 mars 2022

"Éteindre le Soleil" d'Ariane Bois

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L’histoire : Depuis toujours, ils forment un bloc. Un père à la Montand, aventurier à ses heures, solaire et flamboyant, engagé à gauche. Une fille, admirative, amoureuse des mots. Ensemble, ils ont traversé les paysages riants de l’enfance mais aussi les pires épreuves : la perte d’un fils et d’un frère, puis celle d’une épouse et d’une mère, disparue à l’autre bout du monde. D’une famille de quatre, ils sont devenus deux, fragiles, blessés, mais obstinés à rétablir leur équilibre. Et puis survient une femme, éprise du père, qui l’apaise.

Pourtant, très vite, l’attitude d’Édith déroute. D’où viennent ces malentendus, ces piques, cette agressivité ? Lors d’un séjour en Provence, tout bascule et la folie s’invite. Jusqu’au vertige.

La critique de Mr K : Cette lecture est mon premier contact avec Ariane Bois, une auteure que beaucoup de copinautes aiment tout particulièrement par ses écrits intimes, touchants et une langue qui a toujours su les captiver. À l’occasion de la sortie de son dernier récit, Éteindre le soleil donc, je me laissai tenter. Je ne regrette pas une seconde. Une fois le livre ouvert, il est vraiment impossible de le relâcher. L’ensemble se lit facilement, avec un plaisir renouvelé. J’émettrai vous verrez en fin de chronique une réserve mais cela tient à la nature intimiste de l’ouvrage et à ma vision des choses.

Ariane Bois revient donc sur la relation privilégiée et intense qu’elle possédait avec son père aujourd’hui disparu. Ces deux là ont vécu l’horreur avec le suicide du frère de l’auteure que personne n’avait vu venir (le paternel est à l’origine pédiatre, vous imaginez le sentiment de culpabilité que cela peut faire naître) et la disparition tragique de la maman lors d’un accident d’hélicoptère au cours d’un reportage à l’étranger. De quatre, ils passent à deux, cela renforce forcément les liens déjà puissants au départ. Le père et la fille s’aiment profondément, partagent tout et malgré les difficultés se serrent les coudes. Il est son héros, son repère et elle est sa raison de vivre, sa fille adorée.

Cet équilibre et ce bonheur vont vaciller puis sérieusement se compromettre avec l’irruption d’Edith dans la vie du père. Dès le départ le courant ne passe pas entre elle et sa belle-fille putative. Jalousie ? Possessivité excessive ? Les remarques désobligeantes se multiplient, froideur et cynisme se mêlent au jeu et un fossé commence à se creuser entre les deux femmes puis une distance se crée entre le père et la fille. Le torchon brûle et la narratrice commence à sentir que sa relation privilégiée avec son géniteur est abîmée, freinée par cette Edith qui semble manipuler son père tentant de reconstruire sa vie après la perte de sa femme. On suit alors l’évolution de la situation, la folie galopante de cette belle-mère particulière jusqu’à la dramatique conclusion avec la disparition du père suite à une maladie douloureuse et longue.

On est immédiatement pris par le tourbillon de sentiments que nous offre une auteure à la plume délicate, enveloppante et à la fois précise. On plonge littéralement dans cette relation si spéciale entre la fille et le père. Petits instantanés multiples, dissection des réactions, des pensées, tout est mis en place pour provoquer l’empathie, le sourire et l’évocation du bonheur familial. Cela rend l’évolution des choses plus tendue, l’appréhension gagne vite le lecteur et l’on sombre avec elle dans l’incompréhension, l’inquiétude et la douleur. Pudique mais cependant expressive, l’auteure nous livre sa souffrance avec justesse, une certaine retenue mais aussi avec profondeur et vérité.

Après tout est une question de perception. On comprend sa douleur, sa peur, Edith semble vraiment épouvantable. Mais je ne peux m’empêcher de penser que le père reste avec elle malgré tout, qu’il ne la quitte pas pour conserver ce lien si fort avec sa fille. Pourquoi Edith agit-elle ainsi ? N’est-elle pas le fruit elle-même de souffrances ou de manquements passés qui pourraient expliquer ses réactions et ses attitudes ? En quoi fascine-t-elle autant le père et réussi-t-elle à le conserver sous sa coupe ? L’auteure parle d’homme sous influence mais il est médecin, semble avoir toute sa tête au départ... Rien ne sera vraiment dévoilé sur elle et c’est normal au final, l’auteure nous parle d’elle-même avant tout et de sa relation avec son père. Il m’a donc fallu accepter que récit intime rime forcément avec une certaine subjectivité mue par les émotions à fleur de peau et de mots ressentis par Ariane Bois. Ce léger "défaut" ne m’a pas pour autant empêché d’apprécier cet ouvrage vif, puissant et profondément humain.

