mardi 30 juillet 2019

"Omale" de Laurent Genefort - Intégrale volume 1

Omale

L’histoire : Omale...
Imaginez une sphère de matière ultra-dense, englobant un soleil. À l'intérieur de cette coquille de dizaines de millions de fois la surface terrestre : de l'air et de la vie ; des espèces intelligentes, aussi. Là, sous un soleil à jamais immobile, les Humains, arrivés par une éphémère porte de Vangk, ont dû repartir de zéro. Au fur et à mesure des âges, alors que l'univers extérieur se muait en simple mythe, ils ont dû tisser une histoire avec leurs voisins extraterrestres : les Chiles, grands et puissants, et les sages Hodgqins. Une histoire faite de commerce et de guerre, d'exploration des Confins, mais où les grands mystères demeurent : quels êtres aux pouvoirs semi-divins ont édifié Omale, et pourquoi y ont-ils piégé toutes les espèces de la galaxie ?

La critique de Mr K : C’est un sacré pavé de 1043 pages que je vous présente aujourd’hui. Je peux désormais en parler après quinze jours de lecture intensive début juillet. Le cycle Omale de Laurent Genefort est considéré comme sa grande œuvre. Dans ce premier volume sont réunis le roman éponyme Omale et Les Conquérants d’Omale qui bien que divergents en terme de périodes décrites ont beaucoup de points communs et se complètent l’un l’autre pour le plus grand plaisir du lecteur.

Appartenant au sous-genre de Science-Fiction du Space Opera, cette saga est d’une richesse épatante, à commencer par l’univers original créé de toutes pièces par un auteur à l’imagination foisonnante. Omale est un monde plat enfermé dans une sphère de matière, Heliale son Soleil s’occupe d’entretenir la vie. Plantes, animaux mais aussi trois espèces dominantes se partagent son sol entre entente cordiale et parfois conflit armé pluriséculaire. Placé dans l’univers des Portes de Vangk, ces mystérieux passages qui permettent de passer d’un univers à un autre, sur Omale le passage a disparu et l’humanité a dû relancer son évolution en recommençant presque de zéro. Mais ils ne sont pas seuls, comme dit précédemment, ils doivent composer avec les Chiles et les Hodqins. Pour nous en parler, Genefort va tour à tour nous décrire deux voyages initiatiques qui posent des questions essentielles sur les origines d’Omale et vont nous éclairer sur ce monde étrange et parfois dangereux.

Dans Omale, on suit la destinée de trois personnages à qui des inconnus ont confié des bris de coquille vide. Chacun semble guidé par un fatum implacable qui va les faire se rencontrer dans une nef en partance pour le bout du monde. D’origines raciales et d’extractions sociales différentes, ils vont apprendre à se connaître pour mieux découvrir les raisons profondes de leur périple à l’objectif pour le moins nébuleux au départ. Ce premier roman constitue une excellente mise en bouche à l’univers d’Omale. Avec ses personnages attachants et charismatiques, on se plaît à accompagner les six protagonistes vers une révélation finale d’importance. L’aventure n’est pas de tout repos avec entre autre une scène de piraterie d’une grande efficacité mettant aux prises des vaisseaux gigantesques qui nous démontre une fois de plus le talent immense de Genefort pour nous immerger dans des mondes imaginaires et relater de beaux morceaux de bravoure. Chaque personnage se confie aussi lors de flashback aussi instructifs qu’intenses. Au cœur de l’intrigue, vous l’avez deviné : le mystère des origines du monde d’Omale. Quelle est la véritable nature de ce monde ? D’où viennent exactement les peuples qui y résident ? Qu’est-ce qui a pu bien se passer ? Des réponses sont données en toute fin d’aventure et ouvrent la voie à de multiples possibilités pour les romans ultérieurs... Passionnant !

Les Conquérants d’Omale se déroule 500 ans avant le précédent roman, les trois races dominantes d’Omale ne s’entendent pas et une guerre sans merci courant sur 25 000 km de front oppose Humains et Chiles. Malgré les moyens déployés, le conflit s’enlise... Dans ce contexte difficile, nous suivons quelques humains dans une mission quasi-suicidaire qui pourrait bien faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre selon la réussite ou l’échec. En parallèle, nous suivons les préparatifs d’une rencontre diplomatique avec en apothéose l’envol de représentant d’Omale au cœur d’un Aethir, créatures spatiales mythiques aussi monumentales que mystérieuses dans leurs intentions. Enfin, on accompagne aussi une expédition de cartographes chargés de répertorier des terra Incognita dans le grand atlas d’Omale. Ces trois points de vue s’interposent et se complètent eux aussi et vont finir par livrer des vérités bien dérangeantes. Le ton est différent ici, même si l’on retrouve un peu l’aspect initiatique, c’est un Genefort plus engagé qui se livre à nous avec une histoires aux accents antimilitaristes d’une rare force et sagacité. Horreur du conflit, destructions, annihilation, oubli et résurgences sont au cœur d’un récit enlevé qui laisse peu de place à l’espoir. Plus dispersé dans sa construction même, il faut s’accrocher lors de sa lecture, faire davantage de liens que dans le roman précédent de la série mais au final le plaisir de lire est le même et l’on aime toujours autant se plonger dans l’univers d’Omale.

