mardi 29 juin 2021

"Plouf et Nouille" de Steve Small

Restons raccord avec la météo désastreuse de ce début d'été et mettons-nous un peu de baume au coeur avec ce très chouette album qu'est "Plouf et Nouille" de Steve Small...

Plouf et Nouille 1

L'histoire : Plouf n'aime pas l'eau. Ni la pluie.
Une nuit de tempête, Plouf recueille Nouille, qui a perdu son chemin... même si justement, Nouille ADORE l'eau. Et la pluie. PLIC !

La critique Nelfesque : Voici un album, sorti au printemps, qui a un bon goût d'automne et qui va parfaitement avec notre été actuel. De là à penser qu'il peut se lire à n'importe quel moment de l'année, il n'y a qu'un pas ! Et nous allons le franchir ensemble !

Plouf et Nouille 3

Plouf est un canard qui n'aime pas l'eau. Avouez que ce n'est pas banal. Il n'aime pas nager, il n'aime le bateau et il déteste la pluie, qu'elle soit drue ou brumeuse. Il préfère de loin rester chez lui, au coin du feu, un livre à la main et ne sort les jours de pluie qu'en cas d'extrême nécessité, affublé de son ciré jaune. Dès les premières pages, on aime déjà beaucoup Plouf, ce personnage à l'humeur bougonne adepte de lecture et de cocooning.

Une nuit de tempête, il remarque un trou dans son toit et en sortant chercher un seau afin d'éviter l'inondation, tombe nez à nez avec une petite grenouille perdue. La rencontre avec celui qui deviendra son meilleur ami, Nouille, vient de se produire. Plouf lui propose l'hospitalité qu'il accepte avec joie même si lui adore l'eau. Ce trou dans le toit est pour Nouille une bénédiction.

Plouf et Nouille 2

S'en suivent un voyage en duo pour retrouver la maison de Nouille et des moments partagés où les deux personnages vont apprendre à se connaître et s'apprécier malgré leurs différences. Une fois séparés, ils ne vont avoir de cesse que de se retrouver, Plouf affrontant les éléments et faisant fi de son aversion pour l'eau.

Les illustrations colorées inspirent douceur et calme. Très expressives, on remarque en un regard la différence de caractère entre Plouf et Nouille, ce dernier ayant toujours le sourire et un petit air désuet avec son chapeau panama. Plouf quand à lui va changer au contact de son ami et devenir moins casanier. Steve Small conçoit, réalise et anime des films depuis plus de 30 ans. Il a travaillé au design de personnages pour Disney et cette facilité de compréhension d'intention vient sans doute de là. Lisible et clair sans tomber dans la caricature. C'est subtil et très appréciable pour qui aime la nuance.

Plouf et Nouille 4

"Plouf et Nouille" est un album pour les jeunes lecteurs à partir de 3 ans sur le thème de l'amitié, la différence et le vivre ensemble absolument savoureux par ses dessins et son histoire. Avec beaucoup d'humour, il montre que l'adage "qui se ressemble s'assemble" a aussi son contraire et que la vie est plus belle au contact des autres. Chacun apportant à l'autre sa richesse intérieure. A noter également qu'à la demande de l'auteur, la traduction s'est faite de façon non genrée. Un très agréable moment de lecture que je vous conseille vivement !

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samedi 26 juin 2021

"Parasites" de Ben H. Winters

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L’histoire : A Brooklyn Heights, Susan et Alex Wendt ont enfin trouvé l'appartement de leurs rêves! Un nouveau départ s'annonce pour le jeune couple...
Sauf que. Un redoutable fléau s’immisce dans leur quotidien. Des punaises de lit. Invisibles, assoiffées de sang et apparemment indestructibles... A-t-on affaire à une véritable invasion? Ou bien Susan perd-elle la raison ?

La critique de Mr K : Je vais vous parler d’un très bon thriller aujourd’hui avec Parasites de Ben H. Winters, un auteur que j’avais découvert et apprécié lors de ma lecture de Underground airline. On a affaire ici à un ouvrage plutôt de facture classique qui mêle habilement chronique familiale et terreur pure avec une héroïne qui semble sombrer peu à peu dans la folie... Mais l’est-elle vraiment finalement ? L’auteur s’amuse avec nos nerfs et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est efficace !

Susan Wendt a largué son travail pour se consacrer à la peinture, sa grande passion. Son mari Alex la soutient à 100% et pour marquer le coup, ils ont décidé de changer d’appartement et semblent avoir trouvé la perle rare qui conjugue bel emplacement et loyer modéré. Il ne reste plus qu’à trouver la bonne école maternelle pour la petite Emma et tout roulera. Mais voila, le destin est parfois facétieux et un grain de sable va dérégler le tableau idyllique. Découverte d’événements troublants s’étant déroulés dans le quartier et même dans l’appartement, une propriétaire affable mais intrusive, un travail accaparant pour Alex et des bébêtes rampantes du genre envahissantes que seule semble voir Susan vont faire basculer les choses dans la paranoïa et l’irrationnel. Personne n’en sortira indemne, je vous le dis... À commencer par le lecteur !

