dimanche 31 mars 2019

"Druide" d'Oliver Peru

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L'histoire : 1123 après le Pacte. Au Nord vivent les hommes du froid et de l'acier, au Sud errent les tribus nomades et au centre du monde règnent les druides. Leur immense forêt millénaire est un royaume d'ombres et de mystères. Nul ne le pénètre et tous le respectent au nom du Pacte ancien. Les druides, seigneurs de la forêt, aident et conseillent les hommes avec sagesse depuis la nuit des temps. Mais un crime impensable va bouleverser cet équilibre : dans la plus imprenable citadelle du Nord, quarante-neuf soldats sont sauvagement assassinés sans que personne ne les entende seulement crier. Certains voient là l'ouvre monstrueuse d'un mal ancien, d'autres usent du drame comme d'un prétexte pour relancer le conflit qui oppose les deux principales familles régnantes. Un druide, Obrigan, a pour mission de retrouver les assassins avant qu'une nouvelle guerre n'éclate. Mais pour la première fois, Obrigan se sent impuissant face à l'énigme sanglante qu'il doit élucider. Chaque nouvel indice soulève des questions auxquelles même les druides n'ont pas de réponses. Une seule chose lui apparaît certaine : la mort de ces quarante-neuf innocents est liée aux secrets les plus noirs de la forêt.

La critique de Mr K : J'ai profité des dernières vacances scolaires pour lire cet ouvrage de fantasy, genre que j'affectionne beaucoup lorsque je suis de repos. L'évasion et le dépaysement sont garantis, ça relâche les neurones et l'on réveille la part d'enfance que l'on conserve précieusement au fond de soi. J'ai dégoté Druide d'Oliver Peru lors d'un après-midi chinage à notre Emmaüs préféré et certains d'entre vous sur IG ou sur l'article acquisition qui avait suivi m'avait encouragé à ne pas trop le laisser traîner dans ma PAL vu le plaisir de lecture qu'il avait pu leur apporter. C'est désormais chose faite et je suis plutôt bien content de l'avoir lu même s'il n'est pas exempt de défauts...

Au cœur du récit, on retrouve deux royaumes humains à l'antagonisme antédiluvien. Une paix chaude a été instaurée depuis des dizaines d'années mais les braises des conflits précédents sont encore actives et il suffirait d'un rien pour que la guerre soit à nouveau déclarée. À leur frontière méridionale, se situe une gigantesque forêt où règnent et vivent les druides, en harmonie avec la nature et dont le rôle est de veiller au bon ordre du monde, notamment en conseillant les hommes et en observant la nature. Un pacte ancien les unit aux royaumes du nord et nul n'est sensé le transgresser. Bien évidemment, il faut que ce fragile équilibre chancelle pour que le récit débute et il prendra la forme d'un massacre innommable commis au sein même d'une forteresse humaine par de mystérieux agresseurs qui semblent invisibles et intouchables. Les victimes de ce carnage accusent le royaume adverse et promettent de venger leur mort. Obrigan, druide de l'ordre des loups n'a que quelques jours pour découvrir la vérité sur cet acte inqualifiable et éviter un conflit qui embraserait à nouveau le continent, aidé de ses deux apprentis et de quelques alliés improbables. Il se livre à une véritable enquête qui va remettre en cause nombre de ses certitudes et pourrait bien faire définitivement basculer le monde connu dans le chaos...

Le roman démarre bien avec une carte des lieux. Je dois sans doute me répéter pour celles et ceux qui nous suivent depuis longtemps mais j'adore les cartes dans les récits de fantasy ! Ensuite, l'auteur ne prend pas de gants, l'exposition est courte, les événements s'enclenchent quasi directement et dès la cinquantième page le compte à rebours est lancé (le livre compte tout de même 600 pages !). Je peux vous dire que ça n'arrête plus après, avec un enchaînement de révélations, de passages d'exploration pure, de bastons homériques et d'introspections douloureuses. Le monde court à sa perte et la tension monte crescendo. La première partie du roman est un petit bijou dans ce domaine, on ne sent pas passer les pages, les éléments s'additionnent se complètent, les pistes se multiplient fourvoyant le lecteur pour mieux le remettre sur le droit de chemin. Rien à dire, c'est bien mené.

Ça se gâte un peu par la suite avec un long passage central que j'ai trouvé lent, lourd et finalement pas très utile. Comme si l'auteur avait besoin d'arriver à un certain nombre de pages et qu'il faisait du remplissage, on se retrouve à suivre sur plus de 70 pages les états d'âmes de personnes pris au piège dans un siège à priori sans espoir de survie. Heureusement que l'écriture de Peru est agréable, la pilule passe mieux mais franchement, j'ai vraiment cru que j'allais le perdre surtout que durant tout l'ouvrage il n'y a aucune scène se déroulant dans une taverne (Blasphème !!!). Heureusement, il reprend le dessus juste après avec des révélations fracassantes que je n'avais pas vu venir et un dernier acte épique. Trop peut-être d'ailleurs avec des personnages aux discours trop guindés à la limite du ridicule, mais bon... ne boudons pas notre plaisir pour autant.

En effet, ce one-shot (suffisamment rare dans le genre pour être précisé) est d'une grande densité en terme de background, l'auteur nous proposant une belle immersion dans un monde qui, à défaut d'être réellement original, se tient et provoque une évasion immédiate. J'ai particulièrement aimé les passages traitant des druides avec les descriptions de leur habitat, de la forêt mais aussi l’organisation de leurs ordres, leurs techniques d’apprentissage ou encore leur philosophie de vie. À ce propos, oubliez tout ce que vous avez comme à priori sur eux, on est loin de Panoramix ou de Merlin, la fin de l’ouvrage livrant au passage des vérités qui en surprendront plus d'un ! Bien caractérisé aussi est le monde des hommes avec leurs incessantes rivalités, les rapports de force en jeu et les manœuvres opérées pour garder le pouvoir. Et puis, il y a l'Est, les territoires désertés et livrés aux forces de l'ombre que l'on apprend à connaître au fil de la lecture et qui flirtent à l’occasion avec un certain Mordor... Les personnages à défauts d'être originaux font le service avec quelques uns d'entre eux très attachants comme le héros mais aussi Arkantia une druidesse intrépide qui va tenter une expérience éprouvante pour sauver tout le monde. Ce personnage est celui qui m'a le plus surpris et qui du coup restera mon préféré.