Très belle lecture donc que ce premier volume d’intégrale. L’aventure et le dépaysement sont au rendez-vous au centre d’un monde très riche qui regorge de détails. C’est bien simple, vous saurez tout sur tout sur Omale et son fonctionnement. Loin de tomber dans un encyclopédisme barbant, Genefort par petites touches successives nous offre un tableau dantesque livrant un monde cohérent et complexe. Forces en présence, arcanes du pouvoir, luttes d’influence, organisation sociale, ethnologie extra-terrestre, foi et religion, philosophie en cours, faune et flore, lois physiques et beaucoup d’autres aspects sont abordés dans ces romans où le monde d’Omale se livre peu à peu. On en redemande presque ! Ce qui me rassure, c’est que le tome 2 m’attend bien au chaud dans ma PAL.

On retrouve le talent de conteur de Genefort qui n’est plus à prouver. Sans conteste, il est un des meilleurs auteurs de SF française en activité proposant réflexion et plaisir instantané de lecture. Malgré l’épaisseur du volume, les pages se tournent toutes seules avec un plaisir de lecture renouvelé qui ne se dément jamais. À lire absolument pour tous les amateurs de SF à la sauce space-opera. Pour ma part, j’y retournerai très prochainement !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Mémoria
Les Opéras de l'espace
- Une Porte sur l'éther
- Points chauds

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dimanche 28 juillet 2019

"Le Couperet" de Donald Westlake

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L’histoire : Cadre dans une papeterie depuis vingt ans, Burke Devore, la quarantaine, est un père de famille heureux. Mais un jour, il est licencié, atteint de plein fouet par la vague de compressions et de restructurations qui touche l'Amérique des années 1990.

Cet employé modèle voit alors sa vie basculer.

Bien décidé à retrouver son bonheur perdu, il est prêt à tout... même au pire.

La critique de Mr K : Trouvé dans mon casier de prof l’année dernière, Le Couperet de Donald Westlake fait partie de la collection Étonnants classiques de chez Garnier Flammarion. Roman à la noirceur profonde, c’est à travers la destinée d’un homme acculé au chômage et qui perd définitivement pied avec tout sens moral que l’auteur égratigne sérieusement nos sociétés capitalistes modernes qui épuisent à la fois la planète et les hommes. Attention, voyage livresque éprouvant !

Cadre supérieur dans une grande entreprise de papeterie, Burke Devore est licencié à la suite de la restructuration de son entreprise qui "déménage" au Canada. Salarié investi et aimant son travail, le monde s’écroule sous ses pieds et malgré l’amour de sa femme et de ses enfants, il sombre. Deux ans de chômage déjà, de multiples entretiens qui n’aboutissent pas et des idées noires plein la tête, le voila qui fourbit un plan diabolique : éliminer systématiquement ses concurrents potentiels pour pouvoir décrocher un poste. Passé le premier meurtre, tout paraît possible mais gare à l’engrenage ! Difficile de s’arrêter quand on a commencé, surtout que l’emploi promis tarde à venir...

L’ouvrage est avant tout un très fin portrait d’un homme broyé par le système. Comme beaucoup aux États-Unis, c’est un patriarche. C’est lui qui fait bouillir la marmite, il ne souhaite pas que sa femme travaille, il préfère qu’elle garde les enfants et s’occupe du foyer. Ce n’est pas pour autant un gros macho, il aime sa femme, la respecte et c’est réciproque : nous avons affaire à un mariage heureux. Sa prédominance de mâle lui échappe en même temps que son emploi et la chute est rude. L’inactivité de Burke lui tape sur le système et peu à peu il s’éloigne de ses proches, commençant à roder autour des maisons de certains concurrents. Le mariage tombe en déliquescence et il est très intéressant de suivre cette évolution décrite avec finesse et beaucoup d’humanité. Nous ne sommes jamais à l’abri des aléas de la vie et même si ici on parle de meurtres en série, la relation de couple est très réaliste et donne à réfléchir sur l’image que l’on donne à sa moitié, à la nécessaire attention et considération que l’on doit lui offrir chaque jour de notre vie pour maintenir une certaine idée du bonheur.

Et puis, il y a le basculement dans la folie. Raconté à la première personne, ce voyage intérieur est saisissant. Un peu à la manière d’un American psycho de Bret Easton Ellis, le héros se répète, se révèle maniaque dans la description de ses trajets, le ton est lancinant et très noir. Espionnant ses futures victimes, il se transforme en voyeur sans foi ni loi. Pour lui, il fait le mal mais pour une cause juste : la sienne et celle de sa famille qu’il doit nourrir. D’où un avis très mitigé sur cet homme à la fois immoral mais aussi victime d’un système inique qui pousse au désespoir le péquin moyen quand le ciel lui tombe sur la tête. Faisant froid dans le dos, le récit à sa manière est assez jubilatoire et se révèle être une charge d’une grande force contre les abus du modèle ultra-libéral : la mise au rebut des personnes non productives, leur aliénation de la société, la course au profit qui annihile la moindre parcelle d’humanité chez certains patrons et actionnaires, le pouvoir complice qui broie ses propres citoyens et enfin le désespoir grandissant dans les couches populaires et intermédiaires de la société. Le constat est accablant.

Le Couperet se lit pourtant avec grand plaisir car l’amoralité est au service de la réflexion et permettra aux plus jeunes d’ouvrir les yeux face à un monde décidément bien cruel. Remarquablement bien écrit, prenant voire hypnotisant par moment, on aime suivre les traces de Burke malgré la sale besogne qu’il abat. La fin vient nous clouer sur place avec un dénouement pour le coup loin des sentiers battus et qui renvoie dos à dos Burke et les responsables de sa dégringolade. Délectable et à lire absolument !