C’est bien simple, une fois débutée, cette lecture devient très vite addictive. La faute à un suspens maîtrisé et dosé à la perfection. Les débuts sont plutôt paisibles, l’auteur prenant son temps pour planter le décor de l’appartement (quasiment un personnage à lui tout seul) et caractériser le trio formant le noyau familial. Sans en faire trop mais avec un sens de la nuance très prononcé, on en apprend beaucoup sur le fonctionnement des Wendt, leurs relations intimes, leur histoire passée mais aussi leurs rêves et leurs désillusions. Il faut attendre la cinquantième page pour que les premières fêlures fassent leur apparition et l’on se rend compte que le prélude et les éléments avancés commencent à prendre sens et surtout à interagir entre eux.

On se concentre énormément sur le personnage de Susan durant l’ouvrage chez qui s’opèrent des changements profonds avec une psyché de plus en plus torturée. C’est rudement bien fait, la descente aux enfers est subtile puis complètement ahurissante. Ça en est flippant tant on assiste à sa déchéance et que l’on prend peur pour l’équilibre familial et ses proches. Obsessions, hallucinations, syndrome de Cassandre ? C’est un peu de tout ça à la fois. On multiplie les hypothèses qui bien souvent se révèlent fausses ou inexactes. La résolution pour le moins surprenante partagera sans doute les lecteurs par son aspect bien branque. Pour ma part elle m’a convenu même si j’aurais aimé avoir davantage d’explications sur le phénomène. La lecture en tout cas réserve son lot de tension et de moments glaçants avec une héroïne totalement en roue libre qui m’a bien des fois émue par sa fragilité mais aussi sa volonté de comprendre, quitte à adopter un comportement décalé voire franchement inquiétant. Mais face à un home invasion entomologique beaucoup de personnes je pense réagiraient plus ou moins de cette manière.

Le rythme d’abord lent s’accélère donc avec une maestria qui ne se dément jamais. L’écriture de Ben H. Winters y est pour beaucoup avec sa plume légère et vire-voltante qui vous capte immédiatement et ne relâche jamais son étreinte. On passe donc un excellent moment et l’on referme Parasites heureux et comblé par un thriller fort recommandable qui ravira les amateurs du genre.

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mercredi 23 juin 2021

"Peau d'homme" d'Hubert et Zanzim

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L’histoire : Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une "peau d’homme" ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante. Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s'affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l'amour et la sexualité.

La critique de Mr K : Très belle découverte que cette bande dessinée prêtée une fois de plus par l’ami Franck et qui mérite amplement tout le bien que l’on en dit un peu partout. Peau d’homme de Hubert et Zanzim conjugue une esthétique plaisante avec une histoire universelle au discours féministe et politique qui me touche et me parle. Lu d’une traite et adoré, voici un ouvrage que je garderai longtemps en mémoire.

Bianca est italienne et vit à l’époque de la Renaissance, un temps où les femmes ne s’appartiennent pas. La voilà promise à Giovanni, un beau parti pour ses parents pour qui la position sociale l’emporte sur toute autre considération, l’idée même d’un mariage d’amour ne les effleure pas une seconde. Ils sont le pur produit de leur époque. Le destin semble écrit et pourtant grâce à la fameuse "peau d’homme" qui donne son nom à l’ouvrage, Bianca va se changer en jeune homme et pouvoir pénétrer dans l’univers masculin, rencontrer son promis et faire de sacrées découvertes sur l’intimité, l’amour et la sexualité. Elle va littéralement se révéler à elle-même et se transforme peu à peu en femme forte et indépendante.

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Cette bande dessinée est un véritable bijou, à commencer par son héroïne qui est très attachante et haute en couleur. Le jeune fille naïve va laisser la place au fil du récit à une femme qui ne se laisse pas faire, ne tombe pas dans les pièges insidieux du patriarcat et qui veut vivre sa vie pleinement, sans entrave morale et discriminatoire. Un vent de fraîcheur souffle lors de ses prises de positions, ses actes que la morale de l’époque réprouve. On tremble d’ailleurs bien souvent pour elle, surtout quand son frère religieux fondamentaliste commence à vouloir durcir les mœurs de la communauté. De nombreux personnages gravitent autour de Bianca, ils ont tous un charisme certain. J’ai apprécié notamment le personnage de la maman que l’on aime détester au départ et qui va se révéler bien plus complexe que prévu au fil du récit. Le duo avec Giovanni fonctionne bien aussi et l’on se plaît à suivre leurs péripéties qui deviennent dantesques quand le secret du promis lui est dévoilé. C’est fin, très juste dans le propos et jamais dans la caricature (sauf peut-être dans l’évocation du frère fou furieux, possédé par sa mission ecclésiastique).

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L’ouvrage parle donc de liberté. Celle de choisir la personne avec laquelle nous voudrions être, la personne qui nous aime vraiment pour ce que l’on est au-delà des préjugés, de la bien-pensance ou de l’image que l’on renvoie. Il est question épanouissement, d’ouverture d’esprit, de libéralisation des mœurs interrogeant au passage la place des femmes dans la société et les rapports tendus qui existaient (encore aujourd’hui d’ailleurs dans certaines parties du monde) avec la religion, le poids de la société, le rapport entre féminité et masculinité, le genre et la norme. J’en oublie sûrement mais cette BD cumule les thèmes forts et propose une histoire fluide, logique et très prenante. En suivant Bianca, c’est aussi notre époque que l’on peut interroger, drôle d’époque où malgré le passage au XXIème siècle, on a parfois l’impression d’un grand retour de l’ordre moral.

