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L’histoire : Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu'elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d'une période sans équivalent dans l'histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches... Et quelques hommes de bonne volonté.

La critique de Mr K : C’est avec le cœur transi que j’ai refermé cet ouvrage qui clôt la trilogie de Pierre Lemaitre sur l’Entre-deux-guerres entamée avec Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie, deux belles réussites littéraires qui m’ont séduit au plus haut point. Miroir de nos peines conclut magistralement le cycle avec une évocation aussi juste que fougueuse de la débâcle de la France en 1940 et en proposant une trame romanesque d’une force incroyable. Difficile après une telle lecture de se replonger dans un roman tant il faut laisser retomber la foule d’émotions qu’il a pu procurer.

Quatre personnages se partagent les premiers rôles dans une Histoire mouvementée qui voit notre pays perdre la guerre en sept semaines et les longues files de réfugiés s’élancer sur les routes de France dans le terrible épisode de l’Exode. Nous les suivons de manière croisée dans leurs démêlés personnels jusqu’à (on s’en doute bien) ce qu’ils finissent par tous se croiser dans un acte final très émouvant. Le procédé narratif est des plus classiques mais c’est bien connu, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes et celle-ci a une saveur délicate et onctueuse à souhait. Quand on y a goûté, impossible de ne pas se resservir et l’addiction est immédiate.

Louise, institutrice la semaine et serveuse chez M. Jules le week-end va du jour au lendemain devoir faire face à des révélations fracassantes qui vont remettre en causes ses certitudes sur son passé familial. Cela va l’amener à partir pour creuser les choses et retrouver quelqu’un qu’elle ne connaît ni d’Eve ni d’Adam. Gabriel et Raoul sont quant à eux des soldats affectés sur la ligne Maginot qui vont devoir compter l’un sur l’autre malgré une inimitié certaine, les événements vont finir par les rapprocher. Désiré est plus étonnant, escroc de haut vol, il alterne les fausses identités pour faire des bénéfices substantiels (il est tantôt avocat, agent de propagande et même prêtre !). Enfin, Fernand est garde mobile chargé d’encadrer les prisonniers politiques et militaires d’une IIIème République plus que vacillante... Rien ne semble donc relier ces destinées disparates mais au fil du récit des éléments vont être révélés, reliant peu à peu ces personnages, des liens tenus se muant même en liens très puissants. Dans ce domaine, l’auteur est un maître en terme de dosage, de finesse et de construction. Un vrai régal !

La guerre est au centre de toutes les préoccupations, tous ses aspects sont abordés soit frontalement soit de manière détournée. Les faiblesses du dispositif militaire français, l’incurie des gradés, le désarroi des soldats face au désastre annoncé, les privations et le début des grandes pénuries pour les civils, la panique de l’État (le passage sur la destruction de devises est édifiant) mais aussi des gens qui s’enfuient en laissant tout derrière eux sont autant de passages d’un réalisme de tous les instants. L’immersion est totale et je peux vous dire qu’il faut s’accrocher tant l’auteur s’amuse à nous balader dans tous les sens comme ses personnages. On passe vraiment par toutes les émotions.

Espoirs et drames se succèdent au fil des péripéties, des séparations douloureuses, une histoire d’amour poignante, les épreuves successives forgent nos personnages et leur font vivre mille péripéties qui tiennent en haleine le lecteur, prisonnier de ces pages. Pierre Lemaitre est un conteur hors pair dont le style vif et incisif emporte son lecteur dans un tourbillon de sensations porté par un souffle romanesque qui ne se dément jamais. On a affaire à un grand roman qui procure de multiples nuits blanches. Un pur bonheur de lecture à côté duquel il ne faut pas passer !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Robe de marié
Au revoir là-haut
Trois jours et une vie
- Couleurs de l'incendie
- Cadres noirs