On passe donc globalement un bon moment, on est dans du classique, les repères sont là (mais pas les tavernes, nom de Dieu !) et tout se lit bien et sans difficultés. Druide est typiquement le genre de lecture détente pour les amateurs du genre. On ne regrette pas un moment de l'avoir lu même si on est tout de même un bon cran en dessous des auteurs classiques comme Tolkien et Martin, ou plus proche de nous Adrien Tomas qui m'avait soufflé avec La Geste du VIème royaume. L'ouvrage d'Oliver Peru reste donc bon un petit plaisir, à réserver aux fans du genre.

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vendredi 29 mars 2019

"Bolchoi Arena, T1 : caelum incognito" de Boulet et Aseyn

bolchoiArenaT1L'histoire : Et si vous pouviez explorer l'Univers tout entier ? Être qui vous voulez, ce que vous voulez ? Partir à l'assaut des étoiles, survoler les volcans de glace de Ganymède, voir Saturne se lever à travers les brumes de Titan ? Si vous pouviez être Immortel ? Être pilote, chevalier, ou champion de rallye, tout ça en étant confortablement installé dans votre fauteuil ? Si vous pouviez gagner votre vie en la rêvant ?
Bienvenue dans le Bolchoi, un monde sans limites. Un monde où tout est possible. Un monde presque aussi réel que le monde réel.

La critique Nelfesque : C'est parti pour la saga "Bolchoi Arena" avec ce premier tome, "Caelum incognito", avec Boulet au scénario et Aseyn au dessin. Grande adepte de Boulet depuis plus de 15 ans, j'étais curieuse de découvrir ce nouvel univers. Le connaissant très branché astronomie et sciences, je me doutais que ça allait être foisonnant et passionnant. Autant l'annoncer tout de suite, je suis conquise.

On suit ici Marjorie. Etudiante dans la vraie vie, elle écrit une thèse sur Titan. Son amie Dana, adepte du Bolchoi, va l'initier à ce monde virtuel. Sous le pseudo de Marje, elle va se prendre au jeu, trouvant la l'occasion rêvée de se déplacer sur ce satellite tant aimé et qui la passionne au plus haut point, mais aussi s'amuser à être ce qu'elle n'est pas IRL. Tout cela n'est pas sans rappeler au cinéma "Ready player one" de Spielberg. Marjorie va se révéler être une joueuse hors pair et très douée pour une newbie, elle va très vite se faire remarquer par la communauté.

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Marjorie est une jeune femme passionnée et elle ne va pas tarder à tomber dans la marmite du Bolchoi. Dans ce gigantesque monde cosmique virtuel, elle va découvrir les hangars à vaisseaux où grouillent de nombreux avatars, faire ses premiers pas dans l'espace et piloter un engin, marcher là où elle n'aurait jamais espérer pouvoir le faire, découvrir l'immortalité...

La nouveauté est attrayante (comme je la comprends, l'univers est extrêmement bien fait) : elle navigue entre les deux mondes avec ses amis, s'en fait de nouveaux et peu à peu elle va négliger son quotidien, passant les grosses parties de ses nuits et tout son temps libre sur le réseau. Qui n'a jamais fait son no-life dans une nouvelle activité ? Alors imaginez-vous un peu que l'univers soit sans limite et que vous puissiez explorer des mondes jusqu'alors inaccessibles ? Forcément on se doute que ça va être chronophage...

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Je ne suis pas une grosse adepte de SF. Je regarde quelques films de temps en temps mais n'en lis quasiment jamais (à la différence de Mr K qui navigue entre ouvrages vintage et nouveautés). Pour autant, les sujets soulevés par ce genre me posent question et je prends beaucoup de plaisir à approfondir les choses au moins une fois dans l'année avec Les Utopiales (oui, je ferai un article sur la dernière édition avant la prochaine...). Ici le ton est parfait pour ceux qui n'y connaissent pas grand chose mais aussi pour les aficionados. Le fait de suivre Marje, complètement vierge dans le domaine, nous fait entrer pas à pas dans le monde du Bolchoi. Les codes nous sont expliqués au fur et à mesures et ce qui est visible pour l'instant a tout pour plaire également aux férus du genre. Loin de faire dans la SF absconse et élitiste, tout est ici mis en oeuvre pour parler au plus grand monde. C'est appréciable de se sentir inclus dans une histoire qui pourrait à priori être destiné à une bulle de passionnés.

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C'est Aseyn qui est au dessin et je dois avouer qu'au début j'ai eu du mal avec son trait. Pourtant, très vite, force est de constater qu'il est en total adéquation avec l'histoire. Il y a un côté très manga dans son style qui peut dérouter au départ et les couleurs pastel sont aussi assez déstabilisantes. Vintage or not vintage, ça devient difficile de dater cet ouvrage et du coup ça rajoute du charme à l'ensemble. Plutôt malin.

Dans ce premier tome, au delà de la découverte et du plantage de décor pour les prochains tomes, c'est le sujet de la dépendance au virtuel qui est abordé de plein fouet. Très rapidement addict, Marjorie va négliger son petit ami et accumuler du retard sur son travail de thèse. Jusqu'à une scène finale qui va la laisser décidément en très mauvaise posture. Découvrir le Bolchoi n'était peut-être pas une si bonne idée...

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Très prenant, diablement malin et très actuel dans ses propos, ce premier tome de "Bolchoi Arena" se révèle être une très bonne mise en bouche. Je ne sais pas combien de tomes sont prévus mais si vous lisez ce présent ouvrage, il y a fort à parier que vous aurez très envie de découvrir la suite ! C'est mon cas !

