9782355846472oriL'histoire : Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar d'une petite ville alsacienne très ordinaire.

Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S'il a eu de l'ambition, celle-ci s'est envolée il y a bien longtemps. Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes.

La critique de Mr K : Terrible lecture aujourd'hui avec la nouvelle publication en français d'un ouvrage de Graeme Macrae Burnet aux éditions Sonatine après le formidable L'Accusé du Ross-Shire qui m'avait enchanté et marqué lors de sa lecture l'année dernière. Dans ce nouvel ouvrage, cet auteur écossais diablement doué explore les arcanes de la banalité pour mieux la déstructurer et au final surprendre ses lecteurs après les avoir irrémédiablement attirés dans la toile savamment constituée par ses soins minutieux.

Quand une jeune serveuse disparaît sans prévenir et sans laisser de traces, c'est toute une petite communauté qui est en émoi. Jolie, très sérieuse dans son travail, plutôt taciturne et pas du genre à lever la jambe, cette disparition interroge et inquiète. Est-elle partie sans prévenir personne sur un coup de tête ? A-t-elle rencontré la mauvaise personne en rentrant chez elle ? La police enquête et nage dans le flou intégral. L'enquêteur Gorski a bien du mal à se dépêtrer de cette affaire qui s'enlise à cause du manque d'indices et des dissimulations des témoins potentiels. En parallèle de son enquête, on suit le parcours chaotique de Baumann, un homme miné par la solitude et son caractère asocial. Au fil du déroulé, nous allons en apprendre beaucoup sur ces deux hommes en constante opposition et quand la vérité éclatera, personne ne sera épargné.

Grand amateur de Simenon et Claude Chabrol, Graeme Macrae nous propose un voyage effroyable au fin fond de l'âme humaine. Certes il y a une enquête mais finalement elle passe souvent au second plan. Les avancées sont très timides, le policier quelqu'un de posé, et finalement il ne se passe pas grand chose durant les 281 pages de ce roman. Et pourtant, il est d'une richesse incroyable, d'une profondeur qui touche parfois au sublime avec des personnages ciselés comme rarement j'ai pu en rencontrer dans un ouvrage de ce genre. C'est bien simple, chaque chapitre apporte sa pierre à l'édifice entre banalité du quotidien décortiqué et flashback qui révèlent des passés lourds de conséquences sur une existence entière. Chaque être humain est unique et derrière chaque individualité se cache une vie faite de joies mais surtout de ruptures et de failles qui construisent un destin. Alors le rythme est lent, le mille-feuilles de caractérisation des personnage se prépare en douceur, par petites couches successives mais quand arrive le dernier tiers de l'ouvrage, tout prend sens, s'emboîte parfaitement et procure un plaisir de lire assez unique.

Vie de famille compliquée, solitude aliénante dans notre société, quiproquo, incompréhension, paranoïa latente, rumeurs et moqueries, grisaille ambiante et avenir bouché sont les ingrédients d'une recette classique du roman policier-noir qui bascule dans l'ouvrage référence grâce à la langue fine, exigeante et très accessible de cet auteur décidément à suivre. J'ai pour ma part accroché immédiatement, notamment sur les deux personnages principaux qui m'ont rappelé des proches ou des personnes que j'ai pu connaître. La tension est palpable très vite et l'émotion gagne profondément le lecteur, l'influençant même sur ses réflexions sur soi. La Disparition d'Adèle Bedeau, au delà de son caractère policier et étude de caractère, nous renvoie à nous, à la fragilité de l'existence et de ces épisodes de tristesse qui parfois gagnent le cœur et l'âme de chacun, mêlant spleen et nostalgie.

Je dois avouer que ce roman m'a profondément touché, m'a laissé tout groggy une fois la dernière page tournée. L'ascenseur émotionnel est total, j'aime être déstabilisé et ému lors d'une lecture. Celle-ci restera longtemps gravée dans ma mémoire. Avis aux amateurs !