ibsen

L’histoire : Dans cette maison où la femme est et n'est qu'une poupée, les hommes sont des pantins, veules et pleutres.

Sans doute Nora incarne-t-elle une sorte de moment auroral du féminisme, alors qu'être, c'est sortir, partir. Et Ibsen, grâce à ce chef-d'oeuvre, accède au panthéon de la littérature mondiale. Mais si sa poupée se met, sinon à vivre, du moins à le vouloir, au point de bousculer au passage l'alibi de l'instinct maternel, c'est qu'autour d'elle les hommes se meurent. Ibsen exalte moins Nora qu'il n'accable le mari, l'avocat Helmer, ou Krogstad part qui le chantage arrive.

La critique de Mr K : Lecture particulière aujourd’hui avec un classique du théâtre : Une maison de poupée de Henrik Ibsen. Je ne suis vraiment pas un fan de lecture du genre, je préfère largement aller voir jouer une pièce que de la lire. J’ai aussi vécu des moments de lecture imposée assez épouvantables quand j’étais plus jeune. Pas de quoi aider à développer l’amour de la lecture d’un genre très codifié qui nécessite du lecteur qu’il s’adapte. Mais voila, lors d’un chinage, j’étais tombé sur cette pièce à la renommée certaine et le sujet m’intéresse au plus haut point. Pensez donc, une pièce féministe qui date du XIXème siècle et qui à l’époque avait fait scandale ! Bien des mois (années ?) après son achat, je décidai de tenter l’aventure et j’ai bien fait. L’ouvrage se lit très bien grâce notamment à une modernité de forme et de ton indéniable par rapport à sa date d'écriture.

Dans Une maison de poupée, nous suivons le Noël d’une famille bourgeoise norvégienne lambda avec comme personnage principal Nora, une épouse dévouée à son mari qui se réjouit de la récente promotion de ce dernier. On croise aussi le meilleur ami de la famille et une ancienne connaissance de la maîtresse de maison. Tout est bonheur et ambiance sirupeuse, jusqu’à l’arrivée d’un confrère du mari qui va semer la zizanie et renverser la situation. Le doute s’installe et quand le vers est dans le fruit... on peut s’attendre à une fin qui détone !

Cette pièce est avant tout une critique sans fard du patriarcat et du pouvoir des hommes sur les femmes. Même si le mari est un parfait père de famille qui fait tout pour subvenir aux siens, il devient vite horripilant par sa veulerie et sa façon d’infantiliser Nora à la moindre occasion (la transformant en poupée). Que ce soit sur son rôle d’épouse, de mère ou la question de l’argent, celle-ci est constamment rabaissée sans que l’homme de la maison ne s’en rende vraiment compte, ce qui rajoute à l’horreur de la situation. Tellement habituée à ce traitement, le personnage de Nora est lui aussi agaçant, elle passe même pour une femme vénale. Mais au fil de la lecture, on se rend compte que c’est plus la résultante d’un certain conditionnement que le trait de caractère d’une âme viciée. Cette ambiance idyllique mais moralement étouffante prend à la gorge et met en tension le lecteur contemporain.

Et puis, tout change. Les rapports de force se voient inversés. Un amoureux transi qui sort de sa retraite, un maître chanteur poussé par la nécessité et un modèle de la femme parfaite qui se fendille et l’explosion gagne le foyer. Ça met un peu de temps à se déclencher, c’est l’unique défaut de l’ouvrage. Il faut savoir être patient, ce qui n’est pas forcément mon fort, mais quand la mécanique s’enclenche, je peux vous dire que ça va loin et la fin est un modèle de drame. Sans rien révéler, sachez qu’elle va vraiment à l’encontre des clichés et de la morale ambiante. En cela l’auteur est assez révolutionnaire. Très réduite, la pièce qui ne compte que trois actes et peu de personnages, est un concentré d’émotions et de réactions humaines qui combinées entre elles donnent un spectacle vraiment fascinant et rude à la fois.

Une maison de poupée est un bel ouvrage critique sur le matérialisme, le machisme ambiant, la morale bien pensante et les apparences, la pièce se lit vraiment d’une traite et très facilement. Non versifiée, moderne dans son écriture (elle aurait pu être écrite récemment), on prend claque sur claque et la destinée du personnage principal donne vraiment à réfléchir. Le combat pour l’égalité homme femme est encore bien d’actualité et cette pièce en est un révélateur aussi puissant que prenant. Un très bon moment de lecture que je ne regrette à aucun moment d’avoir entrepris. Un vrai et bon classique !