Je vous conseille donc chaudement Éteindre le Soleil. Il vous fera passer un très bon moment malgré des passages parfois difficiles par ce qu’ils induisent sur la fragilité de toute relation humaine.

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mercredi 9 mars 2022

"La fête du printemps" de Silvia Borando

Alors que le mois de mars débute, que les fleurs commencent à éclore et les oiseaux à être de plus en plus présents dans nos jardins, il flotte un doux parfum de printemps. L'occasion est trop belle pour sortir de la Bibliothèque de Little K un album jeunesse sorti en début d'année chez Kimane et qui tombe à point nommé ! Les actualités étant bien moroses, ce petit ouvrage et les yeux de nos enfants s'y plongeant sont plus que les bienvenus...

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L'histoire : Comme chaque année, les animaux de la forêt se réjouissent à l'idée de la prochaine fête du printemps : lièvres, grenouilles et écureuils se précipitent tous vers le grand événement. La tortue, elle aussi, a hâte d'y être et commence son voyage en pensant aux plaisirs qu'elle va y trouver... Mais la fête du printemps sera-t-elle aussi réussie qu'elle l'a imaginée ?

La chronique Nelfesque : Qui ne se réjouit pas de l'arrivée du printemps ? Chaque année, les bourdons, les arbres en fleur et les chants des oiseaux de plus en plus tôt me font chaud au cœur et sont une promesse de chaleur et de jours festifs. C'est aussi ce que ressent la tortue de notre histoire qui est en marche vers la fête du printemps, une fête qui a lieu une fois par an en lisière de forêt et où tous les animaux sont conviés.

La Fête du printemps 4

Minimaliste, cet album aux aplats de couleurs vives, fait la part belle aux répétitions que les tout-petits adorent. Sur chaque double page, la tortue toujours en mouvement, se voit doublée par différents animaux au rythme bien différent du sien. Tous, enthousiastes, se rendent au même endroit qu'elle et la fête s'annonce prometteuse ! Tour à tour nous apercevons un lièvre, un hérisson, une grenouille, des écureuils... qui par leur présence vont faire monter l'empressement dans le cœur de notre tortue.

La Fête du Printemps 2

Cette dernière parcourt les routes en pensant à toutes les belles choses qu'elle va voir et qu'elle va pouvoir faire à cette fête tant convoitée. Les fleurs s'épanouissent, puis les fruits apparaissent. Les feuilles tombent et la tortue est toujours aussi pleine d'espoir. Mais le temps file ! Que va-t-il se passer au moment de l'arrivée de la tortue sur le lieu des festivités ?

La Fête du printemps 3

"La fête du printemps" est idéal pour aborder avec les enfants à partir de 3 ans la notion de saisons, du temps qui passe, des rythmes qui diffèrent d'un être vivant à un autre. Véritable éloge à la lenteur et avec une fin amusante et incongrue, il met en avant les vertus de la patience et de l'amitié qui fait de chaque moment passé ensemble une fête. Un album simple et positif qui amusera les plus jeunes !

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lundi 7 mars 2022

"Urban, intégrale" de Luc Brunschwig et Roberto Ricci

Urban

L’histoire : Zacchary Buzz quitte sa famille de fermiers pour se rendre à Monplaisir, une immense cité dédiée aux loisirs, aux jeux, aux plaisirs... Avec pour modèle Overtime, le plus grand justicier de tous les temps, il rêve d’intégrer la meilleure police du monde : les Urban Interceptor.

Monplaisir est une société hyper contrôlée, dirigée par l’omniprésent Springy Fool. A grands renforts de caméras et d’écrans géants, toute la ville peut suivre en direct les moindres faits et gestes de ses habitants. Monplaisir est également sous le contrôle d’A.L.I.C.E., un système automatisé composé de robots nettoyeurs qui font la chasse aux voleurs, avec des méthodes plutôt musclées...

