mardi 31 mars 2020

"1917" de Sam Mendes

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L'histoire : Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

La critique Nelfesque : Chronique tardive de ce 1917 pour cause d'accouchement. Et pour cause, voici le dernier film que j'ai vu au cinéma. Le mardi j'étais devant le dernier Sam Mendes, le dimanche j'étais à la maternité !

Je ne pourrai pas vous dire de vous ruer en salle pour voir cet excellent film pour deux raisons. La première parce qu'il est sorti le 15 janvier (ah ben "chronique tardive", je vous avais prévenu !) et la seconde parce que, dans cette étrange période, nous sommes tous confinés chez nous et les cinémas sont fermés... Et pourtant c'est vraiment un film à voir sur grand écran ! J'espère que vous avez eu l'occasion de le voir en salle avant le black-out, sinon rattrapez-vous sur petit écran. C'est vivement conseillé !

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Je ne suis pas particulièrement amatrice de films de guerre, d'autant plus que vu d'un seul prisme, ils peuvent parfois être teintés d'auto-glorification selon la nationalité du réalisateur. Ici on rentre dans le vif du sujet très vite, la caméra s'accroche à un personnage, ne le quitte plus et c'est son destin à lui qui nous intéresse à l'instant T. Va-t-il pouvoir délivrer le fameux message ? Va-t-il seulement survivre ? On connait la boucherie que fut la guerre de 14 et rien n'est moins sûr...

La réalisation est superbe (Sam Mendes en même temps, c'est pas n'importe qui (Les Noces rebelles, American beauty...)) et c'est avant tout ce que je retiendrai du film. C'est son point fort ! Tourné comme un unique plan séquence, le rendu est bluffant et permet vraiment au spectateur d'être immergé comme jamais dans l'histoire. On pourrait penser que ce procédé ralentirait le rythme, perdrait le spectateur, puisqu'on est sur du "temps réel" mais il n'en est rien. Bien au contraire, cela crée une intensité incroyable et fait mouche. Pour ce qui est des acteurs, rien à redire. On est dans la sobriété, ils n'en font pas des caisses et c'est agréable. Ces derniers sont très bien dirigés et je n'ose imaginer le nombre d'heures de répétition avant de pouvoir tourner une scène avec le plan séquence. Un vrai travail d'orfèvre, une chorégraphie milimétrée.

"1917" est un film pour les amateurs d'Histoire, pour les amoureux de cinéma et tout ceux qui veulent vivre la guerre de 14 au plus près avec justesse et sans emphase de quelque nature que ce soit. Un film à voir, revoir et étudier !

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La critique de Mr K: 6/6. Je peux vous dire que je l’attendais au tournant celui-la. J’adore Sam Mendes depuis mon visionnage d’American beauty qui fut un véritable électrochoc. Et c’est sur IG en décembre que je découvrai son projet, et la bande annonce qui va avec, de s’attaquer à la Première Guerre Mondiale, un thème et une période de l’Histoire qui me tient particulièrement à cœur, que j’enseigne chaque année à mes 3ème Prépa-Métier et que je redécouvre régulièrement à travers des lectures aussi diverses que variées. Autant dire que j’en attendais beaucoup !

L’histoire en elle-même est plutôt basique. Deux jeunes soldats sont chargés par leur hiérarchie de traverser les lignes ennemies pour délivrer un contre-ordre d’attaque qui pourrait bien sauver la vie à 1600 soldats promis à une mort certaine. Quinze minutes après le démarrage du film, les voila partis ! Durant deux heures, nous allons suivre cette mission quasi suicide qui réserve son lot de surprises, d’horreur et d’introspection, le tout filmé comme un seul plan séquence !

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Techniquement, ce film est une véritable prouesse doublée d’un objet artistique d’une rare beauté. On suit toute l’action à hauteur d’homme, la caméra ne s’arrêtant jamais d’accompagner les deux acteurs principaux. C’est bluffant et immerge totalement le spectateur dans le récit. On sait bien pourtant que ce gigantesque plan séquence est un leurre, qu’il y a des astuces cachées mais on imagine sans peine le travail de direction d’acteur de dingue mis en œuvre. Ces derniers sont de parfaits inconnus pour moi (du moins pour les rôles principaux) et sont littéralement habités par leur personnage. L’émotion est palpable dans le moindre geste ou regard contribuant à une empathie de tous les instants. Les personnages (y compris des seconds rôles croustillants) sont très charismatiques, on partage leurs peines, leurs espoirs mais aussi leurs déchirures profondes. On est emporté par ces destins chamboulés par un conflit qui les dépasse.

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La reconstitution historique est fabuleuse, les décors sont grandioses avec des visions très réalistes qui font froid dans le dos : l’entrée dans les tranchées, le terrible no man’s land, la campagne désertée, l’attaque de la première vague, les villages détruits... autant de scènes marquantes et stylisées à l’extrême, magnifiées par la technique du plan séquence et une photo impeccable. La vérité historique est totalement respectée aussi dans les scènes du quotidien épouvantable des poilus avec la faim, le froid, les maladies, la boue, la peur qui noue les entrailles... mais aussi la connerie humaine avec son lot de gradés imbéciles, de fanatisme guerrier (la scène avec l’avion) ou encore d’aveuglement patriotique. On s’y croirait vraiment, cela glace le sang, étourdit même et l’on sort quelque peu groggy de la séance. Petit bémol (le seul d’ailleurs), la musique qui parfois en fait des caisses notamment lors des scènes à suspens dont la BO lorgne vers les James Bond et qui interroge le spectateur sur tel ou tel choix mélodique ou sonore. Rien de grave pour autant, le reste frôle la perfection.

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Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la surprise, ce film est vraiment à voir. Je ne suis pas pourtant un amateur de film de guerre mais celui-ci se démarque nettement car en plus d’évoquer remarquablement la Grande guerre, il nous souffle à l’oreille une humanité de tous les instants et provoque des émotions aussi diverses que fortes. Une belle claque que je vous invite à prendre au plus vite !

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samedi 28 mars 2020

"L'Erebus : vie, mort et résurrection d'un navire" de Michael Palin

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L’histoire : En septembre 2014, au fond des eaux glacées de l’Arctique canadien, la poupe brisée d’un vaisseau fut découverte. Il s’agissait d’un bateau mythique : l’Erebus. Michael Palin – pilier des Monty Python et réalisateur de documentaires pour la BBC – redonne vie à cet extraordinaire navire, depuis sa mise à l’eau en 1826 jusqu’à ses voyages d’exploration en Antarctique qui ont conduit à sa gloire, puis à son ultime catastrophe en Arctique.