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mercredi 27 mars 2019

"La Dernière chance de Rowan Petty" de Richard Lange

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L'histoire : Rowan Petty est un escroc à bout de souffle. Quand il n'arnaque pas des veuves esseulées, il triche au poker. Sa femme l'a quitté pour un autre escroc, sa fille ne lui parle plus depuis sept ans, et même sa voiture l'a planté... Jusqu'au jour où une vieille connaissance lui propose une dernière chance : filer à L.A. où des soldats en poste en Afghanistan auraient planqué deux millions dollars détournés. En compagnie de Tinafey, une sublime prostituée lasse de tapiner et avide d'aventures, il file en direction du Sud. Un jeu dangereux commence auquel vont se retrouver mêlés un vétérinaire blessé, un acteur fini, et la fille de Petty. Pour le gagnant : une fortune. Pour le perdant : une balle dans la tête.

La critique de Mr K : Petit séjour dans le roman noir aujourd'hui avec un des derniers nés de la collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel : La Dernière chance de Rowan Petty de Richard Lange. Comparé à Raymond Carver (pas mal comme référence quand même !), l'auteur nous propose un voyage en roue libre au cœur de l'Amérique des exclus où tous les coups sont permis pour se faire une place au Soleil. Accrochez-vous, ça dépote !

Rowan Petty est un escroc, toute sa vie il a vécu d'expédients et de coups foireux. Passé quarante ans, sa situation est loin d'être brillante : divorcé, sans nouvelle de sa fille depuis plus de dix ans, il se retrouve forcé de travailler pour son ancien apprenti qui le traite comme un moins que rien. C'est une ancienne relation qui lui propose une affaire qui pourrait bien le remettre sur les rails : il y a deux millions de dollars à la clef pour ceux qui pourraient faire main basse sur le trésor de guerre de soldats américains peu scrupuleux. Accompagnée de Tinafey, une fille de joie dont il s'est entiché et qui souhaite changer de vie, il part pour Los Angeles.

Mais voilà, vous imaginez bien que rien ne va se dérouler comme prévu. La cible repérée, il va falloir s'en approcher et flirter avec les limites de la déontologie de l'escroc : ne jamais se faire repérer, éviter toute violence et repartir tranquille le magot en poche. La route de Petty croisera celle d'un des vétérans à l'origine de l'affaire qu'il devra pigeonner alors que le gars est bien diminué, affronter des hommes de main retors et au final, se retrouver confronté au cerveau de l'affaire, un mec nerveux et jusqu'au boutiste. Comme si ça ne suffisait pas, sa route croisera celle de son ex-femme avec qui ses rapports sont toujours tendus et surtout, il aura l'occasion de renouer avec sa fille, qu'il a du confier à sa grand-mère tant il n'arrivait plus à tenir correctement son rôle de père. Vous l'avez compris, notre héros va devoir jouer sur de nombreux tableaux mais à ce petit jeu là, on ne peut pas gagner à tous les coups...

Attention, La Dernière chance de Rowan Petty est un roman qui rend addict très très vite ! Au bout de deux / trois chapitres, on est irrémédiablement pris dans l'engrenage à l'image de notre héros qui ne peut résister longtemps à un bon coup. Malgré une vie de filouterie et un moral plutôt vacillant, on l'apprécie immédiatement. Certes c'est un arnaqueur de première mais il a ce je ne sais quoi d'humanité qui nous l'attache au cœur. Malin et sensible, il n'a guère d'illusions mais il s'accroche malgré tout à cette affaire qui pourrait bien le sortir de l'ornière. Utilisant tout son savoir faire et s'appuyant sur des personnages secondaires charismatiques (sa copine amoureuse et forte en gueule et un acteur sur le retour totalement déjanté), on ne s'ennuie pas une seconde. Et puis, il y a les passages où Petty se retrouve dans ses petits souliers, quand il revoit sa fille. Cela donne des moments subtiles mêlant culpabilité et amour paternel, l'auteur dressant un portrait tout en nuance d'une relation père-fille compliquée.

L'arnaque en elle-même avance à son rythme. De la conception du plan à sa réalisation, tout est millimétré et précis. On frôle la catastrophe par moment, et les héros rattrapent le coup parfois de justesse. Les rebondissements sont nombreux sans pour autant tomber dans la surenchère. Très réaliste, le récit s'offre une crédibilité de tous les instants et donne à croiser des personnages parfois peu recommandables. Au détour des circonvolutions de l'histoire, on apprend à tous les connaître et l'on se rend très vite compte que tout est ici question de misère humaine, d'une société profondément inégalitaire qui broie ses âmes sous le rouleau compresseur du fameux rêve américain qui laisse sur le bord de la route beaucoup de monde. Loin de cautionner les actes délictueux voire violents perpétrés par certains des personnages, l'auteur verse dans le noir profond pour illustrer les contradictions des USA avec notamment l'inégal accès aux soins, le communautarisme, la violence larvée et savamment entretenue par le pouvoir... Autant, d'aspects brossés impeccablement et sans fioriture, et qui vous retourneront l'estomac.

Ajoutez là-dessus une écriture nette et sans bavure, simple, accessible et immersive à souhait et vous obtenez un roman noir d'une efficacité redoutable qui vous trottera dans la tête longtemps après votre lecture. Les amateurs du genre ne peuvent vraiment pas passer à côté !

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dimanche 24 mars 2019

"La Fièvre" de Sandor Jaszberényi

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L'histoire : Entre chroniques de presse et fiction, voici le recueil d’un photographe et correspondant de guerre hongrois qui a couvert la plupart des luttes armées et révolutions en Afrique et au Moyen-Orient. Des instantanés d’un monde rongé par les conflits, où l’homme affronte la violence, où la foi côtoie la superstition, où le diable règne en maître. Ici, des villages organisent une battue contre une bête sanguinaire qui semble indestructible. Là, une jeune photoreporter est prête à tout pour obtenir l’image choc…

La critique de Mr K : Aujourd'hui, je vous invite à découvrir en ma compagnie un recueil de nouvelles paru très récemment aux Éditions Miroboles. La Fièvre de Sandor Jaszberényi est le genre d'ouvrage qui marque les esprits par ses thématiques et sa forme. Par de courts textes très souvent saisissants, cet écrivain reporter nous propose de nous confronter à l'humain dans sa version la plus déplaisante. Éprouvant et rude, cette lecture n'en est pas moins éclairante et finalement très agréable même si l'homme ne ressort pas vraiment grandi de cette entreprise...