La critique de Mr K : Nouveau cycle de BD de science-fiction au menu d'aujourd'hui avec les cinq tomes de Urban de Luc Brunschwig et Roberto Ricci, nouveau prêt de l’ami Franck qui décidément a bon goût ! On est ici dans le haut du panier avec une saga crépusculaire et jusqu’au-boutiste qui ne sacrifie jamais au politiquement correct et propose un récit complexe remarquablement mis en image. Une claque !

Zacchary, un grand gaillard de la campagne a décidé de quitter la ferme familiale pour devenir agent de police à Monplaisir, une cité dédiée aux loisirs où il n’y a pas de limite à l’épanouissement personnel. Dans ce monde en vase clos, ultra contrôlé, il va découvrir avec sa naïveté tout d’abord confondante (la suite va lui faire prendre conscience de bien des choses...) la dureté de ce monde idyllique, l’envers du décor, les machinations à l’œuvre, un lieu où il croisera des âmes perdues et des dirigeants omnipotents qui ne reculent derrière rien pour s’enrichir et contrôler cet univers factice et profondément inhumain.

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En cinq volumes, les auteurs ont bien le temps d’installer l’intrigue, de peaufiner leurs personnages. Le premier ouvrage est tout entier consacré à l’exposition, décrivant Monplaisir avec un luxe de détails fascinants où les écrans sont partout, la propagande du maître des lieux constante (on ne peut éteindre les messages et écrans par exemple) et où les vices de chacun s’expriment sans honte et à la lumière du jour. Cité ultratechnologique, où l’Intelligence Artificielle applique les instructions et algorithmes conçus par les têtes pensantes, la plongée donne le tournis, horrifie bien souvent et donne à voir un futur délétère où la morale élémentaire semble inexistante et où l’exploitation des êtres ne connaît pas de limite. L’ensemble s’affine d’ailleurs encore au fil des tomes qui s’avalent à une vitesse folle tant on est happé par le récit.

Zacchary fait un peu figure de Candide au départ, il est pétri de bons sentiments et possède une haute estime de la fonction qu’il va désormais exercer (il a grandi en regardant une série animée policière qui a construit son caractère et nourri ses aspirations). La rencontre avec une jeune femme travaillant dans l’hôtel où il réside va ouvrir la boite de Pandore et briser les rêves que promettent Monplaisir. Il prend conscience alors de la marge, de ces êtres condamnés à errer de secteur en secteur, nuit après nuit sous peine d’exécution sommaire et il va surtout se rendre compte que le squad qu’il a intégré (les fameux Urban interceptor) ne sont finalement qu’un leurre pour amuser les foules et entretenir un semblant de paix sociale maintenue en fait d’une main de fer par un système totalement automatisé.

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Mais il en faudra du temps pour que la lumière se fasse. Les auteurs poussent la contextualisation en s’intéressant à une foultitude de personnages pas si secondaires que ça entre un flic du nord venu enquêter sur de mystérieux attentats, un jeune garçon qui s’échappe de son appartement et à sa nounou robotisée, au génie frustré qui a construit A.L.I.C.E (la fameuse I.A) et qui derrière son déguisement de lapin rigolard cache un véritable monstre lui-même sous influence, et même A.L.I.C.E en elle-même. Les flashback s’enchaînent, les pièces du puzzle concordent et donnent au final un récit très dense, sans pitié (un certain nombre de personnages auxquels on s’est attaché disparaissent et ceci de manière totalement imprévisible, j’adore !) et la fin nous est assénée et, bien que pas des plus originales, fait son petit effet.

Bien que le curseur soit assez extrême, on ne peut s’empêcher de penser que cette vision profondément pessimiste est crédible, pourrait se réaliser tant elle fait référence aux vices et déviances de nos contemporains. La fascination pour la technologie, l’omniprésence des écrans, l’individualisme forcené, la quête du plaisir à tout prix et la fissuration des barrières entre le Bien et le Mal sont au cœur de ce récit qui est une belle illustration aussi du pouvoir et des moyens mis en œuvre pour l’imposer sans que les masses asservies ne s’en rendent vraiment compte. C’est assez effrayant mais d’une lucidité ô combien nécessaire par les temps qui courent.

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L’œuvre est magnifique avec des planches de toute beauté, des traits fins, dynamiques et des dialogues léchés. La narration est subtile, tortueuse et diablement prenante. Les pages se tournent toutes seules et l’on prend un pied monstrueux si on est amateur du genre. Une sacrée découverte.

Posté par Mr K à 14:51 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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