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L’histoire : Avocat respectable dans une petite ville alsacienne, Bertrand Barthelme, trouve la mort une nuit dans un accident de voiture. Lorsque l'inspecteur Georges Gorski vient annoncer la triste nouvelle à sa femme, celle-ci lui apparaît peu affectée. Une seule question semble l'intriguer : que faisait son mari sur cette route au milieu de la nuit ? Question banale en apparence, mais qui va vite mener Gorski à s'interroger sur la vie de cet homme et de ce couple de notables apparemment sans histoires.

La critique de Mr K : Graeme Macrae Burnet est un auteur que j’apprécie tout particulièrement depuis mes lectures de ces deux premiers romans traduits en français aux éditions Sonatine. Son écriture fine, ses mises en abyme sous forme de préfaces ou de postfaces, sa maîtrise du suspens m’ont conquis et c’est donc avec joie que j’entamai ma lecture de L’Accident de l’A35 qui remet en selle le commissaire Gorski que j’avais déjà rencontré dans sa précédente enquête. Au final, c’est encore une très belle lecture à laquelle nous convie cet auteur écossais qu’il faut absolument découvrir si ce n’est pas déjà fait.

Tout débute par ce qui ressemble à un banal accident de la route. L’issue tragique semble être le fruit d’une défaillance humaine mais au contact de la veuve du disparu (qu’il trouve d’ailleurs à son goût) et de ses interrogations, Georges Gorski décide de mener l’enquête malgré les évidences et les freins qu’on lui pose. En effet, ces vérifications de routine semblent gêner certaines personnes de la belle société du coin, les découvertes ne vont pas tarder et révéler des choses enfouies depuis bien longtemps. Il n’est pas toujours bon de fouiller le passé et bien malin sera celui qui réussira à démêler le vrai du faux.

La magie opère de suite, le premier chapitre avalé, on est pris par l’histoire qui ne nous laisse aucun autre choix que de continuer. Alternant les points de vue notamment celui de Gorski mais aussi Raymond, fils du défunt, cette enquête est surtout le prétexte d’une exploration sans faille de la famille endeuillée. À la manière d’un Chabrol, on gratte le vernis des apparences pour rentrer au cœur d’une famille bourgeoise bien sous tout rapport... Très vite, on se rend bien compte que derrière les comportements de façade, la vérité est masquée : mensonges, indifférence mais surtout grande solitude ressentie sont au centre de l’histoire. Le pater familias dominait les débats, ne laissant que très peu de place à ses proches. Mensonges, affaires troubles et intérêts financiers se conjuguent et vont peu à peu se révéler au grand jour bousculant les schémas établis. L’enquête est âpre et la résolution est surprenante.

Et puis, il y a Gorski, le flic dégradé, isolé dans une ville de région à faible envergure et qui semble avoir perdu ses illusions sur le métier. D’ailleurs la coupe est pleine avec le départ sans explication de sa femme Céline qui le laisse dubitatif. Alternant les coups au bar et apéros (tout en restant maître de ses pensées et mouvements), les bouffes au resto et les aléas de ses investigations, l’auteur s’attarde beaucoup sur lui et ses ressentis. Ça a beau être classique dans le genre, ça fait toujours son petit effet surtout quand c’est réalisé avec finesse et passion par un auteur soucieux de vraisemblance et amoureux de son personnage principal. On s’attache donc beaucoup à ce quadragénaire un peu en roue libre, déprécié par ses collègues mais qui tient à ses principes et se révèle très bon flic. Dans une moindre mesure, j’ai aussi aimé suivre la trajectoire de Raymond, désormais orphelin de père qui cherche lui aussi à comprendre. Né avec une cuillère d’argent dans la bouche, ça ne l’empêche pas de connaître les affres de l’adolescence avec un rapport au père difficile, les mystères de la séduction et de la nature profonde des filles (aie aie aie que c’est dur parfois de se comprendre !) et le choc des révélations sur sa propre famille. À l’instar du héros, ce qui marque le plus sur les personnages de ce livre sont leur solitude et parfois le côté insoluble de leurs problèmes existentiels.

Superbement écrit car vif et abordable, L'Accident de l'A35 se déguste avec un plaisir qui ne se dément jamais. Aussi à l’aise pour planter un décor, retranscrire une ambiance que pour proposer des personnages crédibles et fascinants, l’auteur nous balade totalement durant les quelques 300 pages qui défilent sans que l’on s’en rende compte. Un petit bijou de littérature policière que je vous invite à découvrir au plus vite !

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