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Le contenu : Un jeune étudiant amoureux de sa professeure d’anglais, un commandant de ferry voulant à tout prix retrouver une baigneuse aperçue de sa passerelle, un critique de cinéma à la recherche du passé d’Ingmar Bergman et de Harriet Andersson sur l’ile d’Ornö, un professeur d’université désargenté jouant les reporters sur les routes du Mississippi... Tous ont en commun la quête de l’éternel féminin, mystérieux et insaisissable.

La critique de Mr K : Petite incartade au pays de la nouvelle avec ce nouveau recueil paru chez Quadrature, une maison d’édition qui a l’art de proposer de très bons formats courts qui ne manquent pas de toucher leur cible à chaque lecture que j’ai pu faire. Dans Face à la mer de Pierre Montbrand (qui n’est pas le pseudo de Calogero, je vous vois venir petits coquins !), l’auteur nous propose à travers six récits d’explorer la figure féminine à travers des récits intimes masculins où l’amour sous toutes ses formes prend beaucoup de place. Six textes pour six expériences très différentes mais qui se relient entre elles par un fil ténu mais bel et bien là.

Dans Photo de classe, le narrateur apprend la mort de sa prof de français de lycée avec qui il avait noué une relation interdite et passionnée. Pendant le trajet qui le mènera au lieu de l’inhumation, il repense à cette période si particulière de sa vie qui l’a forgé. On commence très fort avec un récit poignant et éclairant sur la notion de passé, de construction de soi et d’amour fou. J’ai lu cette nouvelle d’une seule traite, déjà captivé par un style aussi simple que profond. Sacré démarrage ! On enchaîne ensuite avec Droits de succession qui voit une femme retourner dans la propriété de son défunt père, un artiste plasticien qui vient de passer l’arme à gauche et dont elle doit régler les affaires. Partie depuis longtemps de la maison, elle est froide, distante et les gens de la commune cancanent dans son dos... mais ils sont à mille lieux de savoir ce qui s’est déroulé dans cet endroit et ce à quoi doit se confronter l’héroïne dans ce retour aux origines. Sans doute, la nouvelle la plus bouleversante du recueil, on se fait cueillir par la trajectoire évoquée, la révélation finale et le rythme lent mais redoutablement efficace de l’auteur pour emmener le lecteur vers des rivages insoupçonnés. Franchement bravo !

Clair de lune nous conte quant à lui les réminiscences d’un homme lors d’une réunion de famille où il croise une personne qu'il n'a pas revu depuis des années mais avec qui il a eu une brève aventure que la morale réprouve. Très courte, allant à l’essentiel, l’émotion est ici à fleur de mot, la gradation rudement bien menée et le lecteur se fait embarquer là encore très facilement. Dans Face à la mer, la nouvelle éponyme, un capitaine de navire ferry tombe sous le charme mystérieux et sauvage d’une baigneuse au charme certain. Il va partir à sa recherche, retrouver sa trace et discuter avec un de ses proches qui livrera quelques vérités sur cette sirène des temps modernes. Le charme agit toujours autant sur le lecteur avec un personnage central des plus attachants et une chute brusque et saisissante, j’ai beaucoup aimé aussi.

Mon été 52 voit un critique de cinéma partir en Suède sans sa femme à la recherche d’un lieu mythique de tournage de Bergman. Il s’y logera un temps et fera la connaissance d’une femme fort charmante. On mélange ici fantasme et réalité, le cinéma et son aura ainsi que les lieux sur lesquels l’empreinte du septième art est parfois palpable. On brouille les pistes pour mieux revenir à l’esprit humain et ses contradictions. Il m'a fallu plus de temps pour rentrer dans ce récit mais au final, la chute est intéressante et la nouvelle plutôt réussie. Enfin, On dirait le sud, clôture ce recueil de manière plutôt banale avec l’histoire d’un universitaire en pleine déprime qui part sur les routes avec une de ses étudiantes. Je n’ai pas vraiment été convaincu par les personnages et l’objectif poursuivi, ce texte m’a paru vraiment un ton en dessous des autres. Un coup dans l’eau.

On passe cependant un très bon moment avec ce recueil qui fait la part belle aux souvenirs, aux choses qui nous habitent et guident nos pas tout le long de notre vie. C’est beau et cruel à la fois, triste et drôle, plein de contrastes en fait comme une existence humaine. Pierre Montbrand est très bon pour ce qui est d’explorer les affres de l’amour, de l’attirance / répulsion, des fêlures familiales et amoureuses qui peuvent marquer une personne à jamais. On n’est jamais dans la démesure ou les effets de manche superficiels, tout ici est d’une justesse fort à propos avec un style très accessible sachant se contenter d’aller à l’essentiel, essence même du genre de la nouvelle. À part un dernier acte légèrement hors sujet à mes yeux, le reste s’apparente à de la très bonnes nouvelles contemporaines et les amateurs ne s’y tromperont pas !