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Les dessins sont plutôt simples, épurés diront certains, mais cela ne les exonère pas de détails et de finesse. Je m’y suis totalement retrouvé et j’ai trouvé l’ensemble d’une grande beauté. Les planches accompagnent merveilleusement bien cette histoire universelle aux personnages consistants et à l’engagement qui fait mouche. Un incontournable dans son genre qu’il faut absolument avoir lu. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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lundi 21 juin 2021

"Brèches" d'Olumide Popoola et Annie Holmes

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L’histoire : – Ce n’est pas une jungle, ce camp, dis-je à Omid quand il rentra, à la nuit tombée, le manteau mouillé.
– C’est quoi, madame, une jungle ?
– Une forêt dense, avec des lianes et des fourrés, des oiseaux et des animaux.
– Une jungle, c’est un endroit seulement pour les animaux. Et le camp, c’est une jungle, madame. Je vous le dis.
– Va te sécher. Je vais faire du thé.

Calais est une ville frontière. Entre la France et l’Angleterre. Entre eux et nous. Les nouvelles de ce recueil donnent la voix aux espoirs comme aux craintes qui s’élèvent de part et d’autre des barbelés. C’est l’histoire de Sébastien, Calaisien converti à l’islam, qui a décidé de vivre au milieu des réfugiés. De Dlo et Jan qui se cachent dans un camion frigorifique à destination de Douvres, au milieu d’une cargaison d’oranges. De Ghostman, qui joue les passeurs vers l’Angleterre...

La critique de Mr K : Retour à la nouvelle aujourd’hui avec le recueil Brèches d’Olumide Popoola et Annie Holmes paru aux éditions Belleville. La thématique commune tourne autour de Calais, sa jungle, des migrants et des destinées tragiques aux prises avec une réalité parfois désespérante. L’ensemble se lit très bien avec des textes forts d’autres plus légers mais ayant toujours à cœur de vouloir montrer le vrai visage de ce phénomène trop souvent caricaturé et instrumentalisé.

Ce sont donc des tranches de vie qui nous sont proposées ici dans leur aspect brut, sans fioriture ni arrangements. Migrants en cours de voyage, en stand-by à Calais, sur le point de traverser la manche, bénévoles et aidants divers, habitants du crû sont passés au crible, interrogés dans leur nature via de courts textes incisifs se déroulant bien souvent à des moments clefs, à des tournants existentiels. Ces nouvelles nous permettent de rentrer dans un camp qui finalement se rapproche de l’idée que je me faisais d’un ghetto, un endroit où l’on parque des indésirables que l’on veut cacher au reste du monde et où l’on mène à l’occasion des actions d’éclat pour faire croire au commun que l’on a réglé le problème et se faire mousser auprès des électeurs extrémistes.

On en apprend donc plus sur l’organisation de la jungle, les différents lieux centraux entre bars, épiceries, marée de tentes où l’on se concentre sur l’essentiel. Jamais trop descriptif, ce qu’il faut pour qu’on puisse s’imaginer les lieux, on marche et on découvre un univers hors norme. On y croise des spécimens bien représentatifs de l’espèce humaine avec son lot d’échanges, de solidarités et d’entraide mais aussi les rapports compliqués entre migrants et population locale avec son les injustices, les prises de bec et les menaces qui en découlent. Il est aussi question de la place des femmes, des cultures qui s’entrechoquent et des abus de toutes sortes que l’on peut subir.

Brèches propose une langue épurée, sobre qui va à l’essentiel et qui par là même touche souvent en plein cœur. L’humanité dans sa nudité, son essence même est très subtilement représentée et l’on vit un vrai et beau moment de lecture malgré un sujet difficile et des passages bien rudes. Un recueil de toute beauté que je ne peux que vous conseiller de découvrir si le sujet vous touche et que vous êtes amateur de nouvelles.

samedi 19 juin 2021

"La Trilogie Spin" de Robert Charles Wilson

trilogie spin

L’histoire : Une nuit d'octobre, Tyler Dupree, douze ans, et ses deux meilleurs amis Jason et Diane Lawton, assistent à la disparition soudaine des étoiles. Menacée par le soleil qui se transforme en nova, la Terre vit ses dernières heures. L'Humanité devra chercher refuge au-delà de l'Arc des Hypothétiques, dans le Nouveau Monde...

La critique de Mr K : Depuis pas mal de temps, je voulais lire la Trilogie Spin qui me faisait chaque année de l’œil à la librairie des Utopiales et à chaque fin d’ouvrage de Robert Charles Wilson que j’ai pu lire et dévorer jusqu’ici. J’adore cet auteur qui ne m’a jamais déçu et m’a procuré à chaque fois un sacré plaisir de lecture. Il était donc temps que je m’attaque à ce qui est considéré par beaucoup comme son chef d’œuvre. Ça tombe bien, on me l’a offert à Noël dernier, la vie est bien faite ! J’ai profité de l’accalmie des vacances de Pâques pour m’atteler à la tâche (il fait tout de même plus de 1150 pages !) et je peux vous dire que c’est du grand et du bon. L’amateur de SF prospective et inventive a été ravi de cette expérience assez grandiose et plaisante à souhait.