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jeudi 25 juillet 2019

"Le Lion" de Joseph Kessel

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L’histoire : Le Lion raconte l’histoire d’un voyageur (l’auteur ?) en visite dans une réserve du Kenya. Ce voyage est l’occasion pour lui d’une rencontre magique et pour le lecteur l’occasion de vivre un superbe safari tout en comprenant petit à petit les relations qui lient une famille pas comme les autres.

La critique de Mr K : Lecture particulière aujourd’hui avec Le Lion de Joseph Kessel. Considéré par beaucoup comme un classique parmi les classiques, il m’avait échappé jusque là. C’est encore lors d’un passage chez Emmaüs que je tombai sur ce volume que j’adoptai immédiatement. Il n’est pas resté longtemps dans ma PAL et pour cause, les chaleurs du mois de juin se prêtaient tout particulièrement à cette lecture immersive au cœur de l’Afrique kényane. L’ouvrage est un très très beau compromis entre récit initiatique, découverte d’un lointain exotique et dissection des rapports humains dans une famille.

Le narrateur lors d’un voyage prolongé en Afrique s’arrête quelques jours dans un parc protégé au Kenya. Tenu par Bullit, un ancien chasseur repenti, il découvre à son contact et surtout celui de sa fille Patricia les grands espaces naturels à perte de vue, la vie de la faune sauvage et les us et coutumes des peuplades du secteur dont les mystérieux et fiers Massaï. Très vite, le narrateur se rend compte que Patricia n’est pas une petite fille comme les autres, appelée sorcière par les tribus du coin, elle a un don unique pour communiquer avec les animaux et notamment King, un lion majestueux qu’elle connaît depuis toute petite.

Le charme opère instantanément. Dès le premier chapitre, on est pris par le souffle de l’histoire. Il y a tout d’abord la rencontre touchante entre le narrateur et une jeune fille effrontée et vive qui part toute seule dans la brousse. Pas besoin de mots pour que ces deux là s’entendent, entre la gamine et le vieil homme le courant passe de suite. Se laissant guider par Patricia, le narrateur va aller de découverte en découverte, lui faisant découvrir la réserve que dirige son père et la relation exceptionnelle qu’elle entretient avec un lion mâle en pleine possession de ses moyens. Car King (c’est son nom) aime la petite fille, ne lui ferait jamais aucun mal, ces deux là partagent une complicité datant de longtemps quand King n’était encore qu’un lionceau que la famille de Patricia avait recueilli suite à la mort de ses deux parents. Cela donne des scènes quasi surréalistes, emplies d’amour, d’espièglerie et de poésie naturaliste. C’est le cœur au bord des lèvres que l’on lit ses passages d’une intensité rare et qui touchent en plein cœur.

Derrière cette relation fascinante, l’auteur dresse le portrait d’une famille bien particulière. Ces blancs expatriés vivent depuis longtemps au cœur de la jungle avec un papa régnant avec clémence sur cette réserve où les animaux sont protégés, où il faut surveiller les mouvements de population et empêcher le braconnage. La maman supporte elle de moins en moins cette vie, la civilisation lui manque et des tensions apparaissent peu à peu. Ballottée entre les deux mais les aimant tout autant l'un que l'autre, Patricia s’évade comme elle peut, refusant son internat à Nairobi, elle est revenue vivre avec ses parents et s’égaye en partant à l’aventure dans le parc et en retrouvant régulièrement King. Tout cela est vu à travers les yeux du narrateur qui apporte un regard distancié, parcellaire sur cette famille peu commune avec laquelle il va passer de beaux et émouvants moments. L’œuvre prend d’ailleurs un aspect initiatique avec le parcours de Patricia qui quelque part en fin de récit passe un rite de passage terrifiant qui la fera grandir et la mènera à une certaine acceptation et aux prémices de l’âge adulte. Très mélancolique et profondément triste, cette fin m’a cloué le bec.

Ce livre de Kessel est aussi un très beau miroir donnant sur un continent trop souvent méconnu. On ne compte pas le nombre de passages quasi oniriques où le narrateur décrit ce qu’il voit lors de ses excursions dans la savane : on est ému par ce troupeau d’animaux se désaltérant dans le marigot du secteur, on assiste fasciné à la chasse d’un lion ou le vol d’oiseaux migrateurs, on s’étonne de la manière de monter un camp par la tribu Massaï (la bouse de vache, c’est efficace !), on s’exalte de la beauté à couper le souffle des paysages avec notamment au centre de tout le fameux Kilimandjaro, plus haut sommet d’Afrique qui domine la réserve où se déroule l’essentiel de l’histoire. Emprunt de poésie avec un ton toujours juste, on est profondément touché par ce roman au charme envoûtant. Très difficile à relâcher, vintage sans tomber dans la ringardise ou le désuet, Le Lion mérite amplement son statut d’œuvre culte tant on touche ici au sublime. Une sacrée expérience que je vous invite à tenter à votre tour.

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mardi 9 juillet 2019

Six mois de craquages !

Post particulier aujourd'hui avec la présentation de toutes nos acquisitions effectuées en matière de livres d'occasion au cours des six derniers mois. Emmaüs, boîtes à livre, magasins discount et autres brocantes nous ont fait succomber plus d'une fois et par petites touches bien senties. Addict un jour, addict toujours ! Revenons donc sur l'étendue des dégâts...

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(Belle photo de famille, non ?)

Le butin s'avère très varié avec des livres que je recherchais depuis un certain temps, des auteurs chouchous dont il me manquait un titre ou encore des ouvrages prometteurs où le charme agit de suite par la couverture ou la quatrième de couverture sans que l'on puisse résister. Ce qui vous surprendra moins, c'est le fait qu'une fois de plus Nelfe a été beaucoup plus sage que moi. Une section spéciale lui sera tout de même consacrée en toute fin d'article !