L'auteur a débuté en étudiant la littérature, la philosophie et l'arabe. Il est alors devenu grand reporter et a beaucoup voyagé notamment en Afrique orientale et au Moyen Orient. Il a ainsi couvert de nombreux événements comme les révolutions arabes, le conflit israëlo-palestinien (notamment les heurts à la frontière de Gaza) ou encore le drame humanitaire du Darfour (un génocide toujours en cours dans l'indifférence la plus totale...). Ce recueil rassemble des instantanés de son expérience entre témoignages, récits réalistes et quelques pièces plus romancées. Constitué de très courts récits n'excédant jamais la vingtaine de pages, Jaszberényi nous confronte à des réalités trop souvent ignorées, à des destins brisés et à ses propres expériences qu'il cumule depuis longtemps, peut-être trop longtemps serait-on en droit de se dire...

Ainsi, d'un texte à l'autre, on passe d'un pays à un autre, d'une crise à une autre avec des écrits fulgurants qui emportent l'adhésion du lecteur malgré parfois la dureté des situations. Il nous raconte ainsi une crise de fièvre aiguë qu'il a vécu lors de ses premiers déplacements, sa première exécution publique qui va le chambouler, la vie à l'hôtel entre deux missions et comment on essaie de se laver de la tête des horreurs qu'on a pu vivre. D'autres récits, nous parle de foi et de superstition avec cette culture orientale si lointaine de nos codes occidentaux et qui nous interpelle (la place des femmes, la notion d'honneur, de martyr...). Certaines nouvelles nous parlent du métier de journaliste ou encore des causes humanitaires à travers des récits d'expériences parfois fugaces mais qui sont révélatrices des tensions en jeu. Enfin, d'autres histoires s'apparentent davantage à des récits initiatiques, l'auteur partant à la découverte de l'autre et même de lui-même (magnifique dernière nouvelle).

Je reste volontairement vague sur les histoires en elles-même pour ne pas déflorer un contenu riche et puissant. Il est beaucoup question de souffrance dans ce recueil, la lecture est donc aride et l'on se surprend à s'arrêter entre deux nouvelles pour reprendre son souffle, réfléchir à ce que l'on vient de lire. En fond général, on retrouve la notion de pouvoir despotique, de guerres claniques et de manipulation des masses. Révolutions, guerres civiles, extrémismes religieux, cloisonnements sociétaux et autres déstabilisations se suivent provoquant le malheur des uns et enrichissant d'autres. Au final, comme un serpent qui se mord la queue, ces régions du monde semblent tourner en rond et leur sort reste figé. Cela n'est pas exprimé directement mais on ne peut douter du background avec quelques références à peine voilée sur la responsabilités connexes des occidentaux (corruption, vente d'arme, yeux détournés face à certaines horreurs). Les destins individuels qui nous sont présentés sont autant de miroir de l'incurie humaine avec son lot de suppliciés et de victimes innocentes sacrifiées au nom d'intérêts partisans.

La Fièvre est un recueil détonant, au ton différent, très accessible qui ravira les amateurs de sensations fortes et de récits fondés sur l'actualité du monde. C'est l'occasion aussi de découvrir un reporter de guerre qui au détour de quelques lignes ou à travers certains textes se livre et donne à voir la dureté du métier avec son lot de sacrifices, de renoncements et de conséquences psychologiques. Un ouvrage à découvrir absolument.

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vendredi 22 mars 2019

"L'Embâcle" de Sylvie Dazy

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L'histoire : Paul Valadon a deux amours : les bêtes et les restes. Il dorlote les unes et empile les autres dans une bicoque que le compactage effréné de tous les détritus a mué en déchetterie d'Ali Baba, en écomusée de l'ordure domestique. Ce que Paul, habitant de cette ville encerclée par les eaux rapides d'un fleuve ombrageux, contrarie, c'est le flux du fric et des affaires, le prurit de rénovation qui veut changer le vieux quartier de la Fuye, frère du populaire la Varenne, en un boboland juteux pour ses promoteurs et décontracté pour ses nouveaux habitants.

La critique de Mr K : Chronique d'un roman bien prenant aujourd'hui avec L'Embâcle de Sylvie Dazy tout juste paru chez Le Dilettante, une maison d'édition qui m'a réservé de très belles surprises par le passé (Gavalda par exemple...). Je découvre cette auteure avec cet ouvrage. Educatrice et chargée de réinsertion en milieu carcérale, elle nous offre ici un récit poignant, parfois rageant et une écriture différente qui m'a profondément séduit et a nourri mes réflexions. Au final, le constat est implacable et je le partage complètement.

Dans une ville anonyme dont on ne saura jamais le nom, le temps des grands chambardements immobiliers est venu. Un promoteur immobilier s'est mis dans la tête de transformer un quartier populaire en une zone rénovée, boboisée, simple et branchée à la fois avec la touche de bonne conscience qui va avec. Il ne ménage pas ses efforts et envoie ses éléments les plus dévoués (serviles diront certains) pour enjoindre les habitants à vendre leurs biens ou leurs fonds de commerce. Tout est prévu : lofts à la mode dans d'anciens bâtiments industriels, habitations dernier cri, commerces qui ont le vent en poupe (épicerie bio, cave à vin naturels, restaurants à la page), petit parc arboré pour accueillir les familles. Tout cela dans un esprit de communion, de partage... et surtout, avec de grandes promesses d'enrichissement.

En parallèle, on suit plusieurs personnages. Chaque chapitre porte le nom d'un des protagoniste principaux. Il y a le promoteur comme vu précédemment, ses âmes damnés (un vendeur, une chargée de communication notamment) mais aussi des habitants du coin. Il y a Louise, assistante sociale à l’hôpital local et qui est agacée par un voisin un peu space, Paul. Ce dernier depuis son veuvage vit retiré de tous dans sa maison avec comme seule compagnie des animaux recueillis et ses déchets qu'il entasse copieusement et recycle à sa manière. À distance, ces deux personnages se jaugent, s’observent et chacun à sa manière accompagne le récit global. L'un s'est isolé et résiste aux affres du temps et surtout des hommes. L'autre, se cherche encore, jeune célibataire, elle a du mal à couper avec sa famille et notamment la figure tutélaire du père qui exerce comme médecin dans le même hôpital qu'elle. Et puis, à l'occasion, un chapitre porte la dénomination simple de la ville et on apprend à la connaître, dans son histoire et son développement.