Il revisite les parcours entremêlés des hommes qui ont partagé son chemin : le fougueux James Clark Ross, qui cartographia une grande partie des régions australes et supervisa les premières expérimentations scientifiques menées sur place ; mais aussi John Franklin, homme tourmenté qui, à l’âge de 60 ans et après une carrière en dents de scie, prit le commandement du bateau. Il décrit avec brio le quotidien des hommes à bord qui, les premiers, débarquèrent sur la terre Victoria antarctique et ceux qui, à peine quelques années plus tard, finirent gelés jusqu’à en mourir dans les eaux du grand Nord, tandis que des missions de sauvetage tentaient désespérément de les atteindre.

La critique de Mr K : Quelle belle aventure livresque que cette lecture ! L’Erebus : Vie, mort et résurrection d'un navire de Michael Palin est une invitation au voyage, de ceux dont on se rappelle longtemps. Le point de vue adopté est original car il s’agit de suivre la destinée d’un navire depuis sa construction jusqu’à sa fin tragique et sa résurrection lorsque l’on a finalement retrouvé son épave plus d’un siècle après sa perte. L’auteur, un ex Monthy Python féru d’Histoire, se prête à un jeu de piste aussi palpitant qu’érudit qui a séduit dès les premières lignes le grand amateur d’Histoire et de récits maritimes que je suis !

Se déroulant au XIXème siècle, à l’époque de la splendeur britannique qui règne sur les mers, il est ici question des dernières grandes découvertes géographiques qui restent à faire pour l’homme, à savoir l’exploration approfondie des pôles Nord et Sud. L’Erebus qui au départ est censé être un navire de guerre va participer pleinement à ses expéditions polaires. Sa construction, ses différentes missions, la vie à bord, les hommes illustres qui l’ont commandé, ses avaries aussi et sa fin tragique sont au menu d’un récit basé sur les carnets de bord des capitaines et tous les documents que Michael Palin a pu trouver pour raconter l’existence de ce navire. Là où Dan Simmons avec le fabuleux Terreur nous racontait une histoire teintée de fantastique avec un brio incroyable, on est ici dans quelque chose de beaucoup plus réaliste, conforme à l’Histoire tant dans la forme que dans la démarche.

C’est ce qui fait du coup la singularité de cet ouvrage qu’on ne peut pas du coup qualifier de romanesque. Il s’apparente davantage à un livre d’Histoire comme ceux que l’on retrouve dans les bibliographies monstrueuses que fournissent les professeurs de fac à leurs étudiants d’Histoire (big up à une époque bénie de mon existence !). Attention, on ne tombe pas pour autant dans quelque chose d’indigeste car Michael Palin sait alterner les données chiffrées et sociologiques avec des passages plus narratifs purs sur les revers de fortune du navire et des hommes qui composaient ses équipages successifs. Cependant un soin vraiment tout particulier a été apporté à la rédaction du livre faisant de lui un objet hybride et fascinant. Documentariste reconnu en plus de sa carrière comique, l’auteur fait merveille en nous contant des histoires glaçantes (au sens propre comme au sens figuré) et en partageant des connaissances aussi nombreuses que captivantes.

Vous saurez tout en premier lieu de la construction d'un navire à l’époque, des buts que l’on poursuit en ce sens et de la vie quotidienne à bord. On ne verse pas dans l’excès mais l’ensemble est suffisamment complet pour se sentir membre de l’équipage à part entière. J’adore cela, partager les repas des hommes ou le luxe des officiers, essuyer des fortunes de mers plus qu’éprouvantes, affronter les aléas de la navigation au long cours à une époque au charme indéniable, explorer des terres inhospitalières peuplés de nouvelles espèces. Et puis, l’on contemple émerveillé et parfois même effrayé des paysages hors norme, devant lesquels on se sent si petits et qui nous recentrent sur notre humanité qui n’est rien face à l'ordre naturel. L’immersion est totale et d’un réalisme de tous les instants avec de nombreux extraits qui viennent étayer un récit plutôt enlevé qui fait parfois preuve même d’humour au détour d’une saillie ou d’une remarque bien sentie. Ce récit est aussi un bon coup de projecteur sur une époque, les mœurs qui l’habitent, les velléités de puissance de la Grande Bretagne et la concurrence acharnée qu’elle mène encore et toujours aux autres nations européennes dont évidemment la France qu’elle vient de battre en coalition à Watterloo. Le souffle de l’Histoire rugit donc au fil des pages donnant une densité et une dimension très forte à un ouvrage décidément plus qu’attrayant.

Et puis, dans certains chapitres, on retrouve Michael Palin lui-même dans ces déplacements à travers le monde pour retrouver les traces de l’Erebus qu’il traque comme un chasseur sa proie. Il fera des rencontres déterminantes, des découvertes éclairantes et pourra se faire une idée plus précise des péripéties qu’il nous narre avec brio. La langue est très précise, érudite mais aussi légère et parfois ironique. Les pages se tournent toutes seules et l’on s’embarque avec un plaisir certain sur cette croisière plus que mouvementée. Un très bel ouvrage qu’on ne peut que conseiller à tous les amoureux de grandes découvertes et de drames maritimes.

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mercredi 25 mars 2020

"Ce que l'on ne peut confier à sa coiffeuse" d'Agata Tomazic

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L’histoire : "J’étais assise, la tête renversée en arrière, la coiffeuse en train de me laver les cheveux et un instant, j’ai eu peur qu’en me massant lentement le cuir chevelu, elle palpe mes pensées. Malaxer ces questions embrouillées, ces réflexions apeurées qui me trottaient dans le crâne. Moi seule devais trouver les réponses à tout cela, ses réponses à lui étaient toujours identiques, univoques, uniques. Ses réponses lui appartenaient. Qu’est-ce qui était encore à moi, rien qu’à moi ?"

Dans ce recueil de portraits délicieusement décalés, Agata Tomažic démontre que ce sont parfois les personnages les plus triviaux qui s’avèrent les plus imprévisibles. Une veuve sans histoires, un fils trop chéri par sa mère bien-aimée, un jeune cadre bouffi d’orgueil... Autant de destins ordinaires déboussolés par les petites singularités du quotidien, qui peuvent cacher de sombres affaires d’amours abusives, de plantes invasives ou encore de roi-grenouille !

