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L’histoire : Fin du XXIe siècle, il n’y a plus de pétrole, la mondialisation est un vieux souvenir et la plupart des États-Unis un pays du tiers-monde. Dans un bidonville côtier de Louisiane, Nailer, un jeune ferrailleur, dépouille avec d’autres enfants et adolescents les carcasses de vieux pétroliers. Le précieux cuivre récupéré dans les câblages électriques au péril de leur vie leur permettent à peine de se nourrir. Un jour, après une tempête dévastatrice, Nailer découvre un bateau ultramoderne qui s’est fracassé contre les rochers. Le bateau renferme une quantité phénoménale de matériaux rares, d’objets précieux, de produits luxueux et une jeune fille en très mauvaise posture.

Nailer se retrouve face à un dilemme. D’un côté, pour récupérer une partie de ce trésor et en tirer de quoi vivre à l’aise parmi les siens, il doit sacrifier la jeune fille. De l’autre, l’inconnue est aussi belle que riche et lui promet une vie encore bien meilleure, faite d’aventures maritimes dont il rêve depuis longtemps.

La critique de Mr K : Belle surprise que cet ouvrage dégoté l’année dernière lors du traditionnel désherbage annuel de la médiathèque de Lorient. Roman d’anticipation jeunesse à la quatrième de couverture alléchante, Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi fait la part belle à l’aventure, l’initiation vers l’âge adulte et fournit une réflexion très intéressante sur notre monde à travers une vision sans fard d’un avenir sombre.

À la fin du XXIème siècle, la planète et les sociétés humaines sont en piteux états. Le réchauffement climatique a fait monter le niveau des eaux et provoqué le recul des villes. L’ère des énergies fossiles est derrière nous, les civilisations sont désormais coupées en deux. Les riches qui vivent à l’écart dans un confort total et obscène comparé aux plus pauvres qui vivent d’expédients et qui côtoient les risques les plus extrêmes. Dans cet ouvrage, l’auteur se concentre sur une communauté de ferrailleurs vivant à 200 km au dessus de la Louisiane. Loin de vivre dans un paradis, les êtres humains travaillent durement à la récupération de matériaux de base sur d’antiques navires rendus à l’état d’épaves. Le cuivre, le fer et toute une série de ressources sont en effet très recherchés et s’arrachent à prix d’or par les autorités qui passent par les mafias locales pour se ravitailler.

Nailer est un jeune garçon qui n’a connu que cet univers étouffant. Orphelin de mère terrifié par un père tyrannique et violent, il fait partie des brigades des "légers", ces jeunes enfants qui par leurs tailles peuvent se glisser n’importe où pour récupérer de précieux éléments dispatchés sur les anciens navires désormais à l’abandon. Lié par un serment très fort avec ses camarades, il rêve d’ailleurs en contemplant à l’horizon de luxueux clippers appartenant aux castes dirigeantes. Un jour, la découverte d’un de ces navires échoué sur la côte va bousculer l’ordre quotidien qui régit sa vie. La rencontre avec Nota, jeune fille riche égarée en territoire hostile va l’amener à remettre en question son mode de vie et sa manière de penser. Un choix crucial va très vite se poser à lui et l’amener à partir à l’aventure.

Le récit commence assez doucement au départ. Il ne faut pas moins de 100 pages pour que la fameuse rencontre ait lieu. L’auteur se plaît à poser le décor et à bien caractériser les liens sociaux existants sur cette plage. Ce rythme lent ne doit pas pour autant vous freiner (surtout vous, nos lecteurs les plus jeunes !) car derrière l’apparente immobilité de la trame, se cachent des éléments essentiels qui nourriront la suite, aux moments opportuns les indices semés serviront la cause du roman qui part dans un rythme plus trépidant qui saisissent littéralement le lecteur. Dans un premier temps, on en apprend donc beaucoup sur Nailer et ses amis (techniques de pillage, liens spéciaux et serments, parents, organisation de cette micro-société repliée sur elle-même...). Des événements ont lieu qui accentuent les tensions et livrent des personnages déchirés à la trame principale qui va se déclencher avec la découverte du bateau.

L’accélération est alors brutale, Nailer sortant du microcosme précédemment décrit pour découvrir le monde et son organisation. Loin de s’appesantir sur des descriptions à n’en plus finir, Paolo Bacigalupi intègre volontiers les éléments de background avec une action qui ne s’arrête plus et des moments de repos où chacun se livre à l’introspection. En cela, on est clairement dans le roman initiatique avec des personnages qui évoluent beaucoup et des découvertes qui font revoir leurs idées reçues à de jeunes personnages en quête de vérité : l’exploitation de l’homme par l’homme, l’asservissement de chimères biologiques mi-hommes mi-bêtes, la course au pouvoir et la lente destruction de notre planète. Jamais moralisateur mais malin et bien construit, ce récit est une petit merveille de concision et donne à lire un récit palpitant et enrichissant.

Une fois rentré à l’intérieur du roman, difficile de le relâcher, la faute à des personnages très attachants, un background fascinant et une écriture accessible et très évocatrice. Certes, on est rarement surpris quand on lit depuis longtemps, certaines ficelles scénaristiques sont un peu usées mais l’ensemble reste cohérent et très plaisant. Une lecture donc bien sympathique que l’on peut entreprendre dès 13 ans et même après tant on retrouve ici une âme d’enfant et un plaisir de lire indéniable.