brussolo

L'histoire : Dans un Paris en partie vitrifié par un récent conflit nucléaire, la crise énergétique fait rage. Pour remédier à la pénurie, un groupe de savants a imaginé de convertir l'âme des morts en électricité. Désormais, les kilowatts sortent tout droit des cimetières ! L'énergie-fantôme, c'est la mort mise au service de l'électroménager, c'est l'au-delà commandé par un interrupteur, le fleuve des morts qui court sur le filament d'une ampoule électrique, le carburant d'outre-tombe grâce auquel vous pourrez, demain, mettre un fantôme dans votre moteur ! Mais comme l'apprendra Georges, le médium-dépanneur qui guérit les téléviseurs par simple imposition des mains, l'énergie-fantôme, c'est aussi... l'enfer !

La critique de Mr K : Retour sur une lecture bien space aujourd'hui avec une nouvelle incursion chez un de mes auteurs français préférés : Serge Brussolo. Écrivain à l’œuvre multiforme, dans Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes, on se retrouve dans un univers SF où l'anticipation se fait rageuse et particulièrement préoccupante. Même si l'ouvrage n'est pas exempt de défauts, j'ai passé un excellent moment, voici pourquoi...

Suite à une guerre nucléaire généralisée, la planète Terre est irrémédiablement changée. Les trois quarts de la population a disparu et les sociétés qui se relèvent péniblement du désastre doivent faire face à une crise énergétique sans précédent. L'énergie de l'atome étant désormais bannie et totalement tabou (on le comprend aisément !), les hommes ayant perdu les savoirs liés à l'énergie solaire, ils se rabattent sur une ressource nouvelle : la conversion des âmes des morts en énergie pure ! Ainsi, on peut même se servir des morts pour améliorer le sort des vivants ! Vous vous imaginez bien qu'en jouant aux apprentis sorciers et aux nécromants d'un nouveau genre, l'homme court à sa perte. Le lecteur s'en rendra compte en suivant les destins croisés de Georges, médium-dépanneur pour objets "possédés" et Sarah, une jeune femme tout feu tout flamme qui travaille pour une mystérieuse organisation dirigée par l'État. Quel lien y'a-t-il entre ces deux êtres que tout semble séparer ? Que cache vraiment cette nouvelle technologie ? Voila les deux questions principales qui vont guider le lecteur durant sa lecture.

Ce roman est assez bluffant dans son approche d'un monde post-apocalyptique. On s'y croirait vraiment avec des descriptions hallucinantes de sociétés à l'agonie où les tensions sont nombreuses. Villes semi-désertes, groupes de pression extrémistes en goguette dans les rues (fortement teintés de bleu-marine...), habitants calfeutrés dans leurs logements vivant quasiment en autarcie et bâtiments détruits / vitrifiés, figures errantes et hagardes dans les rues... On prend tout cela en pleine face dès les premiers chapitres qui plantent d'entrée de jeu une ambiance pesante et un climax oppressant. Sans pour autant alourdir la lecture, ces passages plus contemplatifs qu'autre chose donnent à voir un monde déchiré et en proie à une déchéance qui semble inéluctable. Et puis, il y a l'utilisation au quotidien par tous de cassettes renfermant l'énergie tant convoitée mais qui parfois fait se détraquer les objets qui les utilisent... Cet élément proche du fantastique donne une saveur alors toute particulière à un ensemble déjà bien singulier.

Au milieu de tout ça, on retrouve deux personnages attachants aux motivations bien différentes et au charisme certain. L'auteur s'amuse beaucoup avec eux, nous menant sur de fausses pistes et les hypothèses les plus folles. Entre un réparateur doué de pouvoirs surnaturels ayant du laisser tomber sa famille (femme et fille) au profit d'une cause supérieure et une jeune fille qui va de découverte en découverte sur la vraie nature de ses activités, on navigue vraiment en eaux troubles. Certes on devine certaines choses assez vite, mais on se plaît à suivre ces existences bouleversées qui tendent à se raccrocher à tout ce qui pourrait donner du sens à leur vie. Quand la roue tourne ou qu'une révélation a lieu, gare aux dégâts! Crédibles et en constante évolution, Georges et Sarah sont vraiment des personnages à part, toujours sur le fil du rasoir. Ces deux existences malmenées vont être confrontées à une vérité pas forcément bonne à entendre et qui aura des répercussions énormes sur leurs existences respectives.

Bien mené, le roman se lit vite et bien. On oscille entre polar, roman initiatique, SF et même fantastique dans une aventure rythmée et séduisante. On peut cependant déplorer par moment quelques lenteurs, des scories narratives pas forcément très utiles mais quand l'auteur revient à l'essentiel, quelle claque ! Méandres de l'esprit humain, les effets de choix hasardeux, la raison d'État qui sacrifie des innocents sont certains des nombreux thèmes que l'on trouve traités dans ce volume bien malin où l'on retrouve l'imagination débordante de l'auteur et son goût pour les intrigues tortueuses. Un très bon livre de SF, à recommander aux amateurs du genre, friands d'écrits différents et originaux.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
"Le Murmure des loups"
- ''Le Cycle des ouragans"
- ''L'Armure de vengeance"