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L’histoire : Lorsque Vannevar Morgan arrive à Taprobane un jour de l'an 2142, cet ingénieur de génie — à qui la Terre doit déjà le Pont qui unit l'Europe à l'Afrique — est tout entier tendu vers un nouveau projet.

Il veut construire un immense Transporteur Spatial qui, grâce à un réseau de cristal de diamant, reliera la Terre à l'Espace, sera comme un escalier menant aux étoiles. Ce sera le début de la civilisation interplanétaire.

Un obstacle demeure. Il n'y a pour le Transporteur qu'un seul site d'implantation possible : le sommet de la Montagne Sacrée de Taprobane. Et là, dans un monastère, des moines prient depuis un temps immémorial...

L'ingénieur et le vénérable gardien du lieu s'affrontent. Le dynamisme de la science contre la foi inébranlable, la technologie conquérante contre la sagesse sans armes...

La critique de Mr K : Ça faisait un bail que je n’avais pas pratiqué Arthur C. Clarke, un auteur culte s’il en est à qui on doit le cultissime 2001, Odyssée de l’espace. Je vous présente aujourd’hui ma lecture plus mitigée de Les fontaines du paradis qui explore une nouvelle fois les thématiques chères à l’auteur à savoir la science et la foi, les rencontres et les désaccords qui nouent leurs rapports ambigus. La quatrième de couverture m’avait fortement attiré quand mon regard s’est posé sur cet ouvrage dans un bac de vide grenier, malheureusement un sujet passionnant ne garantit pas pour autant une lecture pleinement satisfaisante. Tout n’est pas à jeter, loin de là, mais quelques écueils ont gâché quelque peu mon plaisir.

Tout part d’un projet grandiose qui pourrait changer le quotidien de l’humanité et accélérer son évolution. Imaginez un ascenseur spatial, une machine capable de propulser des êtres humains, des denrées dans l’espace à des millions de kilomètres. Il y a assurément là des enjeux de développements faramineux que ce soit au niveau des progrès techniques mais aussi financiers. Mais voila, il y a un sérieux hic. Pour être efficient, ce système ne peut qu’être installé en un seul point du globe terrestre déjà occupé par une communauté spirituelle plurimillénaire. Le roman s’attarde sur le développement du projet en lui-même, sa faisabilité puis sa construction. En parallèle, d’autres chapitres s’attardent sur le glorieux passé de cette communauté et sur les habitants qui vont être chassés de ce rocher pas comme les autres. La fin du livre verra un renversement de situation se mettre en place, remettant chacun face à ses responsabilités et ses errances.

Cet ouvrage s’apparente d’abord a un bon gros trip d’ingénieur avec une idée folle, celle de l’ascenseur spatial. Relativement nouveau à l’époque de son écriture (1979), Clarke oscille entre le scientifique qu'il était et le vulgarisateur de talent qui sait raconter des histoires. Que ce soit à travers son personnage principal, littéralement possédé par son projet et prêt à beaucoup de choses pour imposer sa vision au monde, les détails plus ou moins techniques qui émaillent l’écrit ou encore les éléments de géopolitiques futuristes glissés ça et là, on prend une belle claque en terme de prospection. Réaliste dans son traitement, on veut croire en cette histoire d’éternelle conquête technologique que notre espèce croit pouvoir continuer sans jamais en payer le prix. Comme dans d’autres ouvrages du maître, tout finit par se retourner contre son créateur. Bien mené, volontiers philosophique par moments dans les thèmes abordés et les questions en sous-texte qui apparaissent, on se plaît à imaginer la Terre quelques siècles après notre ère et ce n’est d’ailleurs pas des plus rassurants !

L’autre pan de cette œuvre vire plus dans le mysticisme et la foi. Clarke revient sur le passé de l’endroit choisi par la construction, nous racontant des luttes fratricides et le règne de rois anciens. Je dois avouer que je n’ai pas toujours saisi le rapport avec le récit principal. Le lien est plus que ténu et je soupçonne l’auteur d’avoir voulu en filigrane parler du Sri Lanka (lieu qui inspire Taprobane) et où l’auteur a séjourné un temps avec un plaisir manifeste. Cela donne lieu à de très belles pages emplies de poésie où l’on croise des personnages marquants mais au final, cela m’a un peu perdu, cela donne un côté un peu bancal à une œuvre pourtant ambitieuse.

Autre souci, le style. Je l'ai trouvé par moment un peu vieilli, pour ne pas dire ampoulé. Croyez moi, ça me coûte d’écrire cela sur un écrivain que j’admire profondément mais certains passages se sont révélés indigestes, ralentissant l’action et donnant envie de zapper des passages entiers, ce que je déteste faire... Heureusement cette sensation de creux, assez présente en milieu d’ouvrage finit par s’estomper avec cinquante dernières pages de haute volée et un final qui m’a bien plu à défaut de me surprendre.

Vous l’avez compris, Les Fontaines du paradis est loin d‘être le meilleur ouvrage de cet auteur et même si on y trouve de très bon moments, de belles réflexions sur l’humanité, il lui manque la magie et la percussion d‘autres titres de l’auteur. À réserver vraiment aux fans ultimes d’Arthur C. Clarke !