pierreterzian

Le contenu : Fraîchement débarqué au Québec, un écrivain français se retrouve catapulté dans le monde remuant des garderies montréalaises.

Croisant la route de Lulu l’hyperactif, de Mathieu le Zen Master ou de Tiah la princesse inuit, il apprend à connaître "la Belle Province" à travers ses enfants, ses éducatrices, ses routines et ses grèves.

La critique de Mr K : Aujourd’hui, je vais vous présenter une lecture un peu particulière, qui diffère de ce que je lis d’habitude. L’auteur est parti vivre au Canada avec son amoureuse et pour pouvoir subvenir à ses besoins, il s’est vu proposer de travailler dans divers garderies en tant que remplaçant. Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu de Pierre Terzian est donc un livre témoignage sur son expérience, ses observations et ses réflexions sur cette époque de sa vie et permet à l’auteur de livrer quelques réflexions personnelles pas piquées des vers sur le Québec et le monde en général.

Le livre est découpé en de multiples chapitres qui correspondent aux horaires que l’on suit dans les garderies de manière générale : l’arrivée des enfants, les jeux libres, la pause toilette, la sieste, les jeux en extérieur quand le climat le permet, le repas à la cantine ou encore le retour des parents. Non chronologique, ce témoignage n’est qu’une longue suite de rencontres avec des mômes pas tristes du tout la plupart du temps (ah, je me souviendrais longtemps de Lulu !), de brefs passages narratifs sur ses réveils à la maison avant de partir au taf et les quelques échanges qu’il peut avoir avec divers adultes (de la directrice aux encadrants, en passant par les parents).

Ce livre est tout d’abord très drôle. L’ayant lu en plein confinement, il m’a fait du bien. Il faut dire que Pierre Terzian en a vu de toutes les couleurs et en premier lieu avec les gamins. Sans filtres, naturels et complètement azimutés parfois, cela donne lieu a des échanges verbaux parfois surréalistes (l’auteur s’en donne à cœur joie en la matière), des comportements immatures et ridicules ou encore des réactions délirantes. Très cosmopolite par les populations qu’il attire, le Québec propose un brassage culturel et ethnique impressionnant et certains passages en témoignent avec parfois des incompréhensions et des liens étonnants. On se marre beaucoup, l’auteur un peu moins... Le métier est complexe tout de même.

C’est d‘ailleurs là que surgit l’aspect tendre et parfois même mélancolique de l’ouvrage. Il opère ses remplacements essentiellement dans des quartiers populaires et certains mômes sont vraiment touchants par leur rudesse, leurs propos ou encore leur recherche d’affection. Ils ne sont malheureusement pas tous égaux, notamment en terme d’origine sociale, cela se sent au détour d’un regard, des vêtements qu’ils portent ou encore l’attitude des parents à leur égard. Face à cette paupérisation, ce déclassement, comme d’habitude dans nos démocraties libérales, on détruit des postes, on n’allonge pas les moyens et le système fabrique des exclus (comme quoi l’exemple canadien est bien un mirage lui aussi !). Certes ils sont tout petits et ont encore toutes leurs chances pour réussir dans la vie mais quel départ parfois pour certains !

J’ai aussi bien aimé le style, très direct et découpé. L’ensemble s’apparente à des tranches de vie bien senties qui se dégustent sans modération. J’ai lu d’ailleurs ce livre en un temps record, incapable que j’étais de le reposer. Une vraie petite pépite d’humanité à découvrir et parcourir sans modération.