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L’histoire : Malgré une mère alcoolique et un père au chômage, la famille Barrett tente de mener une vie ordinaire dans la tranquille banlieue de Beverly, Massachusetts, jusqu’au jour où leur fille de 14 ans, Marjorie, commence à manifester les symptômes d’une étrange schizophrénie. Alors que des événements de plus en plus angoissants se produisent, les Barrett décident de faire appel à un prêtre, qui ne voit qu’une seule solution : l’exorcisme. À court d’argent, la famille accepte l’offre généreuse d’une chaîne de télévision ; en contrepartie, elle suivra la guérison de Marjorie en direct. L’émission connaît un succès sans précédent. Pourtant, elle est interrompue du jour au lendemain sans explications. Que s’est-il passé dans la maison des Barrett ?

La critique de Mr K : Tremblez pauvres lecteurs ! Possession de Paul Tremblay nous vient tout juste d’Amérique avec une sacrée réputation notamment celle d’avoir réussi à faire frémir Master Stephen King lui-même ! Au delà de l’argument de vente, ce livre est très réussi car il conjugue à la fois une trame machiavélique, une réflexion très intéressante sur notre époque et une écriture vraiment séduisante. Suivez_moi dans le Massachusetts sur les pas de la famille Barrett...

Merry, une jeune femme d’une vingtaine d’années revient lors de plusieurs entretiens avec une journaliste sur l’histoire familiale tragique qu’elle a vécu quand elle n’avait que huit ans. Elle est la petite dernière des Barrett et vivait avec ses deux parents et sa grande sœur Marjorie. Cette dernière a commencé à manifester des signes inquiétants de dérèglement mental avec entre autre un comportement très changeant et des propos incohérents ou menaçants. La famille déjà touchée par la précarité et des parents en difficulté commence à sombrer. Folie, possession, crise d’adolescence forcenée ? Le doute habite cette famille pourtant paisible et sans histoire jusque là. Au fil du déroulé, l’idée d’un exorcisme va faire son chemin et pour pallier leurs soucis pécuniers, les géniteurs vont accepter que la télévision assiste à l’événement pour une émission de télé-réalité d’un nouveau genre.

Attention, une fois votre lecture débutée, il vous sera impossible de reposer cet ouvrage tant il s’avère quasiment addictif dès les premiers chapitres. La faute essentiellement au point de vue adopté, celui d’une gamine de huit ans (phases de flashback racontées à la journaliste). Les trois quart de l’ouvrage sont donc relatés par Merry qui est totalement dépassée par les événements. En adoration devant sa grande sœur et très proche de ses parents, elle assiste impuissante à la longue dégradation des rapports entre les êtres qui sont le plus cher à son cœur : son père sombrant dans l’intégrisme religieux, une mère qui lève trop le coude et une sœur qui se transforme peu à peu en étrangère et peut se révéler agressive à son endroit. C’est très touchant, remarquablement décrit et crédible tant la psychologie de Merry est fidèle à celle d’une enfant de son âge. Les autres personnages ne sont pas en reste, rien d’exagéré malgré un thème - la possession - qui aurait pu faire tomber le récit dans le grand-guignolesque.

L’auteur fait très fort en maniant l’ambiguïté durant tout l’ouvrage. Seules les ultimes pages du roman livrent le secret que cache cette confession qui prend son temps et alterne passages contemplatifs, presque sociologiques, et moments plus tendus où les événements s‘accélèrent et où l’on ne sait pas vraiment où l’on va. Réel, rêve, imaginaire, fantasmes, pulsions et raison se succèdent, s’égrainent et entretiennent un mystère que même l’irruption des équipes TV ne va pas réussir à totalement lever. Plus on avance dans la lecture plus un malaise s’installe en soi, plus les questions se bousculent. En effet, tout paraît trop simple par moment mais les renversements de situations complexifient la trame et ouvrent de nouvelles perspectives. Bien malin celui qui devinera le mot de la fin avant de refermer cet ouvrage qui réserve bien des surprises et aime jouer avec le lecteur à la manière d’un thriller classique, l’horreur rajoutant ici un degré supplémentaire de stress car il s‘inscrit dans le quotidien d’une cellule familiale lambda.

Très intéressant aussi, l’aspect critique de l’ouvrage qui se nourrit de la pop culture ambiante et notamment de l’engouement des masses pour les œuvres de genre et la télé-réalité. À travers les lignes d’une mystérieuse blogueuse spécialisée dans l’horreur-épouvante, l’auteur s’amuse en parallèle à démonter les clichés, à les contourner mais aussi à dénoncer le voyeurisme et l’ambition de certains vis à vis de victimes ou de personnes en état de faiblesse. Triste fable que celle de cette famille réduite à se donner en spectacle pour à la fois essayer de guérir leur fille et régler leurs problèmes d’argent. Cette charge est à la fois délicate, structurée et très bien intégrée dans un roman où le suspens ne faiblit jamais.

Et puis, la langue est une merveille. On est loin d‘une série B littéraire et ici on côtoie les sommets de l’écriture du genre. Clairement la réputation de Paul Tremblay n’est pas usurpée car il mêle à la fois effets de manche efficaces (on reste dans l’horreur) et style très littéraire qui explore les âmes de ses personnages. Profond, récréatif, parfois effrayant, voila un roman qui a tout pour plaire pour les amateurs de frissons mais aussi pour les autres. Un sacré bon moment de lecture !