covolopneumatiques

L’histoire : Après un premier recueil remarqué (La Plus jeune des frères Crimson, Prix Littér’halles et finaliste du Prix Boccace 2019), Thierry Covolo livre ici dix nouveaux textes tout aussi empreints d’humanité, d’humour et de tendresse.

Qu’ils soient confrontés à la xénophobie, une apocalypse environnementale, une rencontre d’un autre type ou simplement l’amour, ses personnages, adultes ou adolescents ordinaires, composent de leur mieux avec des situations qui les dépassent et les propulsent sur des chemins qu’ils n’auraient jamais imaginé emprunter.

Offrant de multiples portes d’entrée à un même univers, Il ne passe jamais rien ici révèle un auteur sensible, à l’écriture retenue tout entière au service de l’émotion.

La critique de Mr K : Quel plaisir de pouvoir lire un nouveau recueil de Thierry Covolo après la belle claque littéraire reçue avec La Plus jeune des frères Crimson. J’avais notamment apprécié son évocation de l’Amérique et sa capacité à captiver le lecteur quasiment instantanément avec un sens de la formule et de la concision narrative admirable. On ne le dira jamais assez, construire et écrire une nouvelle efficace et qui se tienne est un exercice redoutable qui n’est pas donné à tout le monde. L’auteur revient donc avec Il ne se passe jamais rien ici, un recueil de dix textes, dont la sortie a été retardée à cause du Covid et du confinement. J’étais impatient de retrouver la plume de l’auteur et je peux déjà vous dire que je n’ai pas été déçu.

Dix textes pour dix univers différents et des personnages très variés. À priori, pas grand chose pour les relier entre eux si ce n’est des situations à débloquer ou un aléa de la vie qui vient bouleverser leur existence. Le background est plutôt flou (à part une nouvelle se déroulant dans un futur bien flippant), l’auteur préférant s’attarder sur ses personnages qu’il cisèle comme il sait si bien le faire avec son économie de mots habituelle et sa force évocatrice. Certains textes sont quasiment intemporels, peu ou pas de détails sur l’époque et un message ou une situation à valeur universelle.

Les habitudes d’une bande d’adolescents qui vont être modifiées par l’irruption d’une jeune fille venu du Nord, dans un futur apocalyptique un homme emmène sa compagne voir la mer (ce qui ne se fait plus qu’en virtuel depuis longtemps), un couple voit une voiture décapotable se garer en face de chez eux et provoquer la suspicion, un gars emmène une fille rencontrée à la gare dans la cabane de son père pour passer un bon moment, quatre copains doivent cacher quelque chose venu d’ailleurs qui a atterri dans le champ de l’un d'eux, un frère veut réhabiliter la réputation de sa sœur entachée par une ligue de vertu, un geek obsédé par un jeu vidéo tombe amoureux IRL (si si c’est possible !), l’histoire d’une rumeur qui court, une histoire d’amour naissante qui pourrait bien en cacher une autre ou encore un couple qui part à travers la campagne pour aller à un concert des Rolling Stones sont les différentes composantes de ce recueil qui réserve bien des surprises et suscite moult émotions aussi variées que puissantes.

Comme dit plus haut, la force des récits réside avant tout dans les personnages qu’ils proposent. Malgré le format court, ils sont extrêmement fouillés et complexes. L’essentiel ne rime donc pas avec artificiel ici, bien au contraire... Une phrase, parfois une expression, laisse entr'apercevoir les abysses intimes de chacun, un amour profond, des déceptions, des incompréhensions ou encore des rancœurs mal assimilées. Chaque être ici exposé est la somme de son vécu et malgré les zones d’ombres non explorées, on devine ce qui les pousse à vivre, les motive mais aussi les dessert. La machine à empathie fonctionne à plein régime et l’on passe par tous les états au cours de cette lecture riche en émotions. Pas de tricherie, de faux semblants ou encore d’effets de manche dans ce recueil qui nous plonge dans la matière humaine avec justesse, une grande sensibilité (mais non avec sensiblerie, un travers que je déteste en écriture) et un grand humanisme.

Thierry Covolo au fil des récits qu’il propose aborde donc les grandes questions qui agitent nos existences : l’amour bien sûr avec un texte magistral sur le sujet (Le Premier orage de l’été, mon gros coup de cœur de l’ouvrage), le couple et la perception que l’on en a (le très malin Du lait pour la petite), la filiation et ses conséquences dans les rapports qu’on entretient entre membres de la même famille (très touchante nouvelle La Prochaine fois), le réel et le virtuel (La Mer pour mon anniversaire deuxième coup de cœur du recueil ou encore Passer au niveau supérieur) mais aussi souvent notre rapport à l’autre avec de belles pages sur la bêtise humaine notamment quand certains s'érigent en juges experts dans ce qui est bien ou mal pour autrui. L’ensemble est brillant d‘intelligence et de finesse.

Dix textes, dix réussites, certes différentes les unes des autres par le ton, le contenu mais toujours avec cette écriture si souple, inventive et évocatrice qui accroche terriblement le lecteur sans lui laisser la moindre chance de pouvoir reposer l’ouvrage. Rajoutez là dessus, une jeune maison d’édition à la démarche originale (notamment les objets littéraires postaux qu’ils proposent sur leur site), un livre au format différent de ce que l’on trouve le plus souvent (on se rapproche ici du format carré, perso j’aime sortir des sentiers battus à ce niveau là) et vous obtenez un objet livre diablement excitant pour un recueil de nouvelles aussi rafraîchissantes que puissantes. Les amateurs ne peuvent pas passer à côté et les autres feraient bien de tenter l'expérience.