Joker affiche

L'histoire : Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

La critique Nelfesque : J'avais très envie de voir Joker. Pourquoi ? Alors que je n'aime pas les super héros et que Batman m'indiffère passablement... Pour Joaquin Phoenix ? Pas faux, il est vrai que certaines de ses prestations, notamment dans l'excellent Her, m'avaient bluffée. Pour la Mostra de Venise ? Non, puisque j'avais prévu de le voir avant que l'acteur décroche le Lion d'or. J'ai eu fortement envie de voir Joker, tout simplement en voyant la bande annonce qui m'a scotchée à mon siège lorsqu'elle est sortie. Mr K n'était pas trop chaud pour aller le voir au départ et petit à petit j'ai réussi à le convaincre. Comme j'ai bien fait !

On suit le quotidien d'Arthur Fleck, un gars lambda avec des problèmes d'argent qui vit avec sa mère handicapée. Il s'occupe d'elle, la chérit et vit de petites missions de clown auprès d'enfants à l'hôpital et en tant qu'homme sandwich dans les rues de Gotham City. Lui-même présente un handicap, il rit nerveusement dans certaines situations, et on ne peut pas dire qu'il soit respecté par les gens qui l'entourent. De ses collègues de travail à son patron, en passant par les gens qu'il croise, il n'inspire que moqueries et méfiance. Car oui, Arthur Fleck est étrange et incompris.

Joker 1

Sous traitement médicamenteux, qu'il se procure auprès de son assistante sociale dans un centre d'aide social, il est sans cesse sur un fil et peut à tout moment tomber. Cette tension est extrêmement bien rendue dans le film et nous tient à la gorge du début à la fin. Un faux pas et il tombe. Un licenciement, un passage à tabac, un mépris de plus et il bascule.

Dans un contexte social lui aussi à deux doigts de sombrer, le terreau est propice ici à un pétage de plombs en règle. Arthur veut aller de l'avant, a des rêves plein la tête, tente des choses, s'efforce de sourire en toutes circonstances comme sa mère lui a enseigné, mais arrive un moment où tout est trop dur et seul face à son mal, il va basculer et franchir la frontière qu'il tentait jusque là de garder à distance.

Joker 5

Joker est à mes yeux beaucoup plus un film social qu'un long métrage en lien avec les super-héros. Vous n'avez pas vu Batman ? Vous vous fichez de tout ça et ce type d'univers ne vous parle pas ? Ici, on en est bien loin. On suit juste un homme qui arrive en bout de course et va complètement craquer face à une enfance traumatisante, une vie personnelle frustrante et un quotidien fait d'épreuves. Quand tout dans l'existence d'un homme semble lui mettre des bâtons dans les roues, quand le contexte économique et social est au diapason et que la gouvernance ne semble pas écouter le peuple, on en arrive à des situations extrêmes qui soulèvent les foules. Cela ne vous rappelle rien ?

Avec un film viscéralement prenant, qui tire la larme plus d'une fois, Todd Phillips surprend en proposant un long métrage diaboliquement actuel qui parle d'une époque, d'une génération, de la désespérance et du mal de vivre. L'acteur principal, par sa tension permanente et sa sensibilité à fleur de peau, porte le film qui ne serait pas celui qu'il est sans lui. Magnifique !

Joker 3

La critique de Mr K : 5/6 : un sacré bon film qui ne passe pas loin de la case chef d’œuvre. Un acteur en état de grâce, un discours politique qui me parle, un ascenseur émotionnel d’une grande intensité font de ce film un métrage dont on se souvient longtemps après le visionnage même si pour ma part je trouve que la réalisation n’est pas exempte de défauts et empêche à mes yeux le film de côtoyer des œuvres cultes.

Joaquin Phoenix est tout bonnement fabuleux dans le rôle de ce grand benêt atteint de troubles psychotiques. Arthur Fleck vit seul avec sa vieille mère dont il s‘occupe avec fidélité. Clown de métier, il fait de la publicité dans la rue en soulevant une pancarte. Étrange et différent, il inquiète ses collègues car il est souvent pris de fous rires incontrôlables et tient des propos parfois décousus. Sous perfusion chimique, rendant visite à son travailleur social toutes les semaines, il ne se voit pas exister et patauge dans la galère. Son rêve ? Devenir humoriste. Le problème comme le dit sa mère, c’est qu’il n’est pas drôle et manque de confiance en lui.

Joker 7

La routine n’est donc pas rose et les événements vont se précipiter à la suite d’un enchaînement de coups du sort qui vont faire basculer Arthur du côté obscur. Face à l’incurie des hommes, une société qui aliène les personnes les plus fragiles tout en les contrôlant via les médias, un homme pète les plombs et le Joker est cet homme ci. Mais que son chemin de croix est long et douloureux avant la libération anarchique qui va le mettre sur orbite !

Joaquin Phoenix porte tout le film sur ses épaules. Sa prestation est magistrale et nul doute que l’Oscar ne lui échappera pas. Littéralement possédé par son rôle, il joue à merveille et rend crédible un personnage tourmenté pour qui l’empathie fonctionne à plein. J’ai rarement vu quelqu’un jouer les psychopathes ou l’aliéné avec autant de brio. Dès les dix premières minutes, il me tirait déjà les larmes des yeux et je peux vous dire que ce n’était pas les dernières ! Il faut dire que le scénariste n’y va pas de main morte avec lui entre agressions, moqueries, complexes et une ambiance apocalyptique dans une Gotham City révoltée et au bord de l’implosion. Et si l’étincelle qui faisait tout sauter, c’était lui ?

Joker 2

Il y a du Fight club et du V pour Vendetta dans ce film. La critique est acerbe et pointe du doigt l’impunité des puissants, la manipulation et l’exploitation des plus faibles. La société est malade, sous perfusion et l’explosion n’est plus loin. On est bien loin des films de super héros qui ne m’ont jamais séduit à cause de leur manichéisme exacerbé et l’absence de toute originalité. Ici, le mal se tapit partout, le récit sert un message politique fort avec comme aboutissement une superbe scène finale qui met le monde actuel face à ses contradictions : une démocratie qui n’en est plus vraiment une et la folie en guise de raison. Je peux vous dire que les frissons vous gagnent lors du visionnage et que l’on ne peut s’empêcher de penser à l’autoritarisme larvé de notre gouvernement, la culpabilisation et la paupérisation des plus fragiles, l’arrogance des riches et au final une société fracturée où l’on ne sait plus vivre ensemble. C’est la grosse surprise du film, une grande major se permet de tenir un discours aussi revendicatif, ça faisait un bail qu’on n’avait pas vu ça. Bien sûr la teneur est moindre que les deux œuvres suscitées mais franchement j’adhère à 100%.

Joker 6

Comme dit plus haut, Joker n’est cependant pas parfait. j’ai lu ici ou là que le métrage avait des accents scorcesien. Je trouve cela exagéré avec notamment un manque d’originalité de certains effets, de certaines scènes. Sans inventivité, des scènes manquant parfois de panaches sont contrebalancées par de purs moments de bravoure... C’est aussi ça Joker, un film étrange qui met mal à la l’aise et sort des sentiers battus. Je m’attendais vraiment à moins bien moi qui ne suis pas du tout fan du réalisateur (notamment depuis le très calamiteux Very bad trip 2). À part ce défaut, tout le reste vaut le détour avec notamment une musique qui accompagne magnifiquement la mue du personnage principal. Un film à ne pas louper donc, à voir au cinéma pour bénéficier d’émotions multipliées par dix et voir un spectacle total et révolutionnaire à sa manière.