La critique de Mr K : C’est une lecture dépaysante que je vais vous présenter aujourd’hui avec mon premier ouvrage slovène ! Doté d’une sublime couverture, Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse d’Agata Tomažic édité chez la jeune maison d’édition Belleville est un recueil de nouvelles toutes plus originales les unes que les autres. Bien qu’assez ordinaires en soi, les vies exposées ici prennent une tournure et un sens souvent singulier grâce à une écriture très particulière qui saisit son lecteur comme il faut.

La vingtaine de textes réunis ici proposent une série de portraits atypiques. On part à chaque fois de situations banales avec des hommes et des femmes confrontés à un quotidien routinier et sans surprise. C’est d’ailleurs là où souvent le bât blesse et une réaction, une action ou un hasard de la vie va bousculer les schémas établis ou faire réagir le personnage principal. La nouvelle étant un genre impitoyable car il faut savoir condenser et surprendre, le risque est toujours grand pour un auteur... mais le contrat est rempli dans cet ouvrage qui prend bien souvent le lecteur à rebrousse poil, lui procurant surprises, fascination et faisant émerger des sentiments très contradictoires. Il se dégage pas mal d’ironie et de cynisme dans ces portraits parfois au vitriol, mais en y réfléchissant après lecture, il n’y a pas que cela. C’est un bon résumé en fait de l’humanité, des sentiments et expériences que l’on peut vivre dans une existence. Bon, attention, certains textes dépotent bien tout de même, virent dans le fantastique ou le delirium mais même dans ceux-là la parabole est instructive sur notre espèce et nos défauts.

On croise donc de nombreux personnages dans ce recueil, de toutes origines sociales, aux vies diverses et variées. Leur point commun : ils sont slovènes. Leurs noms, leur manière de voir les choses, les lieux qu'ils traversent, les éléments de vocabulaire mis en exergue par un lexique fort original (avec lien connecté sur le net et le site de la maison d’édition pour prolonger le plaisir) dépaysent et charment en même temps. Un VRP impudent, un strip-teaser hypnotisé par un manteau de luxe, une famille coincée dans un embouteillage, une veuve devant mettre en vente une maison, une petite fille qui comprend le langage des oiseaux, un photographe volage, une mère et son fils aux relations troubles, une femme amoureuse malgré l’échec de sa relation et beaucoup d’autres sont au cœur de récits enlevés, bien menés et très variés dans les thèmes abordés. Il est question avant tout du sens de la vie, de notre propension ou non à atteindre le bonheur sous n’importe quel forme : amour, famille, fortune qui sont autant de domaines explorés au scalpel par une auteure qui ne ménage ni ses personnages ni ses lecteurs. En filigrane, la critique est féroce sur la société de consommation, sur les non-dits et les excuses que l’on se donne parfois et qui peuvent nous faire passer à côté de notre vie. Une certaine mélancolie se dégage de ces textes, certes des espoirs sont nourris, des moments passés regrettés rappellent à certains un âge d’or personnel mais ce qui transpire des pages de ce recueil c’est la difficulté de la condition humaine.

Pour autant, ce n’est pas un recueil qui vous rendra dépressif, bien au contraire. Le ton du texte, la versatilité du style avec une dose d’érudition dans la syntaxe (jamais gratuite, toujours à bon escient) et la puissance des propos emportent un lecteur conquis et avide d’en lire plus. On rit, on pleure, on s’étonne, on réfléchit, on se retrouve chamboulé, ce recueil propose un peu tout ça avec une ambiance décalée qui fait vraiment plaisir à lire. C’est souvent le cas avec des auteurs des pays de l’est (voir nos chroniques d’ouvrages des maisons d’édition Agullo et Mirobole) et ce serait dommage de passer à côté de ces nouvelles aussi rafraîchissantes et originales. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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lundi 23 mars 2020

"Metro 2035" de Dmitry Glukhovsky

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L’histoire : Les gens ont besoin de héros, expliqua Homère. Ils ont besoin de mythes. Ils ont besoin de voir la beauté chez les autres pour rester eux-mêmes humains. Qu’est-ce que je vais leur raconter ? Eh bien... une légende. Celle d’Artyom. Un gars lambda, comme chacun d’entre eux, qui vivait dans une station excentrée : VDNKh. Je leur raconterai l’histoire de ce garçon qui traverse tout le métro, qui s’endurcit au combat, qui devient un héros et sauve l’humanité. Voilà l’histoire qui leur plaira. Parce qu’elle parle de chacun d’entre eux. Parce qu’elle est belle et simple.

2035. Station VDNKh. Artyom y est retourné vivre. C’est un héros brisé, obsédé par l’idée que c’est à la surface qu’est le salut de l’humanité. Les Noirs anéantis, un souvenir le taraude, celui de la voix qu'il a entendue sur une radio militaire, deux ans plus tôt, quand il était au sommet de la tour Ostankino avec les stalkers. Aussi, depuis son retour, remonte-t-il quotidiennement à la surface, escalade des gratte-ciel en ruines, pour tenter d'entrer en contact avec d'autres survivants. Tenu pour fou, la risée de certains, Artyom sombre peu à peu jusqu'à ce que l'arrivée d'Homère bouleverse la situation : le vieil homme qui n’a de cesse que d’écrire son Histoire du métro, prétend en effet que des contacts radio ont déjà été établis avec d'autres enclaves...

La critique de Mr K : Chronique d’un très beau cadeau de Noël aujourd’hui avec Metro 2035 de Dmitry Glukhovsky offert par ma chère et tendre. Avec les événements personnels qui se sont accumulés et le planning chargé qui en découle, j’ai du retarder cette lecture malgré une envie irrépressible de replonger dans cette saga qui m’a totalement séduit lors de mes deux précédentes lectures avec Metro 2033 et Metro 2034. C’est donc entre deux biberons et autres activités de néo papa que j’ai parcouru et dévoré les 768 pages de ce tome qui conclut le triptyque de manière logique et brillante.

