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L‘histoire : Billy Harrow est le spécialiste des céphalopodes au Musée d'histoire naturelle de Londres. Il organise les visites pour les collections privées, dont le Architeuthis dux (un calmar géant) est la pièce majeure. Lors d'une de ces visites, il constate avec horreur que le mollusque de huit mètres a disparu ! La vie de Billy bascule très vite : une branche secrète de la police vient l'interroger, il découvre l'existence d'une secte des adorateurs du Dieu Kraken et comprend qu'il existe un Londres souterrain et surnaturel...

La critique de Mr K : Lecture bien space aujourd’hui avec Kraken de China Miéville, un ouvrage qui dormait depuis bien trop longtemps dans ma PAL alors qu’il me faisait de l’œil ! J’avais une légère appréhension car les critiques étaient très partagées allant du roman passionnant au bric à brac indigeste ! Pour autant, je ne m’en laissais pas compter, les thématiques et surtout la quatrième de couverture complètement folle, ont fini par me convaincre. Au final, ce fut une lecture âpre mais très particulière, j’ai beaucoup aimé même si je peux comprendre les réticences de certains lecteurs.

Tout commence plutôt de manière incongrue. Billy travaille au musée et fait visiter une galerie à des visiteurs passionnés et pressés de voir un calmar géant qui y est conservé. Mais voila, cette pièce unique a disparu et à priori de manière totalement délirante vu que la manœuvre est impossible à faire sans laisser de traces ! Passé ce premier chapitre classique, l’œuvre bascule dans une autre dimension. Très vite, à l’instar du héros, on se rend compte que les apparences sont trompeuses, qu’un monde parallèle existe à côté du nôtre et qu’il est peuplé d’êtres extraordinaires dont on ne soupçonnait pas jusqu’alors l’existence. Commence alors un véritable road movie qui mettra Billy aux prises avec une brigade de police spécialisée dans les faits surnaturels (X-files en version encore plus déjantée), des tueurs sans merci aux capacités défiant toute loi physique, une secte d’illuminés qui attend patiemment le retour du Dieu Kraken qui annoncerait la fin du monde, un caïd de la pègre à la nature changeante et tout un ensemble de personnages plus fantasmagoriques les uns que les autres. Inutiles de vous dire que l’on n’a pas le temps de s’ennuyer...

Folie et non-sens sont peut-être les termes qui caractériseraient le mieux cet ouvrage hors norme qui demande un sacré temps d’adaptation. Si vous êtes amateurs de récits linéaires, balisés et logiques, passez votre chemin, vous pourriez être agacé... Ainsi pendant la plupart des chapitres, le héros lui-même ne sait pas ce qu’il doit faire, où il est et à quoi il est confronté. Ce n’est pas faute de demander mais quasiment systématiquement, on lui répond à côté ou on passe à un autre sujet de conversation. Cela a pour effet immédiat de frustrer le personnage mais aussi le lecteur qui doit faire un effort conséquent pour aligner les éléments, les confronter et construire sa vision du monde extraordinaire qui lui est donné à deviner et non à voir ! Pas facile donc, ce voyage livresque est vraiment à part et perdra sans doute quelques âmes au passage... Par contre, si vous vous accrochez, vous verrez une générosité sans borne dans les lignes qui vous sont données à lire car l’auteur a une imagination dingue et propose un univers neuf et vraiment barré !

On a affaire à un mix improbable entre la série des Harry Potter, American God de Neil Gaiman (à lire absolument tellement c’est génial !), des thématiques proches de Lovecraft et un ton / des personnages décalés. C’est assez unique en son genre et l’on saute d’une situation à une autre de manière totalement impromptue et désarçonnante. On suit principalement la quête de Billy qui est de retrouver le Kraken sans se faire pincer par toutes les forces qui voudraient lui mettre la main dessus. Cependant, l’auteur nous donne à voir de multiples points de vue avec notamment une policière-sorcière aussi efficace qu’ordurière, une petite amie en quête de nouvelles pour son mec disparu assassiné dès les premières pages d’une manière plus qu’insolite ou encore des divinités mineures en mode syndicaliste (la grève des animaux familiers est à se pisser dessus !). Flamboyant, d’une densité énorme, abandonnant toutes les lois de la nature et de la narration parfois, l’ouvrage se perd en conjectures et en détails plus étranges les uns que les autres mais au final nous conduit tout droit à un dénouement assez bluffant (aaah, ce dernier chapitre !).

Kraken a donc les défauts de ses qualités. Remarquablement écrit, d’une richesse scénaristique complexe et gouleyante, il peut séduire autant que rebuter. À chacun de tenter l’expérience ou pas tout en sachant qu’elle ne vous laissera pas indifférent. Pour ma part, ce fut une longue lecture plaisante et délirante comme je les aime. Avis aux amateurs !