couv35374253L’histoire : Dans un futur incertain, un père et ses deux fils comptent parmi les survivants d'un cataclysme dont on ignore les causes. C'est la fin de la civilisation. Il n'y a plus de société. Chaque rencontre avec les autres est dangereuse. Le père et ses deux fils, comme les quelques autres personnages rencontrés, la Sorcière, Anguillo, les jumeaux Grossetête, les Fidèles, adeptes fous furieux du dieu Trokool, vivent dans un monde néfaste et noir. L'air est saturé de mouches, l'eau empoisonnée. L'existence du père et de ses deux fils est réduite au combat quotidien pour survivre. Le père écrit chaque soir sur un cahier noir. Qu'écrit-il ? Quel est son secret ? Nous l'ignorons, ses fils aussi. Ils aimeraient bien apprendre à lire, ils aimeraient bien savoir comment on vivait "avant". Mais le père, lui, refuse d'en entendre parler...

La critique de Mr K : Superbe découverte que cette BD empruntée au CDI de mon établissement sur un simple coup de tête. En effet, pas de réelle quatrième de couverture pour résumer l’histoire (le texte ci-dessus est tiré du site Livraddict), ce sont seulement les planches et dessins qui m’ont convaincu. C’est arrivé à la maison et en regardant sur le net que je me suis rendu compte que j’ai eu une sacrée intuition : il s’agit d’un récit post-apocalyptique intimiste. Je suis adepte de ce genre depuis ma lecture plus qu’enthousiaste de La Route de Cormac McCarthy. J’entamai l’ouvrage confiant et je n’ai vraiment pas été déçu !

Nous faisons la connaissance de deux jeunes hommes et de leur père qui survivent comme ils peuvent dans une Terre dévastée. La civilisation comme on l’entend aujourd’hui semble avoir disparu et l’on ne saura jamais vraiment pourquoi. Tout ce que l’on devine c’est que des milliards de personnes sont mortes et qu’un mystérieux mal continue de dévaster l’espèce humaine. Collant au plus près des deux jeunes adultes, on sent une tension sourde entre l’aîné et son géniteur. Les non-dits et le besoin de réponses du fils crée un climat de suspicion, de méfiance que n’arrive pas à désamorcer le plus jeune frère, légèrement attardé. Forcément, tout cela va mener à un drame aux conséquences terribles...

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Le rythme du récit est très lent, il se passe finalement très peu de choses durant les deux tiers de cette bande dessinée. Il y a même des planches entières où aucun mot n’est prononcé ou écrit, où l’on se contente de contempler les personnages, le climax général ou de vivre l’action. Bercé par le noir et blanc de l’œuvre, on rentre immédiatement dans le sujet et il est tout bonnement impossible de relâcher le volume avant le fin mot de l’histoire. Le parti pris graphique est important et j’ai lu ici ou là des avis très divergents. Pour ma part, j’ai adhéré de suite trouvant que la forme était en parfaite adéquation avec le sujet traité, les traits passant allégrement de la simplicité au fouillis improbable. La grisaille environnante correspond bien à l’ambiance que l’histoire dégage, le graphisme rend aussi bien compte des émotions qui émaillent des cases et offre une peinture saisissante des décors angoissants qui constituent désormais le quotidien des hommes.

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L’aspect SF est très bien traité avec un suspens bien entretenu autour de l’Apocalypse qui a mis fin à tout ce que les personnages ont pu connaître (notamment le paternel), les mutations dont sont victimes certains individus, les luttes d’influence entre les survivants et notamment un mystérieux groupe qui s’apparente à une secte (niveau dégénérescence, ils se posent là !). Gipi nous fait rentrer dans les esprits torturés avec une facilité déconcertante. On sent le poids du passé qui n’épargne pas les plus anciens et les aspirations légitimes de jeunes pousses qui n’ont qu’un horizon bouché comme avenir. Cet œuvre nous parle donc de nous, du lien de parentalité et de la peur qui peut parfois l’entourer notamment en période de crise entre membres d’une même famille. C’est très bien dosé, évoqué avec une certaine pudeur, avec une dose de récit initiatique dans la deuxième partie de la BD dont une quête universelle que chacun reconnaîtra lors de sa lecture. On passe par bien des états à la lecture de La Terre des fils, les émotions pullulent et proposent une lecture très contrastée où l’on oscille entre surprise, violence, dégoût et parfois une once de douceur avec le personnage très attachant d’une femme surnommée "La Sorcière". Nuance et introspections sont au RDV pour une lecture marquante.

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Les petites natures passeront leur chemin tant les propos, les rapports humains et certaines idées évoquées sont rudes. En même temps, il s’agit des suites de la fin du monde et on a du mal à imaginer les survivants respectant à la lettre les règles de bienséances qui prévalaient dans l’ancien monde. Ici rien n’est gratuit et contribue à l’édification d’un ouvrage puissant et hypnotique. Une BD mémorable que je vous invite à découvrir au plus vite si le thème vous intéresse, dans le genre on est face à un must !