Le pitch de départ est assez incroyable et donne le ton : la Terre a été coupée du reste de l’univers par une mystérieuse barrière opaque à l’extérieure de laquelle le temps s’écoule des millions de fois plus vite. Il reste donc peu de temps avant que le Soleil ne transforme la planète en une boule de feu, exterminant ainsi l’humanité (on se prend à rêver, non ?). La question que tout le monde se pose c’est pourquoi et par qui la barrière a-t-elle été créée? La réponse viendra à la fin du premier volume, le roman Spin, et de fort belle manière d’ailleurs. Puis dans Axis et Vortex, Wilson creuse autour des concepts élaborés précédemment en changeant de ton, en se rapprochant plus de genre tels que le road-movie ou même de l’enquête policière. On y croise certains personnages déjà évoqués et des données qui jusque là pouvaient apparaître secondaires. Au final, on obtient une trilogie-somme grandiose dans son genre.

Dans le roman éponyme, le premier volume donc, on suit les bouleversements par le biais de trois amis d’enfance qui assistent ensemble à l’extinction des étoiles. Très différents tous les trois, ils vont emprunter des chemins dissemblables que nous allons suivre de plus ou moins loin, en se concentrant sur Tyler qui raconte l’histoire. Il deviendra médecin et restera toujours proche de Jason, génie vivant dans l’ombre d’un père tyrannique qui va se consacrer aux sciences et chercher à découvrir les vérités cachées derrière cet étrange voile. Ces deux là représentent la science, le progrès, l’abnégation de l’homme à comprendre mais aussi dominer la Nature même si dans ce domaine, Tyler est moins jusqu’au-boutiste que Jason. La sœur de ce dernier, Diane, avec laquelle le narrateur noue une relation ambiguë faite d’attirance physique et d’amitié, va suivre les chemins de la foi. La fin du monde est proche et une part de l’humanité face au péril à venir a décidé de se réfugier dans la croyance. L’opposition est donc forte entre les différentes prises de conscience, les parcours de vie que l’on suit. Mais pour autant un lien indéfectible unit ces trois là et il est tout aussi important que le background constamment en changement durant tout ce premier ouvrage.

Je n’en dirais pas beaucoup plus pour éviter de livrer des clefs essentielles de l’intrigue. Sachez que l’on est ici dans un récit intimiste mais aussi versant dans la science-fiction hard science, littérature parfois très technique mais toujours compréhensible ici. Au fil du déroulé, il est question de la mystérieuse barrière mais aussi d’astronomie, de voyage spatial, de terraformation, de colonisation, de mutation corporelle, d’évolution de la médecine. C’est passionnant, rondement mené et cela s’intègre toujours dans un récit aux multiples rebondissements et qui réserve nombre de surprises. Au passage, l’auteur s’interrogeant sur les conséquences sur les groupes humains, il égratigne notre propension à la panique, à reproduire nos erreurs malgré les évidences mais aussi notre inclination à la course au pouvoir (politique, économique, moral) et à la manipulation, des thèmes qui me sont très chers et que Robert Charles Wilson décortique sans pitié et avec une lucidité jubilatoire bien que souvent pessimiste. Que ce soit dans la cellule familiale ou dans le domaine public, politique, la condition humaine, nos tiraillements et nos espoirs sont éminemment reproduits avec une générosité sans borne. C’est du petit lait !

Passé ce premier volume impressionnant, dans Axis et Vortex, on explore les conséquences des actes et évolutions passées en revue précédemment. Le rythme est plus rapide, la densité des apports théoriques moindre et l’on se concentre sur des destinées individuelles qui semblent moins importantes, moins prégnantes sur l’histoire de l’humanité. On est toujours dans de la science-fiction, le background reste futuriste, très sombre (peut-être même plus, vu la fin de Spin) avec l’évocation toujours géniale d’une humanité à la dérive et des voyages extraordinaires qui m’ont séduit. Malgré un changement de ton qui d’ailleurs a déplu à certains, j’ai trouvé que ce petit changement de perspective enrichissait le matériel originel, le complétait admirablement et au final, lorsque l’on termine sa lecture, l’ensemble forme un tout cohérent et vraiment réjouissant car on a fait le tour de la question, la boucle est bouclée et l’on se dit que franchement ça valait le coup ! Des révélations supplémentaires reviennent sur des choses vues auparavant, on aborde d’autres systèmes organisationnels face à l’inéluctable et l’on a parfois des évocations bien flippantes de ce qui nous attend peut-être si l’on croise technologie de pointe et utopie orwellienne. Rien de moins !

Et puis pour lier tout cela, il y a la langue de Robert Charles Wilson, un auteur à part dans mon cœur qui possède une plume assez unique, dynamique, accessible malgré parfois des concepts abscons qui nécessitent de revoir ses connaissances voire de les bouleverser. Il n’a pas son pareil non plus pour décortiquer ses personnages, les animer et les rendre crédibles dans un contexte particulièrement bien rendu dans une ambiance d’Apocalypse à venir. Cette trilogie se lit vraiment toute seule, propose une vision et une aventure unique, des personnages charismatiques et emportera tout amateur de SF qui se respecte. À découvrir absolument si ce n’est déjà fait, vous ne le regretterez pas !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
- Les Chronolithes
- Mystérium

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mercredi 16 juin 2021

"Mon papa" de Susan Quinn et Marina Ruiz

La Fête des pères arrivant à grands pas, l'album jeunesse que je vous propose de découvrir aujourd’hui pourrait bien faire un heureux le jour J ! Si vous êtes en mal d'inspiration, voici donc une chouette idée cadeau à partager ensuite avec les enfants (qui seront, il faut bien l'avouer, les premiers intéressés).

