samedi 30 juin 2018

"La Malédiction du rubis" de Philip Pullman

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L’histoire : Lorsque son père disparaît en mer de Chine dans des circonstances suspectes, la jeune et intrépide Sally Lockhart se retrouve livrée à elle-même dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne... Sans qu'elle le sache encore, un grand danger rôde autour d'elle. Parviendra-t-elle à percer le secret d'un rubis fabuleux qui excite les convoitises et sème la mort autour de lui ? Il semble être au cœur du mystère...

La critique de Mr K : Lecture bien particulière aujourd’hui avec ma chronique de La Malédiction du rubis de Philip Pullman. Autant vous dire de suite que j’en attendais beaucoup vu le culte que je voue à la trilogie des Royaumes du nord qui est à mes yeux l’un des meilleurs ouvrages écrits pour la jeunesse. Le hasard a voulu que je croise la route de ce livre (le premier d’une série de quatre à priori -sic-) lors d’un chinage de plus et il a bien fait. Ce fut une fois de plus une bonne lecture mettant en avant les belles qualités d’un auteur décidément à suivre.

Une fois de plus, le personnage principal est une jeune fille dans cet ouvrage de Pullman. Sally Lockhart a alors seize ans et déjà une lourde histoire derrière elle. Orpheline de mère très tôt, elle vient de perdre son père, mystérieusement disparu en mère de Chine. Présumé mort, elle habite désormais chez une vieille tante éloignée qui lui mène la vie dure. Ce destin à la Princesse Sarah n’est donc pas des plus heureux mais Sally a du courage à revendre et un esprit de déduction à toute épreuve. Éprise des chiffres, brillante et ingénieuse elle ne s’en laisse pas compter et tente de démêler le vrai du faux d’une affaire qui la touche de près (la mort de son père) à laquelle vient s’ajouter la course à un mystérieux rubis réputé porteur de malheur. Une menace insidieuse se rapproche de Sally, les cadavres se multiplient et un terrible secret semble se profiler...

Destiné à un lectorat de plus de onze ans (minimum), voila un petit roman rondement mené et très malin qui emporte quasi immédiatement l’adhésion du lecteur. Sans un temps mort, après exposition des personnages principaux et des grands enjeux, on est parti pour une enquête trépidante dans le Londres de la fin du XIXème siècle. On explore avec Sally nombre de pans de la société victorienne avec les petites gens qui vivent dans des conditions très difficiles dans les bas fonds de Londres, le port de la capitale anglaise et les multiples activités qui l’entourent (de la compagnie maritime à laquelle appartenait son père aux salons d’opium), la vie des bourgeois déconnectés de la réalité.

Elle rencontrera dans sa quête nombre de personnages qui lui apporteront leur aide, soutien et même l’aideront à grandir, à gagner en maturité. Mention spéciale à la fratrie Garland (Frédérick et Rosa) qui vont devenir très vite comme une deuxième famille et lui permettre de se cacher. En effet, très vite, l’héroïne se rend compte qu’elle est confrontée à un ennemi puissant et d’une grande cruauté. Une vieille dame manipulatrice semble très liée au secret du rubis et elle n’hésite pas à envoyer des hommes de main qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins. L’enquête s’avère donc de plus en plus difficile, très périlleuse pour une jeune fille qui n’a que seize ans et qui passe très proche du gouffre à de multiples reprises. En parallèle, elle va elle aussi apportée son aide aux Garland pour relancer leur salon de photographie qui peine à rentrer dans ses frais alors que l’époque voit le développement de ce nouvel art.

On ne s’ennuie donc jamais un seul instant avec La Malédiction du rubis qui fait la part belle à l’amitié, l’abnégation mais aussi la réflexion sur le poids des responsabilités et de l’hérédité. Bien des mystères entourent Sally, elle va devoir les lever pour découvrir qui elle est vraiment tout en luttant pour rester en vie et s’en sortir. Beau mix que tout cela pour un livre à l’écriture limpide et très accessible. Bien que destiné à la jeunesse (on le sent dans certaines situations, dans la réaction parfois étranges de certains personnages adultes), j’ai dévoré cet ouvrage avec un plaisir non feint et il va rejoindre sans rougir la trilogie précitée qui reste cependant inatteignable. En écrivant cette chronique, j’ai appris qu’il y avait trois autres tomes consacrés à cette héroïne. Si l’occasion se représentait, je n’hésiterais pas à m’en porter acquéreur.

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mercredi 27 juin 2018

"De l'odeur de l'encre" de Lisa Barel

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L’histoire : Il ne suffisait pas de vouloir, il fallait se donner les moyens. Quelque chose bougeait de l’intérieur, quelque chose vivait de plusieurs manières. Ça voulait tout et ça ne savait pas trop comment l’atteindre. Je me laissais guider, entreprendre par la chose. En moi, ça bougeait. Personne ne pouvait se douter à quel point. Personne ne pouvait se douter que c’était peut-être grave. Car, en effet, c’était grave. Ça voulait tout, ça voulait surtout. Je savais ce que ça voulait et je n’y pouvais rien. Ça bougeait, voilà. On n’y avait vu que du feu. Un jour, il serait trop tard.