À mes yeux, ce roman est avant tout une critique acerbe de notre monde actuel, de la manière dont notre modèle de développement dénature les relations humaines et notre rapport au monde. Écologie et économie ne font pas bon ménage et sous des aspects plutôt progressistes, le projet va incidemment provoquer un apocalypse. Et puis, on rentre vraiment dans les arcanes d'un projet d'aménagement urbain avec son lot d'arrangements, de données chiffrées mettant au jour des ambitions capitalistes dénuées de toute morale. On n'est pas dans le plaidoyer ou le réquisitoire mais en filigrane, on ne peut qu'être écœuré par la logique qui anime ces personnes qui s'appuient ici sur des jeunes aux dents rayant le parquet et qui ont le don d'agacer. Capables de tout pour travailler, quitte à être payé à minima, à évincer sans vergogne d'autres personnes, on ne peut que s'effrayer de ces pratiques désormais courantes dans le monde du travail (Nelfe et bien d'autres membres de mon entourage peuvent en témoigner).

Heureusement au milieu de cela il y a des personnages complètement à côté de la plaque avec un Paul complètement fondu dont le combat force le respect même s'il est plus ou moins voué à l'échec. C'est David contre Goliath, le dernier sursaut d'un misanthrope comme un monde humanisé en pleine déliquescence. Son abnégation ainsi que sa peine immense m'ont touché en plein cœur. C'est Louise qui à l'âge où l'on peut encore refuser la fatalité, décide de donner un sérieux coup de volant dans sa vie et espère voir un horizon meilleur. Et finalement, le dernier mot reviendra à la nature, que l'on essouffle, que l'on exploite, que l'on trahit mais qui au final finit toujours par gagner. Les derniers chapitres sont magistraux donnant à voir une belle leçon donnée à l'humanité sans pour autant tomber dans le grandiloquent ou le ridicule. Belle métaphore sur l'inconséquence de notre espèce, c'est l'heure des comptes.

Composé de courts chapitres qui s’enchaînent à une vitesse folle, on est littéralement pris par ce roman au souffle imposant. Écriture fine, poétique à l'occasion, on se prend au jeu immédiatement et il est bien difficile de relâcher l'ouvrage une fois débuté. Un roman à lire si parfois le monde vous débecte et que vous souhaitez comme moi, lui donner un bon coup de pied au cul !

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mercredi 20 mars 2019

"Lettres à l'ado que j'ai été" sous la direction de Jack Parker

lettres à l'adoLe contenu : Dans ces vingt-huit lettres, les auteurs s'écrivent à eux-mêmes, se confient et donnent des conseils à ceux qu'ils ont été. Tour à tour drôles, émouvantes, sérieuses, complices, elles ont toutes le même effet (et le même but) : s'accepter tels que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts. Et surtout avec bienveillance.

Lettres de : Dedo - Titiou Lecoq - Rokhaya Diallo - Adrien Ménielle - Florence Porcel - Navie - Sophie Riche - FloBer - Océanerosemarie - MarionSeclin - Anne-Sophie Girard - Boulet - Ovidie - Sophie-Marie Larrouy - Patrick Baud - Bérengere Krief - ioudgine - Julien Ménielle - MirionMalle - Thomas Hercouet - Lauren Bastide - Marine Baousson - Nicolas Berno / Diglee- Gabrielle Deydier - Lucien Maine - Nadia Daam

La critique Nelfesque : "Lettres à l'ado que j'ai été" est une lecture particulière, qui s'adresse en priorité à un lectorat jeune et traversant des problématiques inhérentes à leur âge. Je suis pour ma part maintenant bien loin de l'adolescence mais j'avais très envie de lire cet ouvrage pour y découvrir certaines lettres d'artistes que je suis particulièrement (Boulet et Diglee pour ne pas les nommer). J'étais également curieuse de lire les mots d'Ovidie sur ce sujet. Enfin j'ai découvert certains noms que je ne connaissais pas du tout, mais qui sont peut-être connus des ado...

Je suis ressortie de cette lecture avec un sentiment mitigé. Ce fut sympathique mais plein de bons sentiments. Incontestablement, c'est le sujet qui veut ça. Quasiment tous les adultes s'adresseraient à leur "moi ado" de façon bienveillante et rassurante, comme c'est le cas dans ce recueil. Toutefois, j'ai trouvé que cela manquait de contre poids. Certes, tout le monde affronte des tempêtes dans sa vie (certains plus que d'autres) et on finit par les surmonter (certains plus que d'autres) mais est-ce vraiment aider les jeunes que de ne pas leur ouvrir les yeux de façon objective sur ce qu'est la vie ? Il aurait été bon d'inviter quelques personnes qui auraient un peu mis les pieds dans le plat.

"La vie est belle, tu vas voir, ça vaut le coup", des "Je t'aime" toutes les 2 phrases à leur intention, ça va bien 5 minutes... J'ai été lassée de constater que finalement toutes les lettres allaient dans le même sens. Demandez à certains ce qu'ils pensent de la vie, ils seront moins "positifs" ! Tout cela est un peu trop fadasse à mon goût et je pense qu'un ado est aussi capable d'entendre des propos plus durs sans pour autant s'avouer vaincu d'avance. Je ne sais pas si j'aurais été si bienveillante envers moi-même si j'avais dû me prêter à l'exercice. Je ne sais pas non plus si cela aurait été une bonne chose mais je ne suis pas pas certaine du contraire pour autant. Je ne pense pas que de me dire "je t'aime" à tout bout de champs m'aurait fait me sentir mieux à 16 ans. Peut-être aussi parce que là n'était pas mon principal problème à cet âge. Sûrement même.