On retrouve dans ce troisième tome Artyom l’antihéros qui m’avait tant plu dans Metro 2033. Célébré dans sa station comme un héros, celui qui a sauvé le métro des "Noirs" suite à une quête homérique à travers les couloirs du métro moscovite vit tranquillement avec sa compagne Anna entre tours de garde, fabrication d’électricité et culture de champignons (élément de base de la nourriture des troglodytes que sont devenus les habitants de l’ancienne capitale). Cependant une obsession le poursuit nuit et jour, celle de cette voix entendue sur les ondes à la fin de son aventure et qui prouverait qu’il y a des survivants à l’extérieur, des personnes qui comme les habitants du métro russe auraient survécu à l’apocalypse nucléaire qui s’est déroulé une vingtaine d’années auparavant. En tant que Stalker (aventurier et explorateur de la surface), il retourne tous les jours malgré la réprobation générale dans les ruines de Moscou pour essayer de capter un putatif signe radio qui avaliserait sa théorie d’une survivance possible du monde. En cela, il met clairement sa vie en danger avec les radiations qui affaiblissent son corps et son esprit lentement et irrémédiablement. Il passe pour un fou et comme Cassandre en son temps, il est condamné à ne pas être cru...

L’arrivée d’Homère, vieil homme croisé par le lecteur dans Metro 2034, un homme habité par sa mission de rédiger une Histoire du métro à la manière des vieilles chroniques médiévales, va bouleverser la routine d’Artyom et le pousser à partir à nouveau en quête de réponses. Sacrifiant sa vie de couple qui est déjà bien fragile, abandonnant les siens dont Soukoï son père adoptif, le voila de nouveau en errance dans un monde souterrain plus dangereux que jamais. Les factions antagonistes, les mutants et autres éléments hostiles pullulent et derrière tout cela, un grand secret se profile au gré des pages qui finissent par aboutir à une révélation pour le moins sensationnelle qui remet tout en cause et va rabattre définitivement toutes les cartes soigneusement jouées par l’auteur depuis le premier volume. Je peux d’ores et déjà vous dire que la chute est vertigineuse que ce soit pour nous ou pour Artyom !

Avec Metro 2035, Glukhovsky enrichit encore le background de l’univers foisonnant qu’il a crée. On explore davantage le monde extérieur avec notamment une expédition vers une mystérieuse base avancée. Pour autant, on retrouve aussi énormément d’éléments vus précédemment, de groupuscules fréquentés souvent pour le pire par le héros. À commencer par le Quatrième Reich et la Ligue Rouge, des extrémistes qui essaient de pousser leur avantage lors d’actions spectaculaires. Deux ans se sont déroulés depuis Metro 2033 et les rapports de force ont évolué. Artyom s’en rendra vite compte, devra composer avec chaque camp pour progresser vers son but tout en s’arrangeant avec la morale élémentaire. À de nombreuses reprises, il sera le témoin d’horreurs et d’exécutions qui mettent à mal ses certitudes et ses croyances. En cela, cet ouvrage dépeint merveilleusement bien les logiques de pouvoir et de manipulation des masses, sans concession et avec un réalisme crû. On ressort forcément fortement ébranlé de cette lecture.

Surtout qu’il est difficile de se raccrocher à qui que ce soit car tous les personnages ont leur part d’ombre et de lumière, leurs psychés sont ici exposées sans fioriture et dans toutes leurs complexités réciproques. Des sentiments mêlés hantent l’esprit du lecteur durant sa lecture car Glukhovsky excelle toujours autant à décrire les affres de la condition humaine comme dans chacun de ses ouvrages. Celui-ci ne fait pas exception à la règle et n’essayez donc surtout pas de vous attacher plus que de raison aux personnages, vous pourriez être déçus. En effet, ce monde post-apocalyptique réduit tous les êtres humains à une somme de pulsions primaires tendues vers la survie, recroquevillés qu’ils sont vers leurs besoins primordiaux... Tout cela ne peut que dégénérer. Il y a donc peu ou pas d’espoir d’apercevoir de la lumière au but du tunnel... mais on apprécie ce voyage intense dans ce monde crépusculaire en pleine déréliction.

L’écriture de l’auteur est toujours aussi addictive, profonde et incisive à la fois, chaque chapitre s’apparente à une révélation supplémentaire qui laisse le lecteur KO debout entre descriptions inspirées et scènes d’action gérées au cordeau. Dans le style SF post-apo, on est ici pas loin de la perfection et la fin bien dark est plus que satisfaisante. Un gros coup de cœur pour cet ouvrage qui contribue à renforcer mon affection toute particulière pour cet écrivain vraiment doué. Il me tarde déjà de voir ce qu’il nous réserve dans l’avenir !

Déjà lus et chroniqués du mêem auteur au Capharnaüm éclairé :
- Metro 2033
- Metro 2034
- Sumerki
- FUTU.RE

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vendredi 20 mars 2020

"La Fabrique de la terreur" de Frédéric Paulin

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L’histoire : Janvier 2011 : après l'immolation de Mohamed Bouazizi, jeune marchand ambulant poussé au désespoir par la misère et l'arbitraire, le peuple tunisien se soulève et "dégage" Ben Ali. C'est le début des "printemps arabes", et Vanessa Benlazar, grand reporter, est aux premières loges. Derrière la liesse populaire, la jeune Française pressent que cette révolution court le risque d'être noyautée par les islamistes, toujours prompts à profiter d'un vide du pouvoir. Bientôt, la chute de Khadafi, la guerre civile en Syrie et le chaos qui s'installe dans tout le Levant lui donnent raison : un nouveau groupe semble émerger peu à peu des décombres, venu d'Irak pour instaurer un califat dans la région ; un groupe dont la barbarie est sans limite, aux méthodes de recrutement insidieuses et modernes, et qui prône la haine de l'Occident.

À Toulouse, justement, Laureline Fell, patronne de l'antenne locale de la DCRI tout juste créée par Sarkozy, s'intéresse à un certain Merah, soupçonné de liens avec des entreprises terroristes. Mais les récentes réformes du renseignement français ne lui facilitent pas la tâche. Quand le pire advient, Fell comprend que la France n'est pas armée pour affronter ce nouvel ennemi qui retourne ses propres enfants contre leur pays : d'autres jeunes sont prêts à rejoindre l'État islamique, autant de bombes à retardement que Laureline, avec l'aide de Vanessa, va tenter de désamorcer.

La critique de Mr K : Voici un livre que j’attendais avec impatience car il clôture la trilogie de Frédéric Paulin consacrée au terrorisme, entamée par La Guerre est une ruse et Les Prémices de la chute. Dans La Fabrique de la terreur, l’action reprend où elle s’était arrêtée ou presque avec un roman qui verse dans le roman noir et l’Histoire immédiate, un roman engagé qui renvoie dos à dos les responsabilités de chacun dans un monde plus périlleux que jamais. Grande réussite une fois de plus à mettre à l’actif de cet auteur qui décidément étonne et détone dans le monde parfois un peu lisse de l’édition à la française...

