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L’histoire : Finalement, il se rend compte que cette histoire est d'une effarante simplicité. Pouvoir, argent et sexe. Probablement drogue et alcool. Une poignée de personnes qui se croient toutes-puissantes. Et un maître-chanteur ordinaire qui tient la plupart d'entre elles par les couilles.

Lorsqu'une adolescente disparaît d'un centre de désintoxication, personne ne s'en inquiète : tout le monde sait bien que les junkies mentent, volent, et disparaissent dans la nature. Tout le monde le sait, et tout le monde s'en fiche. Alors quand on retrouve le corps sans vie de la jeune Bronya, le médecin légiste et le policier qui mène l'enquête s'empressent de conclure à une mort accidentelle, malgré le témoignage de Nadia, une amie de la victime, qui affirme avoir vu le coupable maquiller le meurtre en overdose.

Affaire classée ? C'est compter sans le journaliste Schlesinger qui, flairant le scandale étouffé, décide de mener sa propre investigation. Peu à peu, il met à jour un vaste réseau de prostitution, de corruption et de chantage organisé par la mafia calabraise qui a bien l'intention de faire main basse sur tous les trafics possibles en Slovaquie.

Et quand le Premier ministre lui-même devient la pièce maîtresse de la pyramide mafieuse, plus personne n'est à l'abri. Même pas les journalistes... L'assassinat de l'un d'entre eux suffira-t-il à réveiller les hommes et femmes intègres du pays ?

La critique de Mr K : Nouvelle lecture éprouvante à mon actif aujourd’hui avec Le Bal des porcs d’Arpad Soltész paru aux éditions Agullo dans le cadre de la Rentrée Littéraire 2020. Ce roman noir est servi bien serré et entraîne le lecteur dans les méandres d’une société gangrenée par le vice et les intérêts particuliers sous fond d’enquête journalistique. Bien mené, passionnant parfois déroutant (il faut s’accrocher pendant certains passages), voici un roman dont on se souvient longtemps après sa lecture.

Des filles disparaissent ou sont retrouvées mortes par overdose. Dans la société bien pensante de ce pays presque imaginaire, personne n’en a rien à faire. Pensez donc, des gamines toxicomanes ! Cependant, des hérauts de la liberté et de la justice vont tenter de faire éclater la vérité et lever le voile sur les pratiques plus que douteuses d’hommes haut placés au bras très long. Très vite, l’auteur prend le parti de révéler beaucoup de choses et de nous faire pénétrer dans ce cénacle peu ragoûtant aux exactions parfois terrifiantes. L’écœurement guette le lecteur face aux ignominie dont il est témoin et les stratégies mises en place.

C’est peu de dire que l’on passe un moment difficile durant cette lecture. Ce qui nous est donné à lire est parfois du domaine de l’innommable. À commencer par le sort réservé à ces jeunes filles enfermées dans une maison de redressement peu scrupuleuse des droits de l’individu et qui exerce sur elles une emprise totale. Avec la complicité de certaines autorités et d’hommes de main sans pitié, pressions de toutes sortes, tortures, sévices, viols et même pire sont exercés sur ces pensionnaires oubliées de tous, y compris parfois leurs propres parents, trop contents de ne plus avoir à s’en occuper. L’ambiance trouble, cynique et glauque est très bien rendue. Certaines essaieront de s’échapper de cette machinerie infernale mais elles seront à chaque fois rattrapés par leurs tortionnaires...

Car dans ce monde là, nul espoir n’est vraiment permis. Le mécanisme de la corruption à tous les étages est bien huilé et totalement maîtrisé. L’impunité est totale pour ces personnalités appartenant à la caste du pouvoir entre police, médias et politique. Un scandale éclate et il est vite étouffé, la mémoire moyenne d’un électeur est de huit mois et les élections ne donnent rien de vraiment nouveau à chaque fois. Les visages et formations politiques changent mais les pratiques restent avec en sous-main l’emprise certaine de la pègre extra-territoriale. Pour forcer le destin, rien de tel qu’un pot de vin, l’embrigadement, le contrôle des victimes par la drogue, l’envoi d’un tueur ou encore une bonne opération de lobbying... Au final, les mêmes sont aux manettes et ils restent en place des décennies durant.

Le Bal des porcs se lit relativement bien, le style journalistique fait son office. Je n’ai pas été complètement convaincu par l’écriture qui m’a semblé parfois un peu plate, loin des crédos littéraires habituels en tout cas. Il n’y a pas ou peu d’effets de style par exemple mais plutôt une suite de constats froids et implacables qui nouent la gorge. Brut de décoffrage, le texte happe cependant littéralement le lecteur par un contenu qui s’apparente à un brûlot incandescent d’une grande force et c’est ce que l’on attend en premier d’un tel ouvrage. Une belle réussite dans le genre, ce roman vous plaira forcément si vous êtes adepte de roman noir et que vous avez le cœur bien accroché.