mardi 29 octobre 2019

"La Page blanche" de Pénélope Bagieu et Boulet - ADD-ON de Mr K

page blanche

J'ai déjà lu et chroniqué cet ouvrage le 19/02/13. Mr K vient de le terminer et de le chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "La Page blanche", ça se passe par là.

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samedi 26 octobre 2019

"Downton Abbey" de Michael Engler

DA afficheL'histoire : Les Crawley et leur personnel intrépide se préparent à vivre l'événement le plus important de leur vie : une visite du roi et de la reine d'Angleterre. Cette venue ne tardera pas à déclencher scandales, intrigues amoureuses et manigances qui pèseront sur l'avenir même de Downton.

La critique Nelfesque : En bonne grosse fan de Downton Abbey, j'attendais ce long métrage avec la plus grande impatience. La série, je l'ai regardé deux fois. Une première fois, pour une immersion en VO dans la langue anglaise et la seconde en incitant fortement Mr K à se joindre à moi. Je n'exclue pas la voir une 3ème fois mais on va attendre un peu pour ne pas faire peur à mon entourage...

Toujours est-il que lorsqu'il a été annoncé qu'une fin sur grand écran était en tournage, je trépignais d'impatience. Puis le jour est venu de se diriger vers le cinéma et au générique, j'en ai eu des frissons. Il faut voir celui-ci comme un gros "épisode spécial", ni plus ni moins. Je ne vois pas l'intérêt d'aller voir ce film si on n'a pas suivi la série (bien que j'ai discuté avec des spectateurs pour qui c'était le cas et qui ont fortement apprécié la séance) mais pour les habitués, c'est un très chouette point d'orgue à l'ensemble.

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Dans la continuité de la série donc on retrouve tout le casting habituel, que ce soit du côté des domestiques que du côté de la noblesse. Comme un dernier au-revoir, aucun à mon sens n'est là pour faire plaisir aux fans mais tous ont une utilité dans les intrigues ici proposées. Plusieurs s'imbriquent et ne dérogent pas aux règles déjà connus. Il n'y a pas de grosses surprises, c'est cousu de fils blancs mais ça ne vient pas non plus en contradiction avec des situations ou des caractères auxquels nous sommes habitués.

Venue de la famille royale à Downton, spoliation d'héritage, amour naissant, conquête de droits sociaux... sont autant de thèmes abordés dans le respect de l'ensemble de l'oeuvre. Nos chouchous restent nos chouchous, chacun a sa petite part de tendresse. Une page se tourne et les larmes pointent en fin de visionnage. Un peu pour la fin d'une histoire, beaucoup pour la fin d'un personnage que je voyais arriver mais qui m'a fendu le coeur... Ca n'est pas fait frontalement et je remercie le scénariste et réalisateur pour ça, sinon j'aurais fait une dépression (j'exagère ? à peine !), c'est subtil et bien amené mais ce n'est pas moins douloureux pour mon petit coeur de fan.

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L'humour est toujours au rendez-vous, au détour d'une scène avec Violet très souvent et lors de joutes verbales entre cette dernière et Isobel. C'est un véritable régal de retomber dans l'ambiance Downton Abbey et à entendre les rires et réactions des autres spectateurs dans la salle, on réalise que ça fait mouche chez tout le monde. Nous qui sommes habitués aux séances quasi privées, ici le public est venu nombreux.

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Il n'y a pas grand chose à rajouter. Si vous aimez la série, allez voir le film (je pense que vous l'avez déjà fait d'ailleurs !). Si vous êtes curieux, même si il y a pas mal de saisons, regardez la série avant d'enchaîner sur le film, vous ne le regretterez pas. Tout cela en VO bien entendu ! Si vous avez vu le film (déjà sorti il y a 1 mois, oui je suis longue pour écrire des chroniques en ce moment, je sais) et l'avez apprécié, vous avez tout intérêt à tout reprendre depuis le début. Vous n'imaginez pas toutes les surprises qui vous attendent... "Donwton Abbey" c'est terminé et tout cela est passé beaucoup trop vite !

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La critique de Mr K : 6/6. Quel plaisir de retrouver les Crowley et leurs serviteurs dans ce film qui ponctue à merveille une série que m’a fait découvrir Nelfe et que j’ai tout autant adoré qu’elle ! J’ai lu ici ou là qu’on pouvait aller voir ce film sans même connaître la série. Pour le coup, je pense que ces spectateurs sont passés à côté de nombreuses références et le film ne doit être qu'une bonne évocation de la vie de château chez les rosbifs. Si par contre, comme nous, vous êtes férus de la série et totalement addicts, courez-y, le film vaut vraiment le détour, propose des trames secondaires riches et ponctue magnifiquement la série sans en rajouter ou faire d'effets de manche artificiels.

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Au cœur du métrage, la venue du couple royal à Downton Abbey ! Ça c’est de la nouvelle pour les Crowley mais aussi un gros chamboulement ! À visite royale, exigences royales et dans cette demeure où chacun sait où est sa place et les règles qui lui incombent, le choc sera parfois dur à encaisser. On navigue donc entre le haut et le bas, poursuivant les protagonistes de notre curiosité et de notre intérêt. On est vraiment servi dans le domaine avec notamment un très bel arc narratif autour de Thomas Barrow (my number one in my heart, j’ai un côté midinette dès qu’on aborde son sujet !) ou encore une Violet déchaînée comme on l’aime à propos d’une captation d’héritage. On est donc en terrain connu mais quand on le cultive avec passion et talent, on ne peut que récolter de beaux fruits et je suis sorti ravi de cette séance de 2h qui m’a paru bien trop courte !

