mardi 4 septembre 2018

"Under the silver lake" de David Robert Mitchell

Under the silver lake afficheL'histoire : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

La critique Nelfesque : "Under the silver lake" est un film à part. Classé sur les sites de cinéma entre thriller et comédie, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre en allant voir ce long métrage. Repéré lors du dernier Festival de Cannes, j'attendais sa sortie avec impatience et la bande annonce a fini de me convaincre (non mais cette BO !).

Le réalisateur, David Robert Mitchell, ne m'était pas inconnu. Vous n'avez pas vu "It follows" ? Précipitez-vous dessus ! Ici, nous sommes dans un style différent mais "Under the silver lake" est aussi intrigant qu'"It follows" est angoissant. Perso, j'adhère à 100% !

Il y a des films où il faut accepter de se laisser porter, de ne rien comprendre, de partir dans des contrées complètement WTF. La plupart du temps, c'est plutôt Mr K qui est friand de ces ambiances que je trouve souvent trop perchées ou absconses et qui m'agacent par leur côté "il faut être plus intelligent que ça pour appréhender le fond" (aka "t'es trop con pour comprendre, rentre chez toi"). Ici, c'est différent car il y a plusieurs niveaux de lecture et je me suis autant amusée que j'ai été séduite et bluffée. Par certains aspects, ce film m'a fait penser à  "Inherent Vice", notamment pour l'effet ressenti au moment de rallumer les lumières et pour la beauté des plans. Attention, je pense que c'est ce genre de long métrage que l'on adore ou que l'on déteste. Je ne garantis pas que vous accrocherez mais ça vaut vraiment le coup de tenter l'expérience ne serait-ce que par amour du cinéma et envie de voir un vrai film qui propose des choses nouvelles et qui ne tombe pas dans la facilité des scénarios et ficelles vus et revus.

Under the silver lake 5

Le ton est décalé et on est souvent pris à contre pied. Drôle sans l'être, pathétique sans l'être, on ne sait pas vraiment où se placer et ça fait un bien fou ! Les 2h20 passent à toute vitesse, les plans sont superbes, on échafaude 10.000 théories qui tombent à l'eau, la musique colle parfaitement à l'ensemble qui parait intemporel et on savoure chaque instant et chaque trouvaille du réalisateur. Le film a un rythme atypique, c'est lent sans être ennuyeux. C'est étrange. Fou. Inattendu.

Sortis de la séance sous le choc, on n'a pas tout compris mais on a envie de creuser la chose. On en discute pendant des heures en se disant qu'on a vu un putain de film et que c'est bon le cinéma qui ose. Parce que les acteurs sont parfaits. Parce que tout est superbement construit. Parce que ça nous transporte sans que l'on puisse bien l'expliquer. Parce que sous ces airs loufoques, il est bien plus profond qu'il n'y parait et critique notre époque et la société. Du coup, écrire une chronique dessus même 3 semaines plus tard, c'est mission impossible mais l'envie de laisser une trace est plus forte. Je vous souhaite que Mr K ait un raisonnement plus construit... En attendant, si il est encore à l'affiche près de chez vous, lancez-vous et plongez sous le lac argenté !

Under the silver lake 4

La critique de Mr K : 6/6. Voilà un film que j'attendais avec beaucoup d'enthousiasme ayant découvert la terrible bande annonce du métrage lors de son passage à Cannes. En plus, il s'agit du troisième film de David Robert Mitchell, réalisateur que j'adore depuis son génialissime et déjà culte It Follows qui m'a fait frémir comme jamais depuis Ring version japonaise of course ! Film à énigmes, thriller, moments de comédie pure... difficile de classer Under the silver lake dans un genre particulier tant on est à la confluence de différents tons et différents univers. Un véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) en quelque sorte !

Sam, un jeune homme totalement apathique glande à longueur de journée dans son appartement. Il ne fait rien, ne semble pas travailler et observe ses voisins. C'est ainsi qu'un jour, il fait la rencontre de Sarah, une jolie voisine avec qui il flirte, arrachant un RDV pour le lendemain. Malheureusement pour lui, elle disparaît sans laisser de nouvelles ni de traces. Intrigué et inquiet, il décide de mener l'enquête quand il s'aperçoit que son appartement est totalement vide comme si elle avait décidé de déménager dans la nuit... Commence alors pour Sam, un long périple au cœur de Los Angeles, ses mœurs, ses secrets et il découvrira peut-être au fond de lui quelque chose pour sortir de la torpeur qui l'a envahi depuis trop longtemps.

Under the silver lake 2

Ce film dure plus de deux heures et je peux vous dire que Nelfe et moi n'avons pas vu le temps passer. C'est bien simple, il n'y a pas de temps morts. On démarre de suite, évitant une période d'exposition trop longue pour rentrer dans le vif du sujet. Sam est très attachant, complètement paumé, il y a du Lebowski en lui (MON film culte !) : fainéant, drôle, beau gosse, amateur de clopes et de filles, geek à ses heures perdues, curieux mais aussi lunaire par moment et totalement en roue libre, il est remarquablement joué par un Andrew Garfield qui m'a surpris et séduit. De manière générale, tous les protagonistes du film sont complètement branques à leur manière, la bizarrerie guettant au moindre intérieur privé ou coin de rue. Ne pouvant se reposer sur rien de solide, de concret ; le spectateur est obligé de lâcher prise et de suivre les chemins tortueux du héros aussi dépassé que nous.

Conspirationnisme et codes cachés, ultra-solitude pesante, mœurs déjantées et tortueuses d'Hollywood, légendes urbaines farfelues, quête intérieure et rédemption, sectarisme et tout un ensemble d'éléments sont ici brassés pour fournir un film au ton unique et à la beauté sans pareil. Bien que certains éléments soient dramatiques, des révélations plus que surprenantes, ce film garde toujours un ton léger qui détend l'atmosphère. Les situations ubuesques s’enchaînent, les bévues du héros aussi, pour livrer une histoire d'une grande profondeur, aux ramifications complexes et à la fin elliptique qui ne livre pas tous les secrets mais ouvre des portes insoupçonnées. Dans le principe, on se rapproche d'un Lynch mélangé à du frères Coën (période Lebowski encore et toujours !) : Lynch pour le goût pour les énigmes et les intrigues à tiroir, les Coën pour la folie qui règne au moindre plan.

Under the silver lake 1

Techniquement c'est parfait avec des images d'une grande beauté, des plans inventifs, des couleurs qui explosent, des décors grandioses et une bande originale qui scotche et convient parfaitement à l'étrangeté de cette entreprise filmique. Que dire de plus, sinon qu'on tient avec ce réalisateur, un des plus grands de sa génération et que c'est véritablement une honte qu'il n'ait rien décroché à Cannes tant on touche ici à quelque chose d'original, d'unique et de totalement réussi. Un must à voir absolument !