Couverture-

L’histoire : Dans cet entre-temps qui sépare la chute du mur de Berlin et celle des Twin Towers, il y eut une époque, bouclant le siècle dernier, qui aura semblé à beaucoup en suspens.

Solal fait alors ses études de médecine. Mais sa jeunesse est inquiète. Témoin de parents qui se déchirent, il connaît lui aussi les joies et désillusions du premier amour. Devenu interne aux urgences psychiatriques, il apprend au fil des nuits de garde à écouter, à ne plus avoir peur, à accepter parfois son impuissance.

La critique de Mr K : Lecture contrastée aujourd’hui avec Quand la parole attend la nuit de Patrick Autréaux, paru en août aux éditions Verdier. Je suis partagé sur ce titre qui tour à tour séduit et agace avec une histoire pleine de promesses mais un style qui peut se révéler pesant par moments, émoussant l’enthousiasme que j’avais au départ à l’idée de découvrir les affres existentielles du personnage principal.

On suit l’histoire de Solal, un jeune homme qui prépare médecine. L’accent est mis durant tout le roman sur son ressenti amoureux et social. Il est bien sûr question de ses études, de ses longues périodes de révision et d’assimilation de connaissances mais finalement c’est secondaire. Le jeune homme n’a pas une vie sentimentale des plus évidentes et l’auteur s’attarde beaucoup sur l’histoire d’amour originelle de Solal avec Simon, le premier homme de sa vie. Rarement un coup de foudre ne mène vers les chemins de la félicité et après la période de découverte de l’autre, de transcendance physique, vient le temps de la déception et de la souffrance. On finit par retrouver Solal un peu plus tard lors d’un premier poste comme médecin titulaire dans un hôpital psychiatrique. C’est l’occasion pour lui au contact de collègues et de patients de faire le point sur sa situation et de réfléchir au sens de sa vie. Entre ses malheurs amoureux et les déchirements du couple que forment ses parents, je peux vous dire que c’est pas gagné !

Les débuts du roman m’ont drôlement plu. L’écriture, d’une grande épaisseur, rentre dans les détails de l’intimité, l’auteur ne nous cache rien ou presque de la vie de son personnage, de ses pensées et de ses expériences. On se retrouve parfois dans son vécu. Malgré une orientation sexuelle différente, on vit les mêmes choses et cela nous touche au plus profond. L’excitation d’une première relation sérieuse, la peur de décevoir l’autre, les moments de complicité et de partage mais aussi les premières fêlures et tromperies sont autant d’étapes, de phases quasi nécessaires pour la construction de l’individu. L’auteur excelle dans ce décorticage systématique et d’une extrême précision. Pour le coup, on peut dire que le personnage est extrêmement bien caractérisé et l’on attend avec impatience son passage à la vie active et le devenir d’un jeune homme ébranlé par sa relation avortée.

Mais voilà, le roman ne décolle jamais vraiment par la suite. On s’enferre dans des considérations mentales et morales sans vraiment que ça n’avance. Ce qui étonnait et fascinait dans un premier temps finit par lasser. Le style fatigue, épuise, ce qui est dommage vu la qualité proposée. Simplement, l’impression de sur-place, de remplissage de pages même gâche un sujet pourtant inépuisable.

C’est donc sur les genoux et déçu que j’ai refermé l’ouvrage. Je m’en voulais presque par rapport à Solal tant son histoire, son caractère et son vécu m’intéressaient... A trop vouloir en faire dans le style, la forme et l’accumulation de détails, l’ensemble perd de sa vivacité et le roman aurait, à mon sens, gagné en intensité en restant dans la sobriété.