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On retrouve tous les bons ingrédients de la série avec l’avantage de voir le récit sur grand écran. Ça passe bien, les acteurs assurant tous leur partition avec talent. On reprend l’action quelques années après la dernière saison et tout s’intercale parfaitement. On retrouve nos personnages sans qu’ils aient vraiment changé, c’est comme si on retrouvait notre famille après quelques mois d’absence. Il y a l’événement de la visite qui provoque des réactions, des adaptations nécessaires mais au final on poursuit le visionnage surtout pour suivre le devenir de chacun. Passions, jalousies, amour, lutte d’influence, besoin de reconnaissance, convenances et désirs personnels se mêlent pour notre plus grand plaisir. Le format court impose un rythme plus rapide, des intrigues parfois seulement survolées mais franchement, le compte y est.

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Techniquement le film est irréprochable. On ne tombe pas dans le génie ou l’innovation mais le réalisateur fait le job et plutôt bien. Parcourir les jardins, couloirs et pièces de Downton Abbey sur grand écran est un plaisir de tous les instants et même si la facture classique de la réalisation manque d’ambition, on reste dans la continuité de la série. C’est avec émotion qu’on retrouve des lieux chéris, qu’on réentend le thème musical de la série et que l’on se replonge dans l’ambiance unique des lieux. Pas de regrets ou de récriminations à attendre de ma part pour le coup, le film s’apparentant à une douce sucrerie au parfum de nostalgie qu’il fait bon déguster et qui apportera son lot de surprises et de satisfaction aux amateurs de la série.

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jeudi 24 octobre 2019

"Danses du destin" de Michel Vittoz

Danses du destinL’histoire : J'ai tiré, il est tombé dans le caniveau. Je me souviens du bruit. Sourd. Un sac de terre sur le pavé. Je ne savais même pas qui c'était. Après je lui ai encore donné des coups de pied. La haine. Je ne croyais pas que c'était possible, haïr à ce point. Haïr un inconnu qu'on vient de tuer. Haïr un mort. Je ne sais pas combien de fois il aurait fallu que je le tue pour cesser de le haïr. Mes coups de pied l'ont fait rouler jusqu'au bord du quai. Il est tombé dans le canal entre deux bateaux. Je l'ai vu disparaître dans l'eau noire.

Je tue mon père sans le savoir. Tu veux comprendre pourquoi. Elle, Il devait la tuer. Nous n'en savons pas plus. Vous non plus. Ils se demandent ce qui a bien pu se passer.

La critique de Mr K : Chronique d’un ouvrage différent aujourd’hui, Danses du destin de Michel Vittoz appartient à cette catégorie d’ouvrage qui marquent durablement leur lecteur : une trame basique à portée universelle et une forme narrative éclatée jouant ici sur les pronoms personnels qui amorcent chaque début de chapitre comme une indication du point de vue adopté. La surprise initiale se meut très vite en la découverte d’une construction narrative originale qui porte le récit et lui donne une force insoupçonnée. Suivez le guide !

Sachez tout d’abord que cet ouvrage est la suite d’un livre que Michel Vittoz a publié il y a déjà bien des années. Ne l’ayant pas lu, je partais avec une petite appréhension que la suite de ma lecture a rapidement levé. Rassurez-vous donc, on peut tout a fait lire Danses du destin indépendamment et en retirer la substantifique moelle.

Tout commence par une course poursuite entre un malfrat et un policier qui se termine en drame. Le policier passe l’arme à gauche, le meurtrier s’échappe et se rend compte qu’il a tué sans le savoir son géniteur qu’il croyait mort depuis bien longtemps ! Commence une lente et profonde introspection matinée de références à Oedipe et à la psychanalyse qui y est liée. Tuer le père... En parallèle, nous suivons divers personnages qui de prime abord ne semblent pas reliés à la trame principale : un tueur à gage rend visite à une petite mamie esseulée, le Serpent une huile de la République Française qui agit dans l’ombre des puissants depuis des décennies ou encore un jeune flic plongé dans une enquête tortueuse. Des liens apparaissent, des faisceaux de présomption aussi et au final tout s’emboîte et emporte l’adhésion admirative du lecteur.

Il faut dire que l’auteur s’y entend pour proposer des personnages attachants et complexes. Chacun voit ici ses motivations les plus intimes remonter à la surface et livrées sur un plateau. Il souffle sur ces pages une certaine urgence, une dramaturgie intense qui prend à la gorge. Relations familiales, sociales et politiques sont décortiquées au-delà des apparences et des poncifs. En cela il se dégage une profonde humanité de ce récit dans ce qu’elle a parfois de beau mais souvent aussi de cruel et d’inique. On parcourt ces lignes avec une impression de malaise qui va grandissante, on réfléchit et on ne peut que constater les béances existantes dans certaines vies, tronquées, gâchées ou tout simplement touchées par un fatum annihilant.

La grande Histoire fait son apparition assez rapidement avec notamment l’évocation du passé trouble de certains protagonistes. La Seconde Guerre mondiale avec l’épisode de l’occupation allemande et le fractionnement en deux de la société française entre collabos et résistants est très subtilement évoquée à travers l’évocation du passé des plus âgés des protagonistes. Héros et salauds se côtoient, traversent parfois les barrières de la morale et leurs errances ont des retombées bien des années plus tard. Cela rajoute une profondeur à la trame, nourrit la perception que l’on a des personnages et invite à la révision des horizons d’écriture que l’on avait pu construire auparavant. C’est judicieux et totalement addictif surtout que l’auteur revenant au temps présent se permet entre deux phases de narration pure de distiller quelques messages de bon aloi en total cohérence avec ma perception de la société avec notamment la collusion médias / pouvoir et un message social clinique mais plein de vérité.