Mon papa

L'histoire : Mon papa n'est pas un super-héros, ni un astronaute ou un agent secret... pourtant, c'est LE meilleur papa du monde !
Et quand on est tous les deux, chaque moment devient une grande aventure.

La critique Nelfesque : Petite lecture de circonstance pour la Fête des pères qui arrive dimanche prochain avec "Mon papa" de Susan Quinn et Marina Ruiz. Un album pour les petits lecteurs à partir de 4 ans et pour les papas quels que soient leurs âges !

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Et si le meilleur papa était celui qui faisait de chaque moment une grande aventure ? Les courses au supermarché deviennent une chasse dans la jungle, le jardinage une épreuve de force et de rapidité, le bain une épopée maritime...

Et si le meilleur papa était celui qui nous faisait découvrir les petits plaisirs simples de la vie ? Apprendre à faire du vélo ou du roller, faire du cerf-volant, regarder un coucher de soleil, sauter dans les flaques ou observer un arc-en-ciel sont tellement plus réjouissants avec son papa à ses côtés.

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Et si le meilleur papa était celui qui nous gâtait le plus ? Manger ses gâteaux au chocolat préférés cuisinés avec amour, jouer aux petites voitures sur un circuit spécialement construit dans le salon sont des moments si savoureux.

Et si le meilleur papa était celui qui était le plus présent ? En étant là à chaque match de foot, toujours fier et rassurant que l'on gagne ou que l'on perde, en cherchant les coquillages sur la plage, en remontant la luge en haut des côtes lorsqu'il neige ou en lisant l'histoire du soir...

Mon papa 1

Et si être le meilleur papa du monde c'était un peu tout ça sans être un super-héros, un cosmonaute ou un agent secret. Si papa n'est pas un super-homme d'affaires à courir partout, toujours pressé et occupé par des affaires de grandes personnes sérieuses ne pourrait-il pas être juste un super papa simple et fantastique ? Parce que dans cette société où on doit être plus fort que son voisin, plus doué, plus riche, plus beau, où les hommes ressentent une certaine pression sociale, il est bon de revenir à cette notion universelle : quoi qu'il fasse et quel qu'il soit, chaque papa est merveilleux aux yeux de son enfant.

A noter également que cet album est inclusif et ancré dans notre époque puisqu'aux détours d'une page on peut croiser une femme portant le voile, un homme avec une kipa, une famille multiethnique, des physiques de toutes sortes, des personnages en fauteuil... Tout ce qui fait notre société aujourd'hui, dans sa diversité et sa richesse. Ça fait du bien !  

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Avec pour thématique la place du père au quotidien, "Mon papa" revient à l'essentiel avec tendresse, porté par la voix et la vision de l'enfant qui nous raconte ici son père. Un moment de partage précieux entre un enfant et son papa illustré avec douceur sous un trait naïf et coloré mêlant aquarelle, feutres, crayonnés... Une bien jolie découverte !

mardi 15 juin 2021

"Jusqu'au bout, Cyprien..." de Patrick Cargnelutti

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L’histoire : 1985. Cyprien Minier-Bartho, médecin urgentiste, reprend le cabinet d'un médecin de campagne mort prématurément. Sa femme, infirmière, et lui s'installent dans une routine harassante, au fin fond de la province : visites à domicile, consultations au cabinet, urgences... 2018. Cyprien Minier-Bartho, médecin généraliste atteint d'un cancer, refuse de se soigner et prépare sa sortie. Il fait sa dernière tournée la veille de Noël sur fond de fermeture d'usine et d'occupation de rond-point. La campagne se meurt, comme les vieux paysans ignorés du pouvoir central. À la fois résignés et résolus, ils n'ont qu'une peur, c'est abandonner leur terre et être emmenés finir leurs jours aux Guerrets. Le généraliste les comprend : il prendra soin d'eux jusqu'au bout... de ses forces et des leurs.

La critique de Mr K : C’est avec beaucoup d’envie que j’entamai la lecture de cet ouvrage de Patrick Cargnelutti qui m’avait ébloui et profondément remué avec son génial Succession, déjà paru chez Piranha, un ouvrage noir de chez noir qu’il faut absolument avoir lu, notamment avant l’échéance funeste des présidentielles de 2022. On change un peu de forme ici avec Jusqu’au bout, Cyprien..., un ouvrage noir lui aussi mais s’attachant à suivre le parcours du héros éponyme devenu médecin de campagne dans la France rurale et profonde. Au delà d’une très belle tranche de vie avec ses espoirs et échecs, l’auteur nous livre au détour des événements des réflexions et remarques sur le monde d’aujourd’hui, une vision sombre et réaliste qui m’a parlé une fois de plus.

Cyprien s’installe avec son infirmière de femme Chloë dans un coin reculé de campagne dans les montagnes. Ce changement de vie convient à Cyprien, un homme en rupture avec sa famille et qui souhaite suivre le chemin qu’il se trace loin de la tradition de recherche d’excellence qui se transmet de génération en génération de manière écrasante. Un poste de médecin de campagne, emploi routinier partagé entre consultations, urgences liées aux accidents de ferme et visites à domicile lui convient. C’est moins évident pour Chloë plus ouverte au monde et qui n’aime pas l’idée de s’encroûter, de contempler sa vie sans en être l’actrice principale. Pour l’instant, elle a toujours suivi Cyprien dans tous ses choix. À travers des allers-retours entre passé et présent, l’auteur nous conte une histoire universelle sous couvert d’un monde rural en pleine déréliction.

