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L’histoire : La Route sauvage scelle la rencontre sincère et émouvante entre un gamin en cavale et un vieux cheval : Charley, quinze ans, délaissé par un père insouciant, et Lean On Pete, une bête destinée à l'abattoir. Afin d'aider l'animal à échapper au destin funeste qui l'attend, Charley vole un pick-up et une remorque, et tous deux entreprennent un voyage vers le Wyoming où vit, aux dernières nouvelles, la tante de Charley. Ce périple de près de deux mille kilomètres sur les routes de l'Ouest américain ne sera pas de tout repos, et l'adolescent vivra en un seul été plus d'aventures que bien des hommes au cours de toute une vie...

La critique de Mr K : Je garde un souvenir vivace et ému de Ballade pour Leroy ma précédente lecture de Willy Vlautin. L’écriture limpide et poétique, les personnages attachants et le portrait en sous texte de l’Amérique contemporaine m’avaient conquis et transportés lors d’une lecture aussi rapide qu’intense. C’est dire que j’attendais avec impatience son prochain ouvrage et il y a peu La Route sauvage est arrivée dans ma boîte aux lettres. C’est peu de dire que je l’ai aimé, je l'ai lu une fois de plus en un temps record et il m’a littéralement cloué sur place me laissant en petits morceaux lorsque je le refermais définitivement.

Charley est un gamin de quinze ans vivant seul avec son père qui vivote de petits boulots en petits boulots et de ville en ville. La maman est partie depuis longtemps, laissant un creux béant dans la famille qui se réduit à un père totalement détaché de la réalité et de ses responsabilités, et un gamin qui aborde le nouvel été qui s’annonce entre sport et débrouille en attendant la rentrée scolaire. Il finit par se faire embaucher par un propriétaire de chevaux au champ de courses voisin. Filou exploiteur dans l’âme, il permet cependant à Charley de gagner de quoi se nourrir (son père oubliant régulièrement de rentrer à la maison et de lui laisser de l’argent) et d’apprendre des choses. Un drame va précipiter les événements et le jeune homme va se retrouver sur les routes du grand ouest à la recherche d’une tante qu’il n’a pas vu depuis plusieurs années. Ça va être l’occasion pour lui de vivre de nombreuses expériences bonnes et mauvaises...

Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture, le départ n’a vraiment lieu qu’à la moitié du livre. L’auteur prend bien le temps auparavant de se pencher sur le quotidien de Charley. Écrit à la première personne, ce qui renforce énormément l’empathie que l’on éprouve pour le personnage, on suit le quotidien de l’adolescent qui s’avère plutôt heureux de son sort et finalement assez distancié de ce qu'il vit. Il s’entraîne régulièrement à la course (il aime être dans l’équipe de football américain de ses lycées successifs), il traîne en solitaire en ville (il vient d’arriver et ne s’est pas encore fait d’amis) et se débrouille comme il peut pour subvenir à ses besoins. Les rapports avec le paternel sont plutôt distants tant ce dernier se révèle égoïste et autocentré. Loin de s’ériger en victime, Charley encaisse et avance avec ce qu’il peut. Quand il trouve son travail, il pense se libérer des contraintes et commence à vivre des expériences enrichissantes. S’exprimant simplement, exposant ses sentiments, envies et aspirations, on s’attache à ce jeune plein de bon sens, serviable et poli en toutes circonstances. Quand il perd tout et doit partir, c’est le choc (peut-être même plus pour nous que pour lui) et l’on entre alors dans une autre dimension.

Le récit intimiste se transforme en road trip ultra-réaliste mais toujours aussi centré sur le héros qui traverse une Amérique que l’on n’a pas forcément l’habitude de voir. C’est celle des déshérités, des voyageurs au long cours et de la dépanne au quotidien. On y croise de drôles et d‘inquiétants personnages car c’est bien connu les voleurs volent souvent à plus pauvre qu’eux. Arnaqueurs, roublards, marginaux, clochards, junkies, personnes défavorisées qui survivent comme ils peuvent mais aussi flics, juges, familles d’accueil d’un soir et bons samaritains du moment vont croiser sa route et imprimer à jamais un destin contrarié mais toujours en marche (mais pas macroniste pour autant heureusement !). Charley va en faire des expériences et il ne peut compter que sur lui-même, et sur le cheval vieillissant voué à l’abattoir qu’il a sauvé d’une mort certaine avant de s’enfuir. Unique confident, ami de circonstance et soutien psychologique quand la dose émotionnelle est trop lourde et quand la réalité est trop pesante, Lean On Pete (le cheval en question) est un personnage à part entière et malgré mon peu d’attirance pour cette espèce animale, j’ai été touché par cette relation riche et intéressante en terme de développement pour Charley. De galère en galère le duo avance, progresse vers un avenir que l’adolescent espère meilleur. Un nouveau drame va infléchir sa trajectoire et l’obliger à nouveau à se remettre en question.

Quand on lit La Route sauvage, on pense forcément à Kerouac, à Into the wild et à Salinger. Véritable ode au désir de vivre, à l’humanisme et un beau voyage intérieur. On vit littéralement le périple de Charley, on partage avec lui ses instants d’égarement, ses espoirs et ses abattements. C’est assez éprouvant je dois l’avouer et j’étais vraiment dans tous mes états à la fin de ma lecture, la larme à l’œil tant j’ai été touché au cœur par cette histoire marquante. L’écriture est d’une limpidité, d’une pureté et d’une force évocatrice rare, de celles dont on se souvient longtemps. C’est beau, profond et d’une émotion à fleur de mots. Un grand moment de littérature nord américaine, un livre essentiel à ranger aux cotés de classiques du genre. Décidément Willy Vlautin est un des auteurs les plus doués de sa génération !