Cet ouvrage est donc bien plus qu’un simple roman fait de regret, de haine, de revanche et de règlement de comptes. Servi bien noir, sans réelle lueur d’espoir, il se lit avec une facilité déconcertante. La langue est gouleyante sans être exigeante. Il faut simplement s’adapter à l’organisation déstructurée des chapitres, faire le lien entre pronoms personnels et personnages, prendre patience et laissé le récit venir à soi et même se laisser interpeller par l'auteur qui n'hésite pas dans certains passages à nous interpeller directement ! Une fois les trente premières pages parcourues, on commence à saisir la logique adoptée et l’ensemble fascine. Très difficile à relâcher par la suite, on finit sa lecture heureux et quelque peu ébranlé par la teneur de l’ensemble. C'est typiquement le genre d’ouvrage que j’adore et que je ne saurais que trop vous conseiller.

mardi 22 octobre 2019

"Jack et le jackalope" de Ced et Mino

Jack couvL'histoire : Difficile de se faire remarquer quand on est le fils d’une légende de l’ouest. Pourtant, le petit Jack n’a qu’une idée en tête : impressionner son cowboy de papa ! Pour cela, il va capturer un animal mythique jamais vu de personne, le légendaire Jackalope, aussi connu sous le nom de "lapin cornu".

La critique Nelfesque : Makaka est une maison d'édition spécialisée dans la découverte de jeunes auteurs. Ced et Mino m'étaient jusqu'alors inconnus et en ça cette publication fait donc bien son job. Partons en plein far-west au côté de Jack, un jeune cowboy épris d'aventure.

Avec un trait qui n'est pas sans rappeler nos BD d'antan, Mino au dessin et Ced au scénario nous offrent une immersion au temps des westerns, au côté d'un Jack intrépide et prêt à tout pour faire briller l'étincelle de fierté dans les yeux de son père. Enfin, prêt à tout... jusqu'à un certain point. En voulant épater son paternel, il se met en chasse d'un animal légendaire. Son choix se porte assez vite sur le jackalope, un lapin cornu "farouche mais mignon" et en aucun cas dangereux. En se lançant à sa poursuite Jack ne veut pas risquer sa vie mais s'offrir sa petite dose de frissons et de péripéties.

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Sur son chemin, il va rencontrer "Cri-de-l'élan-aux-pieds-froids-l'hiver-par-temps-moite", une jeune indienne fervente défenseuse de la nature. Pensant au départ que Jack n'est qu'un vulgaire chasseur sanguinaire, elle va lui faire promettre de ne pas faire de mal à l'animal. Nous allons retrouver ce personnage de-ci de-là au cours du récit et par son côté décalé, elle apporte une touche de fantaisie qui parlera plus aux adultes dans cette BD très axée jeunesse.

D'autres personnages féminins ne sont pas en reste, tels que Miss Crooton, une mamie légèrement gateuse qui fait également office de babysitter et Susan la soeur de Jack, bien plus lucide que son frangin. Sans en avoir conscience au départ, Jack va voir son aventure se mouvoir en quelque chose de plus important (si tant est que l'on puisse considérer que partir à la recherche du jackalope ne l'est pas) et donner d'excellentes raisons de rendre son père fier de lui.

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Comment ne pas penser à des BD type "Yakari" ou "Lucky Luke" lorsqu'on lit "Jack et le jackalope" ? Sans doute est-ce le contexte ou encore l'époque qui forcément nous mène dans ces coins reculés de notre mémoire. Colorisée à l'aquarelle, dans des teintes chaudes et automnales, on garde un côté suranné qui n'est pas pour déplaire. Seul le choix de la typo fait tordre le nez tant elle fait penser au Comic Sans Ms (je n'ose m'imaginer que ce soit celle-ci...), la pire typo que l'on ait pu inventer. On perd en poésie et c'est dommage. Oui, ça tient à peu de chose chez moi...

Reste une bande dessinée attendrissante qui nous rappelle notre enfance, plaira aux plus petits et avec ses touches d'humour nous offre une histoire sur la paix, le partage et la tolérance.

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samedi 19 octobre 2019

"Magie maya" de Graham Masterton

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L‘histoire : Rafael Diaz, le nouvel étudiant de Jim Rook, paraît calme, timide et réservé. Mais le jeune Mexicain semble avoir un don étonnant : en ayant recours à un ancien rituel maya, il parvient à débarrasser ses camarades de leurs phobies et de leurs peurs les plus profondes... Bientôt des meurtres monstrueux sont commis sur le campus. Le jeune Rafael en serait-il involontairement responsable ? Ou serait-il l'incarnation de Xipe Totec, démon friand de sacrifices humains ? Et n'avoir plus peur de rien, n'est ce pas la chose la plus dangereuse et la plus effrayante qui soit ?

La critique de Mr K : Voyage en terres horrifiques aujourd’hui avec Magie maya de Graham Masterton, deuxième ouvrage de sa série consacrée à Jim Rook, héros récurrent d’un auteur qu’on ne présente plus. Pour tout vous dire, Magie des neiges ne m’avait pas convaincu mais comme j’avais acheté les deux volumes en même temps, je décidai de redonner une chance à ce héros qui m’avait particulièrement agacé lors de ma précédente lecture. J’ai bien fait car même si on ne peut pas crier au génie, on passe un bon moment avec une pure série B littéraire qui se déguste très très vite !

