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L’histoire : Un original, séduit par le charme d'une ancienne maison de rendez-vous, l'achète et y fait quelques travaux. Il découvre, en grattant le papier d'origine des cloisons coulissantes, l'existence d'un texte écrit serré. Piqué par la curiosité, il se met à le déchiffrer et nous offre le récit d'une nuit passée avec une geisha.

Un Japonais, revenu d'Europe, se souvient d'une aventure amoureuse qui lui est arrivée à Berlin. Il confie, à la première personne, dans un journal, les aventures de ces quelques jours et des deux nuits d'amour passées avec une jeune fille allemande.

La critique de Mr K : Voici un ouvrage qui était dans ma PAL depuis un petit bout de temps et pour souffler entre deux lectures de haut vol, je m’accordais une récréation d’un type bien particulier. Le Secret de la petite chambre est un recueil qui regroupe en fait deux courts récits érotiques japonais datant des années 20. À l’époque, ils n’avaient pas obtenu l’autorisation d’être édités, la censure étant très rigoriste au pays du soleil levant. On retrouve donc le récit éponyme qui est l’œuvre de Kafu Nagai et La Fille au chapeau rouge de Ryûnosuke Akutagawa, deux auteurs très connus dans leur pays et qui ont touché à pas mal de genres différents. Adepte de littérature nippone, j’avais été séduit par la quatrième de couverture et une incartade coquine n’est pas pour me déplaire à l’occasion d’une lecture.

Les deux histoires nous narrent les aventures amoureuses de deux japonais en goguette. Dans le premier récit, le héros achète une ancienne maison close et va tomber sur le témoignage anonyme d’un homme qui raconte une nuit d’amour intense avec une geisha. Dans le deuxième récit, un japonais séjournant en Europe va succomber aux charmes d'une jeune allemande qui sait ce qu’elle veut. Les deux histoires même si elles n’ont rien à voir l’une avec l’autre font la part belle à la sensualité et aux plaisirs charnels.

Très raffinées dans leurs écritures respectives, ses deux histoires se lisent vite et avec un certain plaisir par moment. Au delà des scènes olé olé qui émaillent ces lignes et qui s’avèrent crues (et sans doute dérangeantes pour les âmes prudes), en filigrane les auteurs étudient des aspects de la société japonaise que l’on n'a pas forcément l’habitude de croiser en littérature nippone. On retrouve ainsi la figure de la geisha (prostituée qui doit tout donner à ses clients sans pour autant s‘abandonner), la quête du plaisir au masculin et au féminin (avec en prime les différences qui vont avec), la vision de l’amour et du mariage (et de ses arrangements), les pulsions qui nous gouvernent mais aussi les soucis de communication entre sexes opposés. Sans compter dans la deuxième nouvelle, une histoire qui se déroule dans une Allemagne ruinée par la guerre 14-18 qui donne une épaisseur au niveau background pas inintéressante.

Cette finesse et la qualité d’écriture ne font malheureusement pas tout, je dois avouer que je me suis ennuyé ferme et que la chair s’avère finalement assez peu excitante en soi : la faute à une forme de machisme larvé, une espèce de quête de toute puissance et d’auto-congratulation de l’homme qui gâche l’intensité et même la poésie des actes donnés à lire. Finalement, la bestialité semble l’emporter sans pour autant tomber dans une hybris qui désarçonne le lecteur ou au moins le choque. Je suis donc plutôt mitigé quant à cette lecture, dans le genre on a fait beaucoup mieux. Tant pis...