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(Voyage en terres asiatiques...)

Quelques trouvailles bien sympathiques venues d'Orient aux éditions Picquier qui ne sont plus à présenter.

- "Les Chroniques de Zhalie" de Yan Lianke. Direction la Chine avec la chronique d'un village pauvre qu'une femme hors du commun veut transformer en cité flamboyante. Entre folie, ambition et parabole de la Chine moderne tournée en dérision, voila un ouvrage qui promet beaucoup.

- "L'Hiver dernier, je me suis séparé de toi" de Nakamura Fuminori. Roman noir japonais, l'ouvrage s'attache à suivre l'enquête d'un journaliste sur un photographe accusé de tuer ses modèles pour prendre un cliché de leur mort en direct... Attirance pour la perdition, on nous annonce des apparences trompeuses et une frontière de plus en plus mince entre raison et pulsions meutrières. Typiquement le genre d'ouvrage qui peut me plaire !

- "Le Jardin arc-en-ciel" d'Ogawa Ito. Une rencontre miraculeuse, un amour qui emporte tout sur son passage et le destin d'une famille pas comme les autres sont au programme de ce roman très apprécié sur la toile qui s'apparente à une ode à la tolérance et à l'acceptation des différences. Je suis intrigué par cet ouvrage qui ne tardera pas à quitter ma PAL tant il se dégage un charme inexpliquable de la quatrième de couverture.

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(Black is black !)

- "Peur blanche" de Ken Follett. Ce sera mon premier Ken Follett en dehors de ses romans historiques. Miam miam ! Thriller scientifique, ce livre a un postulat de départ des plus inquiétants : une terrifiante arme bactériologique a été dérobée et un vent de panique souffle sur la Grande Bretagne. J'ai hâte de découvrir cet auteur sous un jour nouveau, comme en plus il a bonne presse, je ne pense pas m'être trompé en adoptant ce volume !

- "Delirium Tremens" de Ken Bruen. Un roman policier venu d'Irlande qui a l'air particulièrement sombre avec un antihéros alcoolique et complètement borderline. Face au classement par la police d'affaires touchant à des jeunes filles retrouvées mortes noyées, il va reprendre du poil de la bête pour que justice soit faite. Ça a l'air bien hardboiled !

- "Magie maya" et "Le Sphinx" de Graham Masterton. Deux ouvrage d'un de mes auteurs favoris en littérature d'épouvante. Graham Masterton nous propose ici deux danses avec des démons et divinités démoniaques qui vont bouleverser pour notre plus grand plaisir les vies apparemment sans histoire de héros improbables. Cet écrivain est mon pêché mignon et j'ai vraiment hâte de le relire. M'est avis que je vais prendre un des deux volumes avec moi pour nos vacances.

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(Classique quand tu nous tiens !)

 - "Un Capitaine de quinze ans" de Jules Verne. Trop content d'avoir dégoté chez Emmaüs ce titre de Jules Verne qui m'avait échappé jusque là. Cette histoire d'adolescent se retrouvant à la barre d'un grand navire à voile à tout juste quinze ans a tout pour m'emballer. Il ira rejoindre après sa lecture ma collection d'ouvrages parus chez Hachette (superbe collection) de cet auteur qui a bercé mon enfance avec des romans immortels.

- "Le Fantôme des Canterville" d'Oscar Wilde. J'avais lu il y a quelques temps Le Portrait de Dorian Gray qui m'avait, je l'avoue, refroidi. Le style a vieilli à mes yeux et je m'étais ennuyé. N'étant pas rancunier, je vais retenter l'aventure Oscar Wilde avec ce recueil de nouvelles trouvé à prix d'or. Gageons qu'il me rabiboche avec cet auteur culte !

- "Les Âmes mortes" de Gogol. J'adore cet auteur que je n'ai plus pratiqué depuis de nombreuses années (avant le blog, c'est dire !). Ce roman appartient aux grands classiques de la littérature russe et nous conte l'odyssée d'un escroc pour acheter des âmes mortes (des serfs disparus) pour s'enrichir ensuite illégalement. On peut compter sur Gogol pour livrer un ouvrage remarquablement écrit et au passage un tableau satirique de la société russe de l'époque.

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(Mix de contemporains bien alléchants !)

- "Trilogie maritime" de William Golding. Sous la forme d'un journal intime, l'auteur culte de Sa Majesté des mouches nous invite à suivre le voyage vers les antipodes d'un jeune aristocrate anglais qui durant la traversée va perdre ses illusions et découvrir le monde, le vrai ! Cet ouvrage me fait vraiment de l'oeil, il me tarde de le découvrir et de replonger dans l'écriture à la fois subtile et puissante d'un des auteurs les plus doués de sa génération.

- "Katiba" de Jean-Christophe Rufin. Quel plaisir de tomber sur cet ouvrage de Rufin, un de mes auteurs chouchou ! Dans la lignée de son très bon Le Parfum d'Adam, il nous propose à nouveau un thriller avec le terrorisme en toile de fond, ici dans la mouvance islamiste. J'ai hâte de retrouver l'écriture à la fois simple et gouleyante d'un auteur qui ne m'a jamais déçu !