L’action se déroule de 2011 à 2015. On suit les différents personnages déjà rencontrés dans les opus précédents et on en découvre quelques autres. Rangé des voitures, Tedj, ex agent de la DGSE désormais retiré à la campagne, a fort à faire avec sa fille Vanessa, devenue journaliste qui s‘intéresse de près au terrorisme islamiste comme lui en son temps. Investie dans son travail à l’extrême au détriment de sa vie de famille, elle va mener l’enquête, se rapprocher de vérités qui dérangent et mettre sa propre existence en danger. En parallèle, on suit Laureline, la compagne de Tedj, patronne d’une cellule de la DGSI qui traque sans relâche les apprentis terroristes ainsi que les fous de Dieu disséminés sur le territoire français et ailleurs. Mais au fil des mois et des années qui passent, sa foi en l’ordre Républicain vacillent de plus en plus face à une menace insidieuse insaisissable et qui frappe inexorablement sans que l’on puisse vraiment y faire grand-chose malgré les moyens déployés. On alterne entre les chapitres consacrés à ces personnages et de courts passages mettant en scène des personnalités islamistes tristement connues durant les phases préparatoires mais aussi des apprentis djihadistes lorsqu’il se font hameçonnés par les barbus et le terrible parcours qu’ils commencent à suivre. Inutile de vous dire que la tension est palpable durant tout l’ouvrage.

On retrouve tout le talent de l’auteur pour planter le contexte, les décors et les personnages. À travers les trajectoires de vies brisées qu’il explore, il rend compte avec finesse et un sens de la concision rare du phénomène de l’embrigadement de tout un pan de la jeunesse par des extrémistes. Loin de tomber dans l’exagération et la surenchère, il explique par l’implicite, le non-dit les origines de ce mal pernicieux qui nous ronge de l’intérieur. La pauvreté, l’échec scolaire, le rejet, les fractures mentales et sociales sont au cœur du problème. Cette vérité glaçante fait mal et Frédéric Paulin en rajoute une couche avec l’incapacité chroniques des gouvernements successifs à proposer de réelles solutions à cette frange de la population que son propre pays aliène. Une fois la graine plantée, la germination est accélérée et la suite est terrible avec des formations express, des voyages, la négation du bien et du mal et au final des actes de barbarie pure pris pour des actions de grâce. Naïveté, manipulation et lavage de cerveau sont ici explicités de manière simple et logique, en explorant les différentes strates du terrorisme depuis les agents de recrutements, aux camps d’entraînement et les filières d’Orient.

Cet ouvrage propose aussi en filigrane une critique non voilée des services secrets français et occidentaux dans leur globalité qui semblent désarmés parfois et dans l'impossibilité d’enrayer un phénomène qui prend de plus en plus d'ampleur. Incapables de s’adapter au nouveau monde (notamment le numérique et internet), les agents semblent devoir observer les faits, les constater sans vraiment pouvoir les arrêter. Bien sûr, des attentats sont évités de justesse, des hommes et des femmes arrêtés ou surveillés mais au final, le lent compte à rebours vers les attentats de 2015 ne s’arrête jamais et les deux chapitres finaux sont là pour enfoncer le clou définitivement. Économies de bouts de chandelle, informations non partagées, luttes intestines entre les différents services, ego surdimensionnés et une certaine mauvaise foi conduisent à l’horreur et aux actes que nous avons connu. Petite mention spéciale pour l’évocation des brigades ultra-secrète de la DGSE chargées de missions d’élimination et dont on ne parle étrangement jamais quand on évoque le sujet. Face à l’indicible, la République verse dans les opérations les plus moralement inacceptables pour tenter (en vain) de renverser la vapeur.

La Fabrique de la terreur oscille donc toujours entre éléments historiques, réels (la moitié des personnages voire plus existent ou ont vraiment existé) et une partie plus romanesque avec les personnages cités en début de chronique dont les existences sont ballottées par les événements qui font échos au fracas de leurs vies respectives, leurs espoirs mais surtout leurs échecs. Pas beaucoup de lumière dans cet ouvrage donc (comme dans les précédents d’ailleurs) mais un regard clair, sans faux semblants sur un phénomène qui aura marqué et marque toujours le début du XXIème siècle. On soufre donc énormément en compagnie de Vanessa, Tedj, Laureline, Simon, Wassim qui tous à leur manière portent leur croix, se sentent dévalorisés, mésestimés et vont selon leurs accointances devoir surmonter cela avec les moyens du bord. Pour le meilleur et pour le pire...

Remarquablement écrit comme toujours avec cet auteur, le roman se lit d’une traite et avec une appétence qui se renouvelle constamment. Très bien construit, très bien documenté, séduisant dans la forme malgré un fond terrible, l’addiction est immédiate et durable. Dans le genre, on fait difficilement mieux en terme de style, de portée et d’intelligence. La trilogie se termine donc parfaitement, le constat est implacable mais tellement nécessaire... comme cette lecture d’ailleurs !

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mercredi 18 mars 2020

"Les Dimanches d'Angèle" de Linda Vanden Bemden

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L’histoire : Grand-maman est entrée en maison de repos un 2 janvier. Elle y est décédée 5 ans plus tard. Il y eut donc 5 fois 52 semaines de lessives, de visites, de bisous, de sourires. Mais aussi une semaine et demie de dentier perdu, 17 jours de lunettes égarées, 14 jours d’hospitalisation, 5 anniversaires, 8,7 litres de liquides renversés, 4 Noëls et demi, 3650 tartines, principalement à la confiture. Ses angoisses. Mes réponses. Mes angoisses. Sans réponse. Et l’odeur de pisse, évidemment.

La critique de Mr K : Je vous propose aujourd’hui de vous faire découvrir un petit recueil de nouvelles miniatures dans le même format que Alors, c’est du jazz de Marc Menu déjà aux éditions Quadrature, lu et apprécié en février dernier. Dans Les Dimanches d’Angèle, Linda Vanden Bemden nous invite à suivre les visites qu’elle a fait tous les dimanches auprès de sa grand-maman et dont elle avait publié les textes et réflexions inhérentes sur un réseau social bien connu. Depuis le 10 février de cette année, on peut retrouver toute cette matière dans le présent recueil qui se lit en un temps record et avec un plaisir intense entre émotions contradictoires et langue incisive qui touche toujours juste.

