samedi 25 mai 2019

"Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle" de Stuart Turton

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L’histoire : Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.
Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

La critique de Mr K : Je vais vous présenter aujourd’hui une lecture toute particulière avec un des derniers nés de la maison d’édition Sonatine: Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton. Présenté comme un mix entre Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin, voilà un roman qui intrigue et qui personnellement m’a totalement laissé pantois durant toute sa lecture. Il est rare d’être autant surpris par un roman quand on lit beaucoup et depuis longtemps. Le pari est superbement relevé ici entre enquête policière, ambiance crépusculaire et éléments fantastiques. Le voyage livresque fut de haute volée !

Aiden Bishop est condamné à revivre la même journée dans des corps différents. Mais attention, un mystérieux homme lui annonce qu’il n’a le droit qu’à huit emprunts de corps (donc il pourrait vivre huit fois la même journée) pour deviner qui va tuer la fameuse Evelyn Hardcastle et annoncer à cet étrange commanditaire le résultat de ses déductions. Célébrant un triste anniversaire, les Hardcastle ont convié dans cette vieille demeure un grand nombre d’invités qui cachent bien des secrets. Les domestiques ne sont pas en reste et au fil de ses tentatives, notre héros va devoir faire le lien entre les indices qu’il découvre, éviter les fausses pistes, se méfier de tout le monde et essayer de rester en vie car un tueur implacable est à ses trousses et élimine un à un chacun de ces hôtes d’un jour...

Véritable labyrinthe narratif, Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle se dévore sans vergogne avec l’impression d’être prisonnier de cette demeure qui révèle petit à petit ses mystères. Objets, personnes, événements, on se croirait dans un Cluedo littéraire et l’on prend plaisir à revivre les scènes sous différents angles, avec des points de vue divergents qui donnent à voir des vérités cachées qui lèvent peu à peu le voile sur les relations exactes entre personnages, époques et sentiments évoqués. Très bien construit, même s’il faut s’accrocher entre changement d’hôte, d’époque et flashback, c’est assez jubilatoire de se sentir totalement manipulé comme le pauvre héros de notre histoire. Le suspens est constant et l’on se demande bien comment cette histoire se terminera. Le jeu en vaut la chandelle car je vous défie de deviner le fin mot de cet ouvrage dense et extrêmement bien construit.

Très anglais dans l’ambiance qu’il dégage, c’est vrai qu’il y a du Downton Abbey dans ce roman mais un Downton Abbey en pleine déliquescence où les méduses rôdent. Secrets anciens, inimitiés, trahisons, ressentiments et course contre la montre se mêlent au détour des couloirs et des événements liés à cette réception : partie de chasse, nuit d’ivresse, repas collectif, entrevues secrètes sont au menu et la demeure est vaste. À noter que l’auteur a glissé une liste des invités de la party et une carte des lieux en début de recueil (moi qui adore les cartes j’étais comblé). C’est bien utile pour se repérer et cela participe d’autant plus à l’immersion du lecteur.

J’ai beaucoup aimé aussi le parti pris de Stuart Turton de nous placer dans la peau du personnage en utilisant la première personne. On participe à l’enquête, on doute, on cherche, on se fait avoir... On vit avec lui la difficile prise de conscience du changement d’hôte, la nécessité de s’adapter à ce nouveau corps, à ce nouvel esprit. Cela donne des passages détonants tantôt drôles, tantôt tragiques. Les événements s’accélèrent d’ailleurs très vite mettant une pression très forte sur Aiden et donc sur nous. Difficile, vraiment très difficile de s’échapper de cette lecture qui nous happe sans espoir de retour. L’élément fantastique n’est pas proéminent, certes il y a cette enquête ubuesque où l’on rejoue la même pièce, mais c’est surtout l’occasion pour l’auteur de rendre à sa manière un hommage talentueux à Agatha Christie et à Conan Doyle. Un certain classicisme apparaît en terme de caractérisation des personnages, de certaines situations, de la façon de confondre les personnes et de raccrocher les événements les uns aux autres mais la nature profonde des êtres qui animent ce théâtre de papier fait basculer le roman dans le thriller, le sanglant, l’extrême. Je peux vous dire que certains personnages sont bien retors et ne reculent devant rien pour assouvir leurs pulsions ou intérêts personnels.

Pour parachever le tout, l’ouvrage est remarquablement écrit. Très accessible malgré des choix narratifs osés, on se laisse porter par l’histoire, une galerie de personnages hauts en couleur et les coups du sort avec une aisance qui ne se dément jamais et un plaisir de lire optimum. A la fois classique dans les thèmes abordés et très novatrice dans sa forme, c’est le genre d’expérience qui vaut vraiment le détour. Une lecture coup de cœur qui fera date au Capharnaüm éclairé !

Posté par Mr K à 16:49 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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