- La Conversation amoureuse d'Alice Ferney. Je vous avoue que je ne savais pas de quoi parle ce roman lorsque je l'ai croisé dans un bac de livres d'occasion. J'ai vu le nom d'Alice Ferney et je l'ai adopté directement étant un grand fan de cette auteure pas comme les autres qui propose avec chacun de ses ouvrages un voyage livresque puissant et marquant dans la durée. Après recherche sur internet, il est question d'un amour adultère nourrit par une passion féroce ! Hâte d'y être !

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(Voyages en terres étranges en vue !)

- "Brocéliande" de Jean-Louis Fetjaine. Voici un ouvrage que je recherchais depuis plusieurs années en occasion, il s'agit de la suite du Pas de Merlin de Jean-Louis Fetjaine, un autre auteur que j'apprécie grandement. Ce livre reprend l'épopée de Merlin là où on l'avait laissé et si je me souviens bien, il était en bien fâcheuse posture !

- "Le Dernier loup-garou" de Glen Duncan. Moi, Lucifer du même auteur m'avait totalement conquis lors de sa lecture, je vais remettre le couvert avec ce premier volume d'une trilogie prometteuse. Un vieux loup-garou suicidaire et blasé va faire une rencontre qui va changer totalement son existence, les avis de certains amis blogueurs sont parfois dithyrambiques concernant ce tome 1. Il ne me reste plus qu'à franchir le Rubicon !

- "Les Chroniques de Durdaine" de Jack Vance. Encore un hasard heureux avec cette intégrale de Jack Vance qui promet de l'aventure en pagaille, un univers SF bien barré et des révélations fracassantes sur un monde où les habitants sont contrôlés par la terreur (une variation autour du collier explosif à la Battle Royale - oeuvre cinématographique culte à mes yeux -). Considéré comme une oeuvre culte du space-opéra, m'est avis que cet ouvrage ne restera pas longtemps dans ma PAL !

- "Sargasso" de Edwin Corley. Un vaisseau spatial US se pose en plein triangle des Bermudes, un drame se noue alors mettant en prise directe mystères de l'espace, secrets sous-marins enfouis, manoeuvres politiques et phénomènes naturels stupéfiants. Le contenu m'attire fortement (toutes les thématiques me sont chères) et la couverture est sublime de surcroît. Y'a plus qu'à !

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(Futures lectures nelfesques !)

Comme promis, voici la section dédiées aux acquisitions de ma chère et tendre, sélection qui bien que moins dense promet de merveilleuses heures de lecture :

- "Fumiers et Cie" de Tom Sharpe. Auteur se situant entre les Monthy Python, les Marx brothers et le no-sense à l'anglaise, il est très apprécié de ma douce qui l'avait dégusté avec Wilt 1. On retrouve de nouveau son goût pour la satire au vitriol avec cette histoire totalement farfelue suivant des personnages déjantés. Je pense que Nelfe va bien s'amuser !

- "La Théorie des six" de Jacques Expert. Fan de thriller, Nelfe n'a pas hésité longtemps à acquérir cet ouvrage de Jacques Expert, un auteur que nous pratiquons assez régulièrement. Un tueur en série bien retors annonce qu'il va faire six victimes et lance un défi aux forces de l'ordre : pourront-ils l'arrêter avant la fin de son cycle ? On peut compter sur cet auteur pour maintenir le suspens jusqu'au bout. Nelfe vous dira ce qu'elle en a pensé lors de son retour de lecture.

- "Une pluie sans fin" de Michael Farris Smith. Là encore, Nelfe succombe à la tentation de replonger dans l'oeuvre d'un auteur qu'elle aime tout particulièrement avec son génial Nulle part sur la Terre et Le Pays des oubliés (qu'elle n'a toujours pas chroniqué la feignasse !). Ici, il verse dans l'anticipation à la mode La Route de McCarthy avec des USA coupés en deux suite à des aléas climatiques exceptionnels. C'est l'occasion pour Michael Farris Smith d'explorer les psychés humaines et de livrer en filigrane un portrait sans concession de son pays. Je le piquerais bien à Nelfe après sa lecture...

Il ne reste maintenant plus qu'à opérer des choix de lecture, lire encore et toujours pour voyager, se transcender, explorer notre humanité, rire, pleurer, s'indigner et encore et toujours prendre du plaisir. Nos PAL bien descendues depuis quelques mois reprennent du poil de la bête... Belle variation autour du mythe de Sisyphe, non ? Comptez sur nous en tout cas pour vous faire partager ces futurs moments qui je n'en doute pas seront intenses et susceptibles de vous intéresser.

lundi 8 juillet 2019

"Terre il faut mourir" de James Blish

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L’histoire : De mort naturelle ou de mort violente, il faudra bien, sans doute, que la Terre meure un jour. Cependant, d'ici là, même s'ils ne parviennent jamais à embrasser le temps dans la vision panoramique que leur donnerait l'omniscience, les hommes peuvent espérer avoir colonisé assez de planètes pour que la fin de la Terre ne signifie pas la fin de l'humanité. Mais le prix de cette conquête de l'inconnu - conquête simultanée de l'espace et du temps - est souvent l'équilibre mental de ceux qui la tentent.

La critique de Mr K : Voilà un petit bout de temps que cet ouvrage traînait son ennui dans ma PAL. À la faveur du mois de juin, je décidai de l’exhumer après avoir lu des avis très concluants sur cet auteur apprécié dans le milieu de la SF et que je n’avais toujours pas lu jusque là. Terre il faut mourir a donc été un test pour moi pour découvrir James Blish et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne s’est pas révélé concluant...