Bref, un peu plus de récits tranchés, de bouleversement, de vie, de sueur, de pulsations cardiaques dans ces pages auraient été vraiment plus à mon goût. Je pense du coup que la cible est à moitié atteinte puisque forcément il y a des ados qui ont besoin d'être rassurés mais aussi d'autres qui vont trouver cela trop aseptisé. Avec 20 ans de plus, c'est mon cas, vous l'aurez compris.

Enfin, avec "Lettres à l'ado que j'ai été", on sourit... Et c'est déjà ça...  C'est tendre incontestablement, parfois bien écrit (pas toujours mais je ne suis pas là pour compter les points, je vous laisse vous faire votre propre avis) et ça se lit vite. Ça s'oublie vite aussi... Malheureusement.

lundi 18 mars 2019

"Oyana" d'Éric Plamondon

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L'histoire : S’il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d’expliquer sa vie.
Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu’à la rupture. Elle est née au pays Basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu’où les mots la mèneront, elle écrit à l’homme de sa vie pour tenter de s’expliquer et qu’il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d’autres. Elle n’a que deux certitudes : elle s’appelle Oyana et l’ETA n’existe plus.

La critique de Mr K : C'est avec un grand plaisir que je vous présente aujourd'hui Oyana d'Éric Plamondon. Ce dernier m'avait littéralement scotché avec son précédent ouvrage, Taqawan, qui à travers une langue limpide mêlait habilement récit intimiste et œuvre à portée universelle. Il me tardait donc de retrouver cet auteur qui m'avait tellement bousculé ! C'est désormais chose faite avec ce roman qui livre un magnifique portrait de femme et une belle ouverture sur le peuple basque et ses luttes.

Oyana a décidé de partir de chez elle à Montréal pour revenir à ses racines basques. À travers une série de lettres qu'elle adresse à son compagnon, elle revient sur les épisodes marquants de sa jeune existence avec des flashback nombreux et parfois très douloureux... Car Oyana a du fuir son pays pour se réfugier en Amérique, d'abord au Mexique puis au Canada. Mêlée à une affaire mettant en cause l'ETA, elle a coupé définitivement avec son passé pour se construire une nouvelle vie. Mais on a beau retenir comme on peut les souvenirs, ils finissent toujours par ressurgir. Remords et regrets se mêlent pour finalement ne plus trop vous laisser de choix...

Le personnage d'Oyana est passionnant à suivre. Au fil des courts chapitres qui composent le livre, on apprend à la connaître, la jeune femme se livrant pour la première fois très intimement à Xavier, le médecin anesthésiste qu'elle a rencontré au cours de la première partie de son exil au Mexique. Elle égraine ainsi ses souvenirs d'enfance face à la mer et le monde de la pêche, la découverte d'un cachalot agonisant sur la plage, les copains, les premiers amours et finalement une rencontre qui va faire basculer sa vie. Le pays basque est alors une région quasiment en guerre avec les Etats français et espagnols et l'ETA poursuit une lutte armée au nom de l'indépendance. Par insouciance et surtout une grande naïveté, Oyana se retrouve au coeur d'un attentat qui fera des victimes... Elle bascule alors de l'autre côté, rongée par le remord et risquant d'être attrapée, elle part. En écrivant ces souvenirs et bien d'autres, Oyana finalement se confesse, relâche la pression qui s'exerce en elle depuis trop longtemps. Elle a décidé de repartir en Euskadi quitte à tout abandonner derrière elle, y compris l'homme de sa vie avec qui elle vit une belle relation depuis longtemps. Personnage complexe, très attachant, Oyana vous charmera irrémédiablement et sa trajectoire personnelle vous marquera sans nul doute.

L'auteur alterne ces parties très intimistes avec des chapitres souvent plus courts tirés de différentes sources comme d'ailleurs il l'avait déjà fait avec son précédent ouvrage. Textes officiels du groupe séparatiste, de l’État espagnol, coupures de journaux, passages plus historiques expliquant les origines du Pays Basque et l'évolution de son statut, nature de la cause défendue... autant de petits passages loin d'être rébarbatifs et qui nourrissent le récit principal en donnant une épaisseur au personnage principal. Mais pas seulement, cela donne à voir réellement le contexte de cette lutte sanguinaire qui opposa tour à tour nationalistes franquistes et républicains espagnols puis l'ETA avec les États espagnols et français. L'auteur sans tomber dans la complaisance révèle les rouages et logiques cachées bien trop souvent par les autorités, préférant comme de coutume dresser un portrait caricatural de leurs opposants. Beaucoup de nuance donc dans ce livre qui renvoie dos à dos la violence terroriste et la violence d’État qui fit elle aussi de nombreuses victimes. Une mélancolie vient s'ajouter là-dessus avec le sentiment diffus du personnage principal que des pans entiers de l'identité basque sont presque voués à disparaître avec notamment lors de son retour dans le sud-ouest le choc de voir les changements opérés dans les lieux de son enfance.

Oyana se lit d'une traite et l'on retrouve toutes les qualités d'Éric Plamondon pour proposer une œuvre engagée, profondément humaniste et très émouvante. On a le cœur au bord des lèvres tout au long de cette lecture qui se révèle tout aussi plaisante qu'instructive, bouleversante parfois avec un personnage central magnifique que l'écriture simple (mais pas simpliste) vient sublimer. C'est beau, c'est puissant et ça emporte l'adhésion totale du lecteur. Un petit bijou que je vous invite à découvrir au plus vite !

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samedi 16 mars 2019

"L'Œuf de dragon" de George R. R. Martin

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L'histoire : Quatre-vingt-dix ans avant les péripéties du "Trône de Fer", Aegon, de la lignée royale, surnommé l'Œuf, court les routes incognito comme écuyer d'un chevalier errant, Dunk. Au hasard des chemins, le duo se voit convié par le fringant Jehan le Ménétrier à participer à un tournoi richement doté qui sera le clou des noces de lord Beurpuits. Au champion ira le grand prix, un inestimable œuf de dragon. Mais il apparaît bientôt que les noces et le tournoi sont un nid d'intrigues et d'ambitions, petites et grandes, et qu'une prophétie annonce de grands événements.