Ce second roman relate le destin troublé d’une femme amoureuse et sensible aux prises avec des traumatismes de l’enfance. On suit ses escapades à vélo, on lit ses lettres et on vit son quotidien à l’hôpital psychiatrique. A la fois combative et fragile, elle nous entraîne dans sa lutte contre ses démons et nous déclare que malgré la maladie c’est encore le sentiment amoureux qui se distingue de tout.

La critique de Mr K : Chronique d’un objet littéraire non identifié aujourd’hui avec De l’odeur de l’encre de Lisa Barel sorti au début du mois aux éditions du Serpent à plumes. L’auteure nous propose une plongée sans concession dans l’esprit d’une femme amoureuse qui sombre dans la folie criminelle. Livre très étrange où elle brouille les pistes à travers différents points de vue, on passe un moment à la fois étrange et fascinant.

L’héroïne anonyme est malade. Perturbée, confuse et totalement décalée avec la réalité, elle raconte ce qu’elle vit et ressent. Le parti pris de l’écrivain est particulier car tour à tour on passe d’un récit à la première personne très immersif à un récit plus distancié qui permet de se faire une idée plus précise du personnage. On navigue dans le flou tout du long tant on passe du coq à l’âne, d’une focalisation à une autre et d’un sujet à un autre. C’est très réussi même si c’est déstabilisant. Au final, cela dresse un portrait ultra-réaliste d’une personne diminuée mentalement qui tente de survivre avec plus ou moins de réussite. Angoissant au départ puis franchement inquiétant, on explore sans fard l’évolution du personnage qui vire très vite à la folle furieuse qui trucide à tout va, guidée par ses pulsions de mort mais aussi d’amour. Malheur à celles et ceux qui croisent sa route et ont tendance à passer de vie à trépas.

Personnage complexe, tantôt attachant, tantôt repoussoir, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec elle. En quête d’amour et de reconnaissance, elle n’est pas forcément consciente de ses tares et de ses limites. Cela donne des passages touchants où le pathétique se dispute à la curiosité morbide. En effet, on glisse progressivement vers l’innommable avec un personnage qui se transforme littéralement, quittant les berges de la morale établie pour nous embarquer dans une contrée sauvage où plus aucune limite n’est posée. C’est fulgurant voir choquant par moment mais totalement brut et d’une force impressionnante. On prend des coups et on se prive pas pour en redemander. De l'odeur de l'encre est un livre pour maso assumé !

Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer cet ouvrage qui ne ressemble à rien d’autre (la narration et la langue méritent vraiment le édtour) et propose une expérience totale au lecteur. Si vous avez le cœur bien accroché, courrez-y !

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dimanche 24 juin 2018

"L'Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam

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L'histoire : Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? Ou l’amour triomphera-t-il de tout ?

La critique de Mr K : 6/6. On pourra dire qu’on l’a attendu celui-là ! Plus de vingt ans exactement suite à de nombreuses péripéties et déconvenues subies par l’équipe de tournage qui a parlé à raison de film maudit. Un documentaire en a d’ailleurs été tiré avec brio : Lost in la mancha. Rochefort n’étant plus de ce monde, Johnny Depp n’étant plus aussi enthousiaste, Gilliam s’est rabattu sur Jonathan Pryce et Adam Driver pour reprendre les deux rôles principaux de ce film complètement fou, véritable ode à la passion et à la rêverie dans un monde de plus en plus tourné sur lui-même.

Toby (Adam Driver) est le digne enfant prodigue de son époque. Il est bien loin le jeune apprenti cinéaste qui rêvait de cinéma inspiré que l’on aperçoit lors de quelques flashback. Devenu clippeur aseptisé et cynique, il a ce qu’il veut et évolue dans un univers basé sur les apparences et les arrangements où la morale n’a plus le droit de citer. Au cours d’un tournage, lors d’une balade à moto, il va retourner dans un petit village où il avait tourné un film de fin d’étude avec des amis sur le thème de Don Quichotte de Cervantès. Cette expérience a laissé des traces et a eu des conséquences à long terme sur les lieux et les habitants du cru notamment sur un vieux cordonnier qui ne s’est pas remis du tournage et se prend pour Don Quichotte lui-même ! À la suite d’un concours de circonstances délirant, voila Toby transformé en Sancho Panza à l’insu de son plein gré, forcé de suivre le vieux fou pour un voyage décalé entre délire psychotique, voyage initiatique et redécouverte de soi.

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Je suis un amoureux de Terry Gilliam dont j’ai adoré tous les films (sauf Les Frères Grimm, une bouse à mes yeux) dont tout particulièrement Brazil, un de mes trois films préférés et le tout aussi fabuleux Fisher king. On retrouve son goût pour les scènes survitaminées, la truculence de certains personnages complètement barrés et son engagement de longue date pour le droit de rêver, de se comporter différemment des autres. Aidé par deux acteurs principaux habités par leurs rôles respectifs (les seconds couteaux ne sont pas mal non plus !), Gilliam nous offre une fois de plus une œuvre hybride et profondément bouleversante. C’est bien simple, on passe par tous les états, rires et larmes se mêlent avec des moments à l’intensité forte. Malgré des scènes bien space, on ressent une empathie profonde pour la quête de sens du personnage principal. Derrière les visions faussées, les humiliations subies et les découvertes improbables, on ressent intensément le décalage entre l’individu ivre de liberté et une société trop rigide et autoritaire qui brise les rêves. L’échappatoire ne semble alors résider que dans la mort ou la folie. Rappelez vous la fin de Brazil...