On retrouve donc ce professeur d’anglais spécialisé dans les publics difficiles alors qu’un curieux phénomène se déroule dans sa classe. Le jeune Rafael, son nouvel étudiant mexicain, semble avoir une curieuse influence sur ses camarades. Apprécié, entouré, il est capable de soigner les phobies de ses camarades. Bye bye ces peurs irraisonnées des araignées, du noir ou encore de la noyade... Pas de quoi s’inquiéter donc même si la peur en elle-même est un moyen de défense bien utile face au danger. Voyant des choses que les autres ne sont pas capables de percevoir, Jim soupçonne des puissances occultes d’être cachées dans l’ombre de ces événements miraculeux...

La suite lui donne raison avec une série de morts particulièrement atroces qui touchent justement certains de ses élèves ! Membres arrachés, décapitation et autres joyeusetés sont au menu avec des victimes que l’on retrouve toujours le sourire aux lèvres ! Qui est donc Rafael ? Victime, coupable ou complice ? Que cachent les cérémonies secrètes qui ont eu lieu et quel est cet être informe et mystérieux qui rode autour de Jim ? Il lui faudra tout son courage, son abnégation et son sang froid pour venir à bout d’une monstruosité antédiluvienne qui ne s’arrêtera que lorsqu’elle aura sa moisson d’âmes !

C’est typiquement le genre de livre que l’on commence très facilement et qui se lit tout aussi aisément. Le page-turner à la sauce Masterton fonctionne toujours aussi bien. Pas prise de tête pour un sou, enchaînant horreur pure et scénettes plus intimistes, on se plaît à s’enfoncer avec Jim dans une affaire hors du commun. Pour le coup, je l’ai trouvé bien moins énervant que dans ma précédente lecture. Bon, le personnage n’est pas du tout crédible en tant que professeur (manque de distance, discours creux...) mais j’ai trouvé le personnage moins pédant et plus humain. Il faut dire qu’il a fort affaire ici et qu’il n’est pas loin d'y laisser la vie à plusieurs reprises. Les autres protagonistes tiennent aussi la route avec notamment un Rafael inquiétant et intriguant qui souffle le chaud et le froid pendant une bonne moitié de l’ouvrage.

Par contre, c’est le genre de lecture qui réserve peu de surprise quand on pratique régulièrement le genre. Tout ici est bien huilé, relié, construit mais finalement très attendu car à part deux / trois rebondissements bien sentis, on voit les autres arriver à 10km. Cela n’empêche pas de passer de très bons moments avec des meurtres particulièrement sanglants (Masterton excelle dans les descriptions gores) et des effets flippants maîtrisés. Un petit plaisir coupable en somme, un récit vif et maîtrisé qui procurera quelques menus frissons et une belle addiction à tous les amateurs du genre !

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
La Cinquième sorcière
- Le Jour J du jugement
- Le Trône de Satan
- Le Sphinx

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mercredi 16 octobre 2019

"Lucky man" de Jamel Brinkley

Lucky man

L’histoire : Un adolescent cherche par tous les moyens à se prouver qu’il est devenu un homme, quitte à mettre en danger son petit frère influençable ; le temps d’une excursion avec le centre aéré, un gamin des quartiers pauvres découvre la réalité des classes sociales ; à l’occasion d’un stage de capoeira, deux frères tentent de renouer et d’oublier la violence de leur passé familial...

La critique de Mr K : Retour sur une lecture marquante aujourd’hui avec le recueil de nouvelles Lucky man de Jamel Brinkley, sorti récemment dans la collection Terres d’Amérique d’Albin Michel. Ce n’est pas encore cette fois-ci que cette belle collection redescendra dans mon estime tant j’ai été emporté par le style singulier d’un auteur au devenir radieux, des textes incisifs et une évocation de la question raciale abordée sans détour et une finesse qui ne se dément jamais.

Neuf nouvelles composent cet ouvrage et aucune ne sort vraiment du lot, toutes se valent et apportent leur pierre à l’édifice que veut ériger l’auteur : parler des afro-américains, leur statut, leurs sentiments, aspirations et barrières mentales. C’est donc à travers une petite foule de personnages dans des moments clef de leurs vies respectives ou dans une routine bien installée que Jamel Brinkley aborde une question plus que sensible depuis bien des décennies et plus encore depuis l’accession au pouvoir suprême de Donald Trump.

Entre autre, on suit deux jeunes blacks qui se rendent à une fête et tentent de séduire deux filles blanches, ce qui n’est pas chose facile quand on sait que les clichés et les appréhensions ont la vie dure, un adolescent et son jeune frère zonent et vont aller assister à un défilé bien particulier quitte à mettre en danger le plus jeune des deux. Dans une autre nouvelle, un jeune garçon issu d'un quartier difficile part en centre aéré dans un quartier bien différent du sien, ce sera l’occasion d’apprentissages qu’il ne soupçonnait pas. Deux frères dans une autre historiette ne sont unis que par la pratique de la capoeira, une rencontre va leur permettre de briser le silence et de révéler des choses sur leur passé commun tumultueux. Ou encore dans une autre nouvelle, sous couvert de nous décrire le quotidien d’un petit bar de quartier, Jamel Brinkley nous révèle une histoire d’amour poignante et les effets néfastes de la solitude. Je ne déflorerai pas les autres récits pour vous garder la surprise tout en sachant que chacun des neuf textes part d’une situation presque banale pour délivrer un message à la portée beaucoup plus universelle.

