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L’histoire : Emouchet, le chevalier pandion, est de retour d'exil, prêt à reprendre sa place de Champion de la reine. Mais sa maîtresse est frappée d'un mal mystérieux et Séphrenia, la vieille sorcière, n'a pu que retarder l'échéance : assise sur son trône, enchâssée dans un bloc de cristal, la jeune reine est mourante ; il faut vite trouver un remède.

Cette histoire se passe dans une terre de royaumes combattants, d'intrigues de cour, de magie noire et de haute aventure. La maladie de la reine est une aubaine pour les ambitieux. Alors, Emouchet part chercher les remèdes en compagnie de Séphrenia et de la petite Flûte aux étranges pouvoirs. Après bien des franches galopades et des téméraires traversées, il ne saurait manquer d'atteindre enfin cet objectif qui se dérobe sans cesse...

Mais les Zemochs, pour la première fois depuis cinq cents ans, sont aux portes de l'Elénie. On murmure qu'Azash, leur dieu aîné, convoite le Bhelliom, la pierre sacrée perdue, qui ferait de lui le maître du monde. Contre une telle menace, que peuvent les coups d'épée ? Allons, les ténèbres rôdent, la reine agonisante est peut-être - à l'insu de tous - l'ultime espoir de la lumière. Et le valeureux Emouchet n'est pas au bout de ses peines.

La critique de Mr K : J’aime tout particulièrement profiter des congés de l’été pour me lire un bon cycle de fantasy. J’ai plus de temps à consacrer à la lecture et quand on dépasse les 1000 pages à suivre, il est bon d’être moins interrompu par les aléas de la vie. La Trilogie des joyaux de David Eddings m’a été envoyé par la copinaute Walpurgis suite à mes avis enjoués sur La Belgariade et La Mallorée, deux cycles qui m’ont hautement séduit lors de ma découverte de cet auteur par la maîtrise des trames proposées, l’écriture accessible et un certain décalage dans un genre trop souvent sclérosé dans un trop plein de sérieux. C’est pour toutes ces raisons qu’il me tardait d’entamer cette lecture qui au final s’est révélée très réjouissante et fortement addictive une fois de plus.

Trois romans composent ce cycle qui ne laisse pas un instant de répit à son lecteur : Le Trône de diamant, Le Chevalier de rubis et La Rose de saphir. Trois beaux volumes qui font la part belle à l’aventure, la magie, les complots, créatures et dieux païens et surtout, des passages récurrents à l’auberge du coin tout au long d’un périple des plus périlleux ! Malgré un nombre de pages impressionnant (quoique inférieur à mes lectures précédentes de cet auteur), l’intérêt ne baisse jamais et franchement, on ne voit pas le temps passer en compagnie Émouchet et de ses compagnons !

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À la manière d’un conte de fée, on trouve au départ de l’histoire une princesse en grand danger. Ehlana, héritière du royaume d’Érenie se retrouve emprisonnée dans une chrysalide de cristal à la suite d’un empoisonnement dont elle a été victime et qui pourrait bien lui être fatal. En fait, ce sortilège la protège momentanément d’une mort certaine mais le temps est compté et c’est à son gardien, Émouchet, de trouver une solution pour sauver la jeune femme. Heureusement, il peut compter sur l’aide de ses proches et amis, de l’ordre des chevaliers Pandion et le soutien plus étrange d’une petite fille aux pouvoirs mystérieux. Il faut dire que les forces contraires qui se dressent devant lui sont importantes : des usurpateurs au trône, un ancien coéquipier devenu renégat, une menace insidieuse venue de l’est et l’arrivée prochaine d’Azash, Dieu ancien très rancunier et colérique pour qui le moindre vice est une vertu. Sacré programme pour nos héros qui vont connaître nombre de mésaventures et obstacles pour le plus grand plaisir du lecteur évidemment !