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Magnifiquement réalisé (on n’en attend pas moins de ce génie), le rythme trépidant est constant, sans temps mort, seulement émaillé parfois de scènes ubuesques et de moments plus intimistes qui frappent fort. Les moments d’échange, de confrontation et de communion en sortent transcendés, transportant le spectateur loin, très loin dans une Espagne contemporaine mâtinée de fantastique au fil du périple accompli. On s’attend à tout avec un scénario pareil et franchement, on n’est pas déçu. 2H12 d’envolées dans une spirale d’émotions doublée d’une réflexion unique sur notre monde, un programme comme je les aime et que je vous conseille de voir urgemment si vous voulez sortir des sentiers battus en matière de cinéma !

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vendredi 22 juin 2018

"Sauvez-moi" de Jacques Expert

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L'histoire : Nicolas Thomas vient de fêter son cinquante-deuxième anniversaire lorsqu’il passe les portes de la centrale de Clairvaux. Après trente ans d’incarcération, il est enfin libre. Personne ne l’attend. Tous ceux qu’il connaissait l’ont abandonné depuis longtemps, depuis le jour où il a été reconnu coupable d’avoir sauvagement assassiné quatre jeunes femmes dans des conditions terribles.
Sophie Ponchartrain est commissaire divisionnaire à Paris. Lorsqu’elle apprend la libération conditionnelle de Nicolas, elle se souvient de cette journée harassante de garde à vue où elle lui a arraché des aveux. C’est à elle seule, jeune recrue à la criminelle, qu’il avait confessé ses crimes avant de revenir soudainement sur sa déclaration. C’est en clamant son innocence qu’il a été condamné à la perpétuité.

L’affaire ne tarde pas à la rattraper. En effet, quelques jours après sa libération, Nicolas disparaît. Et un nouveau meurtre est commis, en tous points semblable à ceux dont il a été accusé trente ans plus tôt.
Sophie reçoit alors une nouvelle lettre de Nicolas, dans laquelle il nie être l’auteur des meurtres. Elle se conclut par ces mots : "Sauvez-moi !"

La critique de Mr K : Place à la chronique du dernier Jacques Expert aujourd'hui, cet ancien journaliste que j'écoutais jadis sur France Info qui s'est désormais converti dans l'écriture de thrillers et qui m'a séduit à chaque lecture par le passé. Sauvez-moi s'inscrit dans la lignée de ses précédents ouvrages mais est-ce pour autant une réussite ?

Dans cet ouvrage, tout débute par un homme que l'on enferme pour des crimes atroces. Ce dernier ne cesse de clamer son innocence mais les faisceaux de présomptions sont contre lui et le voila enfermé pour 30 ans. C'est grâce à la jeune enquêtrice Pontchartrain que le soit-disant monstre a pu être condamné. Le criminel est libéré trente ans après mais dès sa sortie de prison disparaît. En parallèle, les crimes recommencent comme si l'homme n'attendait que sa remise en liberté pour rééditer ses exploits macabres. Pontchartrain devenu commissaire reprend l'enquête et va tout faire pour l'arrêter à nouveau.

Il n'y a pas à dire, Expert s'y connaît pour mener sa barque. Chapitres courts, personnages ciselés au cordeau, renversements de situation et révélations sont au RDV et captent immédiatement le lecteur. Utilisant le changement de point de vue de manière régulière, l'auteur nous invite à suivre l'enquête à travers les yeux des policiers, de leurs adjoints mais aussi parfois du tueur, des victimes et de tierces personnes. Roman polyphonique, ces ajouts et touches supplémentaires donnent une cohérence d'ensemble réussie, rendant l'histoire crédible et addictive.

On se passionne assez vite pour le personnage sorti de prison qui crie son innocence depuis des décennies. Intéressant de voir son parcours, d'essayer de démêler le vrai du faux. Intéressant aussi de suivre l'enquêtrice principale à la carrière dorée, mélange dérangeant d'autoritarisme et de confiance en soi exacerbée, troublante aussi la personnalité de son assistance en admiration devant elle mais qui commence à trouver des failles chez sa patronne... Tous les personnages bien que caricaturaux marquent le lecteur par leur caractère, leurs actes et quand au fil du déroulé, leurs destins finissent par s'entremêler, la vérité faisant son chemin, on se rend compte que l'auteur est assez doué dans le rôle de grand manipulateur.

Très classique dans sa forme et son développement, on est tout de même finalement rarement surpris par le scénario global (surtout si on est habitué à lire ce genre d'ouvrage). C'est le principal défaut de ce livre qui finalement ne prend jamais de gros risques. Très codifié en terme de caractérisation des personnages, des situations et des rapports de force entretenus tout du long ; on parcourt l'ouvrage avec un léger sentiment de déjà lu, de recettes réutilisées (avec réussite tout de même). C'est dommage car le postulat de base est intéressant, reste un matériau lisse et finalement expédié de manière lapidaire dans les trente dernières pages. Dommage dommage... Surtout que certains points restent obscurs et méritaient un meilleur traitement.