Huit nouvelles constituent ce recueil et malheureusement un certain nombre d’entre elles ne m’ont pas plu du tout, la faute essentiellement à un style très ampoulé, des récits pas si originaux que ça, mais aussi une quatrième de couverture qui trompe un peu sur la marchandise. Je m’attendais à des récits sur la fin de notre belle planète bleue, ce qui s’est révélé ne pas être le cas. Je vous en dis plus de suite !

L’ouvrage débute avec Les Pompes cervelles, un récit qui se déroule sur une Terre marquée par une guerre ouverte entre les USA et l’URSS (on sent l’histoire écrite du temps de la Guerre Froide). Une unité du bloc ouest va explorer le site d’un crash et tenter de soutirer des informations au pilote décédé grâce à la technologie de pointe en vogue. Sur place, ils vont découvrir une activité cérébrale étrange qui ne semble pas venir de notre planète... Bien que suranné dans son écriture, ce récit fonctionne bien avec notamment une fin surprenante que l’on ne voit pas venir avec au passage une charge antimilitariste qui n’est pas pour me déplaire. Dans L’affaire du VS1, un astronaute seul sur une station orbitale pète un plomb dans les grandes largeurs : il veut larguer une bombe atomique sur Washington DC ! Confondant le réel et l’irréel, il croit avoir un équipage et recevoir des ordres... Un homme est envoyé pour lui faire entendre raison. Là encore, ça marche bien, on lit l’histoire avec un plaisir renouvelé malgré une forme parfois marquée par le temps. Reste cependant des personnages un peu caricaturaux et une folie galopante qui aurait méritée d’être plus fouillée...

Dans Sautes de temps, un astronaute se réveille durant son voyage vers Alpha du Centaure. Il se rend compte avec stupeur que le temps est déréglé et qu’il doit repenser systématiquement à chaque action qu’il doit effectuer. Cette nouvelle riche en promesses retombe comme un soufflé. Finalement très classique dans son contenu, elle se révèle indigeste à la lecture. Dommage dommage... Dans Oeuvre d’art, Richard Strauss est vivant ! Du moins, son esprit à été reconstitué et il recommence à écrire des pièces musicales, essayant d’atteindre l’apogée de son art. La fin m’a totalement pris au dépourvu, la nouvelle s’avère très plaisante à lire avec notamment un rythme soutenu qui garde captif le lecteur. On enchaîne avec Le Joueur de flûte. Les hommes se sont réfugiés sous Terre suite à une guerre bactériologique désastreuse. Des solutions s’opposent pour reconquérir la surface, les personnages s’entre-déchirent à ce propos. Raison d’État, mensonge, manipulation des populations sont au menu de ce court texte plutôt bien mené même si la forme se révèle rébarbative. À noter le parallèle intéressant avec le conte éponyme.

Dans Les Étoiles sont des prisons, un vaisseau voyage vers Titan avec un équipage et des passagers. Grâce à un nouveau moyen de propulsion, on peut aller plus loin plus vite mais gare aux mauvaises surprises ! Télépathie généralisée, l’infiniment petit, l’enfermement et ses conséquences sur un groupe humain sont autant de thématiques qui m’ont semblé sous-exploitée ici avec un style franchement repoussoir. Mauvaise pioche encore une fois ! La nouvelle suivante Bip nous présente une agence spéciale qui peut prévoir l’avenir et envoie des agents pour faire respecter ces prédictions. Sous fond de guerre galactique avec une bonne dose d’espionnage, l’ambiance de cette nouvelle est bien prenante, on se prend au jeu et malgré un style toujours ampoulé, on passe un bon moment. Le recueil se termine avec la nouvelle éponyme Terre il faut mourir qui nous parle de la nécessaire conquête spatiale pour l’Homme qui détruit à petit feu sa planète d’origine. Sous la domination d’un pouvoir matriarcal (et oui !), le héros va rencontrer une intelligence extra-terrestre qui lui annonce la destruction définitive de la Terre. Sympathique mais pas transcendante, cette lecture a le bénéfice de poser des questions très intéressante sur l’Homme, son développement et son rapport à sa planète mais franchement, là encore, il n’y a pas de quoi crier au génie.

Je suis donc ressorti plutôt déçu de cette lecture, je suis pourtant amateur du genre et de cette époque littéraire. Malheureusement, le temps a passé et les textes ont vraiment vieilli. La tentation fut grande d’abandonner cette lecture a de multiples reprises, j’ai tout de même voulu donner sa chance jusqu’au bout à cet auteur. Force est de constater qu’il ne m’aura pas transcendé et que je ne le pratiquerai sans doute pas de nouveau... À réserver uniquement aux fans de James Blish et aux amateurs transis de SF vintage de chez vintage !

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vendredi 5 juillet 2019

"Touche pas à mes deux seins" - Série Le Poulpe - de Martin Winckler

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L’histoire : Le Poulpe fait une entrée remarquée dans le monde de la médecine. Il retrouve pour l'occasion un ancien ami, Bruno Sachs, dans des circonstances pour le moins morbides... Le professeur Goffin, éminent spécialiste du cancer du sein, est un personnage sans foi ni loi qui utilise ses patientes à des fins expérimentales. Il vient d'être froidement assassiné dans son appartement parisien. Le crime prend des airs de règlement de comptes... Martin Winckler nous mène de rebondissements en surprises à travers les méandres d'une affaire aux thèmes très actuels. Cette rencontre inattendue entre deux univers bien distincts, polar et milieu médical, est une véritable réussite.

La critique de Mr K : Retour en terres poulpesques aujourd’hui avec Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler qui m’a permis de retrouver avec grand plaisir le personnage de Gabriel Lecouvreur, enquêteur atypique très engagé. Lorgnant vers le thriller médical, ce volume est une très belle réussite et se classe directement parmi les meilleurs de la série à mes yeux.