C’est en tout 77 micro-textes (de trois lignes à une trentaine maximum) qui sont ici donnés à la lecture et qui touchent au quotidien d’une vieille femme dans une maison de repos et sur les sentiments et réactions de sa petite-fille. Depuis les raisons de son admission, à sa disparition, en passant par le quotidien d’un tel établissement, l’auteure ne nous épargne rien enchaînant les discussions, situations et autres détails à priori banals mais finalement très parlants et reflets de notre société. Car observer une maison de retraite, c’est un peu comme observer le monde. Derrière ces personnes âgés diminuées pour la plupart, se cachent des êtres humains qui ont bien vécu et ont encore des choses à vivre !

Jeux interdits

Deux amoureux assis dans leur chaise roulante se bécotent avec difficulté. S’ils se penchent trop, ils tombent. S’ils ne se penchent pas, ils ratent une tranche d’amour pur. Le temps de leur élan romantique, ils encombrent sans pudeur l’allée principale qui mène au restaurant. Après le baiser, ils gloussent, la main devant la bouche, se traitent mutuellement d’imbéciles puis se font houspiller par l’infirmière.

L’admission, les repas, les promenades, l’attente dans les chambres, les échanges avec les proches, les disputes entre pensionnaires, les anecdotes croustillantes, les histoires d’amour et les inimitiés, la routine du quotidien, le remplacement des pensionnaires disparus, la politique de management des établissements de ce type sont autant de thématiques traitées avec justesse et un sens de l’économie des mots hors du commun. Chaque écrit se tient, conjugue grâce et précision d’une écriture épurée donnant à voir une humanité à fleur de mot qui émeut le lecteur. Le procédé est assez bluffant surtout qu’il s’agit pour l’auteure de témoigner de quelque chose qu’elle a vécu, trouver la nécessaire distance, rire de tout même quand on côtoie parfois le tragique est louable et à aucun moment cela ne sonne faux durant la lecture de cet ouvrage.

À Froid

Aujourd’hui, en les repliant, je mesure la propension à rétrécir des pulls tricotés main, lavés en machine, à froid, cycle délicat. Énorme, la propension ! Heureusement, ces dernières années, elle va de pair avec la même propension qu’a grand-maman à rétrécir.

On se prend immédiatement d’affection pour cette grand-mère qui yoyotte un peu mais qui régulièrement assène une vérité élémentaire et garde une tendresse immense pour sa petite fille. On rit, on pleure aussi au gré des anecdotes comptées. On raconte que les personnes âgées retournent en enfance, certains textes du recueil en sont la parfaite illustration avec des disputes pour une question de place ou encore des coups pendables et autres mauvaises blagues qui ont lieu dans la maison de repos. C’est un monde étrange parfois, ubuesque que l’on découvre ici avec des soucis nombreux chassés par le temps et les nouvelles lubies étranges des pensionnaires.

Rafraîchissant mais aussi parfois triste et éclairant, Les Dimanches d'Angèle souffle le chaud et le froid mais dégage une force tranquille, un appétit pour l’humanité indéniable et il est très bien écrit. On se souviendra longtemps d’Armande, Hortense, Séraphine, grand-maman et les autres.

dimanche 15 mars 2020

Acquisitions virales...

2020 a bien commencé pour nous avec notre Little K qui grandit petit à petit. Mais elle n'est pas la seule ! Avant sa naissance, nous avions succombé une fois de plus au virus de l'acquisition d'ouvrages de seconde main. Il était plus que temps de vous faire une petite présentation des nouveaux venus dans nos PAL respectives... en fait dans la mienne, car Nelfe pour le coup n'a rien trouvé à son goût !

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Ces trouvailles viennent d'horizons bien différents entre désherbage du CDI de mon établissement avant une remise à neuf complète, une ou deux boîtes à livres croisées lors de sortie en voiture ou encore des occasions dégotées dans des magasins de brocantes comme il en apparaît de plus en plus depuis quelques temps. Le butin est varié et fait surtout la part belle à des auteurs que j'aime tout particulièrement !

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- Celui qui survit et Fog de James Herbert. Deux titres du même auteur dégotés en même temps et au même endroit ! Coup double donc pour deux ouvrages prometteurs avec une histoire de brouillard maléfique qui rend les gens fous et dans l'autre volume un homme unique survivant d'une catastrophe aérienne confronté au paranormal. Des histoires à priori classiques mais vu le talent de conteur de l'auteur de la très bonne trilogie des rats, je pense que James Herbert va encore me faire passer un bon moment.

- Debout les morts de Fred Vargas. Un des derniers titres de l'auteure que je n'ai jamais eu l'occasion de lire. Pas d'Adamsberg dans celui-ci par contre, avec une étrange histoire d'arbre qui apparait sans prévenir dans le jardin d'une cantatrice qui va finir par disparaître. Bizarre, vous avez dit bizarre ? C'est souvent le cas avec les trames que nous propose Fred Vargas et en général, c'est pour le meilleur. Hâte d'en savoir plus.

- Les Voisins d'à côté de Linwood Barclay. Je suis bien content d'être tombé sur cette histoire de voisinage qui va faire trembler dans les chaumières ! Jusqu'à quel point connaît-on ses voisins ? C'est un peu le principe de base de cette histoire d'assassinat qui va remuer une petite communauté bien sous tout rapport... du moins en apparence ! Linwood Barclay excelle pour faire basculer des quotidiens banals dans le doute et les affres de l'angoisse. Il ne fera pas long feu dans ma PAL !

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- La Planète de Shakespeare de Clifford D. Simak. Impossible pour moi de résister à cet auteur quand je croise un de ses ouvrages en rayonnage d'occasion et puis cette collection de SF est mythique ! Dur de résumer la quatrième de couverture complètement folle de ce bouquin où un homme se réveille d'un sommeil cryogénique sur une drôle de planète où aurait vécu un certain Shakespeare. Même si je m'attends à tout et n'importe quoi avec un tel pitch, je ne me fais aucun souci, avec Simak je me régale à chaque fois !

- Bizarre ! Bizarre ! de Roald Dahl. Après ma lecture plus qu'enthousiaste de Matilda, il n'y a pas si longtemps, je vais remettre le couvert avec ce maître conteur qui propose ici une série de quinze histoires fantastiques entre drame et humour avec j'imagine le style si particulier et prenant d'un auteur qui a bercé mes jeunes années de lecteur. Typiquement le genre de lecture détente qui fait du bien et dont on a besoin en ces temps troublés.

