arton26838-aa23b

L’histoire : Au Sénégal, trois familles partagent une cour. Cette cour est un véritable Eden où ils partagent les repas, des joies et les peines, les longues discussions et les récits des ancêtres.

Quand la famine frappe, les familles se dispersent et les enfants grandissent avec le lointain souvenir de leur paradis perdu. Et le temps passe. Mais peu à peu ces mêmes enfants se retrouveront et parviendront à recréer une nouvelle cour commune, une nouvelle île édénique remplie d’espoirs.

La critique de Mr K : Voici un court ouvrage de 133 pages qui fait son petit effet. Grande romancière sénégalaise, je découvre Aminata Sow Fall avec L’Empire du mensonge, un ouvrage qui fait la part belle à l’humanisme, l’éducation sous toutes ses formes et l’apologie de l’entraide et de la sincérité. Inutile de vous dire que ça fait du bien dans ce monde de brutes qui nous envoie régulièrement des signaux plus que négatifs où avidité et individualisme ont bien souvent été érigés comme des vertus cardinales. Entrez avec moi dans une autre vision du monde venue d’un continent trop souvent décrié mais qui réserve un océan de sagesse à qui sait bien observer...

Roman de la contemplation et de la vie en même temps, ce roman nous conte le destin de nombreux personnages qui gravitent de près ou de loin autour d’une cour qui rassemble tous les dimanches des êtres épris de fraternité et de discussions. Ici on parle de tout et de rien, pas de sujets tabous et les gens simples s’improvisent philosophes, conteurs ou simples spectateurs à la recherche de savoir et de distraction. Autour d’un bon repas et du traditionnel thé, on échange, on se cherche, on se titille même parfois quitte à se prendre la tête. Il en ressort toujours un élément positif, une idée, un concept ou une graine à faire germer pour donner de beaux fruits.

Bien que profondément ancré dans une culture et un lieu bien précis, il se dégage de ce récit une universalité bienvenue. Au centre de tout l’éducation et de prime abord celle des parents à leurs enfants avec la nécessité de transmettre en priorité des valeurs de partage, d’écoute et de bienveillance teintée de non violence. Dans un monde livré à l’incurie de certains extrémismes (religieux et économiques), l’individu se doit de se préparer, à l'aide d’une culture riche et d’un esprit critique à toute épreuve, face à la montée des périls : le règne de l’apparence et de l’égocentrisme, le consumérisme et le capitalisme sauvage qui en découlent, la négation de l’autre par la volonté d’imposer sa volonté et ses idées par tous les moyens. Il y a l’école aussi, trop souvent réservée à une élite en terres africaines avec un effort essentiel à donner pour scolariser les filles. À ce propos, on a un très bel exemple de réussite dans le livre avec trois jeunes filles bien différentes les unes des autres et qui chacune réussissent à leur manière dans la voie qu’elles ont choisie.

Que ce soit les hommes corrompus que l’on trouve à la tête des états africains et le détournement des fonds humanitaires, les entreprises occidentales et maintenant orientales qui continuent de piller les richesses africaines ou encore le progrès technologique qui d’une certaine manière déshumanise les populations au nom du sacro-saint confort personnel mais nous fait parfois oublier l’essentiel, l'empire du mensonge est triomphant. Loin de condamner toute avancée, l’auteur à travers ses personnages nous pousse à réfléchir sur notre rapport à l’autre, aux relations sociales qui s‘étiolent énormément en occident et dont les effets arrivent aussi de l’autre côté de la Méditerranée malgré des traditions sociales fortes dans le domaine de la vie en communauté. Dans un ton apaisant et militant (il y a du Aimé Césaire dans les mots et le phrasé de cette auteure), convoquant tour à tour les croyances, les coutumes, les rêves et désirs de chacun mais aussi le règne naturel ; Aminata Sow Fall sacralise les idéaux de paix et de solidarité entre les êtres.

You may say I am a dreamer but I am not the only one disait Lennon dans une de ses chansons les plus célèbres. Voici un ouvrage profondément utopique, bienveillant, baigné dans une langue profonde, gouleyante et solaire qui porte le lecteur vers un ailleurs béni. Certes ce n’est qu’un rêve, les hommes n’ont pas une belle nature selon moi mais cet ouvrage réveille des ardeurs enfouies depuis longtemps dans mon cœur, cette envie de croire qu’un monde meilleur est possible pour tous les hommes de bonne volonté. Un bijou éclairant et éclairé que je vous invite à découvrir au plus vite.