uneconfession

L'histoire : À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.

Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle. Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide. L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

La critique de Mr K : Voici un livre écrit en 1984 mais qui n'a été traduit en français que cette année aux éditions Sonatine ! Et pourtant, Une confession de John Wainwright est considéré comme un excellent ouvrage outre-manche et avait lors de sa sortie époustouflé George Simenon lui-même, qui - je l'imagine - a du le lire en VO. L'outrage est désormais réparé car enfin, nous pouvons le lire en français et je peux vous dire que ça vaut le détour !

L'histoire en elle-même est basique. Une femme meurt en tombant d'une falaise lors d'une promenade avec son mari. Est-ce un accident ? Un crime ? Voici l'énigme qui nous est proposée dès le début de l'ouvrage. Par le biais du journal intime du mari (et principal suspect), le suivi de l'enquête que mène l'inspecteur Harker, le ressenti du fils de la victime, les états d'âme du témoin et d'autres points de vue savamment emmenés, on progresse pas à pas vers une vérité finale qui fera mal et qui pour ma part m'a pris au dépourvu par son déroulé et par les secrets qu'elle va éventer.

La surprise vient du fait que l'auteur prend un malin plaisir durant tout l'ouvrage à décortiquer ses personnages. Les détails fourmillent sur leur vie, leurs pensées et leurs actes. On pourrait presque croire que tout cela n'est qu'artifice, remplissage, tant on rentre dans leur intimité et pourtant... On ne s'ennuie pas pour autant une seconde car ils sont tous attachants à leur manière et livrent un tableau crédible d'une humanité qui bien souvent jongle entre ses devoirs et ses désirs. John Wainwright est un orfèvre en terme de caractérisation psychologique des personnages, on se laisse mener par le bout du nez sans s'en rendre compte et les pages se tournent toutes seules. Et puis, vers la fin, l'ensemble prend une ampleur inattendue, derrière les façades se cachent des secrets insoupçonnés jusqu'alors, des rapports biaisés par des éléments qui nous avaient échappés.

J'ai retrouvé dans Une confession le plaisir que j'avais tout jeune à lire des policiers du style Conan Doyle ou Agatha Christie. Rythme lent, contenu dense, personnages bizarres ou du moins qui soignent les apparences, sont au menu d'un roman qui tient en haleine et multiplie les points de vue pour proposer de nombreuses pistes. On prend connaissance du journal du mari de la victime qui raconte sa vie professionnelle mais aussi de famille, notamment ses rapports parfois compliqués avec sa femme. La clef réside justement dans cette relation de couple distendue dont on ne comprend les tenants et les aboutissants que dans les ultimes lignes de l'ouvrage. Je vous mets au défi de lever le voile sur tous les détails avant d'avoir terminé cet ouvrage ! Le personnage de l'enquêteur est aussi très intéressant même si je l'ai trouvé agaçant au départ du fait de ses certitudes et de ses méthodes parfois limites. Et pourtant, lui aussi voit sa figure se densifier au cours du récit et donne à voir un être humain en proie lui aussi au doute et à la mélancolie. Tout cela emmène le lecteur vers un face à face final qui laisse des traces et s'avère totalement réjouissant.

Cet ouvrage est un modèle de conduite du récit, le suspens tient jusqu'au bout et tout est très bien ficelé. On s'amuse beaucoup durant cette lecture à vouloir démêler les ficelles de cet imbroglio et l'auteur ne nous facilite pas les choses. Très bien écrit, sans fioriture mais avec un luxe de finesse dans l'approche des personnages et des rapports qu'ils entretiennent, il remplit parfaitement son rôle de roman policier car il est aussi intrigant qu'addictif. Les amateurs de ce genre de pièce de choix ne doivent absolument pas passer à côté !