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L’histoire : Frank s'occupe d'une petite station-service paumée au milieu de l'immensité sauvage australienne. Un jour, une jeune femme arrive en trombe, blessée. Aidé par un couple de voyageurs, Frank tente de soigner les blessures de l’inconnue lorsque de mystérieux assaillants arrivent sur les lieux. Coupés du monde, les occupants de la station-service vont devoir alors faire face à un véritable siège.

La critique de Mr K : Bienvenue dans une lecture incandescente et ultra-plaisante aujourd’hui avec La Chasse de Gabriel Bergmoser. Très cinématographique dans son écriture, rythmé comme il faut et très sombre, voici un ouvrage qui se lit tout seul et à une vitesse record. La tension ne redescend jamais et l’on se prend pas mal de claques même si l’amateur de films de genre que je suis n’a jamais été vraiment surpris par les méandres empruntés par l’histoire.

Tout d’abord le lieux de l’action : le bush australien avec au cœur du récit une station service perdue au milieu de nulle part tenue par un grand-père au passé tumultueux. Il reçoit depuis quelques jours à la maison sa petite-fille dont la phase remuante d’adolescence dépasse ses parents qui n’y arrivent plus. Ces deux-là en sont toujours au round d’observation quand les événements vont se précipiter. Une jeune femme grièvement blessée échoue dans la station service et tombe dans les vapes. Le temps de la faire rentrer dans le bâtiment et de commencer les premiers secours (quelques clients présents dont un apprenti infirmier vont se retrouver coincés eux aussi dans le grand foutoir à venir) que déjà un individu menaçant se pointe et demande si quelqu’un aurait aperçu une jeune femme en cavale. Renvoyé sur les roses, il ne va tarder à revenir avec ses potes et le siège peut débuter.

Le postulat de départ est simple mais diablement efficace. Après deux chapitres de présentation globale des personnages principaux, l’auteur lâche les chevaux. Il n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuillère car très vite la tension monte d’un cran avec une opposition forte entre les personnages, des réactions en chaîne qui vont bousculer les certitudes et créer une trame diaboliquement addictive. Punchlines, fusillades, pertes cruelles et remises en question peuplent ces pages d’un noir profond où l’espoir est mince et bien souvent illusoire. Les fans de roman noir sont servis pour le coup.

Bien que classiques dans leur caractérisation, on s’accroche à ces personnages un peu paumés que la vie n’a parfois pas gâtés. Par un savant mélange de flashbacks et de retour à la réalité, on commence à percevoir que derrière cette trame se cachent des ramifications complexes et des destins tortueux à souhait. Comme dit plus haut certaines ficelles sont plutôt grosses et les amateurs de films d’horreur et de série horrifiques (regardez les Wolfcreek - films et séries -, on s’y croirait ici !) retrouveront leurs gammes et références tant dans certaines scènes à la John Carpenter que dans les personnages iconiques à souhait avec notamment des redneck australiens plus vrais que nature et foutrement flippants comme dans Cul de sac de Douglas Kennedy. Certes on manque parfois d’originalité mais l’ensemble est tellement bien troussé qu’on ne peut pas bouder son plaisir. Ce qui est sûr c’est que ça ne donne pas envie d’aller en Australie tant on côtoie pas mal de dégénérés et d’individus interlopes qui semblent vivre en marge de toute morale élémentaire si on se réfère à ce roman.

Gabriel Bergmoser s’y connaît pour mener ses scènes d’action aussi. L’immersion est totale et il est impossible de résister à la tentation d’aller plus loin. Chapitres courts, incisifs et écriture au scalpel à la mode thriller / page-turner plantent une histoire d’un noir profond qui va loin parfois et nous renvoie à notre nature profonde voire primale. Parfois thrash, parfois délicat dans l’évocation du lien grand-père / petite-fille, fun et poignant, La Chasse ravira les amateurs de survivors qui dégomment, d’ambiances pesantes et d’évocations des vicissitudes humaines. Belle lecture enthousiasmante !