lundi 10 juin 2019

"La Variante chilienne" de Pierre Raufast

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L'histoire : Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux.
Chaque caillou qu’il y dépose correspond à un évènement de sa vie. Deux vacanciers, réfugiés pour l’été au fond d’une vallée, le rencontrent par hasard. Rapidement des liens d’amitiés se tissent au fur et à mesure que Florin puise ses petits cailloux dans les bocaux. À Margaux, l’adolescente éprise de poésie et à Pascal le professeur revenu de tout, il raconte. L’histoire du village noyé de pluie pendant des années, celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase, celle de la piscine transformée en potager ou encore des pieds nickelés qui se servaient d’un cimetière pour trafiquer.

La critique de Mr K : Voici un livre dont j'ai beaucoup entendu parler lors de sa sortie en 2015, sur la blogosphère beaucoup ne tarissaient pas d'éloge à propos de La Variante chilienne de Pierre Raufast, un ouvrage prenant et dont on ne peut sortir une fois que l'on a mis le nez dedans. Le hasard d'un passage à notre Emmaüs préféré l'a mis sur ma route et je n'ai pas hésité une seconde à l'acquérir. Grand bien m'en a pris car je suis tombé sous le charme dès les premières pages...

Tout commence par une situation étrange. Un professeur d'un certain âge (Pascal) part pour deux mois de vacances dans un gîte perdu au milieu de nulle part. Dans ses bagages, une jeune fille tout juste bachelière qui fuit une réalité sordide et qui l'accompagne. Tout deux sont férus de lecture et vont bientôt faire la connaissance de Florin, leur seul voisin avec qui ils vont très vite se lier d'amitié. Cet homme érudit à la vie dense conserve ses souvenirs sous forme de cailloux qu'il entrepose dans des bocaux. Au fil des soirées, il les égrène plongeant les deux protagonistes principaux dans le passé haut en couleur du hameau où ils sont en villégiature.

Rares sont les ouvrages qui fascinent dès les premiers chapitres, celui-ci en fait partie. Les personnages accrochent le lecteur très vite avec des trajectoires de vie peu communes. L'auteur nous présente Pascal et Margaux, couple de fuyards atypiques qui partagent une envie d'évasion. Leur relation pourrait s'apparenter à celle qu'entretient un père avec sa fille. Lui n'a pas d'enfant et la jeune fille n'est pas proche de son père qui s'avère distant et auto-centré. Avec Pascal il y a une connivence, une rencontre intellectuelle qui lui permet de progresser. Quant au professeur, cette jeune fille fait souffler un vent de jeunesse qui dépoussière ses habitudes et entretient la flamme du pédagogue. Cette situation inconfortable (ils vivent reclus car Margaux pourrait être recherchée...) est propice à l'instrospection et aux échanges.

C'est là qu'intervient Florin, le fameux voisin victime d'un accident dans sa jeunesse, qui depuis ne ressent presque plus rien et n'a plus de souvenirs sauf ceux qu'il cristallise dans les cailloux qu'il collectionne. De suite, ça colle entre eux et le vieil homme va leur conter nombre d'histoires plus rocambolesques les unes que les autres sur le village dans lequel il réside depuis de nombreuses années et qui a accueilli des personnalités hors du commun voire déviantes. On croise des joueurs de carte expérimentés qui cachent de lourds secrets, un mari bafoué qui exerce une terrible vengeance, un potier archéologue, un cueilleur de noix qui use d'un hélicoptère pour arriver à ses fins, une mafia opérant dans le cimetière et en dessous, un prix nobel avorté ou encore on suit ébahi, la longue saison des pluies qui a touché le village pendant plus de 10 ans ! Tous ces récits intercalés entre des pages écrites par Margaux et la suite du quotidien des deux personnages principaux se nourrissent les uns les autres et font rentrer ce roman dans l'initiatique avec son lot de sagesse populaire, de références culturelles et de rencontres cruciales de celles qui peuvent changer une vie.

Malgré des sujets brûlants parfois, ce roman est de toute beauté. Hommage à la vie, à l'amitié et au partage, on vit avec Pascal, Margaux, Florin et tous les autres, de beaux moments entre tendresse, humour, effroi et drame. L'humanité est ici remarquablement dépeinte dans toute sa complexité, sans manichéisme et avec une simplicité désarmante. L'ouvrage est en effet très accessible, économe en mots, il n'est pas avare en poésie du quotidien tirant vers l'existentialisme et chacun y retrouvera une part de soi-même. On goûte, on déguste ces mots si forts et si justes à la fois. Lecture express car passionnante, voilà un roman qui fera date dans mes lectures.

Posté par Mr K à 17:36 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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