Nickel BoysL'histoire : Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à coeur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l'université pour y faire de brillantes études, il voit s'évanouir ses rêves d'avenir lorsque, à la suite d'une erreur judiciaire, on l'envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s'engage à faire des délinquants des "hommes honnêtes et honorables". Sauf qu'il s'agit en réalité d'un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d'amitié. Mais l'idéalisme de l'un et le scepticisme de l'autre auront des conséquences déchirantes.

La critique Nelfesque : Je me souviens encore très bien de l'été où est sorti "Underground Railroad" de Colson Whitehead. J'avais été happée par l'histoire qui m'avait prise à la gorge et tenue en haleine. Un sujet difficile, des personnages attachants et une écriture aisée. Pour "Nickel Boys", je pourrais réutiliser cette même dernière phrase.

Sans me prononcer sur le fait que ce roman mérite ou non son Pulitzer, sans non plus comparer avec d'autres ouvrages ayant reçu le même Prix, je peux vous dire que j'ai été bouleversée par celui-ci. Je ne cours pas après les Prix, je ne lis pas un ouvrage parce qu'il a reçu telle ou telle distinction, je fonctionne à l'instinct et ne demande qu'à vibrer avec une lecture. Sur ce point j'ai été plus que servie puisque j'ai terminé littéralement sur les genoux.

L'histoire est dure. Nous suivons un jeune homme, afro-américain, qui, victime d'une erreur judiciaire alors qu'il était voué à un avenir prometteur, va se retrouver en maison de correction. Au mauvais endroit au mauvais moment, sans chercher plus loin, la messe est dite. Là-bas, ses illusions tombent. Lui qui est passionné par Martin Luther King, croit en l'homme et en des jours meilleurs côté égalité des droits, va se manger en pleine face le mur de la réalité. A la Nickel Academy, les blancs et les noirs sont traités différemment par les encadrants. Maltraitance, dénigrements, exploitation vont devenir son quotidien. Dans la violence vécue ici, j'ai beaucoup pensé à l'excellent "Cold water" de Vincent Grashaw vu au cinéma en 2014 (petite parenthèse et piqûre de rappel si vous ne l'avez pas vu).

Elwood est un jeune homme avec des rêves plein la tête. Bien élevé, il met un point d'honneur à suivre les règles de vie en société qu'on lui a transmises. Chacun s'accorde à dire qu'il fera de grandes choses et ses proches croient en lui. Oui mais voilà, nous sommes dans les années 60 et son sort est scellé d'avance. Nous le suivons donc dans ce "camps de redressement", où il va encore une fois suivre les règles puisqu'on lui dit qu'il y en a et qu'en les respectant il pourra sortir plus vite. Sans savoir que les dés sont pipés, toujours avec sa foi en l'être humain, il va faire la connaissance d'autres jeunes qui comme lui vivent des moments terribles ici. Tous n'ont pas le même passé, tous n'ont pas la même éducation, tous ne sont pas là pour les mêmes raisons mais ils partagent le moment présent. Des liens vont se tisser, notamment avec Turner qui deviendra ce qui se rapproche le plus d'un meilleur ami.

"Nickel Boys" est terriblement prenant. On vit chaque minute de l'existence d'Elwood comme si nous étions à ses côtés. Notre affection pour lui grandit au fil des pages et les dernières nous brisent le cœur... La fin nous finit à coups de pelle...

Colson Whitehead a construit son roman d'une manière magistrale. L'écriture est simple, sans en faire trop il touche nos âmes. Ce qui au début n'est que l'histoire d'un garçon noir lambda dans l'Amérique ségrégationniste devient une véritable communion avec le lecteur. Nous touchons du doigt ici une valeur universel : la fraternité. Les larmes montent pour Elwood, pour Curtis, pour tous leurs camarades et pour cette injustice qui est malheureusement encore d'actualité de nos jours. Une très belle lecture que je vous encourage à entreprendre dès que possible...