Ce roman est d’abord un très beau portrait de personnage avec un Cyprien que l’on apprend à connaître au fil des chapitres qui s’égrainent. Complexe et torturé par certains aspects, c’est un homme plein de contradictions. Altruiste et habité par sa mission de médecin, il a du mal à se mêler aux autres, à discerner les attentes de son épouse et il s’enfonce peu à peu dans une existence monotone qui finira par avoir raison de son couple. On apprend via des flashback bien senti le poids de sa famille qui a joué sur sa construction personnelle. Devenu "simple" généraliste, il est loin des prétentions qu’on voulait lui imposer en devenant un spécialiste, un ponte du milieu de la médecine. Mais Cyprien n’est pas fait de ce bois là, plus terre à terre, moins bûcheur, il aspire à de la simplicité et à un vrai engagement. C’est d’ailleurs lors d’une mission humanitaire en Afrique qu’il croisera la route de Chloë. On apprend vite qu’il est condamné par un cancer qu’il ne veut pas traiter. Au pied du mur, face à son destin, il ne dévie pas de sa ligne de conduite et passe même à la vitesse supérieure avec un projet fou.

Le personnage de Chloë est aussi très bien caractérisé, on s’attache à elle tout autant qu’à son mari. Femme de couleur, rejetée par la famille bourgeoise de son mari, elle n’a pas une position facile. Elle n’a d’ailleurs pas tout le soutien qu’elle serait en droit d’attendre de son mari mais le couple survit à l’épreuve et le départ pour l’ailleurs va leur permettre un temps de se ressouder et d’avoir des projets. Mais assez rapidement, la vie va les rattraper et notamment leurs projets de vie qui s’avèrent différents. Le couple est décrit avec force justesse et finesse, l’auteur excelle dans son approche de l’humain, à décortiquer les psychés et aspirations profondes de chacun. Les interactions familiales mais aussi professionnelles et sociales sont ici passionnantes et traitées de fort belle manière.

En filigrane, l’ouvrage est aussi une formidable charge engagée contre l’évolution technocratique et ultra-libérale de notre société. Déjà dans Succession, c’était au cœur du propos. Ici le trait est moins poussé mais tout aussi cinglant à l’occasion. Les déserts médicaux avec les médecins qui ne souhaitent pas s’y installer, les politiques d’économie de bouts de chandelle qui débouchent sur la suppression de lits d’hôpitaux, la course au profit et l’aliénation des plus fragiles (avec un petit focus sur la cause des Gilets Jaunes loin des images de sauvageons décrits par les médias à la botte du pouvoir macroniste) sont quelques points que l’on aborde au cours des tournées du docteur dans les campagnes environnantes. D’ailleurs le roman livre un portrait assez saisissant de ces territoires qui se vident de leurs habitants, où l’on tente à coup de zones commerciales et de Mc Merde d’attirer le chaland en trahissant l’identité des territoires et où les vieux s’ennuient et se retrouvent seuls face à leur solitude et la disparition d’un mode de vie. Cela donne lieu à des échanges tantôt mélancoliques, tantôt savoureux, sans pathos et toujours avec un souci de réalisme, dans l’optique de rendre fidèlement compte d’une réalité méconnue ou méprisée par nos gouvernants.

Pour autant, on n’est pas dans l’ouvrage passéiste ou réactionnaire, où l’on regrette complètement le monde d’avant et où on refuse tout progrès. Ici on loue la tranquillité d’une vie sereine où l’on fait attention à l’autre, où le virtuel existe mais où les êtres humains se parlent, rient ou se foutent sur la gueule mais pour de vrai, pas cachés derrière les écrans ou l’image que l’on souhaite donner. Un monde où l’on travaille dur, où les galères parfois s’accumulent, où l’on ne s’écoute pas quitte à se perdre en chemin.

Remarquablement écrit, l’auteur possède un sacré don pour planter un décor et proposer des personnages loin de sentiers battus et une écriture accessible, nuancée, aux accents parfois incantatoire quand il s‘agit d’évoquer les vicissitudes de l’ultra-libéralisme. On aime accompagner Cyprien dans la mission finale qu’il s’est donné avant de mourir. La tension finit par monter crescendo vers un final qui prend aux tripes et laisse un goût amer à la bouche. Un pur bonheur de lecture engagé comme je les aime. Laissez-vous tenter, vous ne le regretterez pas !

samedi 12 juin 2021

"Grand calme" de Giles Blunt

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L’histoire : Base dérivante Arcosaur, Arctique. Depuis des mois, une équipe de scientifiques affronte les conditions de vie les plus extrêmes pour mener à bien ses recherches. Mais dans la solitude polaire, les nerfs sont à vif et le moindre incident peut entraîner des conséquences désastreuses. Jusqu'à l'irréparable.

Ontario, Canada. Alors que l'hiver s'annonce particulièrement rude à Algonquin Bay, le corps d'un homme est retrouvé dans un motel de la région. Sa maîtresse, dernière personne à l'avoir vu vivant, a disparu. Bientôt, c'est le corps d'une autre femme qui est retrouvé dans un hôtel désaffecté. Dépêchés sur les lieux, les inspecteurs John Cardinal et Lise Delorme sont loin d'imaginer l'ampleur des ramifications qui sous-tendent leur enquête.

