samedi 8 juin 2019

"Prenez l'avion" de Denis Lachaud

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L’histoire : L’avion vient de tomber. Tout n’est plus que débris et silence.

Un homme sort de la carlingue éventrée, aperçoit Lindsay qui, comme lui, semble avoir survécu, et s’empresse de lui porter secours.

Lentement ces deux êtres s’enfoncent dans la forêt, se soutiennent, tentent d’éloigner cet enfer qui ne les quittera plus.

Après de longues heures de marche les secours arrivent enfin, épuisé l’homme perd connaissance en laissant Lindsay face au présent d’une vie à jamais modifiée. Mais la peur partagée est un lien singulier, une dépendance qui vous attache à l’autre sans la moindre mise en scène, le moindre échange, sans la moindre séduction préalable. Et si Lindsay joue la comédie depuis de nombreuses années sur les scènes londoniennes, si sa quarantaine l’autorise parfois à entrevoir les arcanes du désir, le destin cette fois a placé sous ses pieds un drôle d’échiquier sans masque ni parade et sans texte étudié.

Prendre le train, traverser la Manche, rejoindre l’homme de la forêt, cet étranger intime, celui qui saura comprendre l’enjeu de cette chance ultime : avoir survécu. Tel est le projet de Lindsay.

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture étrange aujourd’hui avec Prenez l’avion de Denis Lachaud paru chez Actes sud en 2009. Je partais avec aucune idée préconçue ne connaissant ni titre ni l’auteur, restant seulement sur l’impression vaporeuse laissée par la quatrième de couverture qui m’avait déjà bien intrigué lors d’une session chinage qui avait mis ce livre sur mon chemin. Au final, je suis très partagé entre de très belles pages poétiques fournissant un écrin de toute beauté à un postulat de départ original, un personnage féminin principal repoussoir qui ne m’a guère convaincu et une impression diffuse de tourner en rond...

Emmanuel et Lindsay n’auraient jamais du se rencontrer. Il est menuisier ébéniste en France, elle est actrice de théâtre à Londres et écrit à l’occasion. Ils vont cependant partager une expérience peu commune : réchapper au crash de leur avion en pleine pampa. Emmanuel va sortir Lindsay de la carlingue et va la pousser à marcher à travers la jungle jusqu’à ce qu’ils tombent sur des sauveteurs. Le devoir accompli, Emmanuel tombe dans les vapes et entame un long chemin comateux. Lindsay voit dans cette rencontre et cet acte fort un signe : cet inconnu pourrait bien être l’homme de sa vie...

On débute l’ouvrage par l’accident en lui-même et une Lindsay déroutée qui fait la rencontre d’Emmanuel. Puis, s’enchaînent des chapitres qui alternent passé, présent et point de vue des deux personnages. Cela permet de se faire une idée plus précise des forces en présence, deux personnages très différents qui chacun à sa manière a déjà beaucoup vécu. D’Emmanuel, on apprend très vite qu’il a mal vécu sa séparation avec Camille qui représentait énormément pour lui. Dépressif, sans réussite dans sa reprise en main, c’est pour cela qu’il était parti en voyage dans les tropiques. Le personnage est très attachant, il symbolise bien à lui seul la fragilité d’une destinée humaine, cette possibilité pour chacun d’entre nous de tomber alors que rien la veille ne semblait pouvoir nous arriver. Touchant, avare en parole, posé, il est à mon avis la grande réussite de l’ouvrage. On ne peut pas dire la même chose de Lindsay qui m’a très vite horripilé avec son aspect bobo, contemplative à l’excès, nombriliste et pseudo gamine qui peut se permettre bien des choses. Elle nous livre ses pensées avec abondance mais au final, je n’en est perçu qu’un grand vide sans intérêt.

Il ne se passe donc pas grand-chose dans l’ouvrage, la narration destructurée ne livre pas de gros rebondissements et tout se devine aisément en de longs passages exposant les pensées intimes, le passé des personnages. Par contre, Denis Lachaud s’y entend en terme d’écriture. C’est beau, les mots claquent, les sons se font écho et l’on est littéralement porté par cette langue aussi étrange qu’envoûtante. Le plaisir est donc parfois immense (surtout les passages mettant en scène Emmanuel) mais éphémère et l’on regrette que l’œuvre ne soit pas plus équilibrée. La lecture avançant, on a aussi l'impression grandissante d'avoir affaire à une oeuvre finalement assez prétentieuse qui pourrait s'apparenter à de la masturbation intellectuelle pour nanti, ce qui n'est vraiment pas ma tasse de thé. Mauvaise pioche donc pour moi, cela arrive parfois...

Posté par Mr K à 16:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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