D'une lecture aisée et plaisante, Sauvez-moi est un thriller efficace et bien mené mais pour moi sans génie et sans exclamation de bonheur en refermant le livre. La faute a des éléments convenus et un dénouement abrupt qui manque de densité. De plus, le personnage de la commissaire m'a très vite gavé. Je n'ai rien forcément contre les personnages repoussoirs mais on atteint ici des sommets et la conclusion du roman ne fait que renforcer mon opinion sur elle. Une lecture sympathique donc mais sans éclat et qui ne restera pas dans ma mémoire comme le meilleur de son auteur.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Femme du monstre
- Tu me plais
- Qui ?

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mardi 19 juin 2018

Bah oui, comment...

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Dessin de Bar tiré de son blog

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dimanche 17 juin 2018

"Ready player one" de Steven Spielberg

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L'histoire: 2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l'OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique qu'il a pris soin de dissimuler dans l'OASIS. L'appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu'un jeune garçon, Wade Watts, qui n'a pourtant pas le profil d'un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

La critique de Mr K: 5/6. Ça faisait un bail que je n’avais pas vu un film de Spielberg en salle obscure. Je crois que cela remonte à La Guerre des mondes, c’est dire… La bande annonce me tentait bien malgré un traitement à priori convenu du héros et une avalanche d’effets spéciaux qui n’auguraient pas forcément d’un scénario profond. J’y suis allé plutôt dans l’optique d’assister une projection détente-neurone, décontractée. Si l’on peut dire que dans ce domaine c’est réussi, on ne peut pas résumer le film qu’à cela car derrière la grosse machinerie, on retrouve la tendresse du réalisateur et des éléments de critique / réflexion pas dénués d’intérêt sur l’évolution du monde actuel.

En soi, le point de départ est basique. Dans un monde futuriste hyper technologique, les humains pour tromper la réalité du quotidien s’échappent dans l’Oasis, un monde virtuel où ils peuvent devenir ce qu’ils veulent et se réaliser en faisant progresser leur avatar (belle fenêtre sur le consumérisme au passage). Le jour où le créateur du système meurt, il laisse caché dans ce monde gigantesque trois clefs les menant à un Easter Egg (une relique rare dans un jeu vidéo) sésame qui si il est trouvé fera de son propriétaire le nouveau gestionnaire de la plate-forme virtuelle. Bien évidemment, tout le monde se jette à corps perdu dans cette quête depuis notre jeune héros asocial aux plus grandes multinationales qui voient là une occasion unique pour s’enrichir encore davantage. Les obstacles sont donc très nombreux et vont bousculer le héros dans ses certitudes. Atteindre la Saint Graal ne se fait pas sans mal...

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Spielberg a beau vieillir, il, reste un superbe faiseur doublé d’une âme jeune qui transparaît tout particulièrement dans ce métrage. Pape de l’entertainment à la mode US, il sait mener sa barque, prendre par la main ses spectateurs et les embarqués pour un grand huit foisonnant. Le film déborde de scènes épatantes, dopées aux SFX dernier cri, l’immersion est totale. Bon, clairement on en prend plein la tête, pas d’overdose pour autant. Des scènes plus classiques, lourdes d’émotions et de tensions équilibre l’ensemble pour éviter de tomber dans la surenchère. Le film fourmille de détails, de références à la culture pop : Retour vers le futur, King Kong, la vieille série Batman, les jeux Atari, World of Warcraft et beaucoup d’autres. On s’en donne à cœur et m’est avis que j’ai loupé plein de choses que je découvrirai lors d’un éventuel revisionnage. Devant le spectacle déployé, on ne peut que s’incliner si l’on est amateur du genre. Un film à voir au cinéma pour profiter au maximum de la prouesse technique qu’il représente (la liste à rallonge des personnes ayant travaillé sur le film en dit long).

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Niveau personnages, on est dans le déjà vu. Ce n’est pas pour autant désagréable, on se laisse porter par leurs destins contrariés et même si l’on est rarement surpris par le déroulé de la trame (c’est très très classique), on passe du bon temps. La trame prévisible permettant de se reposer et de plonger pleinement dans l’univers décrit. Spielberg fait aussi fort à ce niveau là, je n’ai pas lu le livre d’origine (erreur que je rattraperais dès que je croiserai sa route) mais j’ai trouvé le background dense, cohérent et très maîtrisé. Ce monde futuriste adepte du virtuel fait peur et même si certaines situations cocasses prêtent à rire, on se rend compte que seule la solitude et l’addiction mènent le jeu. Le spectacle, l’apparence dominent des êtres humains vivant une vie par procuration, un lavage de cerveau à échelle planétaire idéal pour manipuler les masses. En cela l’Oasis prête à frémir...

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C’est là où je dirais que le bât blesse, Spielberg ne va pas assez loin dans la charge. Il effleure la critique, distille quelques piques mais au final, là où il aurait pu tout déstructurer et virer au rêve anarchique, il offre une fin plaisante sans réelle prise de risque. Dommage, dommage... Ne boudons pas notre plaisir pour autant, la séance fut récréative à souhait, complètement régressive en terme de sensation, on ressort ébahi et heureux. Tous les réalisateurs de blockbusters du monde ne peuvent pas se vanter d’y arriver...

