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L’histoire : Dix ans après une terrible tuerie dans son lycée, Oliver Loving est toujours plongé dans un coma profond. Brisée par le drame, sa famille s'est désunie : son père, Jed, un artiste raté, a trouvé refuge dans l'alcool, et sa mère, Eve, s'obstine à garder espoir, refusant que son fils soit débranché. Quant à Charlie, leur cadet qui se rêve écrivain, il a quitté le Texas pour vivre librement son homosexualité à New York et fuir l'ombre pesante de son grand frère. Mais lorsqu'un nouvel examen révèle chez Oliver les signes d'une activité cérébrale, tous trois se retrouvent à son chevet, dans l'espoir d'avoir enfin une réponse à toutes leurs questions.

La critique de Mr K: Attention chef d’œuvre ! J’ai littéralement dévoré Le Noir entre les étoiles de Stefan Merrill Block malgré un sujet difficile et très mélancolique. À travers le thème de la fin de vie, l’auteur nous propose un voyage sans concession dans les méandres fonctionnels d'une famille et en filigrane un portrait de l’Amérique loin des clichés établis. Accrochez-vous, le voyage est éprouvant, bouleversant même, transcendé par une écriture d’une grande beauté.

Oliver, 17 ans au moment des faits, a vu sa vie fauchée en un instant lors d’une fusillade dans son établissement scolaire. Réchappant à la mort, il est cependant plongé dans un coma profond, branché à des machines qui le maintiennent en vie. Sa mère (Eve) se raccroche au fol espoir d’une possible rémission, comme beaucoup de mères (mais aussi d‘américains), elle veut croire aux miracles et va voir son fils tous les jours depuis dix ans. Le père (Jed) a quant à lui littéralement dévissé et définitivement succombé aux démons de l’alcool, il a quitté la maison et vivote, rongé de l’intérieur par la culpabilité. Et puis, il y a Charlie, le jeune frère gay qui a quitté la maison car il étouffait dans sa cellule familiale éclatée où le poids de son aîné est trop fort et l’aliène dans sa propre famille.

Ces trois personnages sont au centre du récit. Les points de vue s’alternant d’un chapitre à l’autre, on revient sur les événements qui ont conduit à cette implosion familiale mais aussi sur le passé de chacun pour mieux décortiquer le fonctionnement d’une famille pour le moins banale au départ. Oliver, Charlie, Eve et Jed dans une moindre mesure se révèlent au fil des pages et donnent à voir leur évolution intime avec leurs pensées les plus profondes, les sentiments mêlés qu’ils éprouvent, leurs actes manqués ou non qui façonnent une vie humaine de manière irrémédiable. Stefan Merrill Block ne nous épargnant pas, on rentre vraiment dans le détail et d’ailleurs rien n’est inutile ici, la lente construction d’ensemble est très bien conduite et intelligente. L’édifice est très fin, complexe et judicieusement construit, amenant une série de révélations en toute fin d'ouvrage qui font leur effet et permettent de revoir ses jugements et attentes. On peut dire qu’on est soufflé !

Sujet passionnant en soi, la famille est donc ici exposée dans ce qu’elle a de plus fragile avec tout d’abord une évocation brillante de la perte d’un enfant. Oliver est perdu dans son monde et ses proches, chacun à leur manière ne s’en remettent pas. Sans voyeurisme ou effets de manche, l'auteur traite le sujet de manière naturelle et frontale. C’est brillant. Au final, quand on referme cet ouvrage, on a l’impression d’avoir fait partie de cette famille, de les connaître parfaitement et surtout d’avoir saisi toutes les subtilités qui régissent les rapports humains qui la composent. L’amour profond, les raidissements, les questionnements tortueux, les fêlures et gouffres qui peuvent apparaître subrepticement sont analysés à la loupe, croisés et recroisés avec chaque changement de points de vue et en cela on a bien plus les armes pour comprendre le fond des choses que les protagonistes eux mêmes ! C’est un étrange sentiment qui nous habite donc car on sent une certaine inéluctabilité s’installer sans que l’on puisse agir sur le déroulé de l’histoire. Le malaise apparaît et ne nous quitte plus vraiment.

D’autres personnages naviguent autour des personnages principaux avec l’ombre du désaxé qui s’est donné la mort après son acte barbare, une jeune fille qu’Oliver a côtoyé un temps durant ses années lycée, un enquêteur qui n’a jamais lâché l’affaire et qui veut comprendre le pourquoi du comment de cet acte insensé, un professeur décédé lors de l’attaque à l’image irréprochable, une orthophoniste quelque peu allumée suite au décès de sa fille et même une chienne (Edwina) sont autant de protagonistes qui ont leur importance, apportent des éléments qui une fois réunis vont livrer une trame finale impressionnante de densité et de cohérence. On ne peut que rester sans voix face à tant de maestria narrative et l’on se souvient longtemps après sa lecture d’un tel ouvrage.

Surtout que sa lecture est d’une facilité déconcertante avec une langue très accessible, évocatrice en diable et qui procure un plaisir de lire instantané et durable. Imagé voire poétique à l’occasion, elle accompagne magnifiquement la trame principale et aborde parfois indirectement des préoccupations très américaines comme la circulation des armes à feu, les tensions raciales (l’action se déroule essentiellement au Texas, état américain bordant le Mexique) ou encore le système de santé inégalitaire en place là-bas. Vous l’avez compris, Le Noir entre les étoiles est une vraie pépite qui aborde pléthore d’aspects de nos vies et propose un focus d’une rare puissance sur la notion de traumatisme. À découvrir absolument !