- Le Roi Arthur : les légendes de la table ronde de Molly Perham. Un très beau livre pour finir le tour d'horizon du jour avec un ouvrage traitant d'un de mes héros préférés et tous les mythes qui l'entourent. J'ai rendez-vous avec Merlin, Arthur, Lancelot, Mordred et consorts avec des histoires éternelles, illustrées de fort belle manière. Que du plaisir en perspective !

Belle brochette d'ouvrages à mon actif encore une fois, la PAL remonte un peu mais rien de vraiment irrémédiable. Qu'il est bon de penser à tous ces mondes imaginaires qui m'attendent et procureront une évasion immédiate au milieu d'une actualité anxiogène au possible. Vous retrouverez comme d'habitude les chroniques de ces ouvrages sur le blog à plus ou moins longue échéance au fil de mes lectures. Portez-vous tous bien en tout cas en attendant. Et que la lecture soit avec vous !

vendredi 13 mars 2020

"10 contes du Japon" de Rafe Martin

10 contes du japonL’histoire : Le Japon, univers envoûtant des samouraïs, est aussi une île de poésie et de rêve. On y raconte notamment qu'un peintre donna naissance à des chats en les peignant et qu'une jeune fille fut blessée lorsqu'on entailla l'arbre qui porte son nom. Laissez place à l'imaginaire dans ces contes où la nature et le fantastique ne font qu'un.

La critique de Mr K : C’est à un merveilleux voyage dans le Japon fantastique et poétique auquel je vous convie aujourd’hui avec la récente réédition de Dix contes du Japon de Rafe Martin aux éditions Flammarion Jeunesse. Destiné à un jeune public à partir de onze ans, il se dégage un charme très particulier de cet ouvrage qui fait la part belle aux parcours initiatiques et au merveilleux.

L’auteur a grandi dans une maison où l’on se passionnait pour l’Asie comme il l’écrit dans son introduction. Cela explique son goût pour ce continent et plus particulièrement pour le Pays du Soleil Levant et la spiritualité qui le baigne. Les dix récits qu’il nous propose ici font référence à tout cela avec notamment la notion de respect de l’Invisible, d’esprits vivants parmi nous, de la divinité présente en tout être vivant ou élément naturel, ou encore de la compassion, sentiment élevé au rang de vertu cardinale dans la société traditionnelle nippone.

On croise nombre de personnages interlopes dans ce recueil, des vivants et des morts, des naïfs et des concupiscents, des âmes égarées à la recherche du bonheur ou de la rédemption, des femmes à la beauté fatale, des ambitieux insatisfaits et des personnes aux capacités extraordinaires. Il y a une ambiance lunaire qui plane sur ces pages, une douce mélancolie qui envahit l’âme et le cœur, qui nous remue, nous interroge à travers dix histoires réécrites à partir de contes originels connus de tous au Japon et appartenant au patrimoine culturel de ce pays.

Ces histoires sont toutes d’une grande beauté, elles se révèlent ensorcelantes en proposant un univers très éloigné du nôtre mais dont les leçons à tirer peuvent se rapprocher de nos propres contes occidentaux. Les esprits et fantômes que l’on croise dans ces pages ne sont pas là pour faire peur, ils participent plutôt à une certaine édification de l’esprit, ce sont les témoins des remous humains et de la propension à l’égoïsme qui peut parfois guider notre espèce... Tout cela est enrobé de mystère et d’une certaine pudeur propre aux japonais, donnant à l’ensemble des textes une puissance d’évocation aussi forte que douce. L’impression est délectable et transporte irrémédiablement le lecteur.

Les jeunes lecteurs trouveront dans ces 10 contes du Japon une très belle entrée sur un pays fascinant et sur des éléments clefs de la mentalité japonaise. Très facilement lisible, enchaînant les paraboles et histoires poignantes, on passe un très agréable moment. À faire découvrir !

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lundi 9 mars 2020

"Le Noir entre les étoiles" de Stefan Merrill Block

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L’histoire : Dix ans après une terrible tuerie dans son lycée, Oliver Loving est toujours plongé dans un coma profond. Brisée par le drame, sa famille s'est désunie : son père, Jed, un artiste raté, a trouvé refuge dans l'alcool, et sa mère, Eve, s'obstine à garder espoir, refusant que son fils soit débranché. Quant à Charlie, leur cadet qui se rêve écrivain, il a quitté le Texas pour vivre librement son homosexualité à New York et fuir l'ombre pesante de son grand frère. Mais lorsqu'un nouvel examen révèle chez Oliver les signes d'une activité cérébrale, tous trois se retrouvent à son chevet, dans l'espoir d'avoir enfin une réponse à toutes leurs questions.

La critique de Mr K: Attention chef d’œuvre ! J’ai littéralement dévoré Le Noir entre les étoiles de Stefan Merrill Block malgré un sujet difficile et très mélancolique. À travers le thème de la fin de vie, l’auteur nous propose un voyage sans concession dans les méandres fonctionnels d'une famille et en filigrane un portrait de l’Amérique loin des clichés établis. Accrochez-vous, le voyage est éprouvant, bouleversant même, transcendé par une écriture d’une grande beauté.

Oliver, 17 ans au moment des faits, a vu sa vie fauchée en un instant lors d’une fusillade dans son établissement scolaire. Réchappant à la mort, il est cependant plongé dans un coma profond, branché à des machines qui le maintiennent en vie. Sa mère (Eve) se raccroche au fol espoir d’une possible rémission, comme beaucoup de mères (mais aussi d‘américains), elle veut croire aux miracles et va voir son fils tous les jours depuis dix ans. Le père (Jed) a quant à lui littéralement dévissé et définitivement succombé aux démons de l’alcool, il a quitté la maison et vivote, rongé de l’intérieur par la culpabilité. Et puis, il y a Charlie, le jeune frère gay qui a quitté la maison car il étouffait dans sa cellule familiale éclatée où le poids de son aîné est trop fort et l’aliène dans sa propre famille.

Ces trois personnages sont au centre du récit. Les points de vue s’alternant d’un chapitre à l’autre, on revient sur les événements qui ont conduit à cette implosion familiale mais aussi sur le passé de chacun pour mieux décortiquer le fonctionnement d’une famille pour le moins banale au départ. Oliver, Charlie, Eve et Jed dans une moindre mesure se révèlent au fil des pages et donnent à voir leur évolution intime avec leurs pensées les plus profondes, les sentiments mêlés qu’ils éprouvent, leurs actes manqués ou non qui façonnent une vie humaine de manière irrémédiable. Stefan Merrill Block ne nous épargnant pas, on rentre vraiment dans le détail et d’ailleurs rien n’est inutile ici, la lente construction d’ensemble est très bien conduite et intelligente. L’édifice est très fin, complexe et judicieusement construit, amenant une série de révélations en toute fin d'ouvrage qui font leur effet et permettent de revoir ses jugements et attentes. On peut dire qu’on est soufflé !