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samedi 16 juin 2018

"La plus jeune des frères Crimson" de Thierry Covolo

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L'histoire : Sam traverse les États-Unis pour retrouver son "super" pote Billy et finit sur le toit d’un château d’eau. Sally tombe en panne en pleine nuit sur une route déserte alors que la police traque un Petit Poucet qui sème les cadavres comme d’autres des cailloux. Tom rattrape sa fournée gâchée de cookies avant l’arrivée de Carrie dont il est amoureux depuis l’adolescence et qui tapine à Vegas...

Tout ça, bien sûr, c’est rien que des histoires. Et si rien ne s’y passe comme prévu, c’est parce que si elles ne surprenaient pas l’auteur il n’aurait aucun plaisir à se les raconter.

La critique de Mr K : Avec La plus jeune des frères Crimson de Thierry Covolo, j’ai découvert une nouvelle maison d’édition : Quadrature. D’origine belge, elle propose uniquement des recueils de nouvelles et s'est donnée pour mission de faire aimer ce format plutôt mal-aimé en France malgré souvent un sens de la narration diabolique accentué par la nécessité d'une économie de mots. Direction les USA avec cet auteur lyonnais publié essentiellement dans des revues auparavant, passionné de littérature américaine, cela se ressent fortement lors des dix nouvelles qui composent cet ouvrage.

Tour à tour, on fait connaissance avec des personnages incarnant l'Amérique, la poursuite d'un rêve, d'une espérance. Ainsi un homme recherche à travers le pays un vieil ami, une femme tombe en panne au milieu de nul part et se fait embarquer par un mec louche et lourdingue, une autre personne se rappelle d'une personne disparue dont il était très proche, une jeune femme négocie son pucelage pour échapper à un mariage forcé, trois frères fomentent un plan pour pénétrer dans l'appartement d'une vieille femme, un barman amoureux transi d'une prostituée lui concocte des cookies, un homme coincé dans le trou du cul des USA rencontre une jeune femme qui porte des bottes trop grandes, un convoyeur d'appelés pour le combat voit son destin contrarié par un événement imprévu, un musicien noir tente de se faire une place au soleil dans l'Amérique des années 30 et la nouvelle éponyme traite elle de l'amour fraternel et de mythomanie exacerbée...

Voici donc dix nouvelles bien différentes dans leur traitement mais dont le fond les rapproche et donne à voir un certain visage de l'Amérique plus ou moins contemporaine. Elles explorent nombre de thématiques comme la famille, la culpabilité, l'existence et le sens qu'on doit lui donner. En sous-texte, le rêve américain que l'on réalise ou non. La plupart des protagonistes sont embourbés dans leur vie, certains s'en contentent, vivotant au jour le jour. Mais un éclair fugace, un maigre espoir de renouveau croise leur route modifiant quelques peu leur routine et laissant apercevoir des perspectives. D'autres font face à un grain de sable dans leur existence bien huilée et vont devoir se frotter à l'imprévu, le stress voire l'échec total. Sous leur aspect simple, ces nouvelles font leur petit effet avec parfois des rebondissements bien vus, surprenants même.

On s'inscrit ici dans la pure tradition US, c'est étonnant quand on sait que l'auteur est lyonnais. Il retranscrit à merveille l'ambiance, le pays et les mœurs sans tomber dans le cliché systématique (je ne me lasse pas des scènes dans les motels, les restaurants de bord de route, la vie dans la campagne profonde US notamment). C'est bien simple, parfois on a l'impression d'être dans un recueil de l'excellent collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel avec une immersion bluffante et des textes courts qui accrochent immédiatement le lecteur. Le style concis, direct et profond donne une profondeur, une sensibilité de tous les instants envers les destins qui nous sont livrés et qui nous touchent durablement.

Le temps s'écoule lentement, prolongeant le plaisir jusqu'à tard dans la nuit. Le bonheur de lire est ici durable, prenant et sans relâchement possible tant on est captivé et curieux d'en savoir davantage. De plus, on ne sait pas vraiment sur quel pied danser, l'auteur aimant chauffer le chaud et le froid, le ton pouvant osciller d'un drame pur à des scénettes quasi comiques. On passe donc par différents états tout au long de la lecture avec à chaque dénouement une micro surprise ou une situation finale qui vous tétanise et provoque la réflexion. Je ne peux que vous conseiller de tenter l'aventure si le genre vous plait car ce recueil est une véritable pépite dans son domaine.

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mardi 12 juin 2018

"Anansi boys" de Neil Gaiman

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L’histoire : Le père de Gros Charlie n'était pas ordinaire : il était Anansi, le Dieu Araignée, l'esprit de rébellion, un dieu filou capable de renverser l'ordre social, de créer une fortune à partir de rien et de défier le diable... Un héritage bien encombrant ! Une mythologie moderne où l'on trouve une sombre prophétie, des désordres familiaux, des déceptions mystiques, et des oiseaux tueur. Sans oublier un citron vert.