La critique de Mr K : Ferveur et ressentiment m'habitent quand il s'agit d'aborder le cas de George R. R. Martin. Admiration tout d'abord face au talent déployé dans sa saga du Trône de fer que je trouve brillante et menée de main de maître. Colère face au retard qu'il a accumulé pour conclure le cycle dans sa version littéraire, n'étant que moyennement conquis par la série qui s'en est inspiré et qui même s'il elle s'avère spectaculaire, gâte certains personnages et évolue vers une fin plus que prévisible. Pour me faire patienter et avec un grand coup de pot, je suis tombé à Emmaüs sur L'Œuf de dragon, une sorte de préquelle se déroulant toujours à Westeros mais sur une échelle bien plus petite (en terme de localisation géographique et de nombre de pages). Au final, ce fut une lecture très rapide, plaisante et qui m'a permis d'émousser quelque peu mon impatience...

Se déroulant quasiment un siècle avant les événements narrés dans la saga du Trône de fer, ce court récit de 181 pages nous propose de suivre le chevalier errant Duncan et son jeune écuyer à la très noble ascendance. Voyageant de régions en régions, ils vont croiser une troupe lors d'un passage en forêt et se retrouver malgré eux mêlés à un mariage qui sous ses dehors de félicité cache de lourds secrets. Ripailles, joutes et plaisanteries douteuses sont au rendez-vous ainsi que tractations secrètes et complots ourdis pour prendre le pouvoir. Rajoutez là dessus un œuf de dragon très convoité et pas de doute, vous y êtes ! C'est bien du George R. R. Martin !

L'addiction ne met vraiment pas longtemps à faire son apparition, en quelques pages seulement, on se prend immédiatement d'affection pour ce chevalier bourru et son jeune assistant de 11 ans. Leurs rapports prêtent à sourire et à l'admiration, entre un chevalier revenu de tout qui gagne maigrement sa subsistance et en impose avec son physique hors norme (c'est un géant) et le jeune Aegon qui découvre la vie d'aventurier en explorant peu à peu ses capacités et qualités. On passe un bon moment entre réparties bien senties, échanges initiatiques et moments de tensions mémorables. Ces deux là s'apprécient, se jaugent, se prennent la tête mais une douceur et une lueur de tendresse éclairent cette relation unique.

On retrouve tout autour de ce duo, la force des récits fantasy du maître. Un monde dangereux où la rapacité se dispute à la férocité des rapports humains. Il ne fait pas bon être noble et humble dans un univers gouverné par la peur, la force et des alliances toujours mouvantes. On croise en la matière de sacrés personnages qui même s'ils n'égalent pas les principaux protagonistes de la saga originelle, tiennent la dragée haute en terme de vilenie et de perfidie. Et puis, il y a cette alternance constante du regard posé par les personnages principaux sur leur environnement immédiat avec des descriptions prenantes et des scènes d'action rudement menées avec notamment une journée de joute aussi tendue que saisissante de réalisme. On se prend vraiment au jeu et l'on retrouve des sensations depuis longtemps éprouvées lorsque je découvrais le Trône de fer.

Bien que concis, le récit est bien mené, le suspens est relativement présent (même si j'ai deviné bien des choses en avance) et l'on ne s'ennuie pas une seconde. Resserrée, la trame au détour de certaines circonvolutions fait référence à la saga à venir et donne des informations pas dénuées d'intérêt sur les Targaryens, famille de Daenyris. Bon, en la matière, ça reste maigre, mais si on est fan du Trône de fer ce serait dommage de se priver de ce petit plaisir qui même s'il n'est pas définitif apporte de bons moments de lecture et permet de retrouver un univers aussi foisonnant que passionnant. Laissez vous tenter !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Chanson pour Lya
Le trône de fer, intégrale 1
Le trône de fer, intégrale 2
Le trône de fer, intégrale 3
Le trône de fer, intégrale 4
Le trône de fer, Le bûcher d'un roi, volume 13
Le trône de fer, Les dragons de Meereen, volume 14
Le trône de fer, Une Danse avec les dragons, volume 15
- Dragon de glace

- L'Agonie de la lumière

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mercredi 13 mars 2019

"Une confession" de John Wainwright

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L'histoire : À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.

Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle. Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide. L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

La critique de Mr K : Voici un livre écrit en 1984 mais qui n'a été traduit en français que cette année aux éditions Sonatine ! Et pourtant, Une confession de John Wainwright est considéré comme un excellent ouvrage outre-manche et avait lors de sa sortie époustouflé George Simenon lui-même, qui - je l'imagine - a du le lire en VO. L'outrage est désormais réparé car enfin, nous pouvons le lire en français et je peux vous dire que ça vaut le détour !

L'histoire en elle-même est basique. Une femme meurt en tombant d'une falaise lors d'une promenade avec son mari. Est-ce un accident ? Un crime ? Voici l'énigme qui nous est proposée dès le début de l'ouvrage. Par le biais du journal intime du mari (et principal suspect), le suivi de l'enquête que mène l'inspecteur Harker, le ressenti du fils de la victime, les états d'âme du témoin et d'autres points de vue savamment emmenés, on progresse pas à pas vers une vérité finale qui fera mal et qui pour ma part m'a pris au dépourvu par son déroulé et par les secrets qu'elle va éventer.

La surprise vient du fait que l'auteur prend un malin plaisir durant tout l'ouvrage à décortiquer ses personnages. Les détails fourmillent sur leur vie, leurs pensées et leurs actes. On pourrait presque croire que tout cela n'est qu'artifice, remplissage, tant on rentre dans leur intimité et pourtant... On ne s'ennuie pas pour autant une seconde car ils sont tous attachants à leur manière et livrent un tableau crédible d'une humanité qui bien souvent jongle entre ses devoirs et ses désirs. John Wainwright est un orfèvre en terme de caractérisation psychologique des personnages, on se laisse mener par le bout du nez sans s'en rendre compte et les pages se tournent toutes seules. Et puis, vers la fin, l'ensemble prend une ampleur inattendue, derrière les façades se cachent des secrets insoupçonnés jusqu'alors, des rapports biaisés par des éléments qui nous avaient échappés.

