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L'histoire : Le Pilgrim vogue vers l'Amérique. Dick Sand, jeune homme de quinze ans, y côtoie quelques passagers pittoresques : Mrs. Weldon, le cousin Bénédict, et quelques Noirs américains. Par un concours de circonstances des plus mystérieux, l'équipage disparaît. Dick se retrouve aux commandes. Alors qu'il croit mener l'embarcation à bon port, le "capitaine de quinze ans" et ses compagnons se retrouvent en Afrique. Parmi les esclavagistes...

La critique de Mr K : Retour sur une lecture estivale passionnante avec Un capitaine de 15 ans de Jules Verne, un auteur vraiment à part pour moi car il a été le déclencheur de beaucoup de choses en lecture, à commencer par aiguiser un goût prononcé pour les romans d’aventures. En fait, je ne me suis jamais vraiment remis du choc de ma lecture de 20 000 lieues sous les mers qui juste avant la Trilogie de l’anneau de Tolkien m’a emporté loin, très loin dans les territoires indéfrichables de l’imagination... Mais trêve de bavardages, parlons donc de ce roman datant de 1878 et qui n’a presque pas pris de rides !

Sur le baleinier Pilgrim, on trouve du beau monde ! À commencer par Miss Weldon, la femme du patron-armateur qui embarque pour San Francisco avec son jeune fils et un cousin éloigné plutôt perché et amateur d’insectes. Sinon, le navire possède un équipage composé de cinq matelots et d’un capitaine expérimenté. S’y trouve aussi le jeune Dick Sand, novice de quinze ans recueilli par Weldon dans une maison pour orphelin. La traversée débute sans encombres jusqu’à ce qu’un événement banal bouscule cet équilibre. Suite à une chasse à la baleine impromptue et mal pensée, tout l’équipage passe l’arme à gauche et le jeune Dick se retrouve au poste de capitaine à seulement 15 ans ! C’est alors le début d’une grande aventure semée d’embûches autant sur mer que sur terre avec un nombre conséquent de péripéties qui vont mettre à mal les certitudes de tous et révéler les caractères de chacun.

Fort de mes expériences passées avec le maître du roman d’aventure, l’addiction est venue de suite, un peu comme un retour à la maison après une longue absence. On retrouve le charme si particulier de Jules Verne au style inimitable, parfois pointilleux et surtout terriblement évocateur. On est là encore pas très loin du récit scientifique par moment avec des descriptions hyper-réalistes de la vie à bord d’un navire du XIXème siècle par exemple avec les tâches quotidiennes à réaliser, les rapports d’autorité, les techniques de navigation ou tout simplement les changements de teinte de l’eau au fil d’une journée... Pour un peu, on sentirait presque le vent du large dans nos cheveux ! J’ai aussi aimé les longues descriptions de la jungle où finissent par s’échouer les voyageurs du Pilgrim (faune et flore peuplent ces pages de manière fort crédible, le ravissement se dispute aux peurs ancestrales les plus prégnantes) et quelques passages sur l’entomologie (étude des insectes) sont assez stupéfiantes dans leur genre, enthousiasmant le lecteur épris de connaissances et de dépaysement. Roman naturaliste par excellence lors de ces descriptions, le charme de l’auteur opère toujours autant, emmenant avec lui son lecteur captif d’horizons lointains rêvés et un style impeccable à la recherche esthétique constante.

L’aventure s’écrit avec un grand A ici avec des personnages très attachants même s’il faut bien avouer qu’ils s’avèrent caricaturaux. Pas de réelle surprise donc pour le lecteur qui se laisse tout de même emporter sans difficultés dans ces mésaventures en pagaille. Les héros sont proches de la perfection, ont une dévotion sans borne envers leurs proches et amis et les bad guys sont d’horribles personnes dépourvues de la moindre once de morale. Malgré cela, on se prend au jeu grâce notamment à la maîtrise de la caractérisation et le sens du récit de Jules Verne avec des oppositions fortes et un voyage à nul autre pareil. La grosse différence par rapport à mes autres lectures de Verne réside dans son aspect engagé contre la traite négrière. Le sujet apparaît fortement et donne lieu à de nombreux développements. Plus cru et dur que d’habitude, Verne ne lésine pas pour dénoncer ce commerce inhumain qui avait encore cours lors de l’écriture de l’ouvrage dans certaines colonies espagnoles et portugaises. Vous trouverez dans ce roman pour la quasi première fois en littérature française des personnages noirs de premier plan menant certaines hautes actions. Rien que pour cela, ce livre sort du lot et donne encore plus à admirer la personnalité de l’auteur.

Lu en Auvergne en juillet au cœur d’un écrin de nature époustouflant, je n’ai fait qu’une bouchée de ce roman trépidant et d’une grande force en terme de message véhiculé. Plaisir de lecture optimum, un auteur au sommet de sa forme pour un morceau de choix en terme de littérature engagée, je ne saurais que trop le conseiller à tous les amoureux d’évasion, d’aventure et de roman du XIXème siècle.