La critique de Mr K : Lire un Neil Gaiman est toujours lourd de promesse pour moi, chacune de mes expériences avec lui s’est révélée exaltante, délirante et source d’un grand plaisir. C’est avec une impatience non-feinte que j’entamai Anansi boys, un ouvrage qui dormait depuis trop longtemps dans ma PAL et qui se déroule dans le même univers que le cultissime American gods. Ça n’a pas loupé, ce fut une fois de plus une lecture de dingue, plaisante à souhait !

Gros Charlie n’est pas un être ordinaire, il est le fils d’un Dieu légèrement branque qui vient juste de mourir. Ayant rompu avec son paternel depuis un certain temps, le chagrin ne l’envahit pas vraiment même s’il ressent tout de même un petit pincement au cœur. En retournant dans l’ancienne maison familiale et en rencontrant trois voisines très âgées (toute ressemblance avec les sorcières de Macbeth est tout sauf fortuite !), il apprend l’existence de son frère Mygal qui a hérité de tous les pouvoirs d’Anansi alors que lui doit se contenter à priori d’un fort beau brin de voix. Il décide de le rencontrer et de discuter du temps perdu.

Bien mal lui en a pris au départ ! Mygal est tout l’inverse de lui l’homme rangé et raisonnable à la vie bien réglée. Très vite, le frangin charismatique et fort en gueule lui ruine sa vie lui embarquant sa fiancée, provoquant des remous à son travail et le faisant même arrêter par les flics. Aaaah la famille ! Ce n’est déjà pas facile en temps normal mais il suffit que le divin pointe le bout de son nez pour que tout dérape dans les grandes largeurs. C’est le début d’une histoire débridée où l’humour se dispute à des rebondissements ubuesques qui hypnotisent très vite le lecteur, ne lui laissant aucun répit jusqu’à la dernière page.

On retrouve avec un plaisir certain l’univers qui m’avait tant marqué lors de ma lecture d’American gods. Cependant, on n’est pas ici dans le même ton et la même optique, l’auteur plaçant son œuvre dans le registre de la dérision durant tout l’ouvrage et se plaisant à malmener comme jamais son personnage principal. Ce dernier est très attachant et sa confrontation avec le frangin complètement barré est dantesque, le contraste fonctionne à plein régime et livre des moments irrésistibles. On ne peut vraiment pas faire plus différents l’un de l’autre que ces deux là et malgré les déconvenues successives qui nous sont livrées, ils ne sont pas frères pour rien et le développement de l’ouvrage va faire la part belle aux révélations étonnantes et à un rapprochement que l’on n’espérait plus.

Autour d’eux gravitent des personnages tout aussi hauts en couleur avec notamment une belle-mère bien épouvantable comme il faut, un patron corrompu aux accents de serial-killer en puissance, une fiancée plutôt coincée qui va s’ouvrir aux plaisirs inavouables (oulala !), une fliquette décontractée au charme certain et aux méthodes parfois peu orthodoxes et des Dieux revanchards qui guettent la moindre faiblesse de l’engeance d’Anansi pour lui tomber dessus. Avec tous ces ingrédients, on ne peut pas s’ennuyer surtout que Gaiman s’amuse énormément en écrivant et se permet tout et n’importe quoi, se déportant des lignes toutes tracées et proposant un récit virevoltant, sans temps morts et aux multiples références cachées délicieuses à découvrir.

Et puis, Anansi boys est d’un accès très aisé, la langue simple, efficace, directe ne l’empêche pas d’être lourde de sous-entendus et de sens cachés. On se plaît à se laisser divertir et porter par une histoire drolatique qui ménage aussi de beaux moments d’émotions. J’ai eu le sourire durant toute ma lecture qui n’a jamais baissé en intensité et m’a vraiment captivé. Un pur bonheur à découvrir si ce n’est déjà fait !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- "De bons présages" (en collaboration avec Terry Pratchett)
- "Stardust"
- "American gods"
- "Coraline"
- "Neverwhere"

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dimanche 10 juin 2018

''L'Armure de vengeance" de Serge Brussolo

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L’histoire : Par une nuit sans lune Jehan de Montpéril, le chevalier errant, est chargé d'escorter au fond de la forêt six fossoyeurs porteurs d'un cercueil bardé de fer.

C'est une armure vide qu'il s'agit d'enterrer. Une armure maléfique, une armure tueuse qui, dit-on, bouge toute seule et répète, passé minuit, les gestes de mort appris sur le champ de bataille. Malgré cela, bien des chevaliers la convoitent, au risque de voir leur famille décimée par le vêtement de métal ensorcelé. Qu'importe ! N'a-t-il pas la réputation de rendre invincible celui qui s'en revêt ? Une malédiction pèse-t-elle vraiment sur l'armure ? Ou bien quelqu'un se sert-il de cette légende pour mener à bien une vengeance mystérieuse ?

La critique de Mr K : Retour vers un de mes auteurs préférés aujourd’hui avec un Serge Brussolo qui s’aventure avec L’Armure de vengeance dans le thriller médiéval. Connaissant l’imagination débordante du bonhomme et son écriture incisive, j’étais quasiment sûr de me régaler. Je ne me suis pas trompé !