La réussite principale de ce recueil est sa capacité à proposer un regard neuf sur une question traitée à de multiples reprises. Pas de poncifs accumulés ici mais plutôt l’exploration quasi chirurgicale par moment des âmes qui peuplent cet ouvrage. L’amour, le travail, la famille, les relations entre communautés sont au cœurs des tourments et espoirs abordés dans Lucky man. Qu’ils soient jeunes ou vieux, les personnages noirs sont confrontés ici à des incompréhensions, des soucis purement humains sur lesquels se rajoutent bien souvent les conflits interraciaux qui émeuvent régulièrement le spectateur attentif de la vie américaine que je suis. Par le biais d’une écriture d’une grande finesse, Jamel Brinkley arrive à nous faire partager toutes les pensées et interrogations de personnages dont on arrive à cerner la mentalité et la personnalité en simplement quelques pages. Il faut un don pour écrire une bonne nouvelle, ici on a affaire à un maître en la matière qui conjugue langue concise et caractérisation au cordeau. On ploie très vite face à l’avalanche d’émotions qui surgissent de ces pages et nous prennent en otage. Ce qui est étonnant c’est que malgré des sujets parfois graves, des dysfonctionnements sociétaux mis en lumière, on ressort avec un sourire aux lèvres avec dans sa tête un petit espoir qu’un jour les choses évolueront. C’est sans doute le fruit des dialogues parfois plein de sagesse qui émergent des nouvelles et nourrissent la réflexion du lecteur.

J’ai aimé aussi le fait que toutes ces nouvelles se déroulent à New York, une ville que j’ai pu visiter en solo il y a maintenant pas mal d’année et qui m’avait fasciné par son caractère cosmopolite, culturel mais concentrant aussi la fracture sociale prégnante aux USA (entre le Bronx et Manhattan il y a un monde !). Le livre rend hommage à ces quartiers déshérités où l’on s’entraide comme on peut, où les crispations s’accumulent aussi... La ville en elle-même est un personnage à part entière et même si elle se fait discrète en terme de descriptions pures (l’auteur s’attardant surtout sur les interactions entre protagonistes), on sent sa présence, son poids aussi. Certains s’en échapperont, d’autres y trouvent une forme de rédemption, d’autres encore lui sont enchaînés... Le lien en tout cas est ténu et apporte son lot de détails qui parlent et enrichissent le message et les personnages qui leur sont accolés.

Lucky man est donc une très grande réussite servie par une langue d‘une grand souplesse, évocatrice comme jamais, profondément attachée aux humains qu’elle dépeint et portée par un message fort et éclairant. Titillant l’imagination et suscitant moult questionnements, voila un ouvrage à côté duquel il ne faut pas passer quand on est amateur de short stories à la mode US.

dimanche 13 octobre 2019

"La Terre des fils" de Gipi

couv35374253L’histoire : Dans un futur incertain, un père et ses deux fils comptent parmi les survivants d'un cataclysme dont on ignore les causes. C'est la fin de la civilisation. Il n'y a plus de société. Chaque rencontre avec les autres est dangereuse. Le père et ses deux fils, comme les quelques autres personnages rencontrés, la Sorcière, Anguillo, les jumeaux Grossetête, les Fidèles, adeptes fous furieux du dieu Trokool, vivent dans un monde néfaste et noir. L'air est saturé de mouches, l'eau empoisonnée. L'existence du père et de ses deux fils est réduite au combat quotidien pour survivre. Le père écrit chaque soir sur un cahier noir. Qu'écrit-il ? Quel est son secret ? Nous l'ignorons, ses fils aussi. Ils aimeraient bien apprendre à lire, ils aimeraient bien savoir comment on vivait "avant". Mais le père, lui, refuse d'en entendre parler...

La critique de Mr K : Superbe découverte que cette BD empruntée au CDI de mon établissement sur un simple coup de tête. En effet, pas de réelle quatrième de couverture pour résumer l’histoire (le texte ci-dessus est tiré du site Livraddict), ce sont seulement les planches et dessins qui m’ont convaincu. C’est arrivé à la maison et en regardant sur le net que je me suis rendu compte que j’ai eu une sacrée intuition : il s’agit d’un récit post-apocalyptique intimiste. Je suis adepte de ce genre depuis ma lecture plus qu’enthousiaste de La Route de Cormac McCarthy. J’entamai l’ouvrage confiant et je n’ai vraiment pas été déçu !

Nous faisons la connaissance de deux jeunes hommes et de leur père qui survivent comme ils peuvent dans une Terre dévastée. La civilisation comme on l’entend aujourd’hui semble avoir disparu et l’on ne saura jamais vraiment pourquoi. Tout ce que l’on devine c’est que des milliards de personnes sont mortes et qu’un mystérieux mal continue de dévaster l’espèce humaine. Collant au plus près des deux jeunes adultes, on sent une tension sourde entre l’aîné et son géniteur. Les non-dits et le besoin de réponses du fils crée un climat de suspicion, de méfiance que n’arrive pas à désamorcer le plus jeune frère, légèrement attardé. Forcément, tout cela va mener à un drame aux conséquences terribles...

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Le rythme du récit est très lent, il se passe finalement très peu de choses durant les deux tiers de cette bande dessinée. Il y a même des planches entières où aucun mot n’est prononcé ou écrit, où l’on se contente de contempler les personnages, le climax général ou de vivre l’action. Bercé par le noir et blanc de l’œuvre, on rentre immédiatement dans le sujet et il est tout bonnement impossible de relâcher le volume avant le fin mot de l’histoire. Le parti pris graphique est important et j’ai lu ici ou là des avis très divergents. Pour ma part, j’ai adhéré de suite trouvant que la forme était en parfaite adéquation avec le sujet traité, les traits passant allégrement de la simplicité au fouillis improbable. La grisaille environnante correspond bien à l’ambiance que l’histoire dégage, le graphisme rend aussi bien compte des émotions qui émaillent des cases et offre une peinture saisissante des décors angoissants qui constituent désormais le quotidien des hommes.