J'ai retrouvé dans Une confession le plaisir que j'avais tout jeune à lire des policiers du style Conan Doyle ou Agatha Christie. Rythme lent, contenu dense, personnages bizarres ou du moins qui soignent les apparences, sont au menu d'un roman qui tient en haleine et multiplie les points de vue pour proposer de nombreuses pistes. On prend connaissance du journal du mari de la victime qui raconte sa vie professionnelle mais aussi de famille, notamment ses rapports parfois compliqués avec sa femme. La clef réside justement dans cette relation de couple distendue dont on ne comprend les tenants et les aboutissants que dans les ultimes lignes de l'ouvrage. Je vous mets au défi de lever le voile sur tous les détails avant d'avoir terminé cet ouvrage ! Le personnage de l'enquêteur est aussi très intéressant même si je l'ai trouvé agaçant au départ du fait de ses certitudes et de ses méthodes parfois limites. Et pourtant, lui aussi voit sa figure se densifier au cours du récit et donne à voir un être humain en proie lui aussi au doute et à la mélancolie. Tout cela emmène le lecteur vers un face à face final qui laisse des traces et s'avère totalement réjouissant.

Cet ouvrage est un modèle de conduite du récit, le suspens tient jusqu'au bout et tout est très bien ficelé. On s'amuse beaucoup durant cette lecture à vouloir démêler les ficelles de cet imbroglio et l'auteur ne nous facilite pas les choses. Très bien écrit, sans fioriture mais avec un luxe de finesse dans l'approche des personnages et des rapports qu'ils entretiennent, il remplit parfaitement son rôle de roman policier car il est aussi intrigant qu'addictif. Les amateurs de ce genre de pièce de choix ne doivent absolument pas passer à côté !

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mardi 12 mars 2019

"La Sirène" de Camilla Läckberg

La SirèneL'histoire : Un homme a mystérieusement disparu à Fjällbacka. Toutes les recherches lancées au commissariat de Tanumshede par Patrik Hedström et ses collègues s'avèrent vaines. Impossible de dire s'il est mort, s'il a été enlevé ou s'il s'est volontairement volatilisé.
Trois mois plus tard, son corps est retrouvé figé dans la glace. L'affaire se complique lorsque la police découvre que l'une des proches connaissances de la victime, l'écrivain Christian Thydell, reçoit des lettres de menace depuis plus d'un an. Lui ne les a jamais prises au sérieux, mais son amie Erica, qui l'a aidé à faire ses premiers pas en littérature, soupçonne un danger bien réel. Sans rien dire à Patrik, et bien qu'elle soit enceinte de jumeux, elle décide de mener l'enquête de son côté. A la veille du lancement de La Sirène, le roman qui doit le consacrer, Christian reçoit une nouvelle missive. Qulqu'un le déteste profondément et semble déterminé à mettre ses menaces à exécution.

La critique Nelfesque : Me voici de nouveau plongée dans les aventures d'Erica Falck et Patrik Hedström avec "La Sirène", 6ème volet de la saga. Tous les amateurs des récits de Camilla Läckberg s'accordent sur un point : il est aussi plaisant de suivre la vie privée de ses personnages principaux que les enquêtes en elles-même. On ne déroge pas à la règle avec ce tome-ci qui voit Erika, enceinte jusqu'aux yeux, et de jumeaux qui plus est, aller encore une fois au bout d'elle-même et se révéler être une wonder-woman du quotidien.

Parce qu'elle est comme ça Erika. Une nana qui ne tient pas en place, qui a du mal à se dire qu'elle doit lever le pied parfois et qui, sous la plume de Camilla Läckberg, est toujours confrontée à des histoires trépidantes. Il est intéressant ici de voir les processus d'écriture et la vie d'auteur entre sortie d'un nouveau titre, soirées inaugurales et promotion autour de son ami Christian, déjà rencontré dans les précédents tomes, et qui sort ici son premier roman.

Ce fameux Christian reçoit des lettres anonymes menaçantes et intrigantes. Il dit ne pas y accorder d'importance mais tout porte à croire qu'un secret se cache là dessous et Erika est bien déterminée à le dénicher. D'autant plus que cela survient en parallèle d'une enquête dont son mari, Patrik, a la charge. Un homme a été retrouvé sur le port de Fjällbacka, figé dans la glace.

Une fois de plus, Camilla Läckberg nous offre ici un tome bien construit et dans lequel on a toujours autant de plaisir à suivre la petite équipe et leurs déboires personnels. Certaines choses peuvent être devinées en amont (et oui c'est ça quand on est coutumier de ce genre de littérature, il y a des ficelles que l'on détecte à des kilomètres) mais de petites surprises sont aussi disséminées tout au long de l'ouvrage. Le bilan, si bilan il doit y avoir, et donc relativement positif. Disons-le clairement, ce n'est pas le meilleur tome de la saga pour l'enquête qui y est exposée et les résolutions de celle-ci mais on a forcément hâte de lire la suite à la vue du dernier chapitre... Sans vouloir spoiler (rassurez-vous, ce n'est pas le genre de la maison), j'ai tout de même envie de dire : NON MAIS CAMILLA CA VA PAS BIEN DE NOUS LAISSER AVEC CES DERNIERS PHRASES !?

Si vous n'avez jamais lu du Läckberg, ne commencez pas par celui-ci. Cela n'aurait aucun intérêt et vous perdriez toute la dynamique de la saga dans son ensemble tant ici l'auteure nous fait faire un bond dans l'histoire. C'est la première fois, de mémoire, qu'elle relie autant deux tomes entre eux. C'est bien simple, si vous n'avez pas le 7ème tome, "Le Gardien de phare", à portée de main, vous allez devenir fou ! C'est une bonne chose car il va y avoir, je sens et je l'espère, une accélération dans la narration. Cette saga est finalement très pépère et au bout d'un moment ce rythme peut commencer à lasser d'autant plus que les ficelles sont plus ou moins recyclées d'un tome à l'autre. L'auteure ici nous laisse présager une suite tourmentée et c'est tant mieux ! Un nouveau vent se lève sur Fjällbacka !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

- "L'Oiseau de mauvais augure"
- "L'Enfant allemand"