Une mystérieuse armure noire semble semer la mort sur son passage. Réputée ensorcelée, nul ne semble pouvoir lui échapper du plus humble des vilains aux seigneurs les plus renommés du crû. Suite à un nouveau drame sanglant, Jehan de Montperil se retrouve mêlé à des événements qui le dépassent, lui l’ancien bûcheron anobli pour faits de guerre dont les grands talents de déduction seront mis à mal face à une menace de plus en plus insidieuse. L’armure semble avoir choisi ses nouvelles victimes et il doit tout faire pour l’empêcher de passer à l’acte sous peine de passer de vie à trépas...

Comme à chaque lecture de Brussolo, on rentre immédiatement dans le vif du sujet et le plaisir de lire se poursuit durant toute la lecture sans aucun temps mort. Adeptes du rebondissement vous serez gâtés, l’auteur ne lésinant pas ici et proposant de multiples pistes qui égareront les plus expérimentés des lecteurs. Je me suis royalement fait balader tout le long de l’ouvrage, la faute à des personnages qui réservent bien des surprises et cachent des ambiguïtés et des secrets qui bouleversent les schémas établis mentalement au fil de la lecture. C’est bien simple, on ne sait plus à quel saint se vouer et très honnêtement, on en redemande tant l’ensemble tient debout et montre une maîtrise du suspens peu commune.

Période rude par excellence, il est difficile pour le héros de mener correctement son enquête qui se heurte vite aux croyances, superstitions et l’ordre social sclérosé qui ne s’embarrasse pas de morale et de preuves en matière de recherche de la vérité. Le Moyen-Age est très bien retranscrit dans cet ouvrage (la vie dans un château fort, l’ambiance des foires de l’époque...), le background est crédible sans être envahissant et donne une saveur particulière à l’ensemble. Serge Brussolo s’en amuse beaucoup, n’hésitant pas à distiller par ci par là des détails peu ragoûtants sur les us et coutumes d’une période que j’affectionne tout particulièrement (je suis médiéviste de formation). Certains passages ne manqueront donc pas de vous tirer quelques hauts de cœur et exclamations diverses mais tout cela se fait toujours au bénéfice d’un récit qui ne baisse jamais en intensité.

On passe vraiment par tous les états lors de cette lecture, les personnages se débattent comme ils peuvent avec leur condition, les idées préconçues et les coups du sort qui semblent s’abattre sur eux comme les foudres du Ciel. Volontiers angoissant, très intrigant, l’ouvrage se lit avec une facilité déconcertante et un plaisir renouvelé. On finit ce roman heureux et séduit par un dénouement inattendu qui tient toutes ses promesses déjà entr'aperçues dès la lecture de la quatrième de couverture. Un excellent thriller historique à côté duquel vous ne devez pas passer si vous êtes amateurs !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
"Le Murmure des loups"
- ''Le Cycle des ouragans"

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mercredi 6 juin 2018

"En guerre" de Stéphane Brizé

En guerre affiche

L'histoire : Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

La critique Nelfesque : "En guerre" est un des films diffusés à Cannes cette année que j'avais le plus envie de découvrir au cinéma. Heureusement, il est sorti très rapidement sur nos écrans, me laissant tout le loisir d'apprécier ce nouveau long métrage de Stéphane Brizé dont j'avais particulièrement aimé "La Loi du marché" il y a 3 ans. Film avec Vincent Lindon également qui se révèle une fois de plus exceptionnel ici.

Je ne m'attacherai pas à faire la comparaison entre "La Loi du marché" et "En guerre" qui se rejoignent sur leur thème et sont tous les deux du cinéma social. Je vous laisse lire ou relire ma chronique de l'époque et je vous conseille vivement de voir ce film. Le traitement des deux oeuvres est complètement différent. "En guerre" se singularise dans son approche. Nous avons ici un traitement documentaire créant un flou aux yeux du spectateur qui en fin de séance a vraiment l'impression d'avoir vu quelque chose de réel. La rage, la colère et la tristesse comme valise à porter en sus en rentrant à la maison. "En guerre" remue, fait naître des sentiments chez le spectateur et si en plus comme moi le sujet vous touche, c'est une véritable bombe que vous avez sous les yeux. Espérons que ceux qui se fichent de ces problématiques iront voir ce film et changeront leur fusil d'épaule. A voir les réactions en fin de projection à Cannes, à savoir la plus longue standing-ovation de cette édition du festival, tout n'est pas perdu...

Nous suivons ici le combat mené par les employés d'une usine, Perrin Industrie, menacée de fermeture. Laurent Amédéo, porte-parole et délégué syndical, incarné par un Vincent Lindon une fois de plus magistral dans son rôle, est l'un des 1100 employés mis en péril par les décisions de la maison mère. Entre espoirs et déceptions, les actions menées sont, nous le savons malheureusement par expérience, vouées à l'échec. Le pot de terre contre le pot de fer prend ici tout son sens.

En guerre 3

Ouvrant avec des images de chaînes d'info, les premières minutes déroutent et donnent le ton d'un long métrage qui s'attache plus au fond qu'à la forme. On ne dira pas que la photographie est magnifique, que les plans sont travaillés comme on l'entent d'ordinaire en employant ces termes mais l'urgence, la fièvre qui se dégagent de ces images tout au long du film transpirent à l'écran. Stéphane Brizé a filmé "En guerre" comme un reportage. Ça se bouscule, les plans sont flous parfois, et tout cela est porté par une musique (de Bertrand Blessing que je ne connaissais pas jusque là) qui colle parfaitement à la situation et sublime les images.