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L’aspect SF est très bien traité avec un suspens bien entretenu autour de l’Apocalypse qui a mis fin à tout ce que les personnages ont pu connaître (notamment le paternel), les mutations dont sont victimes certains individus, les luttes d’influence entre les survivants et notamment un mystérieux groupe qui s’apparente à une secte (niveau dégénérescence, ils se posent là !). Gipi nous fait rentrer dans les esprits torturés avec une facilité déconcertante. On sent le poids du passé qui n’épargne pas les plus anciens et les aspirations légitimes de jeunes pousses qui n’ont qu’un horizon bouché comme avenir. Cet œuvre nous parle donc de nous, du lien de parentalité et de la peur qui peut parfois l’entourer notamment en période de crise entre membres d’une même famille. C’est très bien dosé, évoqué avec une certaine pudeur, avec une dose de récit initiatique dans la deuxième partie de la BD dont une quête universelle que chacun reconnaîtra lors de sa lecture. On passe par bien des états à la lecture de La Terre des fils, les émotions pullulent et proposent une lecture très contrastée où l’on oscille entre surprise, violence, dégoût et parfois une once de douceur avec le personnage très attachant d’une femme surnommée "La Sorcière". Nuance et introspections sont au RDV pour une lecture marquante.

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Les petites natures passeront leur chemin tant les propos, les rapports humains et certaines idées évoquées sont rudes. En même temps, il s’agit des suites de la fin du monde et on a du mal à imaginer les survivants respectant à la lettre les règles de bienséances qui prévalaient dans l’ancien monde. Ici rien n’est gratuit et contribue à l’édification d’un ouvrage puissant et hypnotique. Une BD mémorable que je vous invite à découvrir au plus vite si le thème vous intéresse, dans le genre on est face à un must !

mercredi 9 octobre 2019

"Pyongyang 1071" de Jacky Schwartzmann

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L’histoire : Marathon. Corée du Nord. Rien à voir, a priori. Et pourtant, le marathon de Pyongyang existe, et il n’est ouvert qu’aux étrangers. Jacky Schwartzmann a dépassé ses limites en parcourant 42 kilomètres dans l’un des pays les plus fermés au monde. Son dossard : le n°1071.

Rien n’était gagné. Il a fallu passer l’étape de l’inscription, celle de la sélection, puis se préparer au marathon et à un voyage dans la dernière dictature communiste à l’œuvre. Savoir que l’on sera guidé, désorienté, mais aussi très entouré.

La critique de Mr K : Chronique d’une déception aujourd’hui avec Pyongyang 1071 de Jacky Schwartzmann sorti il y a peu aux éditions Paulsen. J’affectionne tout particulièrement cette dernière pour ses propositions décalées et son ouverture sur le monde. J’ai ainsi adoré La Mer des cosmonautes de Cédric Gras et Briser la glace de Julien Blanc-Gras. Cet ouvrage promet beaucoup quand on prend connaissance de la quatrième de couverture, un ton léger pour un sujet détonant : la Corée du nord. J’étais plus qu’enthousiaste à l’idée de lire les pérégrinations de l’auteur dans la dernière dictature communiste du globe, pays secret, inquiétant et trop souvent fantasmé. Malheureusement, ma lecture bien que rapide n’a pas répondu à mes attentes et l’auteur m’a même agacé plus d’une fois !

Le principe de base est excellent : l’auteur décide de participer à un marathon en Corée du Nord, organisé et encadré par les autorités bien évidemment. Pour le coup, l’occasion est trop belle, on n’a en effet pas l’occasion d’aller dans le pays le plus fermé du monde tous les jours ! Passée l’étape des interrogations et de la préparation, le voila parti pour Pékin puis la Corée du Nord. Mélangeant réflexions et descriptions, il participera à l’épreuve (et fera d’ailleurs un très bon résultat) et visitera certains hauts lieux symboliques du pouvoir, le tout surveillé de près par un régime obsédé par l’ordre, l’obéissance et l’ennemi américain.

La première partie de l’ouvrage traite donc de l’annonce du projet et de sa préparation. Ce qui est intéressant au départ devient assez vite barbant, l’auteur lorgnant parfois vers l’auto-satisfaction et le nombrilisme. L’humour ne désamorce pas vraiment la chose, rendant les propos tantôt pédants, tantôt horripilants. Ne vous trompez pas, j’aime beaucoup le cynisme, quand il est utilisé avec tact et assorti de réflexions sur l’humain, je suis plus que preneur en fan inconditionnel de Pierre Desproges que je suis. Ce qui devait être le début d’une formidable aventure en terres dictatoriales se transforme en énumération de lieux communs et en manuel de préparation du parfait marathonien. Il faut donc attendre la page 71 (sur 185 tout de même !) pour que le narrateur décolle enfin pour Pékin...

Pour le coup, le livre prend un peu d‘ampleur car commence pour l’auteur une expérience hors norme qui le voit confronté aux tracasseries douanières, un marathon éprouvant physiquement puis la série de visites organisées par le pouvoir pour ses visiteurs occidentaux. Pour tout vous avouer, je n’ai rien trouvé de transcendant dans cette partie non plus, il n’y a pas de révélations fracassantes ou de réelle découverte pour celui ou celle qui s‘intéressait déjà au sujet auparavant. Ben oui, il n’y a personne dans les rues, ben oui un pouvoir dictatorial s’autocongratule dans des lieux et des cérémonies démesurés et souvent kitschs, ben oui les visiteurs étrangers ne peuvent rencontrer de vrais gens du peuple, ben oui on est constamment surveillé... Gardant son ton cynique, j’ai trouvé l’entreprise assez vaine, assez plate en terme de critique et surtout très prétentieuse. Il faut croire que cet auteur et moi ne sommes pas faits pour nous entendre...

