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L’histoire : Donnez-moi un film, et je trouverai la vérité.

Au départ, elle n’a rien d’une enquêtrice. Timide, un brin asociale, elle s’efforce d’éviter les ennuis. Marissa Dahl est surtout une étonnante monteuse de films. Engagée sur un long métrage dont le tournage a lieu sur Kickout Island, elle fait la connaissance du metteur en scène Tony Rees, réputé pour son comportement tyrannique. Très vite, elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond : une atmosphère de secrets et de paranoïa, des acteurs persécutés... Le film reconstitue une histoire vraie, celle du meurtre non élucidé, vingt ans plus tôt, de Caitlyn Kelly. Pourquoi un tel projet ? Marissa n’en sait pas assez. Elle veut en savoir plus, bientôt elle en saura trop. Alors, il sera trop tard pour revenir en arrière...

La critique de Mr K : Chronique d’une petite perle de suspens aujourd’hui avec Les filles mortes ne sont pas aussi jolies d’Elizabeth Little, un thriller tout juste sorti chez Sonatine qui se révèle addictif à souhait. L’univers du cinéma, un lieu clos et isolé, une héroïne particulièrement perchée sont les ingrédients de cette lecture que j’ai effectuée en un temps record tant j’ai été happé par le contenu et le style.

Dans la première partie de l’ouvrage, on fait connaissance de Marissa, monteuse au cinéma, un personnage que je ne suis pas près d’oublier. Elle est en route vers son nouveau lieu de travail, le tournage du dernier film du réalisateur le plus en vue du moment. Durant une petite centaine de pages, elle se dirige vers cette île perdue dans le Delaware (côte est des USA) et via des flashback bien sentis, on en apprend plus sur elle: un amour déçu, sa relation quasi fusionnelle avec sa meilleure amie (une réalisatrice prometteuse), son départ précipité de chez sa colocataire et surtout quelqu’un qui connaît de gros soucis de sociabilisation depuis son plus jeune âge entre timidité, inadaptation, doute perpétuel sur elle-même et réparties cinglantes. On se prend directement d’affection pour elle et l’on ne voit pas les pages se tourner tant on rit devant ses monologues intérieurs, ses hésitations et son incapacité chronique à nouer toute relation constructive avec qui que ce soit.

Puis après la traversée du bras de mer, la voila arrivée sur l’île où a lieu le fameux tournage. Un tournage maudit car bien des personnes ont déjà été virées (dont son prédécesseur) ou ont donné leur démission. Le réalisateur est connu pour sa dureté, les conditions de travail sont éprouvantes et chacun doit signer une clause de confidentialité longue comme le bras. L’ambiance est donc très tendue, limite paranoïaque, pour un métrage dont le sujet parle d’un fait divers jamais élucidé. L’ombre d’une jeune morte plane donc dans ces lieux, les anciennes blessures ne sont pas forcément refermées pour la population locale et quand une nouveau décès endeuille l’île, l’emballement est de mise et l’on se retrouve dans un ouvrage "Who’s done it ?" assez savoureux dans son genre.

Je suis tombé donc très vite accro de ce roman qui est à la fois rafraîchissant et très bien construit, fournissant un suspens incroyable. Derrière des personnages parfois à priori anodins, des situations cocasses (on rigole énormément des maladresses de Marissa), se cache un récit bien tranché qui ne ménage pas le lecteur en terme de rebondissements et de révélations. Bien malin celui qui découvrira les rouages profonds de cette histoire plutôt basique mais aux ramifications complexes. Pas du tout détective dans l’âme, Marissa va cependant se retrouver à jouer les premiers rôles bien malgré elle en compagnie notamment d'un duo improbable de gamines fans d’enquêtes. Rajoutons par dessus un chauffeur baraque et sensible séduit par une héroïne troublée et désagréable avec lui et vous avez une alchimie délicate et fun qui se crée autour des protagonistes. On passe un très bon moment avec eux et chacun réserve son lot de surprise et d’attachement finalement.

On enchaîne les chapitres avec un plaisir renouvelé. L’ambiance est admirablement rendue, la langue accessible et souple multiplie les effets efficaces. Rajoutez là-dessus des références cinématographiques pointues et jubilatoires, une exploration du fonctionnement d’un tournage entre humeurs des uns et des autres, problèmes techniques, affrontements d’ego et vous obtenez un ouvrage malin, réjouissant et totalement réussi à la manière d’un bon film hichcockien. Les amateurs ne peuvent s’y tromper, Les filles mortes ne sont pas aussi jolies est un thriller à lire assurément.