"En guerre" n'est pas un film qui change les idées, ce genre de films légers que l'on a plaisir à voir de temps en temps pour se vider la tête. "Mais quel monde de merde !" est une des pensées qui nous assaille lorsque la lumière se rallume. Vincent Lindon porte sur ses épaules toute la passion au sens philosophique du terme d'un bon nombre de français et la mise en scène immersive force le trait. Loin de nous décourager, elle nous donne la force d'avancer. Pour nous, pour eux.

"Qu’est-ce qu’on a pu faire à ces hommes, à ces femmes pour qu’ils en arrivent là ?" se demandait Stéphane Brizé lorsqu'il a vu les images du DRH d'Air France se faire déchirer sa chemise, passant en boucle sur les chaînes d'info en 2015. La réponse est sous nos yeux. Le mépris, la rigidité des dirigeants dictés par l'argent et une vision purement administrative occultant complètement l'aspect humain et la misère sociale, la détresse de ces citoyens et employés, qui découlent de leurs décisions est une piste à suivre pour avoir un début d'explication (ironie quand tu nous tiens). "Je n'aime que les gens qui font, qui agissent et qui font avancer le monde" disait Vincent Lindon à la conférence de presse du film à Cannes cette année. On est en plein dedans.

Et que dire de la toute fin du film, de la dernière image ? Rien. Il n'y a rien à dire. On reste sans voix. Pour toutes ces raisons et bien d'autres encore, allez voir "En guerre" ! Si il vous en faut encore quelques-unes, rajoutons celles-ci : pour l'amour du cinéma, pour le talent de Brizé et celui de Lindon, pour arrêter le mépris. A bon entendeur...

En guerre 4

La critique de Mr K: 6/6. Dans le genre claque en pleine face, ce film se pose là. La précédente collaboration entre les deux hommes s’était révélée déjà puissante mais ici on rentre dans le viscéral avec le suivi d’une Bérézina sociale malheureusement trop courante. Face à un plan social inique qui voit la volonté des actionnaires d’un groupe allemand fermer une usine en France alors qu’elle est rentable, les ouvriers dans un premier temps ne se résignent pas. Menés par leurs délégués syndicaux, ils résistent comme ils peuvent : grève reconductible, occupation d’usine, rencontres officielles. Mais la lutte est rude, les ennemis bien groupés alors que dans les rangs des révoltés des fissures apparaissent et menacent la cohésion du mouvement. La toute fin du film m’a littéralement cueilli et laissé pantois. Honnêtement, ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti cela au cinéma.

On ne va pas se cacher que Vincent Lindon porte le film encore une fois. Il vit littéralement son rôle, donne une intensité très particulière à chaque scène où il est présent. Son personnage central attire les regards, les sympathies et parfois les inimitiés au sein même de son camp. Phagocytant la cause et l’intérêt des médias, il se bat avant tout pour la justice, conserver les emplois de tous, il est l’incarnation de la lutte. Personnage charismatique entre tous, il est à la fois fort et fragile, délicate alchimie d’un être humain torturé par une décision inhumaine qui ne respecte pas les accords passés auparavant. Ce portrait est d’une grande justesse, très attendrissant mais donne aussi envie de s’indigner et de réagir. Au fil du déroulé, on comprend de plus en plus sa logique, sa manière de fonctionner et la tension monte de plus en plus vers une fin que l’on devine tragique.

En guerre 1

Il est très bien entouré avec des acteurs moins connus mais au talent sans bavures. On y croit vraiment, on a l’impression de vivre avec eux ce conflit difficile qui dure et marque les esprits. D’ailleurs, un certain nombre de rôle sont tenus par des non professionnels, des personnes ayant justement vécu cette situation. Tout cela donne un réalisme et une crédibilité à l’ensemble qui force le respect et engage le spectateur vers l’empathie totale et absolue. Ce film se vit, se ressent et nous emporte loin dans nos retranchements. Vous voila prévenus, on ne sort pas indemne de cette expérience qui ne tombe jamais dans le manichéisme facile et le clichés. Ainsi, le réalisateur n’hésite pas à montrer le côté sombre du syndicalisme (clientélisme, collaboration cachée de certains avec les patrons) et propose une charge sans concession sur l’ultra-libéralisme et ses dérives, un monde où un actionnaire peut décider de la vie et de la mort de centaines de travailleurs pourtant rentables mais pas assez à leurs yeux.

Et puis techniquement c’est du grand art. La caméra faussement tremblotante qui retranscrit efficacement les moments de tensions, les plans fixes qui caractérisent à merveille les personnages rajoutant à leur humanité (même pour les dirigeants et les patrons), la musique est parfaite et accompagne magistralement le tout. Jamais tapageur, au plus proche de ses personnages et de son sujet, voila un film qui prend aux tripes, qui fait réfléchir et devrait être montré au plus grand nombre pour faire réagir les consciences et peut être infléchir quelque peu la trajectoire globale de l’évolution de nos civilisations qui tendent vers toujours plus de profit et moins d’humain. Une petite bombe cinématographique à découvrir au plus vite.

Posté par Nelfe à 19:41 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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