Le cadavre d’une sommité de la médecine est retrouvé dans son appartement, le docteur Goffin, un gynécologue de renommée mondiale avait mis au point un nouveau traitement thérapeutique pour guérir le cancer du sein sans avoir usage de chirurgie. Autant dire qu’il était perçu comme le messie par nombre de femmes touchées par cette horrible maladie. Mais si meurtre il y a eu, c’est qu’il y a sans doute des choses à gratter et le vernis des apparences cache souvent des éléments peu reluisants. Lorsque dans son bar préféré, Le Poulpe lit l’article concernant cette disparition, des vieux souvenirs ressurgissent et Gabriel va se confier à sa douce Cheryl, lui racontant une partie de sa houleuse jeunesse.

Ce roman se distingue des autres Poulpe par sa construction même. Pour une fois, nous ne suivons pas vraiment une enquête du Poulpe à proprement parler. On alterne ses confessions avec son amoureuse où il est question de ce qu’il a pu faire et qui il a pu rencontrer après l’obtention de son bac. Il se mêle ainsi à une bande de jeunes gens (étudiants pour la plupart) navigant entre le milieu de la médecine, du glandage et des soirées. Très vite, on se rend compte que cela a un lien très fort avec le crime qui l’a remué le matin même. Amitiés, amours et ambitions sont au coeur d’une intrigue bien retorse où tout peut basculer au gré d’une décision ou d’un coup du sort.

En parallèle de cette promenade dans la jeunesse de Gabriel, on suit les investigations et interrogatoires menés par le juge d’instruction Walteau. L’affaire lui a été redonnée dans des circonstances peu claires et en avançant dans son enquête et préparation du dossier, on prend conscience que cette affaire peut faire du bruit, que le docteur Goffin connaissait beaucoup de monde et que sa chute va révéler des pratiques douteuses que certains n’aimeraient pas voir remonter à la surface... Un troisième personnage, un certain Bruno, intervient aussi par moments et apporte son éclairage sur Goffin mais aussi sur la petite bande d’amis.

Au fil de la lecture, on croise les informations et une mécanique infernale se fait jour. Les lignes bougent, les révélations pleuvent et l’affaire dans son ensemble prend une tournure toute autre que celle que l’on pressentait au départ. Comme souvent avec Le Poulpe, nous avons le droit ici encore à une belle galerie de personnages, authentiques, parfois truculents, parfois tragiques, tous mus par une envie de vivre et d’être heureux. On se prend de compassion pour les deux sœurs jumelles que la vie n’épargne pas, on aime suivre les événements relatés par Gabriel et qui le touchent encore beaucoup des années après, on frémit face aux non-dits en cours dans le milieu hospitalier et les pratiques invisibles possibles... N’étant pas un fan de l’hôpital, je dois avouer que je n’étais pas fier lors de cette lecture et c’est d’ailleurs pour cela que j’évite de lire ce genre d'ouvrage d’habitude... Pour autant, j’ai passé un excellent moment entre intrigue tortueuse, charisme des protagonistes, complexité des interactions entre personnages et un Poupe toujours aussi attachant.

L’écriture de Martin Winckler fait merveille et contribue à livrer un volume du Poulpe addictif et jubilatoire. Ecrit simplement mais avec une précision diabolique, original dans sa construction et ménageant le suspense comme jamais, Touche pas à mes deux seins est un grand Poulpe, de ces volumes qui contribuent à donner ses lettres de noblesse à cette série littéraire au charme décidément incroyable !

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L'Amour tarde à Dijon
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mercredi 3 juillet 2019

"Parasite" de Bong Joon-Ho

Parasite afficheL'histoire : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...

La critique Nelfesque : Cela fait déjà plusieurs semaines que nous sommes allés voir "Parasite" au cinéma et je n'ai pas pris le temps de venir vous en parler jusqu'à présent. Il est toujours à l'affiche dans quelques salles si vous ne l'avez pas encore vu et "au pire" il restera la version DVD à découvrir d'ici quelques mois.

"Parasite" est le dernier film de Bong Joon-Ho, la Palme d'Or du dernier Festival de Cannes. Le moins que l'on puisse dire c'est que ça décoiffe et que ça a étonné plus d'un spectateur dans notre salle de projection qui sans doute s'étaient déplacés grâce au label "cannois". C'est sûr que côté Palme, ces dernières années, les amoureux de cinéma étaient plus habitués à des choses plus conventionnelles (ce qui ne présage en rien de la qualité des films primés d'ailleurs). Avec "Parasite", on dépoussière Cannes et ça fait du bien ! Film coréen trash dans les idées et les images parfois, comme souvent sous cette bannière, avec lui on est bousculé et on sent la tension monter petit à petit tout au long du film pour atteindre son apogée dans la scène finale. Et croyez-moi, le terme "apogée" prend ici tout son sens.

Parasite 1

Le cinéma asiatique est particulier. Fait de lenteurs et d'ambiances, on accroche complètement ou on y est allergique. Je ne suis pas adepte de tous les cinémas de ce continent mais je dois dire que j'ai une tendresse particulière pour les films qui viennent de Corée, à la croisée des chemins entre tradition et provocation de bon aloi.

