samedi 15 août 2020

"La Trilogie des magiciens" de Katherine Kurtz

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L’histoire : Tout commence lors d'une partie de chasse, quand Brion Haldane, le roi de Gwynedd, meurt d'une crise cardiaque, provoquée par une puissante magicienne derynie. Kelson, encore adolescent, succède à son père. Alaric Morgan, l'un des rares Derynis de Gwynedd qui ose afficher ses origines et ses pouvoirs, sait comment transmettre à Kelson les pouvoirs magiques inhérents à la charge royale dans la dynastie des Haldanes. Kelson en aura grand besoin : révoltes localisées, complots de certains nobles, emprise croissante de la hiérarchie religieuse... Mais au Conseil de Régence, Jehana, la veuve de Brion veut faire condamner Morgan comme traître et hérétique, afin que son fils ne perde pas son âme en étant corrompu par la magie derynie... Situé dans un Moyen Age alternatif, le monde est l'enjeu d'une lutte entre les humains et les Derynis race d'apparence humaine aux pouvoirs psi innés.

La critique de Mr K : Chronique mitigée aujourd’hui pour La Trilogie des magiciens de Katherine Kurtz, première intégrale d’une série de quatre du cycle des Derynis, nom d’une caste de magiciens aux pouvoirs étendus. Cet ouvrage était dans ma wishlist depuis bien longtemps, plus précisément depuis une conférence très intéressante sur les univers de la fantasy qui m’avait enthousiasmé lors de nos premières Utopiales. Malgré une lecture très rapide (4 jours pour 1054 pages), mon bilan est mi-figue mi-raisin avec un ouvrage vraiment prenant, un background bien fouillé mais finalement bien classique et même parfois ringard...

Tout commence comme dans la saga du Trône de Fer de George R. R. Martin avec un accident de chasse pas si fortuit que cela et un royaume qui se retrouve fragilisé. Le jeune prince Kelson va devoir asseoir son autorité avec l’aide de quelques compagnons de confiance, lutter contre des intrigants retors, le fanatisme religieux et la bêtise humaine. Ces trois volumes réunis en un font donc la part belle aux complots de toutes sortes avec en fond thématique l’éternelle quête du pouvoir qu’il soit temporel (le trône du royaume de Gwynedd) ou spirituel avec une lutte d’influence entre une église chrétienne expansionniste (si si !) et les Derynis pourchassés à cause de leur nature propre considérée comme déviante et dangereuse. Les rebondissements sont nombreux, chaque chapitre se dévore facilement et se termine toujours par une punchline ou une situation inextricable (ou du moins qui semble l’être) qui titille la curiosité du lecteur l’incitant fortement à poursuivre sa lecture.

Le récit se déroule dans un moyen âge parallèle. On retrouve les mêmes caractéristiques sociétales : la religion chrétienne et son clergé ; la noblesse, sa hiérarchie complexe et ses obligations morales et militaires. Le bon peuple lui ne semble être qu’un ramassis de moutons auxquels d’ailleurs l’auteure ne prête pas vraiment attention sauf pour souligner leur crédulité voire leur intransigeance envers les Derynis, fanatisés qu’ils sont par la religion dominante et les rites qui règlent leur existence. Les Derynis sont l’élément de fantasy central de cette trilogie. Ressemblant à s’y méprendre à des humains, ils possèdent des pouvoirs qui dépassent l’imagination à condition de savoir les utiliser (contrôle et exploration de l’esprit, guérisons, sorts d’attaques, convocation d’esprits et de créatures...). Ces capacités font peur, attisent la jalousie et a provoqué quelques décennies avant ce récit une véritable chasse aux sorcières marquée par de nombreux massacres et actes immondes commis par des humains se sentant menacés et totalement manipulés par les détenteurs de la sainte morale. Depuis, les Derynis vivent en fugitifs, soit cachés soit ignorants de leur condition, de leur don. La question de leur coexistence avec les humains, la notion de respect et de reconnaissance de l’autre rajoutent une dimension sympathique à l’ensemble même si on reste avant tout dans un ouvrage purement récréatif.

Durant la lecture, on constate qu’il y a peu de descriptions des grands espaces traversés par les personnages (il y a par contre une carte des lieux en début d’ouvrage, yes !). Ici, on évolue plutôt dans les palais, les villes et les forteresses où se jouent alliances et complots. Cela m’a désarçonné et un peu déçu, l’univers entraperçu est foisonnant et j’aurai apprécié avoir plus de détails sur la nature environnante, un aspect plus naturaliste qui aurait complété à merveille le reste. J’ai déploré aussi le fait qu’il n'y ait qu’une seule scène de taverne sur plus de mille pages ! Une vraie hérésie à mes yeux pour un ouvrage de fantasy ! Bon, l’ensemble est tout de même pas mal réussi à commencer par les personnages qui sont plutôt attachants et l’on tremble bien souvent pour eux (faut dire qu’ils cumulent les ennuis tout de même!). Morgan et Duncan sont mes préférés, ces deux êtres entre deux mondes sont des victimes de choix pour tous les fanatiques, les épreuves seront bien nombreuses. Ça bastonne aussi sévère par moment (à la mode Moorcock ou Howard) et la magie a toute sa place avec effets sons et lumières garantis et des invocations rimées du plus bel effet. Franchement, on passe plutôt un bon moment.

Malheureusement, l’ouvrage a des défauts qui l’empêchent de côtoyer les cieux littéraires où résident les meilleurs auteurs du genre comme Tolkien, Martin, Moorcock, Howard ou encore Sapowski. D’abord, l’auteure se complaît à décrire la moindre tenue portée par tous ses personnages, ce n’est pas inintéressant en soi mais quand ça devient systématique, cela n’apporte pas grand-chose à l’ensemble et relève plus du remplissage roboratif. Plus grave, par moment l’auteur verse dans le mélo type Harlequin (genre littéraire que je ne goutte guère) avec des personnages secondaires ampoulés et niaiseux qui ridiculisent quelque peu le récit, ainsi la sœur de Morgan est un bel exemple de personnage plus qu’agaçant qu’on a envie de dessouder au plus vite. Et puis surtout l’ensemble est très classique, sans réelle surprise et les fins abruptes laissent un sentiment d‘inachevé légèrement frustrant.

Reste cependant un bon moment de lecture-détente, La Trilogie des magiciens n’est pas un classique ou alors elle est à réserver à de jeunes lecteurs qui désirent commencer à découvrir ce genre. Ce n’est pas prise de tête, ça se lit vite et on prend tout de même plaisir à explorer ce monde pas si éloigné du nôtre dans les thématiques qu’il développe. Je reste réservé quant à mon envie de poursuivre avec les trois autres volumes du cycle... Dans le genre, il me reste nombre de classiques que je n’ai pas encore lu et qu’ils n’attendent que moi. Wait and see !

Posté par Mr K à 19:53 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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