La critique de Mr K : Belle expérience de lecture à laquelle je vous convie aujourd’hui avec un des derniers nés des éditions Sonatine : Grand calme de Giles Blunt, un auteur canadien que je découvrais avec ce titre. Au fil des chapitres, on suit deux histoires que rien ne semble relier de prime abord. Comme souvent dans le genre thriller, le stratagème va fonctionner, les trames se rencontrer et proposer une vérité assez glaçante sans mauvais jeu de mot.

Un chapitre sur deux, l’auteur nous propose de feuilleter les pages d’un mystérieux cahier bleu qui relate les faits se déroulant sur une base Arctique où finit par débarquer une jeune chercheuse, Rebecca Fenn. Cette arrivée va bouleverser l’ordre établi sur ce lieu perdu au milieu de nulle part dans un désert blanc impitoyable qui use les corps et les esprits. La tension va monter très progressivement, le huis clos devient étouffant révélant des vérités et des tensions qui finiront par éclater au grand jour à la faveur de l’accélération des événements.

En parallèle, nous suivons Lise et John, deux inspecteurs chargés d’enquêter sur la mort d’une femme selon un rituel déroutant. Visite des lieux du crime, des maisons et appartements des victimes, interrogatoires, fausses pistes et vrais indices s’enchaînent comme dans tout bon roman policier classique sur fond d’hiver rude dans le Canada anglophone. Quête de la vérité, obstacles administratifs, compétitions entre collègues n’épargnent pas ces deux héros que des questions plus intimes taraudent aussi, donnant une densité forte à l’intrigue qui va prendre un tour surprenant aux deux tiers et finalement se relier aux événements se déroulant dans le grand Nord.

Je dois bien avouer que j’ai trouvé les débuts assez lents, notamment concernant la partie se passant en Arctique. Très parcellaire dans la caractérisation, il ne se passe pas grand-chose dans le récit, les passages incriminés son courts et plutôt nébuleux. Peu ou pas d’intérêt pour le narrateur ou les personnages secondaires qu’il croise dans la base et finalement un grand plat en terme d’attrait même s’il y a du potentiel et que certaines relations laissent entrevoir un futur chaos diablement séduisant.

Heureusement, à côté il y a l’enquête, les atermoiements de John et Lise, deux personnages très charismatiques pour qui on se prend très vite d’affection. Pas gâtés par la vie, à un moment clef de leur existence en terme de développement personnel (l’âge, le célibat, le veuvage, l’amitié et ses bornes), ils se raccrochent au boulot, du moins à ce qu’ils peuvent. Lise est en position de faiblesse, mise à l’écart et son ami John essaie de la garder dans le coup envers et contre tous. Leur relation complexe est très bien mise en lumière et évolue grandement au fil de ce volume, se révélant un miroir fin et juste de nos hésitations, de nos rapports changeants et de nos aspirations secrètes. Leurs psychologies respectives s’avèrent très fouillées, décrites avec tact, délicatesse et goût, donnant à voir deux individus que l’on se plaît à contempler, scruter et connaître en profondeur. Pas de pathos ou d’effets de manche inutile ici, la vie seulement, notre vie dans ce qu’elle a de plus banale mais aussi parfois de plus réjouissante ou traumatisante.

Quand l’ensemble s’emballe au fil des découvertes et des événements, le roman prend une très belle ampleur. Des choses insoupçonnées surgissent de façon impromptue, des personnages révèlent leur vrai visage et le lecteur emprunte alors des chemins addictifs d’une rare force. On finit la lecture tambour battant avec toutes les pièces du puzzle qui se rassemblent parfaitement et offrent une histoire de vengeance à la fois mélancolique et terrifiante. Bien que prévisible par moments (j’ai deviné une ou deux choses du scénario), on passe vraiment un bon moment avec un auteur à la plume alerte et prenante qui ne relâche jamais ses effets à partir de la deuxième moitié du roman.

Grand calme est un bon thriller qui plaira à tous les amateurs du genre !

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mercredi 9 juin 2021

"Les Oiseaux du temps" d'Amal El-Mohtar et Max Gladstone

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L’histoire : C’est ainsi que nous gagnons.
Bleu et Rouge, deux combattants ennemis d’une étrange guerre temporelle, s’engagent dans une correspondance interdite, à travers les époques et les champs de bataille. Ces lettres, ne pouvant être lues qu’une seule fois, deviennent peu à peu le refuge de leurs doutes et de leurs rêves. Un amour fragile et dangereux naîtra de leurs échanges. Il leur faudra le préserver envers et contre tout.

La critique de Mr K : C’est un livre pas tout à fait comme les autres dont je vais vous parler aujourd’hui, une claque littéraire monumentale qui transporte et fait réfléchir durant 192 pages de haute volée. Les Oiseaux du temps d'Amal El-Mohtar et Max Gladstone sorti aux éditions Mü il y a peu est à mes yeux ma meilleure lecture de cette première partie d’année 2021. Sous couvert du genre SF, entre balades guerrières temporelles et amour naissant entre deux personnages antagonistes, les auteurs nous parlent de nous, de notre nature mais évoquent aussi avec brio la seule solution qui existe pour régler toutes formes de conflits : le dialogue et l’écoute.