Au cœur du récit, on trouve la figure tutélaire d’Émouchet qui n’est pas sans rappeler Conan par son caractère bien trempé même s’il fait quand même davantage preuve de finesse (dans une certaine mesure). Champion de la reine, il m’a irrésistiblement fait penser au personnage d’Hawkmoon de Michael Moorcock qui m’avait tant plu lors de ma lecture de l’intégrale qui lui a été consacrée aux éditions Omnibus. Assez froid et investi totalement par sa mission, il m’a fallu du temps pour domestiquer la bête et surtout apprécier ce personnage qui s’avère bien plus nuancé que ce qu’il laisse paraître au départ. Quasiment parfait, des faiblesses sont tout de même bien présentes entre sa colère qu’il maîtrise mal, ses soucis de raisonnements aussi parfois... Cela laisse donc de la place à toute la petite troupe qui l’accompagne dans laquelle on retrouve une magicienne sans âge qui n’a pas sa langue dans sa poche, le meilleur ami bien bourrin mais sympa, l’écuyer fidèle qui a formé aux armes le jeune Émouchet, une série de chevaliers pas piqués des vers et bien d’autres personnages secondaires qui se comptent par dizaines et qu’on aime croiser et recroiser au fil des pérégrinations du groupe principal. En soi, il n’y a rien de vraiment original dans leurs caractérisations, les habitués découvriront bien assez tôt certaines relations cachées ou vérités secrètes. Mais que voulez-vous quand les recettes sont bonnes, il serait dommage de ne pas les refaire surtout que le background est d’une grande richesse.

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Ne se déroulant pas dans le même monde que les cycles de La Belgariade et de La Mallorée, le Cycle des joyaux nous invite à découvrir le continent d’Eosie où plusieurs royaumes se partagent des territoires aussi vastes que variés. Moi qui adore les cartes en début de roman, j’ai été gâté et comme toujours avec Eddings, vous pouvez être sûr que nos héros vont parcourir toutes les terres connues en long, en large et en travers ! On voyage donc beaucoup entre forêts, déserts, montagnes, marais, citadelles hantées (j’adore ce passage !) et autres décors faramineux qui nourrissent l’imagination. C’est bien simple, j’ai lu d’une traite les trois volumes tant j’étais happé par cet univers entier, complexe et cohérent. Comme souvent avec cet auteur, la part réservée aux croyances est importante et plus précisément ici l’opposition entre une Église traditionnelle et des croyances pluri-séculaires qui réactualisent à la mode SF le combat entre religions monothéistes et rites païens des origines. Rien n’échappe au lecteur concernant Eosie car à travers les multiples aventures vécues, nous explorons aussi les sociétés en présence, la sociologie des habitants et leur manières de vivre totalement antagonistes parfois. Vraie réussite à ce niveau là, ce triptyque propose vraiment une immersion totale.

Le rythme du récit est haletant, la tension ne se relâche jamais vraiment sur les personnages principaux et donc sur le lecteur. On a notre part de morceaux de bravoure, de passages à la taverne (yes !) mais aussi de moments plus intimistes très touchants. À plusieurs reprises, on se retrouve tout de même scotché par certains déroulés qui mettent à mal nos certitudes. Et puis, il y a la patte Eddings qui n’hésite pas à saupoudrer l’ensemble d’un humour léger qui décrispe le genre. Comique de situation, dialogues bien barrés et bêtise humaine sont au centre de passages drolatiques qui allègent l’ensemble et lui donnent un supplément d’âme. Loin d‘être des personnages hiératiques qui vivent à la mode péplum des années 60, ceux ci vivent vraiment, ont peur, ont faim, souffrent de la chaleur ou encore des efforts qu’ils fournissent... Cela rajoute une couche de réalisme qui n’est pas pour me déplaire même si ici on croise le fer et la magie et l’on peut rencontrer des trolls et autres monstruosités peu commodes. Pas le temps de s’ennuyer en tout cas !

Très facile à lire sans pour autant tomber dans l’indigence, le style Eddings fait toujours son effet avec des pages qui se tournent toutes seules tant l’addiction est quasi immédiate. Les amateurs de fantasy se doivent de se pencher sur cet auteur atypique dans le genre (bien aidé par sa femme dans la conception de certains personnages notamment) et il mérite vraiment qu’on lui donne sa chance. Pour ma part, je n’en ai pas fini avec lui, Émouchet revient dans une nouvelle trilogie, il va falloir que je me la dégote pour l’été prochain!

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- La Belgariade
- La Mallorée