Sujet passionnant en soi, la famille est donc ici exposée dans ce qu’elle a de plus fragile avec tout d’abord une évocation brillante de la perte d’un enfant. Oliver est perdu dans son monde et ses proches, chacun à leur manière ne s’en remettent pas. Sans voyeurisme ou effets de manche, l'auteur traite le sujet de manière naturelle et frontale. C’est brillant. Au final, quand on referme cet ouvrage, on a l’impression d’avoir fait partie de cette famille, de les connaître parfaitement et surtout d’avoir saisi toutes les subtilités qui régissent les rapports humains qui la composent. L’amour profond, les raidissements, les questionnements tortueux, les fêlures et gouffres qui peuvent apparaître subrepticement sont analysés à la loupe, croisés et recroisés avec chaque changement de points de vue et en cela on a bien plus les armes pour comprendre le fond des choses que les protagonistes eux mêmes ! C’est un étrange sentiment qui nous habite donc car on sent une certaine inéluctabilité s’installer sans que l’on puisse agir sur le déroulé de l’histoire. Le malaise apparaît et ne nous quitte plus vraiment.

D’autres personnages naviguent autour des personnages principaux avec l’ombre du désaxé qui s’est donné la mort après son acte barbare, une jeune fille qu’Oliver a côtoyé un temps durant ses années lycée, un enquêteur qui n’a jamais lâché l’affaire et qui veut comprendre le pourquoi du comment de cet acte insensé, un professeur décédé lors de l’attaque à l’image irréprochable, une orthophoniste quelque peu allumée suite au décès de sa fille et même une chienne (Edwina) sont autant de protagonistes qui ont leur importance, apportent des éléments qui une fois réunis vont livrer une trame finale impressionnante de densité et de cohérence. On ne peut que rester sans voix face à tant de maestria narrative et l’on se souvient longtemps après sa lecture d’un tel ouvrage.

Surtout que sa lecture est d’une facilité déconcertante avec une langue très accessible, évocatrice en diable et qui procure un plaisir de lire instantané et durable. Imagé voire poétique à l’occasion, elle accompagne magnifiquement la trame principale et aborde parfois indirectement des préoccupations très américaines comme la circulation des armes à feu, les tensions raciales (l’action se déroule essentiellement au Texas, état américain bordant le Mexique) ou encore le système de santé inégalitaire en place là-bas. Vous l’avez compris, Le Noir entre les étoiles est une vraie pépite qui aborde pléthore d’aspects de nos vies et propose un focus d’une rare puissance sur la notion de traumatisme. À découvrir absolument !

samedi 7 mars 2020

"Alors, c'est du jazz" de Marc Menu

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Le contenu : Poète maintes fois déprimé, Marc Menu arpente les méandres de son existence avec la curiosité tranquille du passant. De temps en temps, il s'arrête pour prendre note d'un paysage, d'une idée, d'une rencontre - le plus souvent, avec un sourire amusé. Parce qu'il serait assez peu convenable de prendre tout ça au sérieux.

Voilà déjà quelques années qu'il laisse à son chien le soin d'écrire à sa place. celui-ci manie l'ironie avec un certain bonheur et tout en remuant la queue - ce qui, reconnaissons-le, de la part d'un auteur, serait inapproprié.

Maintenant qu'il y pense - voilà déjà quelques années qu'on lui dit qu'il écrit mieux.

La critique de Mr K : Chronique d’un ovni littéraire avec Alors, c’est du jazz de Marc Menu sorti en librairie en décembre chez l’éditeur belge Quadrature que j’aime beaucoup et se spécialise dans la sortie de recueils de nouvelles contemporaines qui se démarquent très souvent du lot. Cet ouvrage propose à la lecture des micro-fictions aussi courtes qu’incisives, laissant bien souvent un sourire de satisfaction sur la face ravie du lecteur conquis par le procédé et la langue très inventive d’un auteur à part.

Marc Menu (et donc son chien si vous avez bien lu la quatrième de couverture) nous invite à suivre des tranches de vie variées qui n'excèdent jamais une page ! Déjà qu’écrire une nouvelle qui se tient relève de la gageure, le challenge est d’autant plus difficile ici. Il est même de haute volée pourrait-on dire et en cela le contrat est totalement rempli. Difficile du coup de résumer quoique ce soit du contenu tant il est riche et varié. L’étrange et l’insolite se dispute bien souvent au quotidien et à l’universalité des situations proposées (amour, amitié, travail, sexe, affres existentiels...). Le tout est réalisé avec une économie de mots extrême et très bien maîtrisée.

Les sujets et formes adoptées se suivent et ne ressemblent pas. La pure poésie peut succéder à une forme de narration plus classique, bien souvent l’ultime ligne ou phrase est matière à un retournement de situation étrange, surprenant et parfois totalement incongru ou délirant. Je vous laisse juge du procédé avec cet exemple tiré de l’ouvrage et que je trouve pour ma part très parlant.

Mémé de Tinténiac
Ma grand-mère bretonne m’a filé la recette de son quatre-quarts. Ça n’a pas du tout donné le résultat escompté, le gâteau s’est littéralement liquéfié à sa sortie du four. J’avais pourtant scrupuleusement respecté les proportions.
- Mémé t’es vraiment, vraiment sûre qu’il ne faut rien mettre d’autre que les quatre quarts de beurre?

Déstabilisant, non ? Personnellement, moi qui aime les surprises en littérature, j’ai été cueilli par ce court ouvrage (96 pages) qui a le mérite de détoner dans le milieu de l’édition. Sans doute que ce livre divisera, chacun y trouvant d’ailleurs ce qu’il y apportera avec son expérience et ses ressentis. De mon côté, j’ai adoré ce côté parfois fantasque et bancal, cette fenêtre sur nos interrogations quotidiennes et cet humour distillé avec finesse et justesse au gré de courts textes d’une rare maîtrise. La lecture de Alors, c'est du jazz fut une expérience hors norme, à chacun de la tenter ou non selon son appétence.

Posté par Mr K à 18:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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