C’est d’autant plus décevant que je connais nombre de blogueurs qui ont apprécié l’ouvrage vantant son humour et son propos. Personnellement, je suis totalement passé à côté et je ne suis pas près de repratiquer cet auteur. À chacun, je pense, de se faire sa propre opinion...

lundi 7 octobre 2019

"Ad astra" de James Gray

ad astra afficheL'histoire : L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

La critique Nelfesque : Passe de deux ce soir avec de nouveau Brad Pitt au premier rang, après "Once Upon a Time... in Hollywood" de Quentin Tarantino vu au cinéma le mois dernier. Avec "Ad astra", on le retrouve, dans un futur proche, dans la peau d'un astronaute. La date n'est jamais évoquée mais il est fort probable que nous nous situions ici aux alentours de 2100. Roy McBride est un caïd dans sa discipline. Reconnu et respecté pour ses précédentes missions et sa personnalité, il va se voir confier une tâche particulièrement éprouvante et dangereuse.

Des phénomènes magnétiques importants sont de plus en plus comptabilisés à la surface de la Terre et dans l'espace. Provoquant d'importants dégâts, il est urgent de les faire cesser. Pour ce faire, il n'y a pas d'autre solution qu'envoyer une expédition dans l'espace afin d'en neutraliser la cause. Celle-ci est connue puisque les signaux viennent de la base la plus reculée de la galaxie, celle pour laquelle le père de Roy a pris le départ lorsqu'il était jeune et dont il n'est jamais revenu. Déclaré mort, personne n'a jusqu'alors pris sa suite et plus aucun contact n'est aujourd'hui établi entre cette base et le commandement sur Terre.

Ad astra 1

Roy McBride va alors être appelé pour tenter l'impossible et entrer en contact avec cette base. Peut-être y retrouvera-t-il son père, peut-être ne la rejoindra-t-il jamais, toujours est-il qu'en l'état actuel, si rien n'est tenté, la Terre et l'Homme sont voués à leur perte.

Ne vous attendez pas à voir un film catastrophe en allant voir "Ad astra". Malgré l'urgence de la situation, le film est lent mais les rares scènes de suspens sont assez efficaces. En revanche, ce long métrage est beau et si vous aimez les histoires se déroulant dans l'espace, les plans risquent de vous plaire grandement. Pour ma part, je l'ai plus vu comme un objet visuel que comme un film qui laissera en moi une trace indélébile.

Ad astra 4

En effet, contre toute attente et malgré un pitch allant en ce sens, je n'ai à aucun moment été touchée. J'ai trouvé l'ensemble bien lisse et assez fade côté sentiments. Je n'ai pas accroché aux questionnements de Roy, je n'ai pas été émue par les différentes étapes le menant à cette base si lointaine. Pour le dire clairement, je me fichais un peu de savoir si il retrouverait son père, si il arriverait à endiguer la catastrophe annoncer ou même si psychologiquement il en ressortirait indemne. Je ne saurais véritablement pointer du doigt la cause de cette indifférence (peut-être le ton monocorde de Brad Pitt et sa gestion des sentiments inhérente à sa fonction) mais on est ici bien loin d'un film tel que "Interstellar" de Christopher Nolan ou encore "Premier contact" de Denis Villeneuve. Il faut dire aussi que côté réalisateur, on ne joue pas non plus dans la même cour (tout cela étant évidemment une question de goût, bien entendu).

Pour autant, je ne me suis pas ennuyée, "Ad astra" étant un film facile à regarder avec des acteurs qui jouent très bien. Il n'y a pas de parti pris fort dans le choix de la réalisation ou de la narration et on passe un moment agréable tout de même. Ce n'est malheureusement pas l'idée que je m'étais faite en allant voir ce film, ayant en tête des références bien plus marquantes. A voir donc par un après-midi pluvieux, pour passer le temps...

Ad astra 3

La critique de Mr K : 4/6. Nous sommes donc allés voir le dernier James Gray qui s’offre avec Ad Astra une incursion dans le monde de la SF intimiste avec en star principale un Brad Pitt toujours aussi magnétique. Un réalisateur que j’adore, un acteur que j’admire énormément... Tout était réuni pour une séance dantesque, finalement je n’aurais vu qu’un bon film qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

De mystérieuses ondes magnétiques font des ravages sur Terre et elles auraient pour origine une expédition ancienne menée aux confins du système solaire par le père du héros porté disparu depuis. On charge Brad Pitt d’aller sur Mars pour essayer de contacter le paternel qui serait devenu fou. Entre un voyage éprouvant avec son lot d’impondérables, les questions existentielles qui l’assaillent dans la perspective de revoir son géniteur et le face à face tant attendu, on peut dire que Gray ne ménage pas son personnage principal.

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Le film au niveau de la technique est sublime. Les images et plans sont léchés mais ce n’est pas étonnant quand on connaît l’esthète aux manettes, on a le droit à de très belles images des astres croisés par le héros, de beaux plans sur les vaisseaux empruntés et des scènes d’action bien menées même si comme je le dirai plus tard, je m’interroge encore sur leur utilité. Ce qui m’a encore plus bluffé que le visuel, c’est le score du film. La musique est vraiment à tomber par terre et accompagne merveilleusement bien cette odyssée intimiste.