Ce roman est structuré toujours de la même façon durant tout le volume : Rouge et Bleu, deux éléments d’élite des deux camps qui s’opposent, s’envoient des courriers de natures diverses où ils conversent. Au préalable, avant chaque échange, la scène de découverte du dit courrier est décrite, contextualisant le protagoniste dans une époque, un lieu donné. On alterne donc récit classique et passages épistolaires dans un rythme régulier, qui coule tout seul, les passages et textes se répondant et se complétant naturellement, nourrissant un imaginaire riche et flamboyant.

Cette guerre dont on ne connaîtra pas vraiment les tenants et les aboutissants est temporelle. Les protagonistes s’opposent à travers l’espace et le temps par tous les moyens possibles. Batailles rangées, spatiales, opérations commando, espionnage, suicide assisté... sont autant de moyens mis en œuvre pour dominer et battre son adversaire. On comprend vite que ces deux camps semblent irréconciliables et peu à peu, j’y ai vu une métaphore filée autour d’une probable opposition entre Nature et Culture, l’ordre naturel et le développement technologique notamment. Les noms employés, la nature des troupes et leur développement, leur organisation aussi m’y ont fait penser. Au final, c’est tout à fait logique, bien souvent les conflits ne sont que le reflet de l’opposition traditionnelle entre les Anciens et les Modernes. Le mystère qui englobe tout cela m’a séduit, éclairé et rend le propos universel, non délimité par des barrières morales ou idéologiques.

Au cœur de ce maelstrom narratif qui impacte fortement le lecteur, une lumière apparaît. Un lien ténu tout d’abord qui se crée mêlé d’admiration et de méfiance entre Rouge et Bleu. Les mots sont pesés, les stratégies d’écriture basées sur des échanges à fleuret moucheté. Puis d’autres sentiments font leur apparition avec progressivité, tâtonnements pour mener à quelque chose de puissant, d’unique voir de contre-nature ! Rouge et Bleu vont se trouver au sens propre, se reconnaître, s’aimer. Le processus est remarquablement élaboré, complexe et contradictoire à l’image de l’humanité. Loin des clichés, avec subtilité, force description des évolutions en jeu mais aussi les dangers qui les guettent, on se prend à s’émouvoir profondément mais aussi à trembler pour cette relation qui pourrait renverser l’ordre établi.

Le rythme s’accélère, le cœur s’emballe et la lecture passe trop vite happé par un style érudit mais accessible, des personnages charismatiques et un background lourd de signification. On a affaire à un futur classique du genre qui ne se démodera jamais et parlera je pense à des générations de lecteurs. Les Oiseaux du temps est une œuvre sublime qui rejoint mon panthéon littéraire personnel et qu’il faut découvrir au plus vite.

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dimanche 6 juin 2021

"Les Fruits de mon jardin" d'Adeline Ruel

Vous avez un tout petit dans votre entourage et voulez profiter du changement de saison et de l'éveil de la nature au jardin pour lui faire découvrir de nouvelles choses ? L'ouvrage du jour devrait vous plaire ! Suivez-moi !

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Le contenu : Pour toutes les petites mains !
Observe attentivement la nature qui t'entoure et découvre des fruits merveilleux.

La critique Nelfesque : Le soleil est enfin là ! Les premières fleurs laissent peu à peu la place à de futurs fruits dans nos potagers et sur nos arbres. A la maison, nous avons beaucoup d'arbres fruitiers et Little K va découvrir cette année la magie de la formation des fruits. Pour l'accompagner dans cette découverte et parce qu'elle aime beaucoup les livres, j'ai jeté mon dévolu sur "Les Fruits de mon jardin" d'Adeline Ruel.

Les fruits de mon jardin 3

Avec ses illustrations délicieusement vintage qui me rappellent mes propres ouvrages quand j'étais enfant, Adeline Ruel invite les petits à observer attentivement la nature. 5 fruits du quotidien (la fraise, la pomme, la cerise, l'orange et la figue) sont à découvrir au fil des pages dans un format adapté aux plus jeunes. Les pages épaisses et robustes passent sans problème le crash test Little K ! Pour les lecteurs de passage, je précise que notre fille a 16 mois.

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Petit imagier de fruits très souvent rencontrés dans la nature et nos assiettes, il est agrémenté d'informations documentaires qui raviront les petits curieux. En effet, nous apprenons ici de manière succincte comment se forment ces fruits, les différentes étapes de leur formation, leurs changements physiques, l'anatomie de leurs plants, la notion de familles comme celle des agrumes... Une excellente entrée en matière simple, claire et colorée.

Avec son système de flaps que les jeunes enfants aiment manipuler pour découvrir ce qu'il y a de caché derrière, nous passons de la plante ou de l'arbre au fruit, comme un effet grossissant leur permettant de comprendre d'où viennent tel ou tel fruits. Ces gros flaps sont vraiment le point fort de cet ouvrage puisqu'ils amènent une dimension ludique à la lecture, leur permettant de manipuler aisément l'objet tout en s'amusant.

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A la maison, j'agrémente notre lecture des signes associés à la parole puisque depuis la naissance de ma fille j'ai mis en place cette manière de communiquer qui nous convient parfaitement. Ici, elle aime particulièrement le signe de la cerise. Quant aux goûts, pour l'instant c'est la fraise qui a sa préférence.

Pour les amoureux de ce format, sachez que l'autrice a également publié dans la même collection "Les Oiseaux de mon jardin", "Les Légumes de mon jardin", "Les Insectes de mon jardin" et plus récemment "Les Fleurs de mon jardin". De quoi nourrir de nouvelles passions et faire plein de chouettes découvertes !