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L’histoire : Le Lion raconte l’histoire d’un voyageur (l’auteur ?) en visite dans une réserve du Kenya. Ce voyage est l’occasion pour lui d’une rencontre magique et pour le lecteur l’occasion de vivre un superbe safari tout en comprenant petit à petit les relations qui lient une famille pas comme les autres.

La critique de Mr K : Lecture particulière aujourd’hui avec Le Lion de Joseph Kessel. Considéré par beaucoup comme un classique parmi les classiques, il m’avait échappé jusque là. C’est encore lors d’un passage chez Emmaüs que je tombai sur ce volume que j’adoptai immédiatement. Il n’est pas resté longtemps dans ma PAL et pour cause, les chaleurs du mois de juin se prêtaient tout particulièrement à cette lecture immersive au cœur de l’Afrique kényane. L’ouvrage est un très très beau compromis entre récit initiatique, découverte d’un lointain exotique et dissection des rapports humains dans une famille.

Le narrateur lors d’un voyage prolongé en Afrique s’arrête quelques jours dans un parc protégé au Kenya. Tenu par Bullit, un ancien chasseur repenti, il découvre à son contact et surtout celui de sa fille Patricia les grands espaces naturels à perte de vue, la vie de la faune sauvage et les us et coutumes des peuplades du secteur dont les mystérieux et fiers Massaï. Très vite, le narrateur se rend compte que Patricia n’est pas une petite fille comme les autres, appelée sorcière par les tribus du coin, elle a un don unique pour communiquer avec les animaux et notamment King, un lion majestueux qu’elle connaît depuis toute petite.

Le charme opère instantanément. Dès le premier chapitre, on est pris par le souffle de l’histoire. Il y a tout d’abord la rencontre touchante entre le narrateur et une jeune fille effrontée et vive qui part toute seule dans la brousse. Pas besoin de mots pour que ces deux là s’entendent, entre la gamine et le vieil homme le courant passe de suite. Se laissant guider par Patricia, le narrateur va aller de découverte en découverte, lui faisant découvrir la réserve que dirige son père et la relation exceptionnelle qu’elle entretient avec un lion mâle en pleine possession de ses moyens. Car King (c’est son nom) aime la petite fille, ne lui ferait jamais aucun mal, ces deux là partagent une complicité datant de longtemps quand King n’était encore qu’un lionceau que la famille de Patricia avait recueilli suite à la mort de ses deux parents. Cela donne des scènes quasi surréalistes, emplies d’amour, d’espièglerie et de poésie naturaliste. C’est le cœur au bord des lèvres que l’on lit ses passages d’une intensité rare et qui touchent en plein cœur.

Derrière cette relation fascinante, l’auteur dresse le portrait d’une famille bien particulière. Ces blancs expatriés vivent depuis longtemps au cœur de la jungle avec un papa régnant avec clémence sur cette réserve où les animaux sont protégés, où il faut surveiller les mouvements de population et empêcher le braconnage. La maman supporte elle de moins en moins cette vie, la civilisation lui manque et des tensions apparaissent peu à peu. Ballottée entre les deux mais les aimant tout autant l'un que l'autre, Patricia s’évade comme elle peut, refusant son internat à Nairobi, elle est revenue vivre avec ses parents et s’égaye en partant à l’aventure dans le parc et en retrouvant régulièrement King. Tout cela est vu à travers les yeux du narrateur qui apporte un regard distancié, parcellaire sur cette famille peu commune avec laquelle il va passer de beaux et émouvants moments. L’œuvre prend d’ailleurs un aspect initiatique avec le parcours de Patricia qui quelque part en fin de récit passe un rite de passage terrifiant qui la fera grandir et la mènera à une certaine acceptation et aux prémices de l’âge adulte. Très mélancolique et profondément triste, cette fin m’a cloué le bec.

Ce livre de Kessel est aussi un très beau miroir donnant sur un continent trop souvent méconnu. On ne compte pas le nombre de passages quasi oniriques où le narrateur décrit ce qu’il voit lors de ses excursions dans la savane : on est ému par ce troupeau d’animaux se désaltérant dans le marigot du secteur, on assiste fasciné à la chasse d’un lion ou le vol d’oiseaux migrateurs, on s’étonne de la manière de monter un camp par la tribu Massaï (la bouse de vache, c’est efficace !), on s’exalte de la beauté à couper le souffle des paysages avec notamment au centre de tout le fameux Kilimandjaro, plus haut sommet d’Afrique qui domine la réserve où se déroule l’essentiel de l’histoire. Emprunt de poésie avec un ton toujours juste, on est profondément touché par ce roman au charme envoûtant. Très difficile à relâcher, vintage sans tomber dans la ringardise ou le désuet, Le Lion mérite amplement son statut d’œuvre culte tant on touche ici au sublime. Une sacrée expérience que je vous invite à tenter à votre tour.