Nous suivons ici une famille de coréens désargentés qui va peu à peu s'immiscer dans la vie de la famille Park, bourgeois navigant dans d'autres sphères que la leur. Le fils a l'opportunité de rentrer au service des Park en tant que prof d'anglais pour leur fille. Flairant le bon filon, il va progressivement faire embaucher toute sa famille sous de fausses identités, des références usurpées et d'habiles stratagèmes. Tout d'abord pour assurer à tous une meilleure condition, un travail régulier et des rentrées d'argent plus que correctes, les membres de cette famille vont aussi afficher leur opportunisme et leur jalousie. Mais qui peut-on réellement blâmer dans ce cas ? La société est ainsi faite que des fossés se creusent entre les riches et les pauvres et on en a ici une illustration criante de réalisme et d'émotions vives.

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Le poids des convenances, le mépris des classes, la survie, l'opportunisme et les limites morales de chacun sont autant de sujets soulevés par Bong Joon-Ho avec finesse mais aussi avec force lors de certaines scènes. On est littéralement pris à la gorge par la détresse qui émane de la pellicule, par le manque de respect et les signes de dédain ordinaire. Pour autant "Parasite" ne fait pas dans le manichéisme puisque les actes choquants se retrouvent à part égale chez les deux familles et on ne peut véritablement se ranger dans un camp ou dans l'autre tant certains aspects humains sont répugnants des deux côtés.

Dans le Larousse, "Parasite" a 4 définitions : Organisme animal ou végétal qui se nourrit strictement aux dépens d'un organisme hôte d'une espèce différente, de façon permanente ou pendant une phase de son cycle vital / Personne qui vit dans l'oisiveté, aux dépens d'autrui ou de la société / Dans l'Antiquité, individu qui était admis à la table d'un riche, en échange de sa clientèle ou de ses mots d'esprit / Perturbation ou bruit électromagnétique qui trouble le fonctionnement d'un appareil ou superpose un bruit à un signal utile. Jamais un film n'aura aussi bien porté son nom. Absolument brillant sous tous les aspects !

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La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée Palme d’Or à mon actif avec ce film coréen primé cette année. Joon-Ho Bong avec Parasite propose un superbe métrage entre rires, larmes et dénonciation sans fard de l’évolution de nos sociétés et notamment du clivage entre classes pauvres et classes supérieures. Durant plus de deux heures, on ne s’ennuie à aucun moment, passant d’un état à un autre sans vergogne avec un effet final assez bluffant qui donne à réfléchir longtemps après le visionnage.

On suit au départ une famille très pauvre qui habite dans un appartement semi-enterré. Tous au chômage, vivant d’expédients et de menues arnaques, ils vivent en harmonie, chacun avec son caractère plus ou moins affirmé. Une occasion en or se présente au fils d’aller donner des cours particuliers d’anglais à une jeune fille de bonne famille. Une fois accepté, il va réussir à faire embaucher sa sœur comme thérapeute artistique auprès du plus jeune enfant des Parks, famille de nantis vivant dans une splendide demeure. Le plan est en marche, je n’en dirais pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue qui devient vite retorse et déviante. Sachez simplement que comme tout plan, il a ses failles et quand elles se révéleront tout ce qui s’est construit auparavant va s’écrouler comme un château de carte. Gare à la casse !

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Le film est jubilatoire à souhait. Tout est quasiment parfait à commencer par les personnages qui soufflent constamment le chaud et le froid. On alterne admiration, empathie et dégoût car finalement ici chacun essaie de survivre à sa manière. Deux mondes se côtoient quotidiennement sans vraiment se comprendre. Derrière les façades affichées, se jouent des tourments intérieurs très forts (mention spéciale pour le papa pauvre) et une volonté de s’en sortir coûte que coûte. On sourit beaucoup durant la première partie du film, les aventures racontées sont rocambolesques et font appel à des codes humoristiques qui fonctionnent à plein (personnages bien contrastés, situations ubuesques et quiproquo permanent). Puis, un aspect plus sombre fait son apparition (les coréens adorent explorer les noirceurs de l’âme, courez voir Old Boy version originale c’est une tuerie !) et l’inquiétude naît au cœur de l’esprit du spectateur. L’engrenage va clairement trop loin, les tensions s’accumulent et le final sans appel laisse sur les fesses. Personne n’est épargné et ne ressortira indemne d’un film se terminant de manière dramatique mais logique.

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Cet œuvre est aussi un beau décorticage du fonctionnement de nos sociétés modernes capitalistes. Tour à tour, ce film nous parle d’individualisme forcené qui se fait généralement au détriment de la morale élémentaire, les conditions de vie épouvantables dans lesquelles vivent certaines familles et ce vers quoi cela les mène (c’est extrême ici !), l’indifférence des puissants face à la souffrance des plus fragiles et leur existence en vase clos. Très bien caractérisé sans pour autant en faire trop, tout dans la nuance, la démonstration est éloquente et même si quelques saillies sont un brin exagérées, on se prend au jeu et finalement on s’attend à tout... On va de surprise en surprise, on est désarçonné et franchement j’aime ça.

Au niveau de la technique, il n’y a rien à jeter. Ce film n’a pas eu la Palme d’Or pour rien. D’une grande beauté formelle avec une image magnifique, des plans inventifs, une musique particulièrement bien choisie (de belles références au classique comme souvent dans le cinéma asiatique), une rythme soutenu qui ne se dément jamais, on en prend plein les mirettes et les vasouilles. Rajoutez une brochette d’acteurs confirmés ou non qui s’investissent au maximum dans leurs rôles respectifs et vous obtenez un film assez unique. À voir absolument pour tous les amateurs du cinéma d’Asie et aux amateurs de films bien réalisés et au message fort.

 

Posté par Nelfe à 18:41 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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