Omale

L’histoire : Omale...
Imaginez une sphère de matière ultra-dense, englobant un soleil. À l'intérieur de cette coquille de dizaines de millions de fois la surface terrestre : de l'air et de la vie ; des espèces intelligentes, aussi. Là, sous un soleil à jamais immobile, les Humains, arrivés par une éphémère porte de Vangk, ont dû repartir de zéro. Au fur et à mesure des âges, alors que l'univers extérieur se muait en simple mythe, ils ont dû tisser une histoire avec leurs voisins extraterrestres : les Chiles, grands et puissants, et les sages Hodgqins. Une histoire faite de commerce et de guerre, d'exploration des Confins, mais où les grands mystères demeurent : quels êtres aux pouvoirs semi-divins ont édifié Omale, et pourquoi y ont-ils piégé toutes les espèces de la galaxie ?

La critique de Mr K : C’est un sacré pavé de 1043 pages que je vous présente aujourd’hui. Je peux désormais en parler après quinze jours de lecture intensive début juillet. Le cycle Omale de Laurent Genefort est considéré comme sa grande œuvre. Dans ce premier volume sont réunis le roman éponyme Omale et Les Conquérants d’Omale qui bien que divergents en terme de périodes décrites ont beaucoup de points communs et se complètent l’un l’autre pour le plus grand plaisir du lecteur.

Appartenant au sous-genre de Science-Fiction du Space Opera, cette saga est d’une richesse épatante, à commencer par l’univers original créé de toutes pièces par un auteur à l’imagination foisonnante. Omale est un monde plat enfermé dans une sphère de matière, Heliale son Soleil s’occupe d’entretenir la vie. Plantes, animaux mais aussi trois espèces dominantes se partagent son sol entre entente cordiale et parfois conflit armé pluriséculaire. Placé dans l’univers des Portes de Vangk, ces mystérieux passages qui permettent de passer d’un univers à un autre, sur Omale le passage a disparu et l’humanité a dû relancer son évolution en recommençant presque de zéro. Mais ils ne sont pas seuls, comme dit précédemment, ils doivent composer avec les Chiles et les Hodqins. Pour nous en parler, Genefort va tour à tour nous décrire deux voyages initiatiques qui posent des questions essentielles sur les origines d’Omale et vont nous éclairer sur ce monde étrange et parfois dangereux.

Dans Omale, on suit la destinée de trois personnages à qui des inconnus ont confié des bris de coquille vide. Chacun semble guidé par un fatum implacable qui va les faire se rencontrer dans une nef en partance pour le bout du monde. D’origines raciales et d’extractions sociales différentes, ils vont apprendre à se connaître pour mieux découvrir les raisons profondes de leur périple à l’objectif pour le moins nébuleux au départ. Ce premier roman constitue une excellente mise en bouche à l’univers d’Omale. Avec ses personnages attachants et charismatiques, on se plaît à accompagner les six protagonistes vers une révélation finale d’importance. L’aventure n’est pas de tout repos avec entre autre une scène de piraterie d’une grande efficacité mettant aux prises des vaisseaux gigantesques qui nous démontre une fois de plus le talent immense de Genefort pour nous immerger dans des mondes imaginaires et relater de beaux morceaux de bravoure. Chaque personnage se confie aussi lors de flashback aussi instructifs qu’intenses. Au cœur de l’intrigue, vous l’avez deviné : le mystère des origines du monde d’Omale. Quelle est la véritable nature de ce monde ? D’où viennent exactement les peuples qui y résident ? Qu’est-ce qui a pu bien se passer ? Des réponses sont données en toute fin d’aventure et ouvrent la voie à de multiples possibilités pour les romans ultérieurs... Passionnant !

Les Conquérants d’Omale se déroule 500 ans avant le précédent roman, les trois races dominantes d’Omale ne s’entendent pas et une guerre sans merci courant sur 25 000 km de front oppose Humains et Chiles. Malgré les moyens déployés, le conflit s’enlise... Dans ce contexte difficile, nous suivons quelques humains dans une mission quasi-suicidaire qui pourrait bien faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre selon la réussite ou l’échec. En parallèle, nous suivons les préparatifs d’une rencontre diplomatique avec en apothéose l’envol de représentant d’Omale au cœur d’un Aethir, créatures spatiales mythiques aussi monumentales que mystérieuses dans leurs intentions. Enfin, on accompagne aussi une expédition de cartographes chargés de répertorier des terra Incognita dans le grand atlas d’Omale. Ces trois points de vue s’interposent et se complètent eux aussi et vont finir par livrer des vérités bien dérangeantes. Le ton est différent ici, même si l’on retrouve un peu l’aspect initiatique, c’est un Genefort plus engagé qui se livre à nous avec une histoires aux accents antimilitaristes d’une rare force et sagacité. Horreur du conflit, destructions, annihilation, oubli et résurgences sont au cœur d’un récit enlevé qui laisse peu de place à l’espoir. Plus dispersé dans sa construction même, il faut s’accrocher lors de sa lecture, faire davantage de liens que dans le roman précédent de la série mais au final le plaisir de lire est le même et l’on aime toujours autant se plonger dans l’univers d’Omale.

Très belle lecture donc que ce premier volume d’intégrale. L’aventure et le dépaysement sont au rendez-vous au centre d’un monde très riche qui regorge de détails. C’est bien simple, vous saurez tout sur tout sur Omale et son fonctionnement. Loin de tomber dans un encyclopédisme barbant, Genefort par petites touches successives nous offre un tableau dantesque livrant un monde cohérent et complexe. Forces en présence, arcanes du pouvoir, luttes d’influence, organisation sociale, ethnologie extra-terrestre, foi et religion, philosophie en cours, faune et flore, lois physiques et beaucoup d’autres aspects sont abordés dans ces romans où le monde d’Omale se livre peu à peu. On en redemande presque ! Ce qui me rassure, c’est que le tome 2 m’attend bien au chaud dans ma PAL.

On retrouve le talent de conteur de Genefort qui n’est plus à prouver. Sans conteste, il est un des meilleurs auteurs de SF française en activité proposant réflexion et plaisir instantané de lecture. Malgré l’épaisseur du volume, les pages se tournent toutes seules avec un plaisir de lecture renouvelé qui ne se dément jamais. À lire absolument pour tous les amateurs de SF à la sauce space-opera. Pour ma part, j’y retournerai très prochainement !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Mémoria
Les Opéras de l'espace
- Une Porte sur l'éther
- Points chauds