Ad Astra doit aussi beaucoup à son interprète principal. Brad Pitt est impeccable comme toujours et il porte le métrage sur ses épaules. Il campe un astronaute maître de lui-même en toute situation (superbe scène d’introduction) mais qui commence à être soumis à une pression inhabituelle pour lui l’homme de glace qui contrôle tout. Il pourrait revoir un père parti depuis plusieurs décennies pour un voyage exploratoire, lui le héros d’une nation dont le travail prime sur la vie privée. Au fil du voyage qui le rapproche de son père, Brad s’interroge sur lui, sa relation avec un père absent et finalement sur le sens global de tout cela, notamment les objectifs cachés par l’agence spatiale qui lui a demandé d’essayer de retrouver son père (Tommy Lee Jones pas mal du tout).

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Au détour du déroulé de la trame, certains détails et évocations marquent l’engagement du réalisateur avec une dénonciation à peine voilée de la société de consommation qui s‘installe sur les bases lunaire ou encore la reprise des hostilités entre grandes puissances pour la recherche de ressources (l’histoire se répète encore et toujours). Le film en lui-même s’apparente tout de même plus à un voyage initiatique dans l’intimité d’un homme qui réfléchit sur lui, ses liens biaisés avec sa femme (Liv Tyler toujours aussi quiche) et le sens qu’il veut donner à son existence.

Mais voila, l’équilibre n’est pas trouvé. On monte en pression en terme d’enjeux personnels pour le héros mais finalement le scénario accouche d’une souris. La confrontation attendue ne donne vraiment pas le résultat escompté et fait tomber à plat les attentes légitimes du spectateur. On est bien loin de la puissance évocatrice et réflexive d’œuvres comme Interstellar de Nolan, Premier contact de Villeneuve ou encore l’indépassable 2011 L’Odyssée de l’espace de Kubrick. Les scènes d’action ne m’ont pas paru utiles si ce n’est pour meubler un récit lent et accrocher au passage les plus jeunes. Bref, ça sonne un peu creux.

Reste un film quand même bourré de qualités et qui est un beau spectacle à voir en salle. Et puis, il y a Brad...

Posté par Nelfe à 17:42 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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vendredi 4 octobre 2019

"La Vierge des glaces" de Hans Christian Andersen

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L’histoire : Au sommet des montagnes suisses, au creux des grands glaciers, vit la Vierge des glaces, redoutable reine des neiges éternelles.

Le jeune Rudy lui a échappé de peu et, depuis ce jour, elle attend de pouvoir enfin l'étreindre pour lui donner un baiser mortel.

La critique de Mr K : Quel bonheur de retrouver un auteur qui nous a bercé durant notre enfance ! Je me rappelle encore de mes couchers dans la maison des Pyrénées de ma grand mère qui tous les soirs sans exception me faisait la lecture de contes dont ceux d’Andersen. C’est donc sans hésiter que j’adoptai cet ouvrage lors d’un chinage de plus. Il n’est pas resté longtemps dans ma PAL et cette lecture fut aussi rapide qu’intense. Il n’y a pas à dire, que l’on soit grand ou petit, la magie opère toujours !

Rudy est un enfant des montagnes, on suit sa destinée depuis sa jeune enfance quand il a réchappé de peu à la mort. Orphelin très jeune, il va apprendre à connaître et apprécier la nature. Devenu chasseur et guide de haute montagne émérite, il va faire une rencontre qui va changer sa vie. L’amour a ce don inouï de pouvoir vous transcender... Cependant une menace guette sournoisement le jeune Rudy car la Vierge des glaces à qui il a échappé n’est pas du genre à s’avouer vaincue et gare à l’imprudent qui se laisserait embrasser par mégarde...

L’addiction est immédiate grâce à la langue toujours aussi fabuleuse et intemporelle d'Andersen. L’ouvrage n’a pas du tout vieilli et garde un charme intact. J’aime tout particulièrement l’évocation régulière de la nature qui dans ce conte est un personnage à part entière. Descriptions détaillées mais jamais trop lourdes, on sent le foehn nous souffler aux oreilles, on frémit aux avalanches déclenchées par une Vierge des glaces rancunière envers les hommes, on reste ébahi devant de grandioses paysages entre forêts, alpages et sommets escarpés. C’est bien simple on s’y croirait avec en plus un soupçon de magie, de merveilleux qui tantôt fascine ou inquiète car il s’agit bien d’un conte de fée comme on l’entendais à l’époque : merveilleux et douloureux à la fois, il doit servir de leçon, de morale pour la jeunesse.

On se prend très vite d’affection pour Rudy, un garçon puis un homme attachant et nature. Agile, fort et droit, on aime sa joie de vivre, son optimisme et sa force de conviction. Tout se passe pour le mieux pour lui, il force l’admiration et ses qualités rejaillissent sur autrui. L’Amour quand il surgit le transfigure et le pousse à se dépasser comme autant d‘épreuves pour conquérir sa belle. Cependant, un événement du passé entache tout cela et sans vraiment qu’il le sache, le malheur le guette. Cette appréhension qui gagne le lecteur ne touche pas Rudy et lorsque celui-ci devra affronter son destin, le lecteur doit accepter un sort peu enviable pour le héros qu’il a profondément aimé.

Grand amateur de contes et de légendes, cette lecture fut un plaisir fugace mais sans pareil. Un conteur hors pair, une histoire éternelle et une évocation de la montagne qui m’ont rappelé des souvenirs d’enfance touchants, voila une lecture dont je me souviendrai longtemps et qui en appelle d